‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 12 sur 370 · INSTRUCTION SUR LE JUBILÉ · texte numérisé non relu

INSTRUCTION SUR LE JUBILÉ

PœnHemini igiiur^ et converttrntm, nt deleantur peccata vestra*

Faites donc pénitence et convertissez -vons, aGnque vos péchés soient effacés (Acr. ui, 19).

< C'est ce quo saint Pierre, au sortir du cénacle , disait autrefois à une multitude de Juifs consternés et tous fondant en larmes, après leur avoir reproché le sang du Juste qu'ils venaient de répandre, et exposé toute l'énormité du crime dont ils s'étaient depuis peu rendus coupables. 11 vous reste encore une ressource, mes frères , leur disait le premier dispensateur des grAces de l'Eglise : vos iniquités ont comblé la mesure de vos pères ; vous avez reieté le don de Dieu ; vous vous êtes séparés comme des anathèmos de l'espérance d'Israël : mais le Seigneur vient de Jeter des regards de miséricorde sur vous; il va ré()andrc son esprit sur toute chair, sur ^s serviteurs comme sur ses ennemis; sur les Ames justes comme sur celles qui avaient opéré l'iniquité : le ciel va s'ouvrir sur la terre ; des prodiges de grâce et de miséricorde vont enfin sanctifier tout l'univers : Dabo prodigia in cœlo sursum^ et siana in terra deorsum. Profitez donc de ce temps de visite et ae propitiation : présentez des cœurs brisés de componction à l'indulgence et à la rémission que la bonté du Seigneur vous offre ; et ouvrez vos Ames, par les désolations d'une pénitence ^ilutaire* aux grAces abondantes dont nous allons être les dispensateurs et les ministres : Pœnitemini igiturf et converteminif ut deleantur peccata vestra.

n El voilà, mes frères, ce que nous vous disons aujourd'hui dans une circonstance presque toute pareille. Vous avez eu le malheur d'oublier Dieu , de violer sa loi sainte, et de «crucifier Jesus-Christ dans votre corps , en faisant servir vos membres à des passions injustes: mais voici un temps de salut et de réconciliation; toutes les grAces de l'Eglise Tiennent au-devant de vous : le don de Dieu, l'effusion de son esprit, va sanctifier toute chair; la rémission est offerte i tout pécheur ; l'Eglise, touchée de vos malheurs, ouvre ses trésors pour payer elle-même le prix de votre délivrance : entrez donc dans ses vues de miséricorde et de bonté sur vos Ames ; détestez les crimes qui vous ont rendu son indulgence nécessaire ; brisez vos cœurs par un repentir qui seul peut vous la rendre utile : ('lus elle parait se relAcher de sa sévérité, plus vous devez être touchés de vos misères, et i>e |ias faire de ses grAces mêmes le motif de votre paresse et de votre impénitence : i'ontttemini igitur^ etc.

< En etfet, les grAces que l'Eglise va répandre sur tous les fidèles dans ces jours de miséricorde ne sont accordées que pour suppléer à notre faiblesse, et non pas pour la ménager ; pour nous aider dans notre pénitencOi et non pas pour nous en décharger ; pour

(I; Bossiiet : UidH, iur le jubilé.

DlCTlONN. DES lNDULGEXr.B9 6

m INTRODUCTION. lîi

récompenser noire rompoiiction, cl non pas pour raiïaiblir : elles sont donc, el je vous prie de le remarquer, elles sont les suppléments do la faiblesse , les secours de fa |>éui-* tODce, les récompenses de la componction. Développons ces vérités capitales.

Première réflexion.

« le dis, premièrement, qu^elles sont les suppléments de notre faiblesse : car c*est une vérité du salut, que |)ar le péché Thorame devient redevable à la justice divine, et quil ne peut plus se réconcilier avec elle qu*en subissant la peine due h son iniquité. 1! faut que tout péché soit puni, afln quMl soit pardonné ; mais comme toute la vie d'un pécheur qui a oublié son Dieu devrait être une pénitence continuelle; que toutes les créatures qui ont servi h ses passions devraient devenir les instruments do ses peines ; que tous les plaisirs

carrière longue el laborieuse, et de réparer par des satisfactions proportionnées réuormil^ et la durée de ses égarements : TEglise, toujours attentive à faciliter à ses enfants les voies du salut et de la vie éternelle, leur donne la main, pour ainsi dire, de peur que la rigueur du chemin ne décourage leur faiblesse. Elle offre à la justice de Dieu les trésors dout elh est déposiloire, et rachète b ce prix une partie des malédictions auxquelles le pécheur était condamné : elle reprend, sur la multitude surabondante des mérites de Jésus-Christ eldc ses saints, ce qui manque aux œuvres laborieuses du pénitent inHrme et impuissant; el devenant faible avec les faibles, pour les sauver tous, elle aime mieux suppléer h lafaiblesse du pécheur par son indulgence, que Taccabler ou le désespérer en ne relâchant rien de sa sévérité.

« Les grâces de TEglise, mes frères, ne sont donc que les suppléments de votre faiblesse. Si vos forces répondent à vos crimes ; si votre corps est cvij)al)le de pénitence , comme il a été capable de péché ; si vos membres peuvent servir à la justice, comme ils ont servi è riniquité; si vous avez de quoi payer un Dieu irrité, et que cependant vous dcnieurici lâchement dans l'inaction : désabusez-vous, mes frères , l'Eglise ne prétend pas vous décharger de vos dettes, ni accorder è votre mollesse des grâces qui ne sont destinées qu^ la ferveur, ni donnera votre abondance des ressources qui ne sont dues qu'à l'indigence et à la nécessité. Ses relaxations sont des aumônes saintes ; il faut être fervent, pauvre et dans le l>6Soin pour avoir droit d y participer : elles sont semblables à cette manne qui descendait du ciel; si vous venez la recevoir seulement pour en faire un amas qui mette à couvert votre paresse, et vous dispense du travail de tous les jours, elle se changera en infection et cil pourriture, et le présent du ciel deviendra pour vous une odeur de mort, et une punition plutôt qu'une grâce.

« Et quand je dis, mes frères, que notre faiblesse toute seule oblige TEglise de suppléer h nos satisfactions par l'abondance de ses grâces, je n'entends pas par faiblesse une mollesse criminelle qui nous rend impossible tout ce oui nous mortifie ; un découragement sensuel qui nous fait frémir au seul nom d'austérité el de souffrance ; une attention excessive sur nous-mêmes, qui fait que tout ce gui afQige la cupidité nuit à la santé ; une habitude d'amour-propre qui nous a rendu nécessaire tout ce qui nous est commode et agréable ; ce sont là des motifs de pénitence, et non pas d'indulgence et de relaxation. Je n'entends pas un vain égard au rang el à la naissance, qui nous persuade que nous pouvons retrancher des obligations du chrétien et du pécheur ce que nous accordons à celles de personnes publiiiues et élevées : comme si les devoirs de la condition étaient incompatibles avec ceux de ) Evangile, ou qu'une élévation qui a été si souvent elle-même l'occasiou de dos crimes pût nous dispenser d'une pénitence qu'elle-même nous impose.

« J'entends une impuissance véritable de soutenir le cours et la rigueur des peines conformes aux règles et à l'esprit de TEglise, et je dis qu'alors l'Eglise, touchée de notre état, de l'envie que nous aurions d'expier nous-mêmes nos crimes, si nos forces secondaient notre zèle, et comptant nos désirs pour des œuvres, se relâche de sa sévérité, et nous avance le bienfait de sa réconciliation et do ses grâces.

