‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 135 sur 370 · CO · texte numérisé non relu

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/n'arrêterai pas h faire Téloge des prophètes Elle et Elisée, qui ont les premiers sanctifié le Carmel, et donné» suivant le sentiment de plusieurs graves auteurs* la première ébauche de Tétat monastique.

le passerai aussi sous silence les enfants des prophètes, les Réchabites, les Assidéens, les Nazaréens et les Esséniens, qui furent successivement les héritiers de Tesprit d*Elie et de son amour pour la vie solitaire.

Je ne parlerai pas non plus de ces hommes doni saint Paul nous fait un portrait qui leur est si glorieux, et auquel il est aisé de reconnaître les successeurs d*EUe; de ces hommes, dis-je, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, abandonnés, affligés, persécutés, errants dans les déserts et sur les montagnes, et ne trouvant point de plus sûrs asiles que les antres et les ca- Ternes de la terre; de ces hommes enfin dont le monde n*était pas digne; et dans ce nombre TApAtre comprenait sans doute ces vieux solitaires qui, dès les premiers iours de TEglise naissante, sortirent de Tooscurite de leurs retraites pour venir à la lumière de TEvangile; et, après avoir reçu le ba/iCéme, suivirent les différentes impressions de la grAce, les uns retournant dans leur chère solitude, pour y méditer nuit et jour la loi du Seigneur, et les autres se rendant les coadjuteurs des apôtres dans le ministère de la parole et la propagation de la foi.

le ce dirai pas non plus que saint Télesphore, dans le second siècle, et saint Dénis» dans le Iroisième, furent tirés des grottes du Carmel, pour être élevés suY le premier trône de TiEglise; que, dans le quatrième siècle, les Antoine, les Hilarion, les Pacôroe, les Basile, les Chrysostome se formèrent à la vie ascétique sur les exemples vivants des successeurs d*Elie; que, dans le cinquième siècle, saint Jérôme, retiré dans une grotte voisine du Carmel, se slorifiait d avoir £lie et Elisée pour chefs (1), et les enfants 4^ prophètes pour modèles; que Cassien avait recueilli dans les monastères de la ftyri^ ces règles admirables dont il se servi! pour saoctiOer Ie3 solitudes de TOccident ; que saint Cyrille» patriarche d'Alexandrie, avait été Torpement du Carmel avant d'être une des plus éclatantes luniières de rÊglise, et le zélé défenseur de la gloire de Marie et de soo auguste qualité de Mère de Dieu, contre les blasphèmes 4e Tippie Nestorios.

Je m'arrêterai encore moins à dire que, dans le sixième siècle, le Carmel jouissant d*ane paix profonde, la sainteté continua d*y fleorir sous la direction 4^ saint Doro-> thée, aussi célèbre par ses vertus que par ses écrits ; que, dans le septième, le Carmel ae Tic inondé du sanç de ses pieux citoyens,

Kr le glaive meurtrier de Cnosroès, roi de ne; que ses pertes ayant été heureuse-

(I) Princept noster Elus, priocept Cliseiis, diiccs aosui filfi pmphetanim (Hier., <f . ad Panlam),

ment réparées par les nombreuses colonies que Tamour de la retraite y amena, le Carmel fut, dans le huitième siècle, le théâtre infortuné de la fureur des Musuhnans, qui en détruisirent les monastères, et tirent autant de martyrs qu'ils y trouvèrent de moines.

Mais, comme le sang des premiers martyrs avait été dans TEglise une semence de nouveaux Chrétiens , le sang de ces pieux anachorètes fut une semence de nouveaux solitaires qui repeuplèrent le Carmel, et qui, dispersés à la vérité dans les grottes d'alentour, mais réunis dans le même esprit de retraite, de silence et de prière, s*^ perpétuèrent, malgré les persécutions, jusquau temps de la conquête de la Terre-Sainte par l'illustre Godefroi de Bouillon.

Ce fut alors que le Carmel, dont le sommet, selon la pro[)hétie d'Amos, avait été desséché (1), reprit son ancien éclat ; ses monastères furent rebâtis par la générosité des princes chrétiens; ses habitants dispersés furent rassemblés par les soins d'Aiméric,

{>atriarche d*Antiocne, lé^at apostolique : et eur nombre s'accrut de jour en jour par le zèle et la piété des croisés, qui, oubliant leur patrie, n'eurent plus d'autre désir que de vivre et de mourir dans une terre que Jésus-Christ avait arrosée de son sanx, et qu'ils venaient de conquérir au péril de leur vie.

