ARTICLE U
EFFIGACrrÉ DE l'iNDULGENCB RELATIVEMENT AUX MOltTS.
11 se présente naturellement trois choses à examiner, savoir: si l'indulgence peut être appliquée aux morts; de quelle manière elle leur sert: et ce qu'il faut faire |K>ur la leur appliquer. Nous allons, en conséquence, diviser cet article en trois paragraphes.
§ I*'. — De Vapplication de l'indulgence aux morts.
Comment peut-on appliquer l'indulgence aux défunts, puisque n'étant plus en état de^ voyageurs, ils ne sont pluscanables de rien mériter? Nous répondons: Oui, Ton peut gagner les indulgences pour les fidèles défunts comme pour ceux qui vivent encore sur la terre, et l'Eglise peut leur appliquer les mérites surabondants de Jésus-Christ, de la sainte Vierge otdes saints ; mais avec celte différence, qu'elle applique aux vivants les indulgences |Mir manière d'absolution et de rémission de dettes, per modum absolutionis et remissioniê^ parce qu'ils sont encore' capables de contracter des engagements et de pécher, comme d'augmenter en grâce ; au lieu que l'Eglise n'applique les indulgences aux morts, oue par manière de soulagement, d'assistance et de suffrage, per modum sublevationis et suffragii. )»arce qu'ils peuvent au moins en ressentir encore les effets, par l'union qu'ils conservent toujours avec l'Eglise, et triomphante, et militante, dtnt ils ne cessent pas, pour être morts, d'ètrelesmembresetlesenfants. L'Egliseneleurapplique pas les mérites do Jésus-Christ et des saints, pour les faire croître en mérites et en grâces, puisqu'ils n'en sont plus capables; lUfiis pour abréger leurs peines. Et en effet, il est dit au second livre des Machabées, qui est reconnu pour un de nos livres canoniques, que c'm^ une pensée salutaire et sainte de prier pour les défunts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés (i), c'est-à-dire des peines qui leur en restent : et ce fut dans cet esprit que le pieux Judas Machabée Gt offrir le sacrifice pour ceux de leurs frères qui étaient morts dans le combat. Telle est aussi la doctrine au concile de Florence, de saint Thomas, de saint Bonaventure, comme de tous les théologiens catholiques. Et voici la raison que saint Augustin en a donnée :
Les tidèles vivants ne sont avec les défunts qu'un même corps de religion, par le lien d'une môme foi et d'une môme charité : ils peuvent donc les aider par leurs prières, ()ar leurs aumônes, par leurs jeûnes, par toutes les œuvres satisfactoires qu'ils ofireiit à Dieu à leur intention; et ce n'est que pour cela, disait ce saint docteur, au'à l'autel nous faisons mémoire des morts ; parce c]ue Dieu, par un effet de sa miséricorde, leur trausfère le mérite de ces actions de charité que l'on fait pour leur soulagement, à cause qu'ils ne peuvent plus se soulager eux-mômes. Or si les fidèles, selon saint Augustin, peuvent pendnut leur vie faire part de leurs œuvres de piété aux âmes de leurs frères défunts, è combien
J»lus juste titre l'Eglise ne peut-elle pas leur appliquer les satisfactions surabondantes do ésu^hrist et des saints? C'est ce que nous appelons gagner les indulgences pour les morts ; et cela roule sur la vérité du purgatoire, décidée comme un dogme et comme un article de la foi dans les conciles de Florence et de Trente. Saint Paul l'avait déjà établie jiar ces paroles: Celui dont T ouvrage brûlera, c'est-à-dire dont les péchés seront punis après la mort, souffrira de la perte : toutefois il sera sauvé, mais en passant par le feu (2).
Mais, disent les héritiques, remettre les peines que les défunts endurent, après cette vie, c'est proprement les absoudre après leur mort; ce qui ne peut se faire, sans exercer sur eux une sorte de juridiction. Or il est constant que le pape, nou plus que toute l'Eglise ensemble, ne peut plus exercer sa juridiction sur les morts, puisqu'ils ne sont plus de son ressort, ne taisant plus partie de l'Eglise visible dont seulement le Pape est le chef, pour la gouverner visiblement : il ne peut donc leur appliquer ces indulgences pour soulager ou pour leur remettre les peines qu'ils endurent.