« Mais ne croyez pas, mes frères, qu'alors même TEglise prétende suppléer à tout. Elle entend que, si nous no pouvons pas offrir le prix entier de nos péuhés, nous on offrions du moins une partie; elle veut que nous tirions de notre faiblesse tout ce que nous pouvons, et que nous offrions selon nos forces et même au delà, pour ainsi dire ; son intention est que nous fassions tous nos efforts pour satisfaire à la justice divine, et une toute notre vie soit un souvenir continuel de nos iniquités et des réparations auxquelles nous sommes condamnés; que Coûtes nos démarches se sentent par quelque endroit de notre état do pénitents, et que tous nos plaisirs mêmes soient assaisonnés des amertumes de la pénitence.

« Car, quelle que puisse être notre faiblesse, si nous sommes sincèrement touchés et convertis, si l'esprit de Dieu a opéré dans nos cœurs la grâce de la com|)oiiction et du repentir; si Tborreur de nos crimes passés nous a fait entrer dans les sentiments de zèle et d'indignation contre nous-mêmes, qui sont toujours le premier fruit de la péniteme, ahl nous trouverons bien encore en nous de quoi offrir è Dieu des sacrifices et des expiations capables d'apaiser sa justice; quelle que puisse être notre faiblesse, nous ouious

m INTRODUCTION. 174

toujours des penchants h mortifier, des désirs à vaincre, des plaisirs h sacriPior, des humiliations à souffrir, des contradictions & supporter, des superlluités à retrancher; quelle que .xiisseétre notre faiblesse, nous serons encore assez forts pour refuser aut sens mille adoucissements inutiles, pour leur ménager mille amertumes, qui, sans diminuer les forces, affaiblissent la corruption, et pour faire de ses infirmités mômes la matière de sa pénitence. Hélas 1 on va si loin pour le monde, pour la fortune, pour les plaisirs; on tiro d une santé faible et ruinée tout ce qu'on peut et au deth ; on se fait violence , on ne s'é* coule point; on croit qu*à force de prendre sur soi, à la fin on accoutumera le corps à obéir et à nous suivre. Âh ! mes frères, ce n*est que pour le ciel que nous n'essayons rien, que nous mesurons nos forces, que nous exagérons notre faiblesse , et que tout ce qui nous coûte nous paratt impossible.

« Et ne dites pas gue les grâces de TEglise seraient donc inutiles, si de notre côté nous étions obligés de faire tous nos efforts pour expier nos crimes par les travaux de la péni* tence; car, mes frères, quels que puissent être nos efforts, quelque longue que soit notre Ix^'niteDee, quelque austères que soient nos satisfactions, ils ne seront jamais proportionnés à nos crimes : nos peines seront toujours moindres que nos péchés ; nous demeurerons loujours en deçà de ce que la iustice de Dieu exige de nous ; nous serons toujours, comme le serviteur de TEvangile, obligés de demander du temps, et chargés d'une infinité d.3 dettes auxquelles nous n*avons encore pu satisfaire.

« Car, hélas I mes frères, croyons-nous que des larmes de quelques jours, que quelques léj^ères macérations, que quelques jeûnes rares et commodes expient, effacent, abolissent devant Dieu des crimes qui ont mérité une éternité de supplices ? Croyons-nous que des flamnaes immortelles, qu un désespoir éternel, qu*un ver qui ne devait plus mourir, qu'une séparation de Dieu sans ressource, croyons-nous qu'une sentence si affreuse et si terrible

Sue nous avions méritée puisse se changer en quelques austf^rités d'un moment, et qu^ es dettes si immenses puissent s'acquitter avec une obole, pour ainsi dire? Ahl TEglise flulrofois elle-même, plus indulgente sans doute que le Dieu terrible , puisqu'elle n'était occupée qu*à l'apaiser, qu'à adoucir par les rigueurs canoniques la sentence du souverain Juge, et qu*elle ne punissait ses enfants que comme une mère ; l'Eglise elle-même, pour un seul crime, imposait autrefois de longues années de travaux et de pénitence : et quelle pénitence, mes frères ! des larmes abondantes, des jeûnes continuels, des humiliations publiques, des austérités étonnantes, des prières longues et fréquentes, la cendre et le cilicc, la séparation de l'autel, de la société des fidèles et de tous les plaisirs. Et quelles seront donc les peines que la justice divine exige ici-bas elle-même de l'ftme impure et criminelle, n la tendresse et la compassion d*une mère nous paraît si sévère ? quelle sera donc la sévérité d'un Dieu offensé lui-même? ^

« Je le répète donc, mes frères , quelle que puisse être votre pénitence, ah ! vous resterez toujours inuniment redevables à la justice divine : quelque zélé pénitent que vous puissiez être, vous avez donc besoin que TEglise supplée pour vous : il faut donc que ses ? races viennent au secours de votre faiblesse, et qu*clle offre h Dieu les mérites de Jésushrist et de ses saints, pour remplacer les défauts des vAtres. Donc, mes frères, en faisant même tous vos efforts pour satisfaire à la justice de Dieu, les grâces que l'Eglise vous accorde encore en ce temps vous seront infiniment utiles : vous y trouverez cette égalité de réparation à laquelle vous n'auriez iama s su vous-mêmes atteindre : vous y verrez remplie, par l'abondance des mérites qu elle vous applique, cette distance infinie que vos crimes avaient mise entre le Seigneur et vous, et que des siècles de pénitence, quand vous les auriez vécus, n'auraient pu remplir eux-mêmes.

« Aussi, mes frères, rien n'est plus opposé à l'esprit de la foi et de la saine doctrine

3ue cette fausse science qui se persuade que les grâces de TEglise, au fond, servent* à peu e chose : qu'elles nous laissent les mêmes obligations devant Dieu ; qu'elles ne rendent pas notre condition meilleure; et qu'un pécheur vraiment pénitent, quand même il n'y participerait pas, est tout aussi avancé aux yeux du Seigneur qu'un pécheur pénitent qui 7 participe : c*est une erreur que l'Eglise a frappée de ses anathemes; iniurieuse au sang de Jésus-Christ, et désespérante pour la faiblesse des HJèles. A la vérité, TEglise ne prétend pss nous dispenser de la pénitence, puisque l'Evangile nous déclare que sans la pénitence il n'y a («oint de salut ; et que l'ordre immuable de la justice divine, que le péché a troublé, ne peut être rétabli que par les peines qui lui sont dues ; mais rEgfise voyant , ou que notre faiblesse nous en interdit presque tous les exercices laborieux qu'elle imposait autrefois aux fidèles, ou que ceux même que notre faiblesse nous permet encore d'accoinpiir ne sauraient jamais répondre à la multitude et à l'énormité de nos crimes, elle y supplée par Tabonaance de ses trésors. Semblable à cet économe prudent et charitable, elle oous remet la moitié de la dette que nous n'étions pas en état d'acquiUer, et nous fait ^rire cinquante où nous en devions cent ; et c'est également s'éloigner de son esprit, et blasphémer le don de Dieu, que de regarder ses grâces, ou comme inutiles à la faiblesse, uu comme favorables à l'impénitence.

Deuxième réflexion.

• £o effet, j'ai dit, en second lieu, qu'elles sont les secours de la pénitence ; et voilà

«75 INTRODUCTION, n

pourquoi, mes frères, ce temps Je propili.-ilion doit être un temps de consolation pourlei âmes pénifenles. Car une des plus grandes amertumes de la piété dans les Ames fidèles, r*est de voir, en repassant devant Dieu les égarements de leurs mœurs passées, que leurs passions avaient été vives, ferventes, conlinuelles ; qu'elles avaient poussé les plaisirs aussi loin que la corruption avait pu le souhaiter ; et que leur pénitence a été faible, languissante, imparfaite : ce souvenir les trouble et les alarme; la vue des jugements de Dieu, si inconnus et si terribles ; la sévérité de sa justice, si différente de la nôtre ; Texemple même de tant de s»ints pénitents, qui, après des mœurs bien moins criminelles que les nôtres, se sont cnicifiés tout vivants avec Jésus-Christ par les austérités les plus étonnantes; tout cela les jette dans la consternation et dans le découragement. On doute de la sûreté de son état; on croit que la pénitence passée n*a été qu'une illusion ; on perd la paii et la confiance, qui est tout le soutien et toute la consolation de la piété; et souvent de rabattement on passe à une dangereuse paresse.

