‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 19 sur 370 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

OEUVRES PRESCniTES POUR GACHER LES I.XDULGEXCES.

Le Manuet de Limoges analyse ainsi divers auteurs : « Comme, d'après le senlinient des docteurs, l'indulgence doit avoir une cause juste, l'Eglise, en les accordant, prescrit toujours des œuvres sans l accomplissement desquelles personne ne peut en profiter (2).

« Les fidèles auront soin de s'instruire des œuvres exigées pour chaque indulgence, de

« L'omission, même par ignorance et impuissance, des œuvres prescrites, ou d'une partie un peu nofoft/e, empêche de gagner l'indulgence (7).

9 11 est au moins prudent de s*abstenirde remplir cette condition par des œuvres qu'on accomplit pour remplir un précepte, lorsque >e rescrit ne le permet pas (8). On ne doit pas non plus substituer aux œuvres exigées des omtres équivalentes, à moins que le rescrit n'accorde la faculté de les faire comn)ucr, et que la commutation ne soit faite par la personne rutorisée (9).

« Les œuvres qui sont de règle dans les communautés peuvent être offertes en accomplissement de ce qui est prescrit.

« Le péché véniel, commis en remplissant îes conditions, n*emp6che de gagner l'indul-

(I) Vaf. art. Yrtehtio^.

(i) Ferraris, m supra , art. 2, n«* 33, 34 , 41. — Ati«W de Belley, 1. 1, p. 270 ei suiv. — - Insi. Ptaî.,

(3)'Fenraris, iM., art, i. n«> 41, 6. i II fauiruire Vs œuvres preKriles soi-même, sauf les aumônes, qu'on peot faire distribuer par d'aulres personnes (Aiiacf de Belleif, 1. 1, jf. 271, G*) >, qui ne soni alors employées que comme instrument. S. Ligiiori, 1. vi, »f53lT;n-554,14.)

(I) Rituel de Paris, p. 214, n* 170. — Kiiud Je Uiillgr, U I, p. 270, n- 619. — Ferraris, ut supra, «tt. 2, n* 41. — S. Lîguori, 1. vi, n« 534, 13, H.

(5) Billuart, «f supra, p. 81 et 82, Petet, i« et 2».

(6) HithêU de P:iris et de Dellry, dans les cndroitb ci-drs9U) iudjqucb.

(7) S. Ltoiori, h Ti, n- 334, 13, I. — RUud de Bclky, p. 271, 4».

(8) Ferraris, m supra, art. 2. n» 44. — /luir. Prat.^ p. 35. — BUuel de Bclley, 1. 1, p. 273. — Voir cependant S. Liguori, 1. vu n^* 534, 14, YL

Selon un sentiment qui parait fort probable, ep faisant une prière ou œuvre de précepte, on peut K;igner les indulgences qui y sont attachées, (/nifr. Prat., p. 34.)

(9) I Quand le pouvoir a été donné de changer les œuvres en d*aiitres, i7 n'est pas nécessaire que la coiiitnulation soil ftàie en confestion et par le confesseup ani entend la personne; mais elle peut être faite hora de la confession, et par tout prêtre appronré, fonnne le drdare Grégoire XIII. > (S. Liguoii, I. vi, n* 33^ i5.J

LMRÛOUGTION.

geoce partielle qu'autaot quUl vicie Tœuvre et la rend impropre à cancourir h ïa fin qiie le coneédaût avait en vue (1).

tèprea (t) jusqu^au coucher du soleil du jour même de \a fKte (3}, et, pour les fériés, depuis Uiioull jusquli minuit [&).

« Linduigence pléniere attachée à la visite d*uno église faite & certains jours ne peut ordinairement (5) être gagnée gu^une fois par jour (tS) : il en est de mémo de Hodul^n^ partielle accordée h ceux qui visiteront une église dans des jours déterminés (7) ; mais si une ind4ilgence partielle est attachée d'une manière indéterminée h la visite d une église ou k une autre bonne œuvre, elle peut être gagnée autant de fois que l'œuvre est réitérée^ <

Mgr l'èvéque du Mans examine ces diverses conditions.

