‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 137 sur 370 · LAIRE · texte numérisé non relu

LAIRE

Comme dans la vie civile il n'est point de société qui ne lie les hommes par des obligations mutuelles, il n'en est point oon plus,.dans la vie spirituelle, qui ne lie les chrétiens par des engagements respeclife. Cela parait clairement dans Talliancequela très-sainte Vierge a contractée avec les confrères du Scapulaire. De son côté cetie divine Mère s'est engagée à les recoDnaitw pour ses enfants et pour ses frères :5h gnum confraternitatis meœ ; à les protéger dans les dangers : salus in pericults;ï\a exempter des feux éternels de l'enfer:»

quo quis morienSf œtemum non pati(^ tncenaium; et enfin à les délivrer des flaiDmes du purgatoire le samedi d'après leor mort:e/ quosinvenero in purgatorio^libmk.

Marie a parfaitement rempli ses engagements. Les confrères, deleur côté, en col contracté; mais comment s'en sont-ils acquittés? peut-être les ont-ils ignorés, et les igDorenlils encore. TAchons donc de les leur faire connaiti^e, afin qu'ils commencent à les mettre en pratique d'une manière véritablement digne des |)lus chers enfants de la plus sainte de toutes les mères, et des plus zélés serviteurs de la plus auguste de toutes les reines.

Parmi les devoirs que le Scapulaire impose aux confrères, il y en a de généraui, (^ui leur sont communs avec tous les chrétiens ; et il 7 en a de particuliers, qui ne conviennent qu'à eux seuls : expliquons les uns et les autres séparément.

Devoirs généraux qu'impose le Scapuldn.

Le premier de ces devoirs est (1) de se former une haute idée de la grandeur et de l'excellence de la très-sainte Vierge, tant à cause de son auguste dignité de Hère de Dieu, qu'à cause de son eminente sainteté et de la gloire dont elle jouit dans le ciel.

Le second est d'écouter avec plaisir, et de croire sans hésiter tout ce. qui, saos être contraire à la doctrine de l'Eglise, peut rehausser l'idée que nous nous sommes fo^ mée de cette reine du ciel et de la terre.

Le troisième est de soutenir par notre piété, et d'étendre par notre zèle le cuite qui lui est dû; culte qui, bien qu'inGnimcol au-dessous de celui que nous rendons à Dieu , est imcomparablement au-dessus di) celui que nous rendons aux saints.

Le quatrième est de contribuer i sa gloire par nos exemples, en l'honorant nous-mèmest et par nos paroles, en excitant les autres a lui rendre leucs justes hommages.

(1) Le culte intérieur de la sainte Vierge.

CON

Le rinquième* de se confesser, coinmanier, et assister plus régulièrement au service divin, les jours qui sout consacrés à quelqu*unede ses fêtes.

Le .Mxième, de lui donner quelque marque de notre vénération, tous les jours, par quelque prière, toutes les semaines, en lui consacrant le mercredi ou le samedi par la pratique du jeûne ou de quelque vertu chnitienne ; tous les moi^, en visitant une des chapelles ou églises qui lui sont dédiées ; tous les ans, en renouvelant les protestations de notre Qdélilé à son service.

Le septième, de nous estimer inQniment heureux de ce au^étant la Mère d*un Dieu, elle ail bien voulu nous adopter sur le Calvaire pour ses enfants, en la personne de saint Jean.

Le huitième est de recourir k elle dans tous nos besoins avec autant de respect que de conGance.

Le neuvième est dMmiter ses vertus, et de regarder soa exemple comme un modèle prfait de sainteté.

Le dixième est de nous rendre agréables ^ ses yeux, par Tamour tendre et respectueux que nous aurons pour son Fils, notre Seigneur et notre Dieu.

Devoirs parlicuUen que le Seapulaire inv-

pose.

Le premier de ces devoirs est d'être pénétré d*un vif sentiment de reconnaissance I»our la grâce que la très-sainte Vierge nous a faite en nous agrégeant dans une famille dont elle est la mère.

Le second est d*estimer infiniment le bonjjeurque nous avons d*avoir été adoptés une seconde fois par cette divine mère en la personne de saint Simon Sloch.

Le troisième est de recevoir le Seapulaire avec ua profond respect , et de le porter nuit eCjour, tel qu'il doit être (Foy. coK751), MHS rien changer à la couleur ni à la matière.

Le quatrième est de faire écrire notre nom dans le livre de la confrérie.

Le cinquième est de prendre un autre S^'jipulaire, lorsque le premier est usé. (// nesi pas besoin que le second soit bénit) [h.