On répond : Le Pape et toute l'Eglise n'ont plus à la vérité de juridiction prochaine, directe et immédiate, qu'ils puissent exercer sur les âmes du purgatoire, pour les délivrer
(1) Sancla ei salubris est cogtUilio pro dcfunclis (i) Salvus crit, sic lameii quasi per igaem (/ C'oi'* exorare, ut a pcccalis» boivaiilur {U ilach. xu iU). m, \o).
m INTRODUCTION. 194
juridiquement; mais iU ont sur eux une juridiction éloignée, indirecte et médiate, en ce i|irayârU une entière dispeusation du trésor spirituel dont nous parlons, composé des s^itisfactions surabonduntes de Jésus-Christ et des saints, ils en appliquent une partie aut âmes des défunts. Ainsi, les fidèles vivants sont, à proprement parler, Tinstrumont dont TEglise se sert pour communiquer aux morts l'indulgence qu*ils ne sauraient plus gagner |iiir eux-mêmes ; et elle ne leur est appliquée que par le suffrage des vivants. Mgr Bouvier va nous présenter les mêmes rëdexions, ou faits, avec plus de certitude. « 1* L*Eglise accorde des indulgences applicables aux morts : donc elle croit que les morts peuvent être soulagés par ce moyen.
« S* Ce que TE^lise fait actuellement n'est point une innovation ; elle Ta tixii de tout temps. Elle le faisait au xiir siècle, comme l'atteste saint Thomas (1). On en trouve des «exemples dans le xii' et dans le ix' siècle. Baronius rapporte, année 878, une lettre do Jean VUl aux évéques de France, par laquelle il accordait une indulgence h ceux qui étaient morts dans une guerre entreprise pour le bien de la religion. Si jamais on n'avait ouï |)arlor d'une telle indulgence, ou si Ion n'eût pas été persuadé qu'elle pouvait avoir lieu, le pafte Taurait-il accordée? Dans le cas qu'il l'eût accordée, les évoques n'auraient-ils l*as aussitôt réclamé?
« 3* Sixte IV condamna, en 1(^78, la doctrine de Pierre d'Osma, qui soutenait que le Pape ne peut ni remettre les peines du purgatoire, ni di>pen$er dus canons de l'Eglise iniverselle. Une proposition de Luther, contradictoire do la nôtre, fut condamnée par l,éon X, en 1520. Ricci avait renouvelé l'erreur de Pierre d'Osraa et de Luther, dans son $,vno<ie de Pistoie, en soutenant que l'application de l'indulgence aux morts n'était qu'une chimère. La bulle Aucturem fidei (2) condamne cette proposition comme fausse, téméraire, offensant les oreilles pieuses, injurieuse aux souverains pontifes, à la pratique et aux sentiments de l'Eglise universelle.
« 4* Il est de foi qu'on peut offrir pour les morts le saint sacrifice de la messe, les prières, les aumônes et autres bonnes œuvres : or, l'indulgence, outre les œuvres pieuses qu'il faut faire pour la gagner, n'est que l'application des satisfactions de Jésus-Christ et des saints. Pourçiuoi ne pourrait-on pas la présenter à Dieu, à l'intention des morts auxquels on s'intéresse davantage et qui peuvent avoir besoin de soulagement ? Pourquoi une telle offrande no serait-elle pas propre à désarmer la justice de Dieu ? On n'en donne aucune raison. Concluons donc, en toute sûreté, que l'indulgence peut être appliquée aux morls. »
Obj. — Puisque l'Église romaine a tant à cœur les souffrances des flmes du purgatoire, pourquoi ne leur apiilicpe-t-elle pas une indulgence qui, chaque jour, les fasse toutes monter droit au ciel, au tur et à mesure qu'elles descendent soutfrir t Ne se rendelle pas coupable d'une cruauté indigne en en laissant souffrir une seule, ne fût-ce qu'un instant 7
Rêp. — Et pourquoi s'arrêter en si beau chemin ? Pourquoi Dieu lui-même ne les délivre-t-il pas? Ce qui équivaut, il est vrai, à ceci : Pourquoi celui qui, dans un état, a le droit de faire grâce, ne fait-il pas briser toutes les portes des prisons et .des basnes ? La réponse est toute simple : Le Pape, pas plus que les évéques, ne peuvent délivrer une âme du purgatoire sans des conditions, et la première c'est que la personne vivante gagne pleinement Tindulgeoce utile h cette Ame. Donc, faire la question ci-dessus, c'est deaianuer : Pourquoi le Pape ne forcc-t-il pas tous ceux qui veulent soulager les morts, ^ remiliir toutes les conditions exigées de Dieu? Pourquoi, ne leur donne-t-il pas une foi, une'cliarité parfaite? Ce qui n'est ni plus ni moins qu'une grosse absurdité.