« Or, TEglise, dans les grAces qu^elle accorde en ce temps à ses enfants , offre une res« source aux inquiétudes et aux doutes des Ames fiilèles et pénitentes, et prétend suppléer aux défauts de leur pénitence i car, qoelc^ue sincère qu'elle ait été, il est presque inîpossible qu'il ne s'y soit mêlé mille imperfections.

«Premièrement, du côté de la sévérité. Hélas 1 notre pénitence est toujours mMée de mille sensualités qui la souillent, qui nous en font perdre presque tout le mérite; et souvent, loin d'expier les mœurs passées par les violences et les retranchements de la piété, tout ce que nous y pouvons faire, c'est d'expier les relâchements et les affaiblisse* nients de la pieté même. L'Edise vient donc h notre secours : elle remplit les vides de notre pénitence ; elle couvre de la charité et du sang de Jésus-Christ la multitude de nos relâchements et de nos faiblesses ; et sans avoir égard aux défauts de nos satisfactions, elle veut bien en accepter l'imperfection, et fournir du sien ce qu*elle trouve de moins à nos peines.

« Secondement, du côté de la ferveur et de la vivacité. Oui, mes frères^ nos pénitences soMt accompagnées de tant de langueur et de dégoût; loin d'entrer avec une sainte fureur dans les intérêts de la justice de Dieu contre nous-mêmes; loin de nous^rmer d'une indignation de pénitence et de sévérité contre une chair qui a été la source et l'occasion de tfius nos crimes; loin de venger, avec une sainte complaisance, sur notre corps, les dom* mages qu'il a causés h notre Ame; loin de goûter, dans les larmes et dans les çémisseoieuts do Ta pénitence, cette sainte ivresse qu'on avait trouvée autrefois dans les plaisirs injustes; hélas! les plus légers sacrifices que nous faisous & Dieu nous coûtent tant; nous nous les disputons si longtemps h nous-mêmes; nous y portons tant de répugnance et d'éloignément; nous payons de si mauvaise grAce, si j'ose parler ainsi, que la manière languissante dont nous apaisons la justice de Dieu sur nos crimes passés devient souvent un nouveau iTime elle-même. Tout ce que nous faisons pour Dieu nôa3 lasse et nous dégoûte. Les plus jitôtes mêmes , dans te cours de leur pénitence, sentent si souvent leur cœur prendre les intérêts de la chair contre ceux de Tesprit; leur componction s'affaiblir, l'horreur des crimes passés s'elfaccr presque; le souvenir des bienfaits de Dieu ne réveiller plus quefai* hiement leur reconnaissance : rien n^st si commun qfue les langueurs et les affaiblisse^ inentsdo la foi dans les œuvres laborieuses de la piété. Les commencements de la pénitence sont vifs d'ordinaire; mais insensiblement ces mouvements de grAce s'affaiblissent; les objets des sens, qui nous environnent, émoussent la force de ces impressions de salut : nos misères passées nous trouvent moins sensibles; l'esprit même, naturellement incapable dn fixer longtemps son attention sur ce qui l'attriste et lui déplaît, s'en éloigne comme malgré nous, et alors, n'étant plus soutenus par une componction vive, par une reconnaissant* sensible, par les transports d'un cœur touché et à qui rien ne coûte, nous nous traînons dans les voies de la pénitence; nous murmurons, comme les Israélites, d'avoir à marcher si longtemps dans les voies arides et désagréables du désert ; nous nous plaignons de riusipidité du don de Dieu; nous regrettons peut-être en secret les viandes de l'Egypte.

Or, tous ces découragements secrets, tous ces affaiblissements invisibles de foi et de grAco, si inévitables h la piété même !a plus Qdèle, diminuent devant Dieu le prix et le mérite de notre IN'niitence. 11 rabat, des satisfactions que nous lui offrons, tout ce que nous rabattons nousmêmes delà ferveur etde l'amour aveclesquels nous lesdevrions offrir ;car il ne regarde pas les dons, il ne regarde qae le cœur; il ne nous tient compte qu'à demi des travaux dont nous re* tranchons le zèle de la pénitence, qui seule les lui rend agréables. Mais comme ces défauts sont presque inséparables de la nature faible et corrompue, le Seigneur, toi^oars riche en miséricorde, et qui no veut pas la perte de sa créature, mais son salut, a laissé à son Eglise des ressources et des remèaes contre les langueurs de la piété et de la pénitence même. Il veut qu'elle accepte l'imperfection de nos sacritices ; qu'elle ferme les yeux aux infidélités que nous y avons mêlées; qu'elle ait plus d'égard à la sincérité de nos intentions qu'à la médiocrité do nos œuvres, à la faiblesse de notre nature qu'à celle de notre foi, et qu'elle nous admette au nombre de ces pénitents heureux qui ont terminé la carrière qu'elle leur avait marquée; qu'elle nous rende la participation des autels et des mystères saints, dont nous nous étions privés iiar lios crimes ; qu'elle nous rétablisse dans tous les droits dont le péché nous avait fait déchoir, et qu'elle répande les mérites et les trésors dont elle est d4^po$itaire, et sur les souillures de nos crimes, et sur les langueurs nr.êmes de notre pénitence.

ITT INTIiODUCI fON. 178

• EuGn, une troisième sorte d'imperfection, que nous mêlons presque toujours h nos pénitences» se prend du côté de Tintention. Nous ne sommes pns, à la vérité, du nombre do (•PS hypocrites qui ne font leurs œuvres que pour s'attirer les regards et les louanges publiques; qui sonnent de la trompette pour ne pas perdre devant les hommes le mérite de /iMjrfertu; qui n^aiment de la (nété que la réputation et le spectacle, et qui ne sont que les pénitents du monde et de la vanité.

c Cependant, quelque sincères que puissent être d'ailleurs nos intentions, iî entre dans nos œuvres laborieuses de pénitence et de miséricorde tant de complaisances humaines ; nous n'agissons pas pour être vus des hommes, mais nous ne sommes pas fâchés que tes hommes nous voient agir; nous ne nous proposons pas les applaudissements publies comme la récompense de notre piété, mais nous ne trouvons pas mauvais qu'elle soîtapplirudir; nous ne voulons plaire qu'à Dieu seiil, mais nous ne laissons pas d'e compter pour beaucoup de plaire encore au monde; nos premiers regards sont pour le ciel,. mais hélas I quo nous en jetons encore sur la terre! que de retours intéressés sur nous-mêmes î que de préf^'rences secrètes des œuvres qui nous font admirer à ceMes qui ne feraient que nous purifier! que de recherches imperceptibles de notre propre gloire! que d'attentions cachées sur tes jugements humains! que de singularités de vertu, où nous ne trouvons rien de plus agréable que >a singularité elte-méme qui nous fait remarquer et qui nous distingue! Nous croyons souvent que c'est l'amour du Seigneur qui nous soutient dans In retraite, dans la séparation des plaisirs et des sociétés mondaines, dans le retranchement des parures et des indécences que le monde autorise; hélns! et c'est l'amour de nous-mêmes; et c'est un secret plaisir de n'être plus faits comme les autres, de réveiller laltentidn des hommes par il(*sœuvresnK»rquéeset singulières. Peut-être nous plairaient-elles moins, si tout lemondo suivait la môme voie que nous; peut-être les trouverions-nous dégoûtantes et insupportables, si rexen4>]e public nous les i^eidait nécessaires; si, la multitude choisissant les mêmes mœurs, nous nous trouvions confondus dans la foule; si nous ne pouvions plus nous (lire tout bas à nous-mêmes que nous nous interdisons des plaisirs que les autres se permettent sans scrupule, et si ce parallèle secret ne soutenait notre amour-propre, et no nou& dédommageait des amertumes de la piété.