Le sixième est de le porter comme un véritable habit, c'est-à-dire passé sur les épaules, de manière que l'un des deux bouts descende sur l'estomac, et l'autre sur le dos, m le porter du moins en ^uisede baudrier. lavertis les confrères qu'il est inutile de le :»orler dans la poche, ou de le tenir attaché I côté du lit; le Seapulaire est comme un >ouclier qui ne défend qu'autant qu'il ourre.

Le septième' est de le porter jusqu'à la nori, parce que c'est dans les derniers insniits de notre Tieque nous avons besoin, il us qae jamais, de l'assistance que la trèsainte Vierge nous accorde en vue de son labit.

M) Top* ce 4|tte dit plut ftai Mgr Boavîer.

Le huitième est de mourir dans cet habit, qui sert à la fois de livrée et de bouclier.

Le neuvième est d'avoir une dévotion par* ticulière pour notre divine Bienfaitrice.

Le dixième est d'avoir un zèle ardent pour sa gloire, et une scrupuleuse exactitude pour tous les exercices de cette société, au'elle a honorée elle-même du titre de sa onfrérie.

Le onzième est de réciter tous les jours sept fois le Pater noster et sept fois VAve Maria^ en mémoire des sept joies dont elle jouit dans le ciel.

Le douzième est de nous rendre dignes du glorieux nom d'enfants et de frères de la très-sainte Vierge , par la pratique des vertus dont nous pailerons dans 1 article suivant.

Il faut remarquer que, parmi les devoirs qui sont de pure dévotion, il n'en est aucun qui oblige, sous pHne de péché, non pas môme véniel, mais seulement sous peine de privation des grâces, indulgences et privilèges attachés au seapulaire.

Devoirs des confrères pour être délivrés des flammes du purgatoire.

Ce ne sont point ici des devoirs que la volonté de l'homme ait établis, ou qu'une pieuse coutume ait introduits. La mémo

{missance qui a permis le privilège a imposé es conditions. En un mot, c'est Marie qui veut bien donner aux confrères cette marque de son amour et de sa priteclion; mais qui exige d'eux une preuve do leur fidélité et de leur reconnaissance , par les devoirs qu'elle leur a prescrits, et qui sont clairement marqués dans la bulle de Jean XXII, Sacratissimo uti culmine.

Le premier de ces devoirs est de garder la chasteté dans l'état du célibat, la foi conjugale dans l'état du mariage, et la continence dans l'état de viduilé : Virginitatis^ si virgo est^ fidem prœstando: si conjugata^ inviolati observationem matrimonii adhibendo; castitatemf si vidua est^ promittendo. Ce sont les paroles de la très-sainte Vierge, rapportées dans ladite b tlle. Ce qui n'empècne pas la fille de se marier, ni la veuve de contracter un autre mariage. II en est d» même pour les hommes.

Le second est, pour ceux qui savent lire, de réciter le grand office de l'Eglise, ou le

{>etit office de la sainte Vierge; l'un ou 'autre suffit. Isti confratres et consorores teneantur Horas dicere cananicales. etc. Ibid.

Le troisième est, pour ceux qui ne savent pas lire, d'observer exactement les jeûnes commandés par l'Eglise : llliqui imufri sunt^ debeant vitamjejunam ducere in aiebus quos sancta jubet Ecclesia, Ibid.

Le quatrième est de s'abstenir de manger de la viande les mercredis et samedis, excepté à la fête de Noël, si elle arcive uo de ces jours, excepté encore le cas de mab* die : Mercurio et Sabbato dd>ent se a ear^ nibus abstinere^ prmterquam in Filii mei Nativitate^ etc. Ibid. (Voir p)us bas.;

CON

CON

7iô

Il l'tiut remarquer que, si Ton ne peul observer cette abstinence du mercredi et du samedi dans les lieux où Tusage de la viande est permis ces jours-là , un confesseur prudent «t éclairé pourra convertir cette abstinence en quelque autre œuvre pie équivalente. Ainsi l'a décidé Paul Y, au sujet de la princesse sa nièce, Camille des Ursins, et après lui Grégoire Canalis, général de Tordre des Carmes, et tous les docteurs qui ont écrit sur cette matière.

Heureux confrères, voilà les devoirs qui vous sont imposés; ils sont si légers, et la récompense qui vous est promise est si grande, que, pour peu que vous ayez vos inti^rèls à cœur, vous n*aurez pas besoin d'un aiguillon plus pressant pour vous en acquitter avec une exactitude digne de la grandeur du bienfait et de la bouté de votre divine bienfaitrice.

Devoirs des confrères pour être exemptés du

feu de l'enfer.