L'Eglise agit sur ses enfants vivants d'une manière directe : elle leur pardonne, elle IcsabsouU elle les délivre, s'ils si^ rendent dignes do ces faveurs; mais elle n'agit sur les âmes du purgatoire qu'indirectement, par manière de suffrages; un chrétien au purgatoire a mwi dette à acquitter : TEglise ne lui donne pas directement de quoi se libérer, elle ne le peut pas; elle n'a pas juridiction, puissance sur lui; elle ne peut que lui transmettre ce »|ue ses frères de la terre auront économisé, amassé pour le délivrer. Donc si ces frères amassent peu ou f>oint du tout, elle aura peu, ou rien à lui transmettre de leur part. {Voir le paragraphe suivant.)
i IL — De quelle moniire V indulgence seri aux morts.
Pour les questions qui nous restent h examiner dans ce chapitre, nous citerons souvent Mgr Bouvier. Le savant et saint prélat s'expliquera aisément et nous pardonnera, nous eu avons l'assurance, ces larges emprunts, que nous n'avons pas voulu déguiser, ni menu.* prendre dans d'autres ouvrages qui ont fait do ses décisions une analyse décolorée, et moins concluante par conséquent. Nous répétons donc, une fois pour toutes, que sur certains points pratiques et plus controversés, nous le citons de loin en loin connue l'autoritr^ doctrinale la plus récente. Ce n'est pas seulement le théologien, le vicaire général parlant eu 1KS3, c'est un des princes de TEglise parlant à son diocèse en 1850. Li'guori (liv. 6, o. ysi et suiv.) peut être aussi consulté avec fruit.
« Les ûines des lidùlcs, détenues dans le purgatoire, quoique appartenant à l'Église, ne
(i; In i di«l., cap. 45, art. 3, q. 2. (2) N. 42.
19S INTRODUCTION. m
sont pins sous la juridiction ecclésiastique : lo Pape et les évoques ne peuvent donc, on vertu de leur autorité divine, les délier directement de leurs péchés ou de^la peine duo à leurs péchés. Par conséquent, ils ne peuvent faire que les indulgences leur soient appliquées per modum absolutioniSy conime aux vivants, mais seulement permodum golutioni» et $uffraqii; c^est-è-dire qu'en vertu de la concession faite par le Pape, le fidèle qui rempli! les conditions prescrites, offre à Dieu des satisfactions suffisantes, puisées dans le trésor infini de TEglisa, le prie d*y avoir égard dans sa miséricorde, et de remettre è TAme qu'il lui recommande la peine due à ses péchés.
« Mais Dieu accepte-t-il toujours le prix qui lui est offert, de sorte qu'une indulgence, appliquée aux morts, leur remette la peine due à leurs péchés, si elle est pléniëre :ou une portion correspondante ft l'indulgence, si elle est partielle?
« Lè-dessus les auteurs sont partagés : un grand nombre soutiennent raffirmative comme on peut le voir dans Ferraris (art. 3, n. 16) et dans Collet (pa^e 252).