« Hélas, mes frères! je le répèle, l'orgueil entre si imperceptiblement dans tout ce que uous faisons ; et nous nous retrouvons partout les mêmes. Or, ce )»eu de levain est capa-* Me d'aigrir et do corrompre toute la masse; ce fonds d'amour-propre, qui entre dans toutes nos justices , les souille et les flétrit. Le Dieu saint, qui pèse nos œuvres dans nolr^ cœuu inême, les trouve presque toujours infectées de ce venin secret, qui Leus ôtetune partie del*;ur poids et de leur valeur; il sépare rigoureusement ce que sa grflce y a mis de divin d'avec ce que nous y avons mêlé d humain nous-mêmes, l'ouvrage^de l'Esprit saint d'avec louvrage de l'homme, le fruit de la charité du fruit de la. cupidité-: et souvent, après cediscernement sévère , après que la paille est démêlée du bon grain , il ne reste presque jHiinl de froment d'un côté , tandis quB de L'autre s'élèvent de grands monceaux de paille, < e>t-à-dire une multitude d'œuvces destinées à être consumées par le feu; et sans doute,. n'II nous jugeait sans misériiCorde, nos justices mêmes iburûiraieat la manière de ootre coudamnation.

«Voilè, mes frères, les souillures que les grâces de l'Eglise purifient. Le. sang de Jésus- Oirïsi, répandu par sa lil)éralité sur nos œuvres de pénitence, les rend plus pures et plus l»rillantes : il gi^rilles restes de plaies que les remèdes même efScaces de la pénitence ordinaire avaient comme lais>ées encore à demi ouvertes : c'est un féu sacré qui dévore et qui C'insume tout ce qui s'était mêlé d'humain et d'étranger dans notre sacrifice; qui épure Tor <ie notre charité et de notre pénitence, et qui convertit en un métal précieux la boue même, <i('mis infirmités et do nos misères.

« Telle est l'utilité des grâces de l'Ëglise. Si vous êtes pécheur, elles vous soutiendront 'iaijs le cours de votre pénitence; si vous êtes pénitent, elles en répareront les défauts ; si Vous êtes juste, elles en augmenterout le mérite ; si vous êtes faible, elles seront le secours de votre faiblesse; si vous êtes fort, elles seront la sûreté de vos forces; si vous êtes découf'gé, elles seront le soutien et Ta consolation de v.os peines. Enfin, quoi que vous soyez^^ ^ous trouverez ici ou le secours de vos vertus,, ou la facilité d'expier vos crimes.

Troisième ré/fexiofu

• il est vrai qu*une douleur abondante toule seule de vos olKîuses, et la vivacité du repentir, obtiennent ces grâces piécieuses, et qu'elles sont les récompenses de la seule com-« ftooction : troisième réflexion. En etfet, VEgtise, autrefois, dans le cours de la longue péôiti^iice qu'elle imposait aux fidèles retombés depuis le baptême dans l'égarement de leurs l*reiDière$ mœurs, n'avait égard, eu leur remettant une partie des peines canoniques, dit ^int Cyprien, qu'à la grande douleur qu'ils faisaient paraître de leurs fautes. Ainsi, quand ^ie trouvait, dans le nombre des pénitents publics, certains pécheurs plus touchés que les autres de leurs chutes, plus fervents dans les exercices hhorieux de leur pénitence, plus i^oélrés de la crainte des jujçements de Dieu, plus humiliés de leur faiblesse, plus ardents |iiur le bienfait de la réconciliation, plus coutrtstés de leur état d'humiliation, de sépara-, tioo et d'anathème, alors l*Ëglisc, sur les traces de l'indulgoucc de l'Apôtre envers rinces-

tueux de Corinlhe« de peur qu*une tristesse trop profonde et trop abondante n'abatttt M ne décourageât ces pénitents brisés de coinponctioD, abrégeait leurs peines, se relAchait de sa «évéritét leur avançait la grAce de la paix et de la réconciliation , et récompensait les larmes et la vivacité de leur douleur en leur rendant la société des fidèles , la participation aux prières de leurs frères, la communion de Tautel et des sacrifices, et enfin tous ces droits dont la grâce du baptême les avait mis en possession.

ff C'était la distinction toute seule de leur douleur et de leur repentir qui leur attirait celte distinction de grâce et d^indulgence ; il fallait qu'en peu de jours ils eusseot rempli, par l'abondance de leur componction , les longues années que leur carrière devait durer; autrement! dit saint Cyprien, lorsque l'inconsidération des prêtres ou la trop grande facilité des martyrs accordait ces relaxations et ces grâces à des fidèles qui n'avaient pas donné ces grandes marques de repentir, leur réconciliation, dit ce Père, était une récoociliation fausse, dangereuse i ceux qui la donnaient, et inutile à ceux qui l'avaient reçue : Periculoia dantibus^ et nihil accipientibus profuiura (S. Ctpr.). C'était une grêle tombée sur un fruit pas encore mûr, et qui , loin d'avancer sa maturité i la reculait, ou l'eu rendait à jamais incapable,

« Or, quelles conséquences doit-on tirer de cette doctrine? La première» puisque les grâces que rÉ^ise répand en ce temps sur les fidèles ne sont que la récompense de la com- ])onctiou , les âmes qui ne portent au tribunal aucun sentiment de pénitence véritable ne doivent pas se flatter d'y participer; les âmes qui, après les horreurs d'une rie toute cri* roinelle, approchent des pieds des ministres sacrés avec un cœur sec, une conscience insensible, une volonté presque toute formée de revenir à leur vomissement, sont exclues de ce bienfait. Ce sont des cœurs endurcis, pour lesquels l'Eglise gémit; des enfants morts, qu'elle pleure, mais qui, loin d'entrer en société de ses grâces avec les autres fidèles, s'attirent une inaiédictioB d autant plus abondante qu'ils choisissent, pour profaner ses mystères et ses trésors, la circonstance où elle les répand avec plus de libéralité, et font de son indulgence même l^occasion de leur sacrilège et de leur ingratitude.

« Seconde conséquence : les âmes mondaines et sensuelles, qui ne paraisse?it empressées de tenir participer aux largesses de l'Ëglise que parce qu'elles les regardent comme des

pratiques extérieures auxquelles l'Ëglise semble attacher la parti cipation de ses grâces; qui n apportent au tribunal , pour toute douleur de leurs crimes, qu'une joie secrète d'y venir chercher le privilège qui les dispense de les pleurer et de les punir; des âmes si peu disposées à apaiser la justice de Dieu; si éloignées de l'esprit do I>énitenc0, qui seul peut attirer la grâce du pardon; si vides de foi et de charité; si indignes même de la grâce commune de la réconciliation, que viennent-elles chercher aux pieds des autels en ces jours saints? Ce sont là les asiles pieux des pénitents, et elles n'y portent

f)Our toute marque de pénitence qu'un désir charnel de s'en dispenser. C'est là Te lieu des armes et de la componction , et elles en font la ressource de la cupidité et de la paresse; c'est le prix accordé ou à la longueur du travail , ou au zèle qui voudrait encore le [)rolonger» et elles le regardent comme le signal du repos et l'abolition des œuvres laborieuses. Quelle illusion, mes frères! comme si des trésors qui ont pris leur source dans lesein'd*un Dieu mourant et crucifié pouvaient devenir eux-mêmes des titres de sensualité et de mollesse 1 comme si le fruit de la croix de Jésus-Cbrist ne devait être que l'anéantissement de la croix mêmel comme si le sans des martyrs et les larmes des îusies ne devaient demeurer en dépôt, entre les mains de I Eglise, que pour former des fidèles lâches et impénitents!