Bientôt cet Ordre, qui jusqu'alors n'avait été approuvé que par les patriarches de l'Orient, fut confirmé par les Souverains Pontifes (S) Alexandre III en 1180, Innocent III en 1199, Honorius III en 1216. Mais nonobstant toutes ces approbations, les colonies qui en avaient été depuis peu transplantées aans l'Occident, loin de s étendre, pouvaient h peine se soutenir. Semblables a ces arbres qui, si beaux dans le lieu de leur naissance, ne prennent racine qu'avec peine sous un ciel étranger, leurs progrès étaient lents, et leurs établissements encore plus rares. Malgré la sainteté de Bertold I, de Brocard, de Cyrille, de Bertold II, d'Alain le Breton, qui, sous le titre de généraux latins, avaient jusqu'alors gouverné successivement cet Ordre avec autant de prudence Sue d'édiQcation, toutes les puissances ecésiastiques et séculières étaient opposées à sa propagation, et Ton ne parlait de rien moins que de son entière destruction.

AmT. S. — Etai de VOrârt des Carmes après la rieeptian du $eaputaire.

Tel était l'état de cet Ordre infortuné^ lorsque Dieu suscita l'illustre Simon Stoch, qui en fut, comme nous avons déjk dit, le sixième général latin. Ce saint, ce dévot «de Marie par excellence , pénétré de la p*lus vive douleur et de la crainte la plus juste^ k la vue du péril dont son Ordre était menacé , mais animé de la confiance la plus ferme , répandait tous les jours son CGBur

(I) Etsiccaios est vertex Carmeli {Amo$ i, 9). (^) B^ariutnus, in breci ckrofHfloqia,

C(kN

CON

devant Dieu, et ne cessait d*implorer le secours de la très-sainte Vierge, lui demandant un signe sensible de son amour et de sa protection.

Il était dans la plus grande ferveur de sa prière, lorsque cette Reine du ciel lui ap^

Earut, accompagnée d*uBe multitude innombrable d*es[)rits bienheureux, et lui donnant un Scapulaire : « Recevez, lui dit-elle, cet habit ae votre Ordre, la marque de ma Confrérie, un privilège pour vous et pour tous les enfants du Carmel : quiconque mourra dans cet habit ne souffrira point les flammes étemelles. Il est un signe de salut, le salut même dans les dangers, et un traité de paix et d'alliance qui durera jusqu'à la fin des siècles. » Après ces paroles si touchantes, elle disparut, laissant notre saint Î général dans une consolation qu'il est plus acile d'imaginer que d'exprimer.

Dè$ lors quel prodigieux changement dans cet Ordre persécuté 1 A peine cet habit parait, qu'un calme profond succède à la plus affreuse tempête. Le Carmel a été battu des flots : Marie a parlé, les flots se sont brisés, et le Carmel est demeuré inébranlable. Tous ceux qui voulaient arracher ces nouvelles plantes dont l'Orient venait d*enrichir l'Occident, sont charmés de les voir fleurir, de les voir multiplier sous un nouveau ciel. Cet Ordre, que Marie protège du haut du ciel, trouve sur la terre autant de protecteurs qu'il avait eu d'adversaires. Le Vicaire de Jésus - Christ l'approuve; un concile général le confirme ; les souverains s'empressent d'en décorer leurs capitales. Déib les villes et les bourgs cherchent à s'enrichir de ces précieuses dépouilles de la solitude. On voit de tous côtés s'élever des monastères pour recevoir les heureux dépositaires de liiabit de Marie. En un mot, cet Ordre se multiplia si fort en peu de temps, que, selon le continuateur de THisloire de la guerre sainte par Guillaume, archevêque de Tyr, on y comptait, sur la fin du treizième siècle et au commencement du quatorzième, sept mille cinq cents couvents, et cent quatre-vingt mille religieux. Fut-il jamais un changement plus subit et plus miraculeux ? et cette seule merveille ne suflit-elle pas pour prouver invinciblement la céleste origine du Scapulaire?

Mais ce qui rend le miracle encore plus éclatant, c'est cette multitude innombrable d'hommes illustres que le Carmel a produits depuis ce temps-lk. Ko effet, combien en a-t-on vu qui, élevés aux plus hautes dignités, ont éclairé l'£glise I Combien ront soutenue par la pureté de leur doctrine et par la solidité de leurs écrits t combien enfin y en a-t-il qui l'ont édifiée par la sainteté de leur vie I Le nombre en est si grand, au'un célèbre auteur ne fait pas diificulté 'assurer qu*il u*est pas plus difficile de compter les étoiles du ciel (1), que les saints

(I) Si quis scellas cœli dinunieret,etliu|usOrdinîs sancios dinunerare poteril (Trilb., de îaud. Car,.

de cet Ordre. Mais comme parmi les étoiles il y en a dont l'éclat est plus vif, on peut dire aussi que, parmi les saints du Carmel, il y en a dont la sainteté a été plus brillante; tels sont saint Pierre Thomas, soccessirement évêque de Paris, de Linari, de Coron, de Modon , archevêque de Candie, patri8^ che de Constantinople, et légat apostolique; Saint André Corsiq, évêque de Fiesoli, en Toscane, issu de cette illustre famille qui a donné tant de cardinaux au sacré colléze, et un Pape 5 l'Eglise universelle, sous^le nom de Clément XII ; le bienheureui Pierre deCésis, évêque de Vaison» et patriarche de Jérusalem, etc.