Qu'on ne croie pas que pour ce privilège inestimable la très-samte Vierge n'exice rien des confrères, sinon qu'au moment de leur mort ils soient revêtus du Seapulaire ; il y a une autre obligation plus nécessaire et de plus indispensable : c'est de vivre dans la pratique nés vertus dont nous avons paNé,etque nous allons expliquer plus amplement dans le chapitre suivant.

Le Seapulaire est digne de Dieu même par les

vertus qu'il exige.

Dieu veut que nous soyons (1) saints, parce qu'il est saint lui-môme. Mais, comme nous ne pouvons arriver à la sainteté que par les degrés des vertus chrétiennes, Marie» qui entre toujours dans les vues de Dieu, et qui s'intéresse continuellement pour le salut de ceux qu'elle aime, nous a donné un habit qui nous aide à devenir saints, eu exigeant de nous la pratique constante de toutes les vertus chrétiennes, et nous en procurant tous les secours nécessaires pour les pratiquer. C'est par là que le Seapulaire est véritablement digne de Dieu môme.

Voyons, dans le détail, les vertus qu'il exige de ceux qui le portent; il n*en faudra pas davantage pour faire revenir les esprits qui pourraient être prévenus contre cet habit divin.

Vertus que le Seapulaire exige.

Comme la noblesse de la naissance exige parmi les hommes la noblesse des sentiments, la sainteté de l'adoption exige parmi les chrétiens la sainteté des mœurs. Tous les enfants que Dieu a adoptés par le baptême sont appelés à la perfection de leur Père céleste; tous ceux que Marie a adoptés ])ar le Seapulaire sont appelés à la perfection de leur incomparable Mère. Enfants de Dieu et de Marie tout ensemble, pieux confrères,

(i) Sancti estoie, quia ego sanctas sum {Lev. XXI, 44).

quelles vertus ne devez-vous pas posséder pour être dignes de ce double titre!

Une foi vive qui, si elle n'est pas assez forte pour transporter les montagnes et re»> susciter les morts, soit du moins assez humble pour captiver votre entendemeoi et l'assujettir à Jésus-Christ et à son E^ise; une espérance inébranlable d'avoir part un jour aux promesses du Sauveur, après aroir été fidèles à sa loi; une charité ardente, toujours prête à tout entreprendre pour la gloire de Dieu et pour le salut du procbaiu; une héroïque générosité è pardonnera offenses; une sainte violence capable de ravir le royaume des cieux, en détruisant l'enipire de la nature; une inviolable fidélité au milieu des épreuves les plus délicates; une ferveur inaltérable dans le service du Maître suprême , au milieu du tumulte du monde, comme dans le sein de la retraitée! du silence; une pureté sans tache, constamment jointe à une régularité sans reproche; un parfait détachement de tout ce qui isi pas Dieu; un entier renoncement à nciBmêmes ; une douceur qui nous fasse saprorlerles imperfections des autres; etaoe humilité qui vous oblige h vous regarder comme les plus imparfaits de tous; une simplicité de colombe, incapable de tromper ni de séduire; une prudence de serpent, toujours en garde contre les artifices do Terreur et contre les charmes de la nouveauté.

Voilà quelle doit être votre piété, pieux confrères; c'est à ces traits que Marie vous reconnaîtra pour ses enfants; c'est à ce prix que le Seapulaire sera pour vous uo signe assuré de salut; parce que ce sera par là qu'il vous rendra (lignes de Dieu, comma il en est digne lui-même. Ne vous flattez donc pas qu^me courte prière, souvent mal récitée, qu'une légère abstinence, soufent mal observée, qu'une faible aumêne où la piété a presque toujours moins de part que l'usage et la bienséance, suffiront pour mettre vos iniquités à labri des traits du souverain Juge, parce que vous portez l'habit de Marie. Ignorez-vous que, si elle fui toujours le refuge du pécheur, elle ne fut jamais la protectrice, du péché? En yain donc serez-vous déguisés sous un véleoieot auauel elle a attaché sa protection sf^éciale(l), si la sainteté de votre conduite ue répond pas à la sainteté de son habit. Craignez, craignez que, malgré votre déguisement, elle ne vous reconnaisse pour ce que vous êtes ; et que, ne trouvant pas en vous ce que vous devriez -être, elle ne refuse de s'intéresser pour vous. Quand mêaie elle le voudrait faire, n'auriez-vous pas à craindre que Jésus-Christ, en lui représentant ce vêtement souillé, défiguré jiar ^os crimes, ne lui dît : Voyez si c'est là la robe que vous aviez donnée à cet indigue tnfant (2)? Enfin, si le Seapulaire n'est plui

(1) Quare aliam te simulas? (/// Reg- xn*. 6.)