« Troisième conséquence : puisque l'Eglise ne prétend^ dans la dispensation de ses grâces, que récompenser la componction abondante des vrais pénitents; les âmes qui ne se vopentent que de bouche, qui, après toutes leurs promesses de changement, ont touiours vu leurs passions succéder et survivre à leur pénitence; qui n'ont jamais mis qu'un léger intervalle entre les sacrements et les rechutes ; qui ne portent pas à te pénitence une résolution sincère d'éloigner les occasions, de rompre les attachements funestes à l'innocence, d^ bannir les plaisirs incompatibles avec les devoirs, de fuir les liaisons et les sociétés qui servent d'attraitau vice, de prendre les mesures péniblespour vaincre leurs passions et expier leurs crimes; qui ne portent au tribunal que des propos vagues, des résolutions chance^ lantes, un cœur inconstant et irrésolu, plus déterminé par l'approche de la solennité à recourir au remède, que par la douleur de ses crimes ; ces âmes ne doivent rien prétendre aux largesses de l'Eguse : ce sont des animaux immondes revenus cent fois à leur romissementi dont elle déplore la destinée; mais qu'elle rejette de ses autels, et devant lesquels elle ne voudrait pas avilir les choses saintes.

« Enfin dernière conséquence : puisque c'est ici le prix des larmes abondantes» el d'une douleur nouvelle et singulière; ceux mêmes qui ne portent au tribunal qu'une horreur médiocre et fbrt commune de leurs crimes; qui ne sentent rien de vif, rien de nou^reau, rien de marqué; que les largesses abondantes de l'Eglise n'excitent point à des retours plus tendres sur les miséricordes du Seigneur, à des sentiments plus douloureux sur leur propre misère; qui ne sont pas plus réveillés par tout l'appareil touchant de ce temps dd

•grJce el de propîtiation ; qui ne laissent paraître dans leur repentir rien de singulier, rien (l'extraordinaire ; les pécheurs de ce caractère peut-être ne profanent pas le sacrement do la pénitence; mais doivent-ils prétendre aux grâces de surcroit que l'Eglise y accorde? ils reçoivent peut-être la rémission ordinaire attachée à la vertu de ce sacrement; mais que^ sais-je, s*iis reçoivent les relaxations singulières que TEglise y ajoute, puisque ces grâces et ces largesses ne sont destinées que pour consoler les grandes amertuuxcs de la pénitence, et pour en récompenser les larmes abondantes et la ferveur extraordinaire?

a Non, mes frères, si votre cœur n'est brisé d*une componction tendre et fervente; si la mesure de votre douleur ne répond à celle de vos crimes; si la vivacité de votre amour et de votre reconnaissance ne supplée au défaut des satisfactions que la faiblesse de la chair vous rend impossibles; si vos dispositions n*ont aucune proportion avec la grandeur du ))ienfait que l'Eglise vous accorde; si vous n*étes pas humilies et saintement indignés de Totre inGrmité et de votre impuissance; si vous ne vous reconnaissez pas commeindignes des grâces et de Tindulgence de l'Eglise; si vous ne sentez pas qu'eu égard aux abus presque continuels que vous ave/ faits de la grâce, vous êtes le pécheur le plus digne do sa sévérité et le moins on droit de prétendre à ses relaxations et à ses faveurs; si vous n'êtes pas résolu de faire, de votre côté, tous vos efforts pour apaiser la justice de Dieu; de lui sacrifier tout ce que vous pourrez prendre sur vous-même; de subir du joug de la pénitence tout ce que vos forces vous permettront d'en porter; en un mot» de plus consulter encore, dans vos satisfactions laborieuses, le zèle do la foi et de la pénitence, que ta. fai« blesse de la chair, l'Eglise vous exclut de ses grâces et de ses bienfaits. Ses ministres ont beau vouloir répandre sur vous ses grâces et ses faveurs, elles les rcprend,pour ainsi dire; et, désavouant en quelque sorte leur ministère» elle ne vous laisse pour partage que votre tiédeur et votre lâcheté.

« Voilà, mes frères, les dispositions» de foi et de pénitence où vous dev^ea entrer pour |tarticiper aux grâces de l'Eglise : et sans doute que vous y entrerez, mes frères, et que ce temps de propitiation sera pour vous un temps de salut; que les marques de repentir que vous portez au pied de Tautel ne seront pas inutiles; que cette terreur de pénitence qui paraît répandue sur vos visages annonce le changement de vos coHirs; que ce^ irapressions sensibles de crainte, d'espérance, de joie et de tristesse que l'appareil de ce saint temps fait sur vous, sont les préjugés heureux de l'abondance des grâces qui vont se réjiandre dans vos âmes.

• Conso!ez-vous donc, mes frères , puisque l'Eglise vous ouvre le sein de ses misérirordes; venez h l'autel avec confiance; et souffrez gue je vous adresse ici, en finissant, les mêmes })aroles qu'Esdras adressa autrefois aux Juifs assemblés dans le temple, après avoir excité en eux les sentiments de la plus vive pénitence, et les gémissements les plus touchants, en leur exposant les prévarications dont ils s'étaient rendus coupables, et promet-lant, pour consoler leur douleur, de leur rendre la participation de l'autel et des sacriOjoes^ Allez, mes frères , leur disait cet homme de Dieu touché de leur componction, et je vous le répète aujourd'hui dans une circonstance toute semblable; allez vous nourrir de cette viande divine gui renouvelle les âmes, et qui rend aux cœurs faibles et languissants leur force et leur vigueur : vous en avez été assez longtemps privés, ou par votre douleur, ou par vos crimes : allez vous enivrer de ce vin mystérieux, qui enfante les vierges, qui fait oublier le monde et toute sa vanité, qui renverse la raison mondaine, et substitue à sa place les nouvelles vues de la foi, oui excite de saints transports dans un cœur fidèle : ri'tournez à l'autel, dont vous avez été si longtemps séparés : allez vous réunira vos frères, et participer avec eux aux mystères saints; et rentrez dans tous les droits dont vous étiez déchus par vos crimes : Ite^ comedite pinguia^ et bibite mulswn (il Esdr. yiii, 10 et seq.).

• Dépouillez ces vêtements do deul et do tristesse : essuyez des larmes qui ont assez coulé : ce ne sont plus ici pour vous des jours d'affliction et d'amertume; c'est un jour d allégresse et de solennité; c'est le jour où toutes les srâces du ciel descendent pour vous ^ur la terre, et viennent encore purifier votre âme, et lui rendre sa première justice : El nodie conîristari^ quia sanctus dtes Dotnini est.

« N'oubliez jamais ce jour heureux : que la joie de rentrer en grâce avec le Dieu de vos pères vous tienne lieu de force et de courage; cjue les malheurs de votre vie mondaine tinis,que les inquiétudes et les misères de vos passions enfin terminées, que les remords aifrenx de la conscience apaisés; que les troubles de l'iniquité changés enfin en une paix Iraiiquiile, que les plaisirs du monde remplacés par la participation des mystères saints,, par le don de Dieu, parles consolations de la grâce; que cet état nouveau où vous allez *"ilrer console toutes les amertumes de votre pénitence passée : Gaudium etenim Domini t»t fortitudo vestra.

• Que les )oies des pécheurs vous deviennent insipides, que des crimes déjk pleures ne se [Tésenteni plus à tous que pour exciter encore vos larmes : cachez dans votre cœur^usc^ues ^ ia fin le trésor des erâces que vous aller recevoir, de peur que l'ennemi ne vous 1 enlevé ; jouissez longtemps du bienfait de votre réconciliation : portez devant Jésus-Christ au jour •l»* Mîs vengeances son sang que TEglise vous confie aujourd'hui, afin d'y porter le prix de V'»^ iniquités, l'abolition de vos dettes, le titre do votre immortalité et le droit do votre ic^t'uiptiuu éleruelle. »

183 INTRODUCTION. m

Voici maintenant un extrait du Mandement de Mgr Sibour, archevêque de Paris, à Toceasion du Jubilé et du Carême.