Mais si la sainteté a résné avec taot de

Eompe parmi les enfants d'Elie,, elle n'a |tas rillé avec moins d'éclat parmi les Gjles du Carmel. En effet, quels modèles de la plus haute perfection ne trouvons-nous pasda»

la bienheureuse Françoise d'Amboise, duchesse de Bretagne ; dans l'illustre sainte Marie-Magdeleine de Pazzi, et dans Yimsh pnrable sainte Thérèse, qui a fondé dm nouvelles congrégations, l'une d'bonuMS, l'autre de ntles, congrégations que Toape^l justement comparer à deux rejetons qui.

nés d'une tige féconde, et plantés sur le courant des eaux, ont acquis leur degré de

I)erfection , sans obscurcir la beauté de 'arbre dont ils sont sortis.

Quelle suite, quel enchaînement de prodiges renfermés dans un seul I A cet aspect peut-on ne pas reconnaître le doigt de Dieu qui a voulu se servir de l'entremise de Marie pour opérer, par le Scapulaire, un des plus grands miracles de sa toute-puissance, loi* racle qui a été la source d'une infinité d'autres, qui sont autant de preuves visibles de la céleste origine de ce saint habit ?

§ IL — Avantages et feiyuAges do Sa-

PULÀIRB.

Vadoptian de la triê^$ainie Tterge.

L'adoption fut, dans tous les temps, la marque d'une prédilection d'autant plus glaneuse, que la personne qui adopte est plos noble, plus riche et plus puissante. Ainsu tous les siècles ont admiré le bonheur éfi Moïse, adopté par la fille de Pharaon, roi d'Egypte. Mais notre admiration doit bien redoubler, en voyant la Reine des anges et des hooimes adopter, par le Scapulaire, tous les confrères : c est à chacun d'eux ou'aa jour de la réception elle adresse les mêmes paroles qu'elle adressa autrefois i saint Simon Stoch : MjtceveSf dit-elle, mofi tri$^ fili^ etc. Que ce titre est glorieux I qu'il est consolantl et qu'il distingue bien tous ceux qui ont l'avantage d'en étce décorés I

II est vrai que par le baptême nous sommes tous les enfants de Marie: lésus-^htM mourant nous a placés dans 9on cœur; et il semble que cet adorable Sauveur o'eAi p^ cru remplir toute l'étendue de son amoor» si, en môme temps qu^ salisfit pour neos i la justice de son Père, il ne nous eût sob. stitués à toute la tendresse de sa Mère. Mats,

DES INDULGET^CES.

CON

7(tt

romme Dieu, qui est le Père commun de tous les 'hommes, adopta autrefois, d*une manière distinguée, le plus sage des rois, en disant au*il le regarderait comme son fiis, et qu'il lui tiendrait lieu de père (1) ; Ifarii^, qui est la mère commune de tous les chrétiens, a adopté, d'une manière également distinguée, les confrères du ScapuTaire, en les assurant qu'elle leur tiendra lieu de mère, et qu'elle les regardera toujours comme ses pnf:mts bien-aimés.

Outra la gloire d'un titre si honorable, quel avantage ne recueillons-nous pas d'une adoptioD si précieuse ! Par la nous participons à tous les trésors de grâces dont cette Heine du ciel est la dépositaire et la dispensatrice ; nous acquérons une espèce de nou- \eau droit sur toutes les richesses des mérites de son Fils, dont nous devenons les frères, et de ses propres mérites, 'dont elle ne saurait frustrer ses enfants. Heureux tous les confrères qui, par la sainteté de leur londnile, soutiennent la dignité de leur auguste Citation l Mère tendre, Marie les aimera ; mère puissante, Marie les protégera.

la protection de la trii-sainte Vierge,

Le. prophète Isaïe nous apprend que, quelque écialante que soit la gloire qui nous est accordée, une puissante protection sur laquelle nous pouvons sûrement compter, est aicore d'un plus haut prix. Sur ce fondenjent, j*ose avancer que, comme la grâce que llarie fait aux confrères du *Scapuiaîre, en les adoptant pour ses enfants, est infifiimcnt honorable pour eux, la grâce qu'elle leur fait, en les assurant de sa protection» doit leur être ioiiniment précieuse.