(2) Vide utnim lunica llUi lui sll, an ao0.(t'' xxxvn, 52.)

CON

DES INDULGENCES

CON

TOtre véritable vêlement; si, au lieu d*étre couverts de vertus, vous n'êtes couverts que d'impiété, quel sort devez-vous attendre, après la menace gue Dieu fait par un de ses prophètes, de visiter dans sa colère fous ceux qui auront été revêtus d*un habit élranger (1) ?

Prévenez ce malheur. Conservez dans toute sa pureté la robe dont Jésus-Christ rousa revêtus le jour de votre baptême; conservez dans toute sa sainteté Phabit dont Marie vous a revêtus le jour de votre réceplion. Soutenez, par une vie exemplaire, 'auguste qualité d'enfants de la Reine du iel, et n'oubliez jamais que, comme Jésus- Christ est l'auteur de toute sainteté, Marie te veut être la mère que d'une famille sainte. Jue cette réflexion vous engage à redoubler ros efforts pour vous élever jusqu'à la pereclioD par l'exercice des vertus dont je riens de donner le précis : ce sera par cette leureuse pratique que le Scapulaire sera >our vous un signe de salut, une source de ::rk*es» et un gage de la gloire future.

Ces vertus suffisent tellement pour vous ouvrirla porte du ciel, que le plus grand a«Jversaire du Scapulaire (2) n'a pas fait diftkuUé d'avouer qu'un homme qui les praiKjuerait toutes serait sauvé sans le secours lu Scapulaire. Je l'avouerai avec lui, car je 10 prétends pas que le Scapulaire soit absoliment nécessaire pour le salut; mais je 'Utiens, avec un célèbre auteur du siècle assé (3), qu'un homme revêtu du Scapulire les pratiauera beaucoup plus facile* «nt, parce qu il aura plus de secours soit i côté du ciel, soit du côté de la terre.

tours que le Scapulaire propose pour la prcUique des vertus cnriltennes.

Le Scapulaire procure deux sortes de seurs : les uns sont extérieurs et les autres (('rieurs. Les secours extérieurs sont la ésoQce du Scapulaire, les prières, les bons euiples, le fréquent usage des sacrements, i miracles.

Le premier secours extérieur que les conres reçoivent, c'est la présence du Scalaire, parce qu'elle leur rappelle sans cesse rs premiers engagements, et leur apprend i!, ayant le bonheur de porter l'habit et oa^e de la très-sainte Vierge, ils doivent f tfux-iiiêmes ses images vivantes, et se ètir de ses vertus au dedans, encore plus ^ de sou habit au dehors.

.0 i^econd consiste dans les prières que les trùres fonttot^s les jours les uns pour les ros, et qui, réunies ensemble, et jointes à ♦ s de tout Tordre des Carmes» sontcapa- > Je faire une sainte violence à la misériic dîTinci et d'attirer sur eux la céleste 'f de la grâce.

<* troisième, ce sont les bons exemples Js ont continuellement devant les) eux.

) Tisiiaiio... super omoes qui induli suul veste

grifia. {Soph, i, 8.)

I Ji*an de Laiinoi.

» L" li. p. Théophile Raynaud.

Car parmi ce grand nombre de confrères, il ne faut pas douter qu'il n'y en ait qui vivent comme de vrais enfants de la très-sainte Vierge, et dont la vie exemplaire est un rej)roche sensible qui couvre de confusion ceux qui ont dégénéré de la sainteté de leur adoption ; et un aiguillon piquant qui les excite è rentrer dans les voies de la justice.

Le quatrième, c'est le fréquent usage des sacrements : les indulgences isans nombre qui leur sont accordées les y invitent, et leur propre intérêt les y engage, pour peu qu'ils aient leur salut à cœur.

£nlin, le cinquième secours, ce sont les miracles dont le Scapulaire a été si souvent l'instrument, et que Dieu n'opère ordinairement que pour la conversion des pécheurs^ ou pour l'avancement des justes.

Les secours intérieurs, ce sont les bonnes pensées, les saintes inpirations, les pieux mouvements, les secrètes fonctions de la grâce. Je ne m'y arrêterai pas davantage, parce que j'en ai assez dit dans le chap. VI , où je renvoie le lecteur, me contentant d'exhorter les confrères à faire un saint usage de tous ces secours. A cette condition, leur salut est entre leurs mains, et il ne dépend que d'eux de s'assurer une heur reuse immortalité.

S IV. — PrIVILÉOBS DB la COUFRÉRIB DU

Scapulaire.