« Le principe fondamental est qu'il faut se tenir strictement k l'acte de concession ; car, dans cette matière, tout dépend ae la volonté du supérieuri et» selon fe maxime du droit tanonique, f>€rba lantum valent quantum sonant,

c Celte observation générale suffit pour ce qui concerne les indulgences partielle^ ; mais comme certaines œuvres, ordinairement prescrites pour l'indulgence plenière, peuvent Causer quelque embarras dans la pratique, il est bon de les exposer ici en peu de mots, et d'éclaircir les difficultés qu'elles présentent. Ces œuvres sont» la confession, ta communlo» et des prières faites à Tinlention du souverain pontife. »

%L — l^e la eonfessitm presctite pont gagner rindidgentt pliniire^

Présentons d'abord cas réflexions du P. Daniel x »La f)rincipale diaposiliofi ost une vrair eonvarsiOB du cœur, par une douleur ttès-emère d'avoir péché» avec une résolution sintère es ne plus pécher è l'avenir. La grice de lésus-Chrîst n'est que pour les eœutsooatiils et humiliés. Quiconque n'est pas résolu de quitter son péché, tj^ui rainie entore et "vettt pécher toujours, est indigne d'une grflca que ce péché ravit à qQi<^oque 1a possède.

« La vraie conversion du cœur consiste à réformer ses mœurs et k changea entièrement lie conduite. Ceioi-lh seul est converti sincèrement et intérieurement char^, qui hait autant le péché qu*il en avait aimé les trompeuses douceurs ; et ce n*est pas haïr la péché, que d'en aimer toujours Iss occasions dangereuses. Fréquenter k son ordinaire les per* sonnes et les lieux dont les attraits séduisants sont comme autant d*amoFces «tu crimci c'est vouloir le commettre toujours et n'être pas converti.

« Pour mériter de gagner Tindulgence plénière, il faut donc être constamment résolu de

fratîquer toutes les vertus opposées à ses anciens désordres, et commencer par sa fidélité la grAce, au moment que 1 on en forme le généreux dessein. Un honune était dans l'habitude de parler mal du prochain, de médire d'un chacun en toute occasion ; maintenant il n'en parle ritablement plénière. C

rôle de jurement, il ne prononce le saint'nom dé Dieu que pour le gloriiiêr, pour le bénir et pour le sanctifier : c*est un homme bien converti. C'était un impudique, ua voluptueux; maintenant il est chaste et a rompu tous ses mauvais commerces : il est converti. G était un bomme abandonné à tous les excès de l'intempérance ; à présent tl est sobre, et jeûne même aouveut : c'est un homme tout nouveau. Enûo c'était un avare, un ravisseur du bien d'au- Irui, qui ne pensait qu'à s'enrichir par toute sorte de voies criminelles, esclave de sa propre pidité ; à présent c est un nomme désintéressé, équitable, tout occupé è r^rer, par de

eu

convenables restitutions, tout le tort qu'il a fait au monde ; en un mot, il est tout cha]îgér,6t mérite toutes les grâces que l'Eglise accorde aux vrais pénitents.Sans cela, au contraire, point d'indulgence plénière, pécheurs, point d'induizenoes à espérer pour vous.

« Le prophète Isaïe nous marque quel est le caractère d'une vraie convorsîott : LaTezvous, et soyez puriGés (/ro., i, 16) : Lavamini, et mundi estote. Voilà deux choses également nécessaires, être laté, et être purifié. Quelque pénitent qu'on croie être, on est lavé sans être purifié, dit saint Isidore, lorsqu'en pleurant le mal qu'on a fait oo ne le q^i^^ pas et qu on reprend incontinent le train de vie qui avait été le sujet de tant de larmes.

(1) Bittesin,!!! lapra, p. 8.— Pel^iS.— S. LîgnorI, Klimpfa, a»:»l, 11.

(% Pût tkeure Ae% premiètet ripm on entend rtieure o& foii a eouuidie de les mmnev dans le lieu; et s1l n*esl pas d^uiage de les clianicr <1ans le lîeif, vn ^ égard t h coatome du diocèse, de b ville voisine, ou II la coutume Générale.

En earéine, les ibéoioffienB flkenl à dh heures et '^niie llieure des premières vêpres. ( Ferrariè, vt f tip«, art. 3, h*« 48 et m\r., p. (» et iRL)

~) Par ewcher tf» «vfW/ on emotnl te temps oè

ipT

Il est déjà entièrement eaclié sons TliQTtxim, at eaiio' Tement couché. (Ferrarls, I6itf., n* 41.)