Ea effet, si, dans son adoption, les jus!es trouvent une tendre mère qui les nourrit Uu lait de la grâce jusqu'à un accroissement parfait, qui les couvre d'un habit capable d'entretenir en eux le feu de la charité , qui diriçe et affermit leurs pas dans les voies de Ta sainteté; dans sa protection , les pécheurs, touchés, comme i enfant prodigue y d'un sincère repentir de leurs fau|eafVouvent un asile assuré contre le glaive vengeur de la justice divine, une avocate zélée qui plaide leur cause avec furce, une roétliatrice puissante qui désarme leur juge, et d'un Dieu irrité en lait un Père uiiséricordieui^.

Je n'avance pas trop. Après les magnifiques promesses de cette Reine du ciel, quels secours les justes et les pécheurs n'ontils pas droit d'attendre de sa tendresse et de sa puissance? Rien n^excède Tétendue de son crédit, rien ne saurait éteindre les ardeurs de sa charité. Que les confrères du 8t*apulaire s'arment donc d'une sainte coniiince : s'ils sont fidèles h leurs engagements, llarie sera Adèle k ses promesses. Sous les ailes de sa protection, couverts de son habit, ils ne craindront ni la flèche qui voie peridanl le jour, ni l'artifice qui marche dans les

(I) Effo ero ei in Dalrem, et i|>se crit iiiibi in ùlifNB ill Aff. m, li).

ténèbres (i); ils verront sans effroi lesspectrès affreux qu'enfantent les horreurs ne la nuit, et la fraîcheur d'une céleste rosée tempérera, en leur faveur, le souiQe brûlant du démon du midi. Mille dangers du côté du corps les menaceront k leur gauche, et dix mille, du côté de l'âme, les assiégeront à leur droite; mais, au milieu de tous ces dan-

Sers, ils éprouveront que le Scapulaire est gaiement un signe de salut pour l'âme et pour le corps.

. La participation à tous les biens spirituels de l'Ordre des Carmes.

Pour bien comprendre le prix de cet avantage, il faut se représenter combien de bonnes œuvres ont été pratiquées et se pratiquent encore tous les jours dans cet Ordre si ancien et si étendu; combien de martvrs ont scellé de leur sangla foi de Jésus^hrfst; combien de saints solitaires ont arrosé la terre de leurs larmes; combien de vierges y ont fait fleurir les lis au milieu des épines d'un siècle corrompu ; combien d'illustres

[)énitents ont immolé à toutes les rigueurs de a pénitence un corps qui n'était pas toujours un corps de péché; combien d nommes apostoliques sont allés, à travers mille écueils, mille orages, mille dangers, porter le flambeau de la foi dans des régions sauvages; combien de prières, d aumônes, de messes, déjeunes, d'austérités, demortiflcations, etc. iTous ces biens réunis ensemble composent le trésor spirituel de l'Ordre des Carmes, trésor oiï les confrères, fidèles h leurs obligations, participent, dans le temps même qu'ils sont occupés à leurs affaires domestiques; trésor où chacun, selon son mérite, s'enrichit sans soins, sans peines, sans fati-

f;ues ; trésor enQn toujours ouvert, non-seuemeut pour les vivants, mais aussi pour les morts, à qui, selon la décision d'un grand Pape (2}, ces abondantes richesses peuvent être appliquées par manière de suffrages.

Que tous les enfants de Marie tâchent donc de se faire une juste idée de leurs avantages en général, et de celui-ci en particulier. Comme chrétiens, ils participent è tous les biens spirituels de l'Eglise ; comme confrères, ils participent à tous ceux de l'Ordre auquel ils se sont associés. Mais, quelque riclies qu'ils soient, par cette double participation, ils sont obligés d'ajouter à ces fonds si précieux le fonds de leurs propres richesses, c'est-à-dire leurs bonnes œuvres, s'ils veulent, selon le conseil de Jésus-Christ, se faire un trésor dans le ciel (3); trésor que la rouille ni les vers ne rongeront pas, et que les voleurs ne sauraient ni diéierrer ni enlever.

Le Scapulaire^est unique dans ses privilèges.

Il y a dans l'Eglise uo grand nombre de

(I) Scapulis suis obumbrabit tibi. et sub pciims ejiis sperabis, eic (Pi. xc, i el seq.)

(i) Glémeiit X.

(3) Tbosaiirizatc vobis tbc&auros in colo, «ibi, vu\ (Jln.'/A. vi,20).

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