Quoique, par les paroles que la très-sainte Vierge adressa autrefois à saint Simon Stoch, il semble qu'elle se soit déclarée elle-même l'institutrice de cette confrérie, signum con" fratemitatis meœ f cependant, comme nous avons besoin d'une autorité visible sur la terre pour être assurés de ce que Dieu a décidé dans le ciel, nous ne ferons pas didiculté d'attribuer aux Souverains Pontifes la. gloire d'avoir institué une confrérie si agréable à la Mère de celui dont ils sont les vicaires, ou tout au moins d'en avoir publié la céleste institution.

S'il faut s'en rapporter à la foi des auteurs, le pape Innocent IV, en conOrmant l'ordre des Carmes par écrit , confirma en même temps de vive voix la confrérie du Scapulaire. Orbain IV, dans sa bulle Vobis ad hoc ^ du 8 mai 1262, fait mention des confrères de l'ordre des Carmes ; mais comme il n'explique pas en quoi consistait cette fraternité, nous en rapporterons l'origine et l'institution au pape Jean XXII, qui a été le premier è parler cinirement de cette confrérie, à la confirmer, à la publier, à la revêtir de tout ce que l'autorité d'un vicaire de Jésus-Cliri&t a de plus fort et de plus respectable. C'est dans cette fameuse bulle (1) qui, sous le nom de Sabatine, a été si souvent attaquée, et toujours si glorieusement défendue; c'est, dis-je, dans cette bulle qu'il est fait une mention expresse des personnes de l'un et de l'autre sexe, qui, sous le nom de confrè*

(1) Elle commence par ces paroles : Sheratiuima Mit culmine, et fut donnée eu 13(6, et renouvelée en 15ii.

cm

INCTIONNAlRfi

CON

7ii

res e( de sœurs, s'associent à Tordre des Carmes par la réception de Tbabit saint qui les distingue, c'est-à-dire du Scapulaire : 5t alii devotionii catua sanctam ingredianiur religionem^ sancti habitus signum ferenteSf appetenies se confratres et consorores^ etc. ^Cette bulle parut si certaine à Alexandre V, qu'après en avoir vu et examiné la teneur avec toute l'attention possible , comme il le dit lui-même :per nos visi^ et diligenter inapecti^ il voulut lui donner une certitude encore plus ample, ut certitudo plenior habeatuVy en la confirmant par une bulle (1) où il inséra celle de Jean XXII en son entier.

C'est à ces deux bulles q^ue les souverains pontifes ont, dans les siècles suivants, rap* porté les grâces, les privilèges , les indulgences qu'ils ont accordés à la confrérie du Sc£|)ulaire.

Ainsi Clément VU, pour ranimer la piété des fidèles, qui commençait à se ralentir, et pour prévenir les disputes que l'esprit de contradiction pourrait faire naître dans la suite des temps, donna, en 1628, une bulle qui commence : Diltcti Filiiy où, après avoir fait l'analyse tant de la bulle de Jean XXII que de celle d'Alexandre Y, il renouvelle Tune et l'autre, les approuve, les confirme, les munit de toute la force de son autorité; et enfin, pour leur donner un nouveau degré de certitude, il donna une seconde bulle en 1530. Ex démenti ^ où il confirme tout ce qu'il a dit dans la première et menace des foudres les plus effrayants quiconque aura la témérité de soutenir le contraire.

Paul III, qui lui succéda en 1SU> , ne crut

as pouvoir mieux signaler sa piété envers a très-sainte Vierge, qu'en donnant, dès le commencement de son pontificat , une bulle (2), où, après avoir rapporté tout au long celle de Clément VU, il finit en disant : Nous ordonnons que même foi soit ajoutée aux copies de cette bulle que l'on ajouterait aux originaux, si on les avait devant les yeux.

S. Pie V, dont la mémoire sera en éternelle bénédiction dans llSglise, ne fut pas moins zélé que ses prédécesseurs pour le maintien de cette confrérie dans tous ses droits. Ce saint pape la confirma de nouveau par une bulle qu'il donna, en 1566, de son propre mouvement , motu proprio, et par son autorité apostolique , auctoritate apostolica. Cette bulle commence par ces paroles : Su^ perna dispositione ; l'on en conserve l'original dans les archives du couvent de Transpontine, séjour ordinaire du général de Tor* are des Carmes.

Grégoire 111, dans sa bulle : Vt laudes^ donnée en 1577, semble avoir voulu, par une

(1) EHe commence par ces mots : Tenorem cujttg' dam privilégia et est du 7 décembre 1409. là y en a dans les archives du couvent des Carmes d'Avignon un exemplaire aussi ancien qu'authentique.