« D'autres, aussi en grand nombre et très-estimables, parmi lesquels se trouvent Estius, Sylvius, Théodore du Saint-Esprit, le père Alexandre, Billuart, etc., prête» ient, an con* traire, que Dieu n'accepte les indulgences gagnées à l'intention des morts que par pure
spectatur appUcationis effectué^ intelligenddm esse tndutgêntiam cujus mensura divinœ tnûericordiœ beneplacUo et acceptationi respondei,
« Quoi qu'il en soit de celte discussion spéculative, on ne peut jamais être assuré d*avoir délivré une âme du purgatoire par le moyen do Tindul^ence, et cela pour plusieurs raisons: 1* parce que le premier sentiment n'est qu'une opinion plus probable, à là vérité, mais qui ne peut donner aucune certitude; 2" parce que, même (ians ce sentiment, il se trouve plusieurs raisons de douter si l'effet do l'indulgence a été produit tout entier; il peut arriver que la cause pour laquelle elle a été accordée ne soit pas suffisante, que celui qui veut la gagner n'ait pas les dispositions requises; que, par oubli, ignorance ou autrement, il omeite une ou plusieurs des conditions prescrites.
« De plus, comme l'indulgence ne remet point le péché, même véniel, quant à la coulpe, une âme qui aurait obtenu la rémission de toute la peine temporelle due h ses péchés pardonnes, ne serait pas pour cela délivrée du purgatoire; car elle pourrait avoir des fautes vénielles qui exigeraient encore de longues satisfactions.
« On peut donc regarder comme suspectes les indulgences qui promettent la parfaite délivrance d'une flme condamnée du purgatoire, et le savant Maldonat a eu raison de blâmer des inscriptions de cette nature que l'on a vues quelquefois sur des autels privilégiés.
« Au reste, si comme nous n'en pouvons douter, il existe des indulgences authentiques annoncées sous ce litre, elles se réduisent à une indulgence sufllsaute pour délivrer une flme du purgatoire, supposé qu^elle lui soit appliquée tout entière; par conséq^uunt, à une indulgence pléuière. Mais dès que nous ne pouvons savoir jusqu'à quel point l'application réelle de cette indulgence a lieu, notre observation demeure dans toute sa force.
« Ainsi un mort pour lequel on a souvent prié, fait des aumônes, célébré la sainte messe, gagné des indulgeices plénières, peut encore avoir besoin de noire assistance.»
1 111. — De ce qui est requis pour que Vindulgence soit appliquée aux morts.
« !• L'indulgence étant un acte de juridiction, dépend de la volonté du supérieur qui a le pouvoir de l'accorder. Dès lors, il faul, sous peine de nullité, ne pas aller au delà de ce que le supérieur a eu l'intention de faire. Ainsi, une indulgence accordée po r les vivants, n'est point applicable aux morts : c'est le seniimenl commun des théologiens. Pareillement, une indulgence accordée pour les morts, comme celle d'un autel privilégii^, ne peut être gagnée par les vivants pour eux-mêmes, ni leur être appliquée par un autre (1|. Si elle était déclarée applicable aux vivants et aux morts, on ne pourrait la gagner simultanément pour soi et pour un défunt. Cette confusion dans riatenlion ferait même que I indulgence ne serait appliquée ni h l'un ni à l'autre.
« 2* L'application de l'indulgence est un acte humain, qui suppose un choix libre : celui qui veul la gagner doit donc avoir dans Tespril une personne déterminée, et la recommander spécialement à Dieu. 11 pourrait, néanmoins, par des intentions secondaires, en avoir plusieurs en vue, et olfrir l'indulgence pour les unes au défaut des autres.
« Nous avons peine «^ croire qu'on puisse validement appliquer une indulgence accordée pour les morts, aux fidèles trépassés en eénéral, h ceux de lelie paroisse ou de telle famille, ni même aux âmes les plus abandonnées du purgaloire ; cette détermination parait hop vague. Toutefois, nous ne voudrions pas soutenir qu'une telle application fût sans vWi^U car on olfre bien ainsi le saint sacrifice de la messe. Il est au moins bien plus 5ûr d'avoir une intention précise. On pourrait sans diflicullé se proposer lo soulagement de l'Ante la plus abandonnée, de celui pour qui l'on est le plus obligé de prier, parce que Dieu les connaît, et qu'on les détermine suflisaminenl de celle manière.
(t) Ferraris, art. 3, n. 25 ci 2t.
« Pourrait-on remellre les indulgences que Ton gagne pour les morts entre les mains de I» sainte Vierge, la priant d'en faire rappliealion h qui elle voudra ? Nous ne connaissons aucune raison qui puisse autoriser ce mode d'application. » {Yoy. sur celle question»
ACTELS PBIVILÉGIÉS.)
r* Question.— FotiM'f être en état de grâce pour appliquer validement Vindulgence à un défunt?