(4) Ferraris, ui «a^wn, n<»« 57, 41. L'auleur Je riiistr. Prat. g*écarte un peu de te sentiment, (f*^!;^

(5) Il parait qne findulgenee de la Portis^eBlt peiu eUne gaguée plusieurs fols duis le méaiê jour. ( Ferraris, m stpra, art. 5, D«* SO et ^.; li** ^ et seq.)

(6) l)i^crei de b ixingrégolion des Induk* ^ * mars l«78. fVcrrarIs, w mpta, an. 3, a* f!.)

(7; Ferrarls, ibitL

iti IXTRODCCTION.

Mais celui-là est lavé et purifié, qui, après avoir pleuré ses fautes, ne commet plus ce qa*i| $^n\i obligé do pleurer encore (1).

« Sa conversion , pour être sincère» suppose et le cbansement du corary et ramendemenc it la vie : le ehangemeni du cœur, pour l'intérieur de fàine qui n'est vue que de Dieu ; lamendement de la vie» pour la conduite extérieure qui parait aux yeux des hommes ; ■ et celte pénitence-là est la véritable» dit saint Augustin, par laquelle un homme esl telle- « meot converti » qu'il ne retourne plus à .ses anciâis désordres» et si bien repentant qu'il «ne reprenne point ce qu'il s'est senti obligé de quitter (2). » Voilà la principale dispo-^ silion nécessaire pour gagner Tindulgence plénière du jubilé. Les autres dispositions sont les moins principales» quoique nécessaires» parce que» pour des causes raisonnables» ellea se peuvent changer en d'autres œuvres de piété a l'arbitre d'un confesseur prudent» et qu*oo en est quelquefois légitimement dispensé ; au lieu que jamais on ne dispensera personne de se convertir sincèrement à Dieu » de détester sqs péchés de tout son cœur» lueoer une vie nouvelle à l'avenir. Un malade , par exemple» qui par la nature de son mal JU! pourrait se confesser verbalement et de vive voix » pourrait être absous par son con* fesseur, si dans un péril prochain de mort il donnait au moins des signes d'une vraie doubleur» et pourrait gagner i*indulgence à raison de .ses bonnes dis|M)sitions intérieures, XéleDlpas eo état d observer les jeûnes prescrits parla bulle» il peut aussi en être disjicnsé; et le confesseur a le nouvoir de les lui changer en d'autres bonnes œuvres» comme en aumônes proportionnées a ses facultés et à la grandeur de ses fautes. En casque le malade ne soit pas en pouvoir de faire des aumônes» le confesseur peut y suppléer en lui «loonant pour pénitence de souffrir avec une humble soumission les rigueurs de son mai. C'est bien jeûner» en effet» que de supporter patiemment les langueurs d'une longue maladie doBt on est accablé » et de les offrira Dieu en sacrifice d'expiation de ses péchés » )iour satisfaire à sa justice. J'en dis autant à proportion » des pauvres» qui» loin de pouvoir Uire l'aumône» auraient bes^iin qu'on la leur fit à eux-mêmes ; on peut les leur changer en d'autres oeuvres pieuses» comme en prières et autres pratiques semblables; et ce sera toujours de leur part une peaitence bien agréable à Dieu ^ si» par une humble soumission aux ordres de sa Providence , ils supportent en paix et sans murmures les incommoaités fia leur indigence . s'estimaut trop heureux de faire sa sainte volonté.

« Or il est bon 4e remarquer ici que la bulle» en prescrivant des œuvres satisfactoires» ne I retend point par-là ôter aux âmes ferventes la liberté d'en £Jouter d^autres de leur choiXt 'don leur dévotion; chacun peut suivre en cela les mouvements de sa piété» pourvu que ce &Q\i smis préjudice de ce que la bulle ordonne. Plus on en fera ». et mieux sera-t-on disposé à recevoir 1 effet de cette grande indulgence (3). »

Voici ee c^q dit Bourdaloue sur cette question capitale :

«Deux choses, chrétiens» sont indispensablement nécessaires pour avoir part à ]*fn^ dalgence du jubUé; être en état de srAce avec Dieu», voilà la disposition habituelle; et accomplir tes œuvres prescrites par Te vicaire de Jésus-Christ » voilà la disposition ao^ luelle. Mettons l'une et l'autre dans tout son jour, et donnez à ceci^ s'il tous plaît ^ une aUeiUJon particulière.