(î) Elle commence par ces mois : Provitionii noilr/r, el est du 3 novembre 1534.

noble et sainte émulation , enchérir sv tous ses prédécesseurs, lorsqu'après aroir rapporté tous les privilèges qu'ils avaient accordés aux confrères du Scapi^ire , il veut que tout le contenu de leurs bulles soit tenu pour suffisamment exprimé dans celle qu'il donne pour confirmer et augmenter b nombre de ces faveurs, aussi précieusesqu'as* surées.

Paul V, a^aot vu naître sous son pontiOeit quelques difficultés touchant les prérogitivesde cette confrérie, les fit examiner par la sacrée congrégation du Saint Office et lur celle des Rites ; et sur le rapport qui lui co fut fait anrès un mûr examen, ce souveraiu pontife donna trois bulles, dont la premièn>, qui commence: Cum cœteras^ est daS) octobre 1606 ; la seconde, qui commeDC^^: Piorum hominum^ est du 11 août 1609. La troisième commence : Àliat volentes, et e&t du 19 juillet 161&. Dans ces trois bulles, ce

§rand pape, après avoir éclairci toutes k iiOcultés, et avoir mis la vérité dans Im( son jour, confirme de nouveau cette conIHrie, et lui accorde des privilèges encore p)is grands que tous ceux dont elle avait joui jusqu'alors. Il fit encore plus, il permit m Carmes de soutenir hautement ces privii^es dans leurs écrits, aux prédicateurs de le publier dans les chaires évangéliques, et aai fidèles de les regarder comme Tobjet d'uoe pieuse et salutaire croyance.

Il semble qu'après ces témoignages, il d y avait plus rien a désirer pour la gloire e(

fiour raffermissement de cette sainte coorérie. Cependant, par un surcroît defa?eun, Clément X, par sa bulle Commiaa nobk donnée en 1672, lui accorda encore de noavelles grâces, de nouvelles indulgences, et confirma toutes celles dont elle était déjà enrichie par la pieuse libéralité de ses pré* décesseurs.

Ce n'est pas tout encore. Pour repousser les traits injurieux que l'envie avait osé lancer de nouveau contre cette confrérie, Innocent XI, k Texemple de Paul V, chargea la sacrée congrégation des cardinaux d'eiaminer ces privilèges, et après l'examen le plus rigoureux, elle les trouva si conformes à U vérité, si solidement établis sur l'autorité la plus lé^time, et si utiles k l'accroissement de la çiété, qu'elle les approuva avec éloge, et le pieux pontife les ratifia avec une entière effusion de cœur.

Le savant pape Benoit XIV , de Can» SS. lib. fc, p. 2, c. 9, parle comme ses prédécefseurs, et il a contribué à étendre cette dévotion.

A tant d'illustres approbations nous pouvons ajouter celles cle tous les évoques Ju monde chrétien, qui ont permis d'élablir celte confrérie dans leurs diocèses respectils# el de prêcher publiquement ses avaDlages, ses privilèges, ses prérogatives. Que si 1 enfer lui a opposé quelquefois des enijeinw qui ont tAché de la détruire, le ciel Im « toujours suscité des défenseurs encore pt» puissants que ses adversaires.

Ainsi, lorsqu'en Espagne l'esprit de flien-

CON

DES INDULGENCES

CON

songe, qui avait fasciné presque tous les esprits, préteadit, en 1569, que les grâces accordées à la confrérie du Scapulaire avaient été anéanties par le saint concile de Trente, l*esprit de vérité arma les docteurs de Salainanque pour venger Vinjure faite à cette pieuse confrérie. Le qu*ils firent en lui rendant tout Téclat de sa gloire par les appro* bâtions les plus solennelles, et en replongeant le mensonge dans les ténèbres dont il était sorti.

Aiusi, lorsqu'en 16&8, l'esprit de contradiction fit soulever dans la Normandie un peuple d'ennemis contre le Scapulaire, Tarchevèque de Rouen, à qui ils s'adressèrent pour lui en demander la supression, pénétra d*abord le mystère d*iniquité; mais, pour agir avec encore plus de lumière et de certitude dans une affaire aussi délicate, il consulta la faculté de théologie de Paris ; et cette illustre faculté, dont les décisions sont des oracles, décida en faveur du Scapulaire. Ainsi, lorsqu'on 1599, quelques faux zélés inspirèrent à rarchevéque de Paris le dessein de supprimer la confrérie du Scapulaire dans son diocèse, un véritable zèle, qu'ani* maitune solide piété, suscita la plume d'un savant écrivain , qui détourna le coup fata/, et affermit le Scapulaire dans tous ses droits et dans toutes ses prérogatives* Qui ne voit par là que jamais confrérie ne fut plus solidement établie, et que ce sera toujours en vain que l'esprit de critique tâchera dVn ébranler les fondements, ou d'en obscurcir la gloire ?