« Enfants bien-aimés et frères chéris, mettez tous vos soins, toute votre ambition, toole votre espérance h répondre à la voiide Dieu qui vous appelle, et à conquérir les bleus inappréciables auxquels il vous convie. Songez qu'il s*açit de votre salut, de votre éteroiié : et puisque nous avons tant d*ardeur pour les fausses richesses d*ici-bas, pour des trésors périssables et vains, incapables à tout jamais de nous rendre heureux, que ne devoosuous pas entreprendre pour les trésors et le bonheur du ciel 1

« Mais quelle est la voie que nous devons suivre, quelles sont les conditions que nous avons k remplir, pour gagner Tindulgence pléniôre qui nous est oiTerte, pour en recueillir ainsi, au profit de nos âmes, les salutaires effets 7

« Un des plus touchants et des plus admirables récits de TEvangile va vous rapprendre, nos très-chers frères, avec une éloquence bien supérieure è tout ce que la sagesse et le langage humain pourraient inventer.

« Vun de ces nommes, en qui le Sauveur du monde a repris souvent, avec son autorité divine, les vices d'intolérance et de dureté, d'orgueil et d'hypocrisie, un Pharisien en un mot, invita Jésus à manger chez lui. Jésus, le Sauveur de tous, accepte l'invitation : il veut, ce jour-là, entrer avec ses bénédictions dans la maison du riche, comme tant d*autres fois il se plaît k réjouir de sa présence la maison du pauvre. 11 se met donc à table avec le Pharisien.

« Or, voici tout h coup une personne trop malheureusement célèbre dans la ville, une femme de vie scandaleuse, qui entre dans la maison où était Jésus. Elle avait sans doute entendu Jean-Baptiste, sur les bords du Jourdain, s'écrier, en apercevant le Fils de Marie : Le voilà^ F Agneau de Dieu, celui aui aie le péché du monde! (Joan. i, 29.) Peut-être aussi avait-elle entendu cette autre parole de la bouche même du Sauveur : 0 vou$ tout, ut gémissez sous le poids du péché ou de la misère^ venez à mot, et je vous soulagerai MaUh. XI, 28.)

« Cette femme donc, accablée du poids de sa conscience et tourmentée de son ignominie, pressée surtout par le repentir, ayant su que Jésus était à table chez le Pharisien, j accourut. Elle porte un vase d'albâtre rempli d'une huile extraite des plus précieux parfums : symbole et de la divinité qu'elle venait a lorer dans Jésus, et de la grâce que Jésus allait répandre dans son cœur, en récompense de sa foi et de ses regrets.

« La voyez-vous, cette héroïque pénitente, elle n'a pas honte de recourir tout haut ï h miséricorde de Dieu, ni de pleurer publiquement ses péchés. L'amour de Dieu et de la vertu a pris la place, dans son flme, de l'amour du monde et des plaisirs. La grftce l'a déjà disposée aux nlus généreux sacrifices pour la réparation et l'expiation de ses fautes. Vous allez la voir, aans la ferveur de sa conversion, se livrer aux offices les j^lus touchants de la charité, à l'égard de l'humanité sainte du Fils de Dieu, préludant ainsi k ce que ce sentiment divin lui inspirera désormais pour les membres les plus humbles de sou corps mystique, nous voulons dire les pauvres, les malheureux.

« C'est pourquoi, selon l'admirable récit, où tout est véritable et symbolique en roême temps, elle se tient confuse, mais pleine d'espérance, derrière lui, k ses pieds. Dans la Téhémence de sa douleur, elle commence k les arroser de ses larmes. Puis, consacrant à l'exercice de la charité divine ce qu'elle a fait servir k de trop coupables vanités, elle les essuie avec ses cheveux. Enfin, elle baise ces pieds sacrés, elle y répand s^ parfums, le cœur rempli de plus en plus de ce nouvel amour qui, par son double regard k Dieu et à rhumanité, embrasse tous les devoirs de la vie.

« Jésus la contemple d'un œil plein de miséricorde et de douceur, sa bouche va s'ouvrir pour prononcer une sentence d'absolution et d'amour... Cependant le Dieu qui lit dans ie secret des Ames voit une pensée de contradiction dans le cœur du dur et incrédule Pbari* sien. Il se disait en lui-même : Si celui-ci était prophète^ certes il saurait quelle est cette femme qui le touche^ car elle est pécheresse.

« Jésus, cette fois, ne veut pas reprendre avec sévérité le Pharisien. S'il a été insensible k ce spectacle, peut-être ne le sera-t-il pas k ses divins enseigiiements. Il prend donc !a parole de c(*tte sorte : Simon^fai quelque chose à vous dire. — 0 ravissante douceur 1 Ene correction ainsi faite est bien digne du Dieu qui a voulu devenir notre frère pour nous instruire et nous remettre sur la route de nos destinées. — Et le Pharisien répona : Mailrtf dites.

« Alors Jésus lui propose cette parabole : Un créancier avait deux débiteun^ Fun detati 500 deniers d'or^ l'autre seulement cinquante. Comme ils n'avaient ni Pun ni t^autre de auoi poyerf le créancier leur fit remise de la somme à tous deux. Dites-moi donc lequel des deux l'otme le plus ? Simon répond et dit : Je pense que c'est celui à qui il a remis davantage.

« Le créancier, c'est Dieu, vous le comprenez, nos très-chers frères; les deux débiteurs sont seulement le Pharisien et Madeleine la pécheresse ; où plutôt, c'est nous tous qui sommes plus ou moins redevables k la justice divine, mais, hélas 1 tous également insolvables. Or, Dieu mesure sa miséricorde sur l'étendue de notre amour, manifesté par les œuvres, comme nous devons nous-mêmes mesurer notre reconnaissance sur la grandeur de sa miséricorde. Avant le pardon, plus nous aimerons et plus il nous sera remis; après le pardon, plus il nous aura été remis, et plus nous devrons aimer.

ISS INTRODUCTION. tSG

« Ainsi rhôte de Jésus a parfaitement répondu au dirîn Maître.

« Vous avez bienjugét réplique le Sauveur du inonde. Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon : Comparez-vous maintenant avec cette femme^ l'objet de vos mépris^ et voyez combien elle m'aime plus que vous ne m'aimez. Je suis entré dans votre maison pour vous

na cessé d'embrasser mes pieds. Tous fCavez pas oint ma tête d'une huile de parfum^ comme on le pratique vis-^-vis a un hôte honorable^ tandis qu'elle vient d'arroser mes pieds des parfums tes plus riches et les plus doux. C'est pourquoi^ je vous le dis : beaucoup de péchés lui sont pardonnes^ parce qu'elle m'a beaucoup aimé. Cessez donc de vous préférer^ dans votre pensée à cette femme^ et n'estimez pas impure celle que ma yràce a déjà purifiée,

« Alors il ait à cette femme : vos péchés vous sont remis.

« Et ceux qui étaient à table avec lui commencèrent à dire entre eux : Qui est-il donc pour remettre aussi les péchés î

« Or, Jésus dit encore à la femme : Votre foi vous a sauvée ; allez en paix. [Lue. vu, 36 et suiv.)

« Voilà une indulgence plénière accordée par Jésus-Christ lui-même à la foi, au repentir et à l'amour : Remittuntur tibi peccata; et les fruits qui en naissent sont la paix du cœur, la joie de la conscience, la satisiaction de la passion vaincue, le bonheur de la vertu reconquise, et les espérances du ciel retrouvées : Vade in pace.

« Que la foi et le repentir vous conduisent ainsi aux pieds de Jésus, nos très-chers frères, et si vous voulez que beaucoup de péchés vous soient remis, aimez beaucoup ; aimez Dieu par-dessus toutes choses ; aimez vos frères comme vous-mêmes.