• 1* L'état de grâce n'est point nécessaire pour que l'indulgence d'un aulet privilégié soit validement appliguée. La raison en est que cette indulgence n'entre point dans le prêtre, et ne dépend point de ses dispositions personnelles; elle est attachée à Toblation de i'aucçuste Victime.
• 2* §i le Pape, en accordant une indulgence pour les morts, prescrit la contrition et la confession, comme l'ont fait Innocent X, Alexandre VII et Innocent XI, l'état de grâce est requis: car une confession sacrilège ne remplirait pas les intentions du Pontife.
• 3* Communément les indulgences plénieres, applicables aux morts, ne se gagnent pas plus que celles qui ne sont applicables qu'aux vivants sans la confession et la communion, comme nous le dirons dans le chapitre suivant : donc l'état de grâce est ordinairement requis pour qu'une indulgence plénicre soit validement appliquée aux morts.
I V Mais s'il s'agit d'indulgences partielles, ou d'indulgences plénieres pour lesqueltcfs h confession et la communion ne sont pas prescrites, peut- on les gagner validement h l'intention des morts, étant soi-même hors d'état d'en profiter? Plusieurs théologiens lo nient : Collet {p. 253) est de cet avis, et ne donne cependant que des raisons de convenance. Le sentiment le plus commun, soutenu par Navarre, Suarez, Sylvius, Gobât, Lacroix, Bonacina, Billuart et une infinité d*autres, est que l'état de grâce n'est pas requis ; ces auteurs apportent pour raison que les œuvres présentes ne sont point la cause méritoire fieFindulgence, mais seulement des conditions pieuses dont l'accomplissement fournit à TEglise un motif suffisant pour l'accorder. Néanmoins, comme l'autre opinion est beaucoup )ilus sûre, les partisans même de la dernière conseillent de faire en état de grâce les œuvres auxquelles est attachée l'indulgence qu'on veut appliquer à un défunt (1). »
ir QtESTioN. — Peut-on appliquer l^indulgence à toutes sortes de morts ?
« 1* L'indulgence ne pouvant servir qu'aux âmes justes, il est certain qu'on ne doit pas essayer de la gagner pour ceux qui sont manifestement morts dans un état de réprobation; jMir exemple, dans l'acte même du péché, dans l'impiété avec obstination, dans le liberliuage sans vouloir se repentir. On ne pourrait pas davantaso chercher à rappliquer h (OUI qui sont morts dans l'infidélité, dans l'apostasie, dans le schisme ou dans l'hérésie formelle; les personnes dans cet état, n'étant point membres de l'Ëglise ou ayant cesse dT^tre en communion avec elle, ne peuvent participer à ses biens spirituels.
«2* Quant à ceux qui, sans appartenir au corps de l'Eglise, lui sont néanmoins unis par leurs dispositions intérieures, comme seraient cfe fervents catéchumènes qui meurent dans la foi et la charité, le sentiment commun est qu'où peut leur appliquer les indulgences. En cITct, on ofTre pour eux le saint sacrifice de la messe; on l'ofirirail même pour des infidèles qu'on présumerait être morts dans des dispositions saintes. Saint Ambroise le fit pour Terapereur Valentinien; Innocent 111 avertit l'évèque de Crémone de célébrer pour un lioinme rnort avant d'être baptisé. Pourquoi ne pourrait-on pas leur appliquer les indulgences aussi bien que le saint sacrifice de la messe ? (Ferraris, art. 2Ï, n*" 3 et 38.)