Jouissez donc en paix, pieux confrères, de vos privilèges. Heureut si vous êtes aussi zélés à en profiter, que les souverains pontifes ont été généreux à vous les accorder I Jamais privilèges plus étendus, puisque nonseulement ils embrassent tous les âges de la vie, mais qu'ils vont même au delà du tombeau. Jamais privilèges plus assurés, puisque les uns sont fondés sur la parole de la très-sainte Vierge, et les autres sur l'autorité des souverains pontifes, qui ont enri rhi le Scapulaire des célestes trésors de l'Eglise.

§ V. — Indulgences du Scapulaibb.

Indulgtnces que les confrères pevvent gagner iouê les jourSf et même plusieurs fois chaque jour.

Urbain VI a accordé une indulgence de trois ans et trois quarantaines à tous ceux qui, en parlant des Carmes, les ap()ellent les Frères de la sainte Vierge; ou qui, en parlant de leur ordre, rappellent l'ordre ne la sainte Vierge. Clément X nous assure que Nirrilas V a ajouté pour le même sujet une indiiUonce de sept ans et sept quarantaines; et il cunûrme l'une et l'autre par sa bulle Commissa nobis, donnée en 1672. {Voy. art. Li-

TA^VieS DE JÉSUS.)

Sixte Va accordé trois cents jours d'indulgence à ceux qui diront les Litanies du saint Nom de Jésus , et deux cents jours à ceux

qui diront les Litanies de la sainte Vierge.

Le même Pape a accordé cinquante jours d^indulgence à tous ceux qui se salueront, en disant : Loué soit Jésus-Christ. Ainsi soit'iL

Ce Pape a aussi accordé vingt-cinq jours d'indulgence à tous ceux qui prononceront avec respect le saint nom de Jésus ou de Marie.

Ces indulgences , qui sont communes à tous les fidèles , Clément X les a appropriées aux confrères du Scapulaire, dans la bulle que j'ai déjà citée, et y a ajouté une indulgence de cent jours pour tous ceux qui assisteront au Sa/re, Regina^ qui se chante tous les jours à Compiios dans les églises des Carmes.

Paul V a accordé aux confrères qui accom-

f^agneront le très-saint sacrement, lorsqu'on e porte aux malades, et prieront Dieu pour eux, à chaque fois, une indulgence de cinq ans et cinq quarantaines.

A ceux qui assisteront à Tonterrcment de quelque fidèle que ce soit, et prieront pour le repos de son âme, deux cents jours d'indulgence.

A ceux qui réciteront le petit ofQce de la sainte Vierge, cent jours d'indulgence.

A ceux qui diront une fois le rater noster et VAve^ maria^ pour les vivants et pour les morts, quarante jours dlndulgence.

A ceux qui se réconcilient avec leurs ennemis, ou qui procurent la réconciliation des autres, cent jours d'indulgence.

A ceux qui, voyant leur prochain en danger d'offenser Dieu, l'en empêchent , cent jours d'indulgence.

A ceux qui exercent quelque œuvre de miséricorde, cent jours d indulgence.

A ceux qui diront sept fois le Pater noster et sept fois VAve^ Maria , à l'honneur des sept joies dont la très-sainte Vierge jouit dans le ciel, quar<inte jours d'indulgence.

Indulgences que les confrères peuvent gagner

chaque semaine.

Sixte V a accordé à tous ceux qui assisteront tous les jeudis à la messe dans une église des Carmes, cent jours d'indulgence.

A ceux qui assisteront au sermon , cent Jours d'indulgence.

A ceux qui y viendront faire leurs prières, cinquante jours d'indulgence*

A ceux qui, bien et dûment confessés, y recevront la sainte eucharistie, trois ans et trois quarantaines d'indulgence.

Honorius IV a accordé à tous ceux qui visiteront tous les vendredis une église des Carmes, et prieront conformément aux intentions exprimées dans sa bulle , quarante années et autant de quarantaines d'indulgence.

Benoit XI a accordé à tous ceux qui, dans la vue d'honorer la sainte Vierge, visiteront tous les samedis une église des Carmes»

auarante années et autant de quarantaines 'indulgence, et la rémission de la septième partie de leurs péchés.

Ce Pape a accordé la même indul^j mce à

CON

IMCTIONNAiaF:

CON

ceux qui y viendront faire leurs prières les saints jours de dimanche.

Clément X, en confirmant toutes ces in* dulgenceSy les a incorporées avec celles qu*il a accordées aux confrères du Scapulaire« dans sa bulle Commissa nobh.