« Plus tard, si Dieu nous donne un peu de force et de loisir, nous vous ferons connaître en détail les devoirs qui découlent de cet amour pour lé chrétien, pour le citoyen, en développant, comme nous Tavons promis, à Toccasion de notre dernier Mandement, un autre décret du concile de Paris, qui rappelle et sanctionne toutes ces obligations de la vie chrétienne et sociale*

« £n attendant au*il nous sufllse, dans cette simple et courte instruction, de vous )o redire : C*est par 1 amour gue nous gagnerons le Jubilé ; c'est par l'amour que nous mériterons le pardon et la miséricorde ; c*esl par l'amour que nous désarmerons la justice divine, que nous attirerons les regards de l'éternelle bonté ; c'est par l'amour qiie nous toucherons le cœur de Dieu, que nous le porterons à nous traiter en père, à oublier nos fautes et nos ingratitudes, à nous combler de ses bénédictions et de ses grâces.

« Allumonsdoncennous la flamme divine de la charité. Qu'aucune autre affection illégitime ne vienne eu prendre la place. Elle puriGera nos mœurs de leurs souillures. Elle y brûlera, elle y consumera tout ce qu'il peut y avoir, non-seulement de vicieux, mais de trop humain et de terrestre. Elle transformera notre vie, en un mot, et eu fera une vie toute céleste.

« Quel admirable exemple de cette transformation n'a rez- vous pas vu dans la sainte pécheresse de l'Evangile ! Entrez donc dans ces dispositions. Rivalisez avec elle d'amour et de repentir. Alors rion ne vous coûtera, aucun sacritice ne vous paraîtra pénible. Tout, au contraire, vous deviendra doux et facile. C'est le miracle que produit toujours dans les ftmes cette fille du ciel, la divine charité.

« Qu'elle échauffe donc, qu'elle embrase tant soit peu nos Ames, et nous irons, sans hésitation et sans respect humain, à l'exemple de Madeleine, nous jeter aux pieds de Jésus- Christ, dans la personne de son ministre. Nous irons lui faire l'aveu de nos faiblesses et de nos remords ; nous irons déposer dans son sein paternel les inquiétudes, les troubles, les peines de notre conscience ; et nous y retrouverons la consolation, la paix et la joie du cœur.

« Nous viendrons nous nourrir, dans les temples sacrés, du pain de la divine parole qui nous y est distribué avec plus d'abondance et ue zèle dans ces jours bénis. Nous nous dis-

K oserons à la réception des sacrements, ces sources fécondes de la grAce et de la vie. ous observerons le plus Gdèiement possible les prescriptions de l'Eglise, notre mère. Nous nous associerons aux soufii*ances, à la passion de l'Homme-Dieu, de notre aimable et tendre Sauveur, afln qu'après avoir partagé son calice d'amertume; après avoir, comme lui, retrempé notre Ame dans la pénitence, le recueillement et la prière ; après nous être ensevelis à sa suite dans le tombeau et être morts à nous-mêmes, à notre orgueil, à nos convoitises, au péché et à la nature corrompue, nous en sortions avec lui régénérés et vivant d'une vie toute nouvelle, au grand jour de la résurrection et du triomphe. »

(Voir aussi ce que dit Bourdaloue, plus bas, chap. 11).

Nous ne répondrons qu'à une seule objection plus souvent présentée. Mais, dit-on, la première indulgence qui fut publiée solennellement dans le onzième siècle, n'a-t-elle pas été un évident relAchement de l'ancienne discipline, en flattant trop la sensualité des [»écbeurs, et leur donnant la confiance de pécher sans scrupule ?

KiF. —Pour voir que celte indulgence du onzième siècle ne fut pas Tcffet du relûcho-

187 INTRODUCTION. m

ment do TEglisc, il no faut c(Ue considérer la conduite que le Pane d'alors (1) tint dans toute la suite de cette alfairo. Les fidèles se figuraient alors qu ils avaient pleinement satisfait pour leurs péchés* dès qu'ils les avaient confessés, sans aucun changement dans leur manière do vivre. Le Pape, pour les désabuser, entreprit de rétablir les satisfactions anciennes pour chaque péché scandaleux, particulièrement pour le concubinage et pour la simonie. Voulant obvier à toutes les excuses que différents particuliers pourraient alléguer, il fit la loi générale, et n'en excepta pas les plus grands seigneurs, ni les pruices même.

Anselme, évoque de Luques, fut le premier condamné et déposé, pour avoir reçu Tinvestiture de son évôché des mains d'un prince qui était excommunié. Le prélat s'y soumit, et fit une pénitence aussi longue qu'elle fut exemplaire. Pour obéir au Pape, il entra dans un monastère où il prit l'habit de religieux en Tordre de Cluny ; et le Saint Père content de sa soumission, plus encore de sa ferveur dans une si rigoureuse pénitence, le rétablit dans son siège, en lui remettant tout ce qui lui restait de peines à expier. Telle fut \t I^remière indulgence de ce xi* siècle. Y a-t-il en cela la moindre apparence de reUclicment dans l'ancienne discipline, dont les hérétiques puissent se prévaloir? C'est cependant ce qu'ils nous objectent, et le reproche qu'ils nous font en citant l'indulgence du XI' siècle.

Un autre évêque de Bamberg fut déposé et relégué dans un monastère pour avoir obtenu son évèché par simonie, et n'y fut rétabli par les voies canoniques, qu'après avoir accompli la longue pénitence qui lui avait été imposée. Où est encore le reiflchement de l'ancienne discipline, que les protestants croient trouver dans l'indulgence de ce onzième siècle; puisaii'elle ne fut accordée à cet évêque, qu'après qu'il eut expié sa faute? Jamais la primitive Eglise eut-elle de plus grands exom()les d'une sainte sévérité? N'est-il pas évident que les indulgences que l'Eglise a toujours accordé;es depuis aux mêmes conditions, ne peuvent ni introduire ni autoriser aucun désordre qui favorise la lâcheté des pécheurs, pour éviter, & la faveur des indulgences, de satisfaire par eux-mêmes à la justice de Dieu?

La croisade où ce saint Pape prêcha lui-même la guerre sainte contre les infidèles, montre évidemment la persuasion où étaient alors les chrétiens, qu*il faut faire pénitence I>our obtenir par le moyen des indulgences le pardon de ses péchés ; puisque trois cent raille hommes s'y enrôlèrent, et que l'indulgence ne leur fut acccordée qu'à cette condition ; de sacrifier leurs biens, leur repos, leur personne, leur vio même au recouvrement de la terre sainte. Cela valait bien sans doute sept ou dix années de la [)lus sévère pénitence dans une vie d'ailleurs assez tranquille, sans sortir de chez soi et sans counr aucun risque.

Que les hérétiques et les libertins ne nous disent donc plus que les indulgences fomentent le relAchement des fidèles, en les autorisant à ne vouloir faire aucune nén'tencc. Tous les papes qui depuis en ont accordé jusqu'à nos jours, y ont toujours attactié la contrition du cœur, la confession des péchés, la réforuialion des mœurs, l'aumône, le jeûne, la prière et toutes les autres œuvres satisfactoires : et tout homme de bien sensé qui en jugera sans prévention, les regardera toujours, au contraire, comme le plus efficace moven de renouveler parmi les fidèles l'esprit de la pénitence. C'est donc se conformer à 1 ancienne discipline de l'Eglise, aue de relâcher aux pécheurs contrits une partie des pénitences qu'ils auraient mérité ae faire, en leur accordant des indulgences, et non pas en abolir la pratique (2).

IV* Question. — Vindulgence décharge-t-elle au moins de la pénitence imposée par le confesseur (3) ?