«3* Cajetan et quelques autres avec lui ont soutenu que l'indulgence applicable aux morts ne pouvait servir qu à ceux qui, pendant leur vie, ont mérité d'être secourus par ce moyen, en honorant les clefs de l'Eglise (2), en s'efforçant de soulager les morts, en tâchant <1e satisfaire pour eux-mênies à la justice ae Dieu : ce sentiment a été généralement rejeté. De graves auteurs cependant n'osent pas le regarder comme entièrement faux. .Tous conviennent que les âmes qui, pendant leur vie, n ont montré ni dévotion envers l'Eglise, ni I iété envers les morts, ni zèle pour acquitter leurs propres dettes, seront moins facilement >oulagées par l'application des indulgences. Il serait même' possible que, par un sévère jugement de Dieu, auelques-unes de ces âmes ne pussent nullement être soulagées dans certains cas parliculiers, et ne dussent sortir du lieu des supplices qu'après avoir payé jusqu'à la dernière obole (Matth. v, 26). De là, quel sujet de réflexions, de crainte et de irchiblenient pour nous !»(Mgr. Bouv.)
lit' QUESTION. — Lorsque Vapplication de l'indulgence est libre^ comme cela arrive souvent^ est-il plus avantageux de la gagner pour les morts que pour soi-même ?
«Au premier abord, il parait y avoir des raisons d'en douter,ou même de le nier : carunprineil>e reçu en morale est que la charité bien ordonnée commence par soi-même, et Jésus-Cnrist loue les vierges sages qui avaient refusé de partager leur huile avec les vierges folles, dans la crainte d'en manquer elles-mêmes. Toutefois, le sentiment contraire est le plus commun, et semble le mieux appuyé. Voici les principales raisons que l'on apporte en sa faveur:
« 1* On ne peut, il est vrai, sacrifier son salut pour sauver les autres; en cela la charité bien entendue commence par soi-même ; mais, hors ce cas d'extrême nécessité, il y a de la ^(''nérosité è préférer les intérêts du prochain aux siens propres. On n'j^ est pas toujours tcuu ; dans l'égalité, ou à peu près dans Tégalité de part et d'autre, il est bien [icrmis de son-»
(1) 1/abbc Gnitlois, p. 595, <lil à peu pics la même cliosc. (S) Fcrraris, art. 2, n. 58.
gor è soi (Fabord, et la charité ainsi réglée n'a rien de désordonné. Tel est le sens do l'axiome: Chariias btne ordinata incipitasemetipso. Mais celui qui, dans de pareilles conjonctures, s'oublie soi-inôine pour secourir son frère, fait un aclehéroiquedevantDieu et devant les hommes.
« 2* Nos intérêts bien entendus ne souffriront donc aucun préjudice réel de cette con-^ dnite; car, si nous perdons du côté de la peine qu'il nous faudra subir un jour, nous •cquérons, par ces actes de dévouement, des mérites qui nous élèveront en gloire daus la béatitude éternelle. Or, ce surcroît de bonheur dans le ciel remporte de beaucoup sur IV vantage qu'il y aurait d'être un peu moins longtemps dans le purgatoire.
« 3** Eu outre, les âmes dont nous aurohs accéléré la délivrance, ne nous oublieront pas dans le ciel; peut-être nous rendront-elles au centuple ce que nous leur aurons prôlé. Tout nous invite donc à avoir de la niété pour les morts, et à leur appliquer autant d*indulgences que nous le pourrons. (L*aDbé Guillois partage ce sentiment.)
«Il ne serait pas juste néanmoins de nous oublier totalement nous-mêmes, pour ne penser qu'aux morts. L'aumône, quand elle est faite sans discrétion, devient |:)rodigalité. Nous t»ourrions, partageant entre les morts et nous, gagner, tantôt à leur intention, et tantôt à la nôtre, les indulgences qui sont susceptibles de cette double application.
« Nous pourrions encore, par le moyen des intentions secondaires, nous appliquer directement ces indulgences, et vouloir que le fruit en fût reporté sur tel ou tel nîort, dans le cas oà nous n'en aurions pas besoin; mais, par ce procédé peu généreux, nous renouce-
divers mollis qui nous portent a estimer et a ga^jner les mauigences : t.6 premier, c est notre intérêt. Car enfin, les indulgences abrègent pour nous les peines du purgatoire, et quelquefois nous en délivrent entièrement. Or, qui pourrait ne point estimer et négliger
entretenu par la justice de Dieu elle-même, que ne ferait-on pas pour l'éviter, ou du moins, pour en diminuer la violence et la durée (2}1
Le second motif, c'est l'invitntion de l'Eglise. Cette tendre mère voit les besoins de ses enf .nts : elle leur présente les indulgences pour y subvenir ; elle leur en ouvre les trésors qu'elle leur al)andonne, pour ainsi dire; elle les presse d'y puiser, les assurant que l'usage des indulgences leur sera très-salutaire (3) ; n est-ce pas lui faire injure que de se rendre sourd à sa voix et do ne tenir aucun compte de ses pressantes invitations?...