Paul V a accordé cent jours dMnduIgence aux confrères qui s'absliendrout de manger de la viande les mercredis.

Ce Pa|)e a accordé la même indulgence à ceux qui observeront la même abstinence tous les samedis, en Thonneur de la trèssainte Vierge.

Indulgences que le$ confrères peuvent gagner une fois chaque mois.

Paul V a accordé aux confrères qui assisteront à la procession que les Carmes font uo dimanche de chaque mois, à Thonneur du Scapulaire, indulgence plénière.

Clément X a «iccordé la même indulgence h ceux qui, ne pouvant assister à cette procession, visiteront ce jour-là une église des Carmes.

Le même Pape Ta accordée aussi aux confrères malades, voyageurs, ou légitimement empêchés d'assister à ladite procession, pourvu qu'ils disent ce jourMà , s'ils le peuvent, le petit office de la sainte Vierge, ou cinquante fois le Pater et Y Ave.

11 Ta encore étendue jusqu'à tous les religieux et religieuses qui demeurent dans des couvents où la confrérie n'est pas, pourvu qu'ils disent dans leur chœur ou dans leur chambre les litanies des Saints.

Paul V a accordé aux confrères qui se confessent et communient une fois le mois, cinq ans et cinq quarantaines d'indulgence.

Clément XI a accordé aux confrères qui, confessés et communies , visiteront l'église des Carmes , le dimanche destiné à faire la procession» bien que pour des raisons on ne la fasse pas, sept ans et sept quarantaines d*indulgence.

Indulgences pléniires et non plénières que les confrères peuvent gagner dans le cours de l'année^ en visitant une église des Carmes^

En janvier.

Lel", fête de la Circoncision, amples indulgences (1).

Le 6, fête de TEpiphanie, amples induis gences.

Le 20, saint Fabien et saint Sébastien, martyrs, la rémission de la troisième partie des péchés, et sept ans et sept quarantaines d'indulgence. Id.

En février.

Le 2. La Purification de la très-sainte Vierge, indulgence plénière , et outre cela

auarante ans et autant de quarantaines d'inulgence. Pendant l'octave, la rémission de la troisième partie des péchés, et trente ans •t trente quarantaines aindulgence. Id.

(I) Clément X, dans sabnilc Comtm$$n, etc.

Le k. Saint André Corsin, carme, évoque de Fiesoli, indulgence plénière. Id.

En mars.

Le jeudi saint et le jour de rAscensioo.

Le 19. Saint Joseph , époux de la trb* sainte Vierge, indulgence plénière (1).

Le 25. L Annonciation de la très-saintf Vierge, indulgence plénière et autres comme au jour de la Purification (2).

En avril.

Le 25. Saint Marc, évangéUste» amples indulgences. Id.

Eo mai.

Le 3. L'Invention de la sainte Croix , indulgence de quarante ans et autant de qjuaranlaines, avec la rémission de la troisième partie des péchés (3).

Le 5. Saint Ange, carmot martyr, indulgence plénière.

Le 16. Saint Simon Stoch, vi* généni i» Tordre des Carmes, a qui la trè&«iflle Vierge donna le Scapulaire, indulgence {lénière à Bordeaux seulement, où sou corfi repose (4).

Le 25. Sainte Marie-Ma^delaine de Puxi, carmélite, indulgence plénière (5).

En juin.

Le 9h. La Nativité de saint Jean -Baptiste, et pendant Toctave, la rémission de la troisième partie des péchés, et sept ans et sept quarantaines d*inau]gence. Id.

Le 29. Saint Pierre et saint Paul, el pendant Toctave, les mêmes indulgences qa*à la Nativité de saint Jean-Baptiste. Id.

En juillet.

Le 9. La Visitation delà très-sainte Vierge» indulgence plénière, et pendant Toctave de môme (6).

Le 20. Saint Elie, prophète, indulgence plénière (7).

En août.

Le 7. Saint Albert, carme, indulgence plénière (8).

Le 15. L'Assomption de la très-saiole Vierge, indulgence plénière et autres, comme à la Purification, /a.

En septembre.

Le 8. La Nativité de la très-sainte Vierge, indulgence plénière et autres, comme à la Purification. Id.

L'Exaliation de la sainte Croix, la rémission de la troisième partie des péchés, et indulgence de quarante ans et autant de quarantaines ; plus sept ans et sept quarantaines. Id.

(1) Urbain YIU, par son bref du 10 mai IGU. h) Clément X.

3) Grégoire Ul, dans sa buUe Vt Unuieu

4) Paul Y, et Urbain Vni.

5) Clémeni X.

;6) Benoit XIV.

(7) Benoît XllI.

(8) Clément X, Paul Y,

Page 1