‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 5 sur 370 · CHAPITRE PRECHER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRECHER

Des peines dues au péché.

Comme tous les auteurs qui ont traité la question des indulgences, comme Mgr. Bouvier en particulier, commençons par établir que tout péché demande k celui qui s'en est rendu coupable une expiation en cette vie ou dans la vie future. La peine du péché n'est remise nécessairement ni par l'absolution sacramentelle ni par la contrition parfaite avec le désir du sacrement de pénitence. La peine éternelle est remise sans reslrictioo, mais il reste

de cette peine. En conséquence, nous allons présenter ce dogme de l'expiation ou de la satisfaction, en reproduisant sous diverses formes l'enseignement de la sainte Eglise h cet é^rd. Toutefois, nous n'insisterons que sur les choses essentielles, car cette question re* Tiendra souvent dans l'explication de la doctrine des indulgences.

Voici d'abord ce que dit d'une manière très-simple et très-saisissable le savant P. Daniel. Après avoir traité de la contrition et de la confession, parties essentielles de la pénitence, il explique ce que l'Eglise entend par le mot satisfaction, qui est aussi une des conditions de ce sacrement. Il dit : « La satisfaction sacramentelle, selon le concile de Trente (1), est une peine qui est imposée par les prêtres, et acceptée par les pénitents, pour expier les

(t) Se^s. fi, cap. 8, el Calech. Trid., pan. u, n. ^9.

15 LNTRODl'CTION, 10

fniiteè qu'il oni commises, avec promesse de les éviter h l'avenir et de s'en corriger. Satisiaire h Dieu n'est donc nuire chose que lui rendre l'honneur qui lui est dû» eu puuition do l'injure quon lui a faite: ef, parce qu'on ne peut lui rendre cet honneur que |^r la constante résolution de ne le plus offenser, il faut retrancher les causes du péché, si Ton veut lui faire une satisfaction digne, et renoncer par un esprit de pénitence au plaisir qiio i*ôn aurait à le commettre encore. Ainsi les prières, les aumônes» les jeAuos que les confesseurs enjoignent aux pénitents avant de les absoudre» sont cette! satisfaction que nous avons dit être la troisième partie du sacrement de pénitence.

« On l'appelle partie intégranUy pour marquer qu'elle n'est pas essentielle, eu sorte que sans elle le sacrement fût nul; mais qu'elle est seulement nécessaire pour donner au sacrement son intégrité et son entière perfection; parce que, si Ton n'accomplissait pas l;i pénitence qui a été imposée, le sacrement resterait incomplet, en ce qu'il n'opérerait pas lout Teffet qu'il peut produire en ceux qui sont parfaitement contrits. Je m'explique par un exemple :

« Un cnrélien, contrit de s^ fautes et résolu de s'amender se confesse : on lui Ifnposo une pénitence, il l'accepte; le prêtre l'absout. Voilà le Sacrement fait, puisqu'il a toutes ses parties essentielles, qui sont la contrition du cœur, la confession de la bouche, et le bienfait de l'absolution : «es péchés lui sont remis; et la peine éternelle qu'il méritait, est ( hangée en des peines temporelles» qu'il lui faudra souffrir après la mort» si dès cette vie il ne tÂche pas de les expier par de dignes fruits de pénitence. Mais si après cela il n'accomplit pas sa pénitence» le sacrement reste toujours à la vérité subsistant, et ses péchés sont toujours pardonnes , puisqu'une fante postérieure au sacrement ne peut empêcher que ce qui a été fait» n*ait été fait : mais il commet un péché nouveau, plus ou moins grand à proportion du motif plus ou moins criminel de sa négligence; et le sacrement demeure incomplet, à défaut de cette satisfaction, en sorte qu'il ne lui confère pas autant de grâces actuelles» qu il lui en aurait conféré, s'il eût été fidèle, pour l'aider à ne plus retomber tians les mêmes fautes et à racheter une partie des peines temporelles. Voilà donc ce que c'est que la satisfaction dans le sacrement de la pénitence : c'est une réparatio-i que le pécheur fait à Dieu, par des œuvres de piété pénibles et humiliantes, pour l'injur^^ qu*il lui a faite en péchant, afin de rendre le sacrement entier et complet en si*s effets.

« Maintenant, je distingue deux sortes de satisfaction : l'une qui est essentielle ; l'aulre.

taclion accidentelle, autrement dite intégrale, n'est autre chose que lactuelle exécution de cette volonté fervente ; ou, si vous voulez, c'est la réparation effective de l'injure qu'on a laite h Dieu, et on l'appelle seulement accidentelle^ parce qu'elle n'est pas essentielle au sacrement, qu'elle lui donne seulement sa dernière perfection, et que ce sacrement est déjà lait avant que la satisfaction ou pénitence s'accomplisse.