« Je dis d'abord qu'il laut ùire en état de grâce avec Dieu ; car Vindulgence» et surtonl Ta plus sijpjalée de toutes les indulgences» est une faveur qui ne s'accorde qu'aux JuiSles e( aiiiaïuis de Dieu. L'£glise invite les pécheurs convertis et réconciliés ; elle en exclut les eadurcis et les impénitents. Si vous êtes de ce nombre» ce n'est point pour vous qu'elle ouTre ses trésors. Tandis que vous vivez dans ce triste état » tandis que yQ\x$> êtes ennemi de Dieu et eafant de eolire» il n'y a point de jubilé pour vous.

^Dieu est le maître de ses dons» pour les répandre sur qui il veut et aux conditions qull veut; or sa première condition» pour profiter de celui-ci» est que vous so^ez revêtu <ie la grâce sanctitiante et du caractère de ses enfants bien-aimés.

• De là je tire trois conséquences que vous devez bien remarquer» parce qu'elles soisl cssemielies. Première conséquence: puisqu'il faut ôtre en état de gr&ce» il faut donc feooncer à tout péché ; car la grâce et le péché ne peuvent convenir.

« Renoncement atisolu» sincère» efficace » et tel qu'il doit être pour mettre le pécheur en dispo&ilion de trouver çrâce devant Dieu; sans cela rien de plus inutile» ou plutôt sans ''«la nulle indulgence. Dieu peut bien remettre le péché » sans en remettre toute la peine ; mais il ne remet jamais la peine du péché » tandis que le péché subsiste ; or il suosiste.

Uudis que le pécheur ny renonce pas, ou n'y a pas renoncé. « Seconde conséquence : puîsqu il faut renoncer à tout péché» il suffit donc

d'aroir la

^ituilae; car au moins ne la peut-M gagner par rapport à ce péché véniel» doot la tactie

(l)liTaMr, ei niuiidiis non est, <|ui plsagît ea (H) isu eai vara pcaniieBita. «(aando sic converti

^ SUsil, Dec éeseril, d post lacrymas, ea quae lur 4|uis, ul noa rcveruuir; sic pœnltet» ui n^

vvemi rfpeiit. Lavaiur, et miiudus est, t|ui et pra:- rRpeuu(D. Aug.» «rnn. 7, de tempon.)

{^ta plai^i, et flunda ilerom non comroittit (D. (5) Cenférenc^s de t^nkU V^E- ^tJO. w*., w. DemmmoLonû, cap. 6.)

nosl paseffocéc. Tel csl lonlrc do Dif^w plein d'équité; il ne se relâche do ses droiu, quont h ta peine du péché, qfà mesure et à proportion que nous en détestons i offense.

« Troisième conséquence : il faut donc Atre vraiment contrit et pénitent, car c'est en termes exprès ce que porte la bulle : Vere contritis ei pœnitentibus : mais indépendamment de la bulle « la chose est évidente par toutes les règles du bon sens et de la raison , beaucoup plus de la relieion et du droit divin. Or sur cela chacun doit s'éprouver soi-même, tMiUr reconnaître sMlest en état de prétendre à la grâce du jubilé ; et par là on doit faire le discernement de ceux qui le gagnent d'avec ceux qui ne le gagnent pas.

« En effet, on verra penaant ce saint temps un nombre infini de chrétiens qui, pour aroir part à rindulgence du jubilé , paraîtront touchés de contrition, en donneront des pratiques publiques, pratiqueront les œuvres de la pénitence jusqu'à certain point, assiégeront en foule les tribunaux, confesseront leurs pécués, se frapperont la poitrine, verseront même des larmes; mais dans cette foule et sous des dehors spécieux y aura-t-il beaucoup de vrais pénitents? Vous le savez, mon Dieu, vous à qui rien n'est caché, et qui pénétrez jusque dans le fond des cœurs ; vous savez si le nombre des vrais pénitents répondra à rabondance de vos miséricordes. Ce que je sais, c'est que vos miséricordes, quoique abondantes, sont, mAme dans ce temps de salut, limitées et uniquement réservées à ceui dont la contrition est sincère et solide; ce que je sais, c'est nue la fausse péniteocena doit espérer de vous dans aucun temps ni grice ni rémission ; les vrais pénitents, cesool ceux qui ne se contentent pas de pleurer le péché, mais qui en retranchent la cause, mais qui en quittent l'occasion , mais qui en réparent les pernicieux effets, mais qui en cherchent les remèdes, mais qui s'; assujettissent de bonne foi ; voilà les preuves d'une con* trition non suspecte, et voilà, sans en rien excepter, les dispositions aosolument requises pour l'indulgence dont je parle. Or combien peu s'acquitteront fidèlement « pleinement, exactement de tons ces devoirs, et par une suite nécessaire, combien seront trompés çt se tromperont eux-mêmes , dans la vaine confiance dont ils se laisseront flatter, d'avoir re^ 18 bienfait du Seigneur, et d'avoir pris pour cela toutes les mesures convenables 7