n Voy, arl. CoxFnéaiF. des tri^passés, morts, elc. (S) Le feu du piirgaloire, selon les Pères de TEgliae, ne diffère poinl de celui de Tcnfer. Il .n été créé pour servir d*inslruiiieul à l.i vengeance divitic ; il a élé allumé par le souffle de la colère de Dieu. Il a la vertu de lourmcnler les esprits qui ne ««inl point revêtus de corps. A la vériiè, il n'est pas de foi que le feu dont il s'agit ici soit un feu réel et malériel ; mais c'est le sentiment le plus probable et le plus conforme à la tradition, c Le même feu, dit saint Tliomas, tourmente les damnés en enfer, et les justes en purgatoire; la moindre peine du purgatoire, ajoute-i-il, surpasse la plus grande peine qu'on puisse souffrir en celte vie. i Saint Augustin sVxprinie sur ce point de la manière suivante : c 11 est dit : i/ dera sauvé comme par le feu. Parce qu'il est dit : Il êcra sauvé, on méprise te feu. Il sera cependant pins insupportable que tout ce qu'on peut souffrir en celle vie. Vous savez combien les mécbants ont souflert et peuvent souffrir sur la terre, les hommes vertueux sont exposés au même son. Quels tourments les malfaiteurs ont-ils endurés, que les marlyrs n'aient pas souflerts pour Jésus-Cbrist, et quelle crnuparaison à faire eulre ces tourments et ceux dont nous parlons ! Vous voyez cependant que les honnnes f(»iu tout au moaile pour les éviter. A combien plus furie raison doivent-ils pratiquer ce que Dieu leur conHn«inde, pour échapper à ceux du pupijaloire ? i c Le feu du purgatoire, suivant le vénérable Uède, sera plus intolérable que tous les tourments de cette vie. i Ces parol's ne sont que la répétition de celles de saint Gésaire d'Arles : c Quelqu'un dira peut-être : Je me soucie peu du temps que je passerai en purgatoire, pcnirvu que je parvienne â U vie étemelle. Mais à Dieu ne plaise que Ton raisonne de la Siirle ! Tous les lonrnicnts de celte vie ne peuvent être comparés avec le feu du pui^ ituirc. Et qui s lit, «Tailleurs, combien il y res-
tera de jours, de mois, d'années ? On craindrait de mettre son doigt dans le feu : comment ne craindrait-on pas d^tre enseveli un temps considérable dans des flammes dévorantes ! i Ne croyons pas qu'il V ait dans la nature des peines suffisantes pour satisfaire la justice divine. Elle crée de nouveaux instruments qui nous font souffrir des lourments qu'il ne nous est pas possible de concevoir. Une àme, pour un péclié vcitiel, souffrira plus que no peut faire souffrir la complication des maladies les plus douloureuses; les lourments qu'elle endurera surpasseront les plus cruels supplices auxquels les malfaiteurs sont condamnés, toutes les tortures des martyrs prises en* semble. Voilà l'idée que les Pères de TËglise nous donnent du purgatoire.
Mais combien do ieii:ps les &mes re»teront-clles en purgatoire? C'est ce que nous ignorons. Delà vient que l'Egise approuve les anniversaires perpétuels pour les morts. Il y a des âmes qui seront peut-être en purgatoire jusqu'à la fin du momie. A la vérité il n*y aura plus d'ét il mitoyen entre le
Êa radis et l'enfer, après le jugement universel, mais >ien pourra à la fin du monde communiquer un tel degré aux tourments des âmes, qu'elles acquitterunt toutes leurs dettes en un moment. Car sa justice ne peut se relâcher de ses droits; cl il faudra que nous payions jusqu'à la dernière obole. Il lui inexorable dans la punition de Moïse son Adèle serviteur, dont la faute nous parait si légère. Il le fut à réganl de David dont la pénitence avait été si sincère. Nous savons enfin comment i! a traité son propre Fils, qui s'était fait notre caution; ci cepcndaui c'était le temps de la miséricorJe. Hjis, après la mon, il ne laissera plus agir que sa jusUce» et il b déploiera dans tonte sa rigueur (a).