« Cela ainsi supposé, la satisfaction essentielle, qui n'est autre chose que cette volonté de réparer rinjure que l'on a faite à Dieu, est si nécessairement renfermée dans la douleur et dans la confession des péchés, que sans elle il n'y a ni contrition véritable ni confession valide, puisqu'il faut vouloir eÎTicdcement satisfaire à la justice de Dieu pour être véritablement contrit. Mais la satisfaction accidentelle et intégrale, c'est-à-dire l'actuelle réparalion ou l'accomplissement de la pénitence qui a été imposée par le confesseur, n'est pas absolument nécessaire pour la validité du sacrement, quoiqu'elle soit d'obligation de conscience, puisque le sacrement est déjà fait, et subsistant par l'absolution du prêtre, comme nous avons oit» et qu'une négligence qui lui serait postérieure ne le pourrait infirmer.

« J'ai dit : quoique cette satisfaction actuelle soit d'obligation de conscience: car ce serait souvent un péché mortel de ne pas accomplir ou de différer trop longtemps une pénitence considérable qui aurait été imposée pour d'importantes raisons» telle que serait de restituer le bien d'aulrui, ou de quitter incessamment Toccasion prochaine du péché d'habitude.

« La nécessité de cette satisfaction accidentelle et actuelle est exprimée en mille endroits de nos saintes Ecritures. Le sujet le plus ordinaire de l'éloquence des prophètes» de saint Jean-Baptiste» de Jésus-Christ même» des apôtres à son exemple» est l'obligation de faire du dignes Iruits de pénitence pour la rémission des péchés; et tout chrétien qui ne veut rien .^^ouffrir pour venger sur lui-même l'iniure qu'il a faite à Dieu» se rend indigne d'en recevoir le pardon. Or, ces dignes fruits de pénitence qui nous sont si recommandés» consistent également et dans les mortifications du corps, et dans le renoncement que le cœur fait au péché, et dans la pratique des bonnes œuvres (1). En voici un exemple : .

« Quand les Ninivites reconnurent la nécessité de faire pénitence pour détourner la colère du Seig lour, dont le prophète Jonas les avait menacés, ils ne se contentèrent pas de ne plus pécher; Ils se punirent sévèrement eux-mêmes de Tavoir fait« et le roi fit uue ordou-

(I) Si pœiiiienliam egiM-ii goiis iila a m^lo suo pœnilenliain ab omnibus iiiiquil.alibus'vesU'is, et noo

agaiD et ego pœniicnlîam super malo quoJ cogilavi cril vobis in ruiiiani iuiquilas \tlzech. xviu, 3U). ul facercDi ei {Jer, wiii , 8). — Couvprlimini cl agile

17 LVr«OUlCTlON. 18

nance co; çue en ces termes : Que chacun se contre de sacs; que tes hommeê et les anitnaux ne mangent rien; quiis ne boivent pas même de Veau, et quils crient au Seigneur de toute leur force (Jon, m). Lui-raêroe se leva de snn (rôno ^ quiUa ses habits royaux , se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre. Tout ce qu'il y a eu de vrais pénitents, tant dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau» n'ont pas cru pouvoir mieux apaiser le Seigneur qu'en ajoutant les macérations du corps à la douleur dont ils avaient le cœur pénétré. Voilà jusqu'où va la nécessité de satisfaire è la justice divine pour les péchés mêmes qui ont été remis dans le sacrement de la pénitence.

« De quelle utihlé est donc cette satisfaction à ceux que le sacrement a déjà justices ? Ajoute-t-elle quelque chose à son efQcace? J'ai déjà insinué de quelle utilité est cette satisfaction dans le sacrement de la pénitence, puisqu'elle nous fait racheter les peines temporelles qui restent à expier après la rémission de la coulpe du péché et de la peine éternelle (fui lui était duc. Car il y a deux choses à considérer dans le péché, dit la sacrée théologie; savoir : la coulpe et la peine. Or, quoique Dieu remette et la coulpe et la |)eine éternelle fle ce péché aux vrais pénitents, if ne leur en remet pas pour cela toutes les conséquences dans les chAtiments temporels dont ils méritent d'être punis. Le concile de Trente (1) t'a ainsi décidé, et c'est la tradition constante de TEçlise dans tous les siècles. C'est donc un grand avantage de pouvoir racheter, dès cette vie , par de bonnes œuvres satisfacloires, ces peines temporelles qui restent à subir après la rémission du péché.

« L'Ecriture nous fournit ae grands exemples de l'utilité de cette satisfaction, autant que de sa nécessité, après que les péchés ont été remis, et la conduite de Moïse en fut dès lors une excellente figure {Exod. xxxni). Ce zélé personnage va demander miséricorde au Seigneur pour son peuple , qui a porté son idolâtrie jusc|u'à cet excès d'aveuglement que d adorer un veau d'or qu'il venait de fabriquer. Mais Dieu est irrité et veut exterminer co peuple ingrat autant que murmurateur. Moïse prie, il conjure, il pleure; Dieu se montre iillexible. Moïse redouble ses instances et demande pardon pour les coupables. Il lobtient < nfin, et le Seigneur, attendri par les larmes de son serviteur, promet de ne pas exécuter sur son peuple tout le mal dont il vient de le menacer.