« De là même concluons encore, mes chers auditeurs, qu'il n'est donc pas vrai que l'indulçence, ni par conséquent le jubilé, anéantisse la pénitence , ainsi que les hérétiques nous lont reproché; car, bien loin d'anéantir la pénitence, le jubilé la suppose comme la première et la plus essentielle de toutes les conditions ; et l'on ne peut dire non plus que le jubilé soit un relâchement de la pénitence, puisque c'est au contraire le plus enga- ^e^nt et le plus pressant de tous les mojifs dont se sert l'Eglise pour exciter les pécheurs

ne )ren-

3re les voies de la pénitence, et de la parfaite pénitence, que d'envisager ce que l'Église me propose, et ce que Dieu me promet, si je suis assez heureux pour ^ entrer, savoir: l'entière rémission des peines dues à mes péchés, si je les déteste, si j'en détache mon cœur, en un mot , si ma pénitence a toutes les qualités qu'elle doit avoir pour me remettre 60 grflce avec mon Dieu? persuadé qu'une telle pénitence est le seul moj;en pour obtenir cette rémission, quels efforts ne fais-je pas et quelles victoires ne suis-je pas déterminé à remporter sur moi-même pour surmonter toutes les difficultés qui pourraient s'opposer h ma conversion. On dit : j'en serai quitte pour peu de chose, et if ne m'en coûtera que de faire ce qui est prescrit par la bulle ; ainsi parle une Ame peu éclairée, qui ne connaît pas la grAce de Dieu; ainsi pense une Ame mondaine, qui cherche à se consoler dans le désordre de sa vie tiède et lAche, qu'elle veut toujours soutenir. L'une et l'autre se font de l'indulgence un prétexte à leur impénitence ; mais d'où vient l'impénitence de l'aneet de l'autre? est-ce du jubilé même? non sans doute, mais de fausses conséquences qu'elles tirent l'une et l'autre de l'indulgence et du jubilé.

« En suivant les maximes catholiques, je n'ai garde de tomber en de pareilles erreurs; car, m'attachant à ces paroles qui en sont le solide préservatif: vere pmnitenlibus et contritU, je veux dire la Nécessité d'être vraiment contrit et pénitent, bien loin de croire que ]*ea serai quitte pour peu de chose, en faisant ce qui est ordonné, je comprends que, pour me disposer en faveur du jubilé, il n'y a point de violence que je ne doive me faire, point de passion que je oc doive sacrifier, point d'attacbe que je ne doive rompre, point de commerce dangereux que je ne doive m'interdire : pourquoi ? parce que tout cela est de l'essence d'une conversion véritable et chrétienne. £n suivant les maximes catholiques, comme je dois conôpter pour rien tout ce qui est d'ailleurs ordooné si Ton sépare cette vraie conversion : aussi puis-je, sans présomption, me promettre de la bonté de Dieu, que tout le reste, quoique peu de chose, ne laissera pas de lui être agréable, et de m'aidera apaiser sa justice, si cette vraie conversion en est le fondement. A quoi sert le jubilé, dit un chrétien lAche, si l'on n'en est pas moins obligé à faire pénitence? Et moi je réponds: il sert à m'acquîtter pleinement envers Dieu des dettes dont, malgré toute ma pénitence, je pourrais encore lui être redevable ; car par la mémo raison qu'après avoir fait toul ce qui m'est commandé, je dois toujours me regarder comme un serviteur inutile; aussi q*ioique exacte et quelque fervente que puisse être ma pénitence, je dois eocoro ma cod-* SiJérer comme un pécheur qui C!>t en reste avec Dieu, cl c'est alors c|uc l'indulgence raV^l