(5) Concile île Trente, bcss. xxv.
(a) La ntàum du ctHhvlkkme,
«H INTIiODUCTieN. SOf
Qaand on stit que c*«s4 f>ar h» mépris des indulgences gue les hérétiques du seisHèioo siècle ont oomoiencé h se séparer de l*£glise, ne deTrait-on pas^ par son estime pouf ces oclmes indulgences el par son zèle à se les appliquer, témoigner k cette bonne oiAru sa fidâité et son attachement inviolables ?
Le troisième, c'est le désir qu'a Notre^Seigneur de nous en voir profiler. Elles sont le frait de son sang, de ses tourments et de sa mort. Cest un tendre père qui a amassé fi grands frais des trésors immenses pour ses enfants : verrait-il avec plaisir que e%\iirci n*en veulent point, qu'ils les négligent, qu'ils n'en tirent aucun avantage, ou même qu*ils en useot })our leur perte ?
Le quatrième et le plus excellent de tous, c'est le grand précepte de la charité. En pro- Gtaut des indulgences, on témoigne à Dieu l'amour qu'on a pour lui, on eierce la charilé envers soi-même, et oq se met en état de Texercer envers les autres* Les indulgences, on ctfet, ^ritient notre Ame des restes et des effets du péché, et acquittent nos dettes envet^s la justice de Dieu. Or, à mesure que notre âme se purifie des restes de ses péchés, elle s'unit davantage à son Dieu, elle se détache de plus en plus des choses de la terre, eîlt» augmente en ferveur, en amour, en zèle, en désir de la perfection et de ta céleste p/itrie : f)€Ut-on inieux témoigner à Dieu qu'on l'aime et qu'on veut être entièrement à lai t et peut-on, en même temps, mieux exercer la chanté envers soi*mème qu'en travaillant ainsi à se nurifier et à se rendre de plus en plus digne de toutes les faveurs que Dieu nous prépare? De plus, en acquittant nos dettes envers Dieu, nous rendons hommage à sa justice, nous honorons ce grand attribut de la Divinité, et, par un miracle bien consolant pour nous, nous faisons tourner cette justice inexorable eu une grande et très-grande miséricorde. Auparavant nos dettes envers Dieu et les restes de nos péchés arrêtaient les grâces da ciel; mais, cet obstacle levé, rien n*en empêche le cours; notre Ame les reçoit en atslundanee, et avec ce secours que ne fait-elle pas poujr la gloire de son Dieu, pour son saiui et celui de son prochain?... Quelle impression ne devrait pas faire un pareil motif sur l'esprit de tousJes chrétiens, mais spécialement sur ceux qui sont chargés du salut des autres?...
Enfin, on peut y ajouter la pratique des saints. On voit partout que les personnes vertueuses et soigneuses de leur salut estiment les indulgences et ont grand soin de se les appliquer. Les saints les ont recherchées jusqu'à la mort. Monûlsy disait saint Louis, foi lit' FraocCi à Ja lin de son testament, souvenez-vous de gagner (es indulgences de ta sainte Eglise.
Ainsi, tout nous fait un devoir de proGter des indulgences : Texemplodes saints, Tinvi-^ lation die TËglise, le désir ardent de Jésus-Christ, la charité soit envers Dieu, soit envers ie prochain, et enfin noire propre intérêt, il n'est pas nécessaire, du reMe, dHnsisier &ur lotts ces motifs ; chacun doit s'arrêter à celui qui le fruppe davantage, et têcher de s'en coQvaiacre. Nous remarquerons que les motifs purs et aesintéressés, comme de plaire è I>teu, de procurer sa gloire, de glorifier Kotre-Seigneur^ et semblables, facilitent extrême* toeot le gain des indulgences, et soutiennent le cœur bien plus fortement que les motifs moins parfaitst comme d'éviter les peines du purgatoire ; mais aussi ces derniers peuvent fure sur certaines Ames une impression plus vive et les conduire insensiblement k des coilfs plus relevés.