«Si le confesseur, dit Mgr Bouvier, avait imposé pour pénitence une chose déik prescrite par le droit naturel ou positif, comme de quitter une occasion prochaine Je

Séché, d'assister à la messe, de jeûner ou de garder l'abstinence un jour d'obligation, il est ors de doute que l'indulgence n'en pourrait exempter; il n'y a, sur ce point, aucune contestation. Si, au contraire, il s'agit d œuvres pieuses imposées arbitrairement au pénitent par le confesseur, comme un moyen de lui faire expier le passé, ou de le préserver do nouvelles rechutes, beaucoup de théologiens soutiennent que l'indulgence pléniëre, bien

, pénitence

appuyée sur les fautes passées, aussi bien que la pénitence vindicative, tellement que,

s il n y avait point eu de fautes commises, on ne pourrait strictement l'imposer comme

un moyen préservatif : l'obligation de l'une doit donc disparaître avec l'obligation de j autre*

« De bons auteurs, et en assez grand nombre (4), sont du sentiment contraire, principa-

(1) Cregoire VII, lllklelirand Aiit pape en 1073. (3) Voir ce que dit \ cei égard MiixiaMIi. cli. 5.

(2) Daniel, pag. 410, lll* vol. (l) CoUcl, p. 40. Le P. AlcxanJro, règle Ml.

189 INTRODUCTIOri* 190

leineol pour ce qui regarde les pémlences médicinales : nous avouons que nous pensons couune eux» et nous ne croyons pas que, dans la pratique, on puisse jamais autoriser le pénitent à manquer de lui-même aux œuvres que lui a prescrites le confesseur, sous prétexte qa'iï a ga^ué ou qu*il va gagner une indulgence plénière. Car, l*" selon Tespritdn concile de Trente (l)etrenseignea>eDt des théologiens» les pénitences imposées par le confesseur doivent être pronres, autant que possible, i punir le pécheur et h le préserver de nouvelles rechutes : or, 1 indulgence ne saurait produire cet effet ;2'' très^souvent, Tindulgenco plénière se réduit à une indulgence partielle, ou parce que la cause n*était pas suflQsante, et tlavis errata comme parlent les théologiens, ou pisirce que les conditions prescrites ne sont point aussi bien remplies qu'elles devraient Tètre, ou par ces deux causes réunies, ou par r|iielque autre raison a nous inconnue ; on ne peut môme jamais se promettre sûrement que 1 on a obtenu ou que Ton obtiendra l'indulgence plénière dans toute son étendue : comment donc trouverait-on en elle un motif suffisant pour omettre la pénitence? Après tout, Topinion des théologiens que nous avons cités n*ést que probable, et la pénitence sacramentelle est de précepte divin ; quelle est Tâme soigneuse de son salut qui voudrait, sur de simples probabilités, omettre un précepte si formel ? Les plus sages confesseurs ne seraient pas sans inquiétude, s'ils voyaient leurs pénitents suivre une telle pratique. D*ailleurs, ta pénitence imposée au saint tribunal devient partie intégrante du sacrement ; elle doit donc être toujours accomplie, à moins qu'elle n'ait été changée ou modifiée par le confesseur lui-même, ou par un autre confesseur, suivant les principes de la saine théologie. » Liguori fLiv. 6, n. 519) pose la même question, et la résout en disant « qu'il ne peut plus y avoir ne doute à cet égard, puisque Benoit XIV, dans son Encyclique inier prœteritas^ taxe de relâchée^ (fimprydenle^ l'opuûon de ceux qui prétendent que le confesseur peut n'imposer aucune pénitence, et dit que seulement il peut l'infliger moindre. »

Y'OvESTiON.— Que/ est le sens de ces mots que l'on trouve dans certaines btflles d'indulgences ^ De pœnitentiis injunctis, auxquels on ajoute quelquefois^ et injungendis ?

«Nous répondons, dit encore Hsr Bouvier,!* qu'il s'agit peut-être de la rémission de la même peine que l'on effacerait par la pénitence imposée, ou par celle qui devrait être imposée, en suivant la rigueur des canons ; ST que ces expressions, au témoignage de Suarez et du P. Théodore du Saint-Esprit, ne se trouvent dans aucune bulle d'indulgences plénières ; cependant, dans le sentiment de nos adversaires, il n'y a que ces sortes d'indulgences gui puissent autoriser à omettre la pénitence imposée par le confesseur; 3* les souverains pontifes, voyant qu'on abusait de ces formules, les ont supprimées ; ils ne s'en servent jamais actuellement. Plusieurs recommandent, au contraire, d'imposer une pénitence salutaire, selon la nature et la gravité du péché, injunctaj pro modo culpcs^ salutari pmnitentia. On ne peut donc, en tout cas, tirer aucun avantage de ces anciennes formules en faveur de l'opinion que nous croyons devoir combattre. » On peut voir, sur tout cela. Collet, o* 39, et la Théologie de Rouen^ t. IX, p. 35i. Voir et lire plus haut le chapitre Y.

Ce volume étant destiné non-seulement aux prêtres mais encore aux simples fidèles, nous ne voulons pas insister davantage sur ces questions controversées et nous renvoyons au Cours complet de théologie de M. Migne^ ceux qui voudraient connaître à fond les sentiments des théologiens.

Après donc avoir fait attentivement observer que, pour ce qui regarde la pénitence sacramentelle, tous sans exception sont d'accord qii'il ett plus sûr de Vaccomnlir intégralementf soit comme remède, soit comme précaution pour 1 avenir, soit à titre de reconnaissance, d'édification, soit enfin parles seuls motifs d'obéissance et de foi chétienne, nous rapporterons les principales objections théologiques et les réponses de part et d'autre, en laissant juge le lecteur.

Ob4.— Les prêtres, disent ceux-ci, imposent la pénitence de droit divin dans le sacrement; ils ne connaissent dans ce for intérieur d'autre juge que Dieu. Donc, do droit dtvin, doit ôtre subie la pénitence, et l'Eglise ne peut en dispenser.

Rép. — Oui, répondent ceux-là, à moins que (en tant que satisfactoire), elle ne soit relâchée et compensée, ' ' ' . . ^. * j î .-• j;..-

accepter des mains

tencedu prêtre, c

relie du péché : ainsi un riche pavant l'amende à laquelle est condamné un pauvre no

s*immiscc en rien dans l'arrêt qui la frappé.

Ow. — L'Eglise n'entend accorder Tindulgence qu'aux vrais repentants, vere pcsniteniibus ; or, on ne l'est pas si l'on ne veut faire de dignes fruits de pénitence et satisfaire h la

justice de Dieu.

Rip. — On est vraiment repentant lorsqu'on est dans l'intention d'accomplir tout ce qu'exige TEslise, interprète de la volonté de Dieu. En quoi la réception d'une indulgence répugne-t-elTe à cette intention T

Obj; — Les indulgences ne sont accordées, que sous la condition des pénitences saluiaires qui doivent être enjointes par les confesseurs : donc l'Eglise n'entend pas dispenser de 1»

nécessité de satisfiiire pour les péchés.

(I) Settioo &iv, cbap. &

Rftp. — Par ces pénitences, etc., les papes n'entendent pas évidemment ces satisfifctious qui, seules et sans te bénéOce de Undulgence qu'ils accordent, obtiendraient remise entière de la faute, car ils accorderaient et n^accorderaient pas de grâce. Cette formule, quand elle est employée, ne prouve qu*une chose, c'est qu^une partie de la dette est remise par la pénitence enjointe, et le reste par l'indulgence.

Obj. — H ne convient pas que tu demancies à un ami de payer pour toi lorsque tu ihîux payer toi-même. Dans un Etat bien ordonné le trésor public ne doit venir en aide qu auL vrais nécessiteux impuissants à ^e sufnr. Donc, etc.

Rfcp, — Il n'y a rien d'injuste et de honteux à supplier mon ami de payer, s'il le peut très-facilement, et si moi,ie ne 1^ peux qu'avec de grandes difficultés ; je ne luidemande^ pas à titre de justice, mais de grâce. A plus forte raison m'est-il permis de ne pas refuser fo secours qu'il daigne m'offrir. Telle est la condition de l'Eglise vis-à-vis de chacun de nous. Son trésor est intini, tandis que celui de l'Etat ne Test pas; celui-ci ne donnera que peu ua. rien aux pauvres si les riches l'épuisent.

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