îil INTRODUCTION. VA

(loiitablo, c*e$l alors que le jubilé supplée à mon impuissance, et met le comble k rut luslidcatJon.

mour ou de haine, ma seule ressource, dans celle affligeante incertitude, est de continuer toujours à faire pénitence, comme s'il n*v avait point eu pour moi d*indu)gence.

c C*est bien plutôt dans les principes des hérésiaraues et dans leurs dogmes scandaleux, que Ton découvre le relâchement visible, et même ! anéantissement total de la pénitence : carn*est-ce |)as la détruire et Tanéautir, aue de la faire consister, comme ils Tont prétendu, dans on simple acte de foi par où le pécoeur se croit justifié, et s^assure en^effet de Tétrc, saos en avoir d'autre témoignage aue celui qu'il s'en rend au fond du cœur ? N'est-ce pas anéantir la pénitence, que de la réduire par là k l'exercice le plus aisé et le plus commode, à uD exercice qui ne mortifie en rien, qui n'assujettit à rien, et qui ne coûte rien davantage ijue de se consoler dans la créance bien ou mal fondée que nos péchés nous seroot remis? N'est-ce pas anéantir la pénitence, que de la dépouiller, comme ont fait les tuteurs du schisme, de toutes les œuvres humiliantes, laborieuses et pénibles, en abolissant la confession, en supprimant toute l'austérité de la satisfaction, en décriant les macéralions du corps, en faisant cesser l'obligation du jeûne, en déchargeant le pécheur de loatcela, en lui rendant tout cela odieux, en n'exigeant autre chose de lui, sinon qu'il: croie, sans hésiter, que, malgré ses péchés, il est revêtu de la justice de Jésus-Christ, et ftarlà, lui accordant plus qu'il ne pourrait, selon nou^, espérer de I Indulgence et de la })éDilence jointes ensemble, puisque indépendamment de l'une et de l'autre, on Tassuro (|u il ne doit plus rien à la justice de Dieu ? Mais surtout n'est-ce pas anéantir la pénitence, et en renverser toutes les idées que l'Ecriture nous en donne, de dire, comme les hérésiari|ue$, que quand le pécheur est une fois justifié, il ne peut plus perdre la grâce; que quelque crime ensuite qu'il commette, ses crimes ne lui sont pas imputés ? La rémission ucs peines, que Dieu accorde par l'indulgence à un pécheur contrit et humilié, a-t-ello rien qui approche de ce relâchement, et fut-il jamais une indulgence, si je puis ainsi l«jler, plus monstrueuse que celle-là et plus chimérique? »

Après ces réflexions générales de Bourdaloue sur la pénitence et la confession, nous allons rapporter les décisions des théologiens sur quelques diincullés pratiques, et nous (ngngeons le lecteur à consulter aussi notre article sur le Jubilé.

^i la confession n'était point exigée comme condition essentielle de l'indulgence, elle ne sorait pas strictement nécessaire, même pour ceux qui sont coupables de péché mortel; car la contrition parfaite, jointe au vœu du sacrement de pénitence, justifie le pécheur, et le rend )iar là même susceptible de recevoir l'application de l'indulgence.

Néanmoios celle décision, admise par les théologiens, ue peut être d'une grande utilité dans la pratique, parce que le pécheur ne peut guère, sans présomption, compter sur l.i ceotrition parfaite, si, pouvant se confesser, il ne le fait pas. D'ailleurs, la confession est ordinairement prescrite.

On convient que la clause, riU c^niriiis et confessit (1), qui se trouve communément dans les bulles d'indulçences pléuières, exige la confession sacramentelle de tous ceux qui sont en état de péché mortel, quelque contrits qu'ils soient. S'ils étaient dans l'im-

Gssibilité de se confesser, ils ne pourraient gagner Tindulgence. La congrégation de» dalgences, consultée k ce sujet par Tévêque de Méiiapour, répondit, le 10 septembre 1729, que tes missionnaires étaient assujetiis à la rigueur de cette clause, comme les autres ; elle donna le conseil d'en demander la dispense. Ils la demandèrent efiectivement,et l'obtinrent comme l'atteste Benoit XI V, dans sa constitution Jnttr prœlerilos du 3 décembre ilVJ, |6. La même dispense fut aussi accordée, en 1734, aux PP. Capucins de France et d'Irlande, «(ui travaillaient dans les missions parmi les hérétiques (2j. (Mgr Bouvier.)

1" Question. — Ceux qui n'ont que deê fautes tinielles iont-iU également obligés^ en vertt$ de la précédente elause^ de se confesser pour obtenir l'indulgence^ et quand cette confession doit^tle $e faire t

Mgr BouTier s'exprime ainsi :

• Fresque tous les théologiens disaient autrefois que non, i>arce qu'ils étaient persuadéa qoe la confession n'était prescrite que comme mojeu d'obtenir la grâee sanctifiante. De là ils omcluaient qu'on n'avait besoin de se confesser ni la veille ni le jour de la ftte k laquelle était attachée l'indulgence que l'on voulait gagner, ni même de se confesser du tout, |K)unru qu'on n'eût pas jjéché morlellement depuis sa dernière confession. Navarre, Suarez, Booacioa, Collet, Ferraris et beaucoup dautres étaient de ce sentiment.

« Tous convenaient que si la confession était prescrite comme œuvre essentielle <i l'indulgence, elle devenait nécessaire même k ceux qui n'auraient que des fautes vénielles f se reprocher. Oa ne disputait donc que sur le véritable sens des paroles que noua avou$ citées, rite contritis et confessis.

{1} Voir arl. Jubilé. (2) Théodore du Saînl-Esprlt, v pari., cl|. 4,

iNTftai>ucTio:><.

« La congrégation des indulgences se prononça^ le 19 mai 17119, contre ropi&ion des théologiens, et décida que la confession était une condition essentielle de rindolgenoe; Clément Xllt approuva ce décret, et voulut qu*il eût partout force de loi.

« Cette décision contrisla beaucoup de personnes : nue foule de communautés d'hom*. mes et de femmes, des curés et des évoques, supplièrent humblement le Saint-Fère de la modifier.

« Clément Xni fit de nouveau examiner l'affaire ; la eooçrégation s*en occupa sérieusement, et fut d*avis que Sa Sainteté, sans toucher à ce qui avait été réglé, accordât an induit perpétuel propre à satisfaire les pieut fldèfes. Elle demandait que ceux qui sont iàïis Tusage de se confesser habituellement toutes les semaines, s*ils n*en sont légitimement empêchés, pussent gagner les indulgences [i) qui se rencontreraient, s^u$ être obligés de se confesser chaque fois, pourvu qu'ils eussent conservé l'état de grâce, en exceptant toutefois le jubile ordinaire et extraordinaire, pour lequel la confession continuerait d'être nécessaire.

< ie pieuT Pontife adopta Tavis de la congrégation, fit dresser son in^t dans ce sens, et te publia le 9 décembre t765 (2).

< ta congrégation des Indulgences a rendu un décret qui a été approuvé par Pie T|l, le 18 juin 18SS, portant que, pour ceux oui n'ont pas rhattitude de se confesser aussi souvent, la confession pourra se faire huit jours avant la fête où ils se proposent de gagner l'indulgence.

« Un rescrit de faudienoe de Pie Vif, du 1^ mars 1805, signé Capretra^ donnait aux fidèles du diocèse du Mans la faculté de gagner les indulgences plénieres qui se rencontreraient, en se confessant seulement deux fuis par mois, bis in mense, pourvu qu'ils fussent en état de grflce et remplissent les autres conditions requises. Ce rescrit était motivé sur le petit nombre des confesseurs, et n'annonçait aucune limite pour la durée.

«Dans les diocèses où l'on ne jouit pas du même avantage, les tidèlcs doivent se confesser habituellement toutes les semaines ou dans les huit iours qui précèdent ia fête à laquelle est attachée l'indulgence qu'ils veulent gagner. Il faut remarquer, d*après ce que nous avons dit ci-dessus touchant 1 intention, que la confession doit probabloiuent être faite avec quelque i;)tention de gagiier rindulgcncCi puisqu'elle est considérée maintenant comme une des œuvres prescrites. En outre, le ois in mense doit s'entendre de la confession habituelle de tous les quinze jours, et non de deux confessions, en passMt, au commencement et à la fin d'un mois. (Mgr Bouvier.)

ir QuvsTMK. — Celui qui se confesse quelques jours avant la fite pourrail-il ffaqner tine '-^-'■'^ence pleniire qui se rencontrerait dans cel intervalle^ outre l'mdulgence de la fiteî

. « Nous ne le pensions pas, et voici sur quoi nous nous fondîoBt : par le décreâdu 19 mai llBd, la «onfessiou est dédarée cooditioa essentielle de Tiodulgeoee. CléaKOi XUi a déro^ k eelte dispositioo, Hiais seulement en faveur de ceux qui se coofesseai toutes les aemaiaes. Pour les autres, la confession restait donc prescrite comme il avait élé décidé. Or le décret du 12 juin ili22, dont on peut voir l'analyse dans I'Iun de^ Meiifion. Ion.

XKXUI, pag. SOI ei atS^ et le texte dans le nouveau Kitu«i de Paris, pag. 914, permettait Uea, à la vérité, vu la rareté des confesseurs, de faire la confession sacnimeiileUe requise pour l'iedulgenoe pléaière aUaebée à une fête, un des jours de la semaioe qui précède le fête, imfra AaMamedem anie feêiivitaiem: mais ne disait nullemeiA que celle eonfessioB pourrait servir pour plusieurs indulgences*

V Bue iléetaioa du i& décembre 18^1 porte qu'oa peut gagner les indulgences qui se reDeoDtrenl dans nnlervallei et traoohe «oai la difficulté, (iimt de ImMeUgiut^iaœ. CXiVt

(ti faf. à l'art. JoeiU le Namtoneet de ^gr rarcDevequc de Paris.

(2) Summus Poniife& Qemens MI coneessil omeibee ClirUli Béelilms qel, îa f lec^oeeli peccaiorum eaefiMfieoe avivmi aMÛleales oxpiare, semçl sadiem in liebdOmada ad s^icmmenUim pœiiheniix accederc, nisi légitime iropedîanlar « coiisueverant, et nuHius letalia culpae a se post peractam ukiinam confessio- Naei emBoiiiaaB Mi cooscit sima, ui ouines, el taaaceniie iedelfwtîei ^«aciiei peasiiu, eUaip liqe Jg4m^ «Mifeà^iene, qpae oaelermiiiinîu^u pr«e» fjti OecreU defimûoiiciii «id eaa Incrandas necessaria easet« Niliîl umeo innovando circa Indulveniias Jdirilait taM onlinarfi qoam cxtraordinarii aThisque ad lestar labifari coeccasas pro qeibiis aaseqaendis •icec et alfa epara îeioneta, ifa ai 8««natenieftia ^^ssâmâèMtnfom ieeeiem coeiaaiiaia prosacripto partf^Mliir. {ÉÈfcrmm S. tmigfʧ§U JtMgsmius fftffsiUss ëiei 9 deeemk. 1765. — Ferraris, ul supra, art. S, n* 47.)

La privdége accemK par le décret da 9 décembre 1763, ee faveur de ceux qui ont Thabitode de a*»pp'oclier au moins une fois par semaine thi sacre-'

ment de pénîlence, a été élendu k tons tes fidciia dans les lieux où, à cause de la rareté des con^seurs, ils ne peuvent se purifier souvent par la confession sacramentelle, île telle sorte que, dans cfs lieuK, la confesaioti prescrite ppur une indulgeocc qui n*esi pas accordée en forme de ^Gtlc, peut èirf faite Ttm des jours de b seraaiiye avant la fête («). c*esl-à-dire Vun des buii joars qui ta préeédaal (*)• La confession ainsi faite, hait jeem a«Ml la létc. auflit poor faice gagner les antres iiHtalfaeflls m se rencoatroBi dans cal Inurf ^ (c).

Jl a encore éié décidé que, dans te cas eè la eoafession est requise, il D*cst pas nécessaire poar acquérir Tindulgence de rece^ir Tabsololbn sHramenielie {d). [Hanuei de LîoMges.)

ta) ùéer t de la congrégation îles niakl|«M«s, ^ lî jain «8fl, tpproufé par le pape Pic Th.

tb) DécisilouOn la caugcégMIott eaa laMgfattScJ f.!î décembre Itfil.

(et iM.

{d) IM.

r,5 INTRODUCTION. »l

M. 310.) Celte large* concession ne s'applique pas, nous le [»ens(ins du moins, au mbilé et aux indulgences en forme de jubilé, exceptées par Clément XIII, comme nous ravoos dit plus haut, et par Pie VII, dans le décret du 12 juin 1822, et que nous citons intégralement à cause de son importance.

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