« Qui ne croirait que Moïse doit être content d'avoir sauvé Israël une seconde fois, et qu'il va traiter avec douceur un peuple à qui le Seigneur vient lui-même de faire grâce ? Mais non; la justice divine est irritée : il faut lui faire satisfaction. La faute est pardonnéc^ quant à la coulpe; mais toutes les peines n'en sont pas remises.

c Moïse, à son retour, tenant les tables de la Loi écrite du doigt de Dieu, entend de loin les cris de joie de ce peuple insensé, qui danse autour de l'idole. Transporté d'une juste i.olère , il jette casse. Arrivé à Les enfants de

vicê; quil passe et repasse dans tous les quartiers du camp y passant au fil de l'épée tout ce qui se trouvera sous la pesanteur de son bras. L'ordre est exécuté : l'ami tue son ami, le père sacrifie ses propres enfants à la gloire du vrai Dieu; tous, sans aucun égard, immolent à sa justice tout ce qu'ils ont de plus cher. Près de 23,000 hommes en un seul jour restent morts sur la place. Quelle terrible vengeance de la part d'un homme qui fut toujours si patient, et contre un peuple auquel Dieu vient de panlonner à sa seule sollicitation 1

« C'est un mystère, disent les saints docteurs. Le crime était pardonné quant à la coulpe; mais la justice de Dieu n'était pas encore satisfaite : il fallait expier, par un châtiment t ^.iiporel, une idolâtrie qui , sans ce pardon , aurait été punie par d'éternels supplices, et c'est la figure de la satisfaction que les pénitents doivent à la justice divine, après qu'ils ont été absous de leurs péchés. Voilà quelle en est la nécessité. Autre exemple.

« David était bien sûr que son péché lui était pardonné, puisaue le profdiète Nathan l'en avait assuré de la part de Dieu (2) ; cependant il ne crut pas devoir en demeurer là , et outre celte patience admirable avec laquelle il soutint toujours les iléaux dont le Seigneur l'aflUigea, il j ajouta les austérités de cette pénitence éclatante, qui sera l'édification do l'Eglise jusqu'à la fin des siècles. Après que ta coulpe du péché a été remise, il reste donc des peines temporelles à subir que 1 on peut expier par de dignes fruits do pénitence. Voilà rutilité de cette satisfaction dont il s'agit ici. Saint Paul assure que si nous nous jugions nousmimes en nette vie, nous ne serions pas jugés (3) après la mort. Il est donc de notre intérêt de satisfaire ici-bas à la justice de Dieu, qui, n'ayant pas épargné son propre Fils (4), parce

puisque péuitence.

« Mais, dit-on, on nous enseigne que Jésus-Christ a satisfait pour nous sur la croix, et que Si satisfaction a été surabondante, puisqu'une seule de ses larmes ou une zouitë de.)5on sang eût été plus que suflisante ()Our effacer tous les péchés du monde. N'est-ifdonc pas supei Uuquenousentrei'.renions desatisfaireencoreaprès lui?Ët n'est-ce pas lui faire enquelque

(I) Ses». 14. cap. 8, caii. 1î cl IS. dicarcinor (/ Cor. n,. 51).

(î) il llcg. \\i. {^) Qiii etiain proprio t iliosuo non pepercil (Fimu

(r>) Si nusnictîpsos dijudicarciuus, non u(ique ju- vut, 5^).

t9 liNTRODUCTlON. S»

sorte injure que de vouloir ajouter des œuvres aussi iiDDarlaites que les nôtres à ses méri* les, qui sont tofinis?Non, ce D*est pas faire injureà Jésus-Cnrist, que de vouloir saiisiSatire pour nos fléchés, après la satisfaction surabondante qu'il en a faite sur la croix. C'est, au contraire, faire honneur à ses souffrances» que d'essayer d'y prendre quelque pari en &isant de digues fruits de pénitence, puisque c'est reconnaître que toutes nos mortifications o'ont d*eilScaca et de vertu qu'aufant qu'étant faites par les mouvements de sa gr&oe, elles sont unies aux douleurs de ce Dieu crucifié. Jésus-Christ n'a souffert que pour nous apprendre à souffrir à son exemple , que pour donner à nos souffrances le mérite qu'elles D*0Dt pas d'ellesmêmes, el, comme parle saint Jean, pour nous donner par là Upouvçir de devenir les dignes enfants de Dieu (1).

« Les mérites même du Sauveur, tout infinis qu'ils sont, ne nous profiteront jamais do rien, si, par notre fidélité à la grAce et par nos bonnes œuvres, nous ne méritons au*il nous en fasse une favorable application, et si nous ne tâchons, avec le secours de si Rr&ce, de nous en faire h nous-Huèmes une application favorable par nos bonnes œuvres. C est la

qui est liLgttse (:i]^ a esi ceriamque, ae ja pan ae jesus-t.Qrisi. ii ne manque rien a ses souffrances de tout ce qui était uécessaire pour la rédemption du monde ; ce serait même un blasphème de l'avancer. Mais tout y manque de notre part , si nous refusons d y participer et d*en ressentir c|uelque chose en notre chair par les mortifications de la pénitence. Ce qui manque à la passion do Jésus-Christ, disent les saints docteurs, est que ses membres, qui sont les chrétiens, souffrent les uns pour les autres, et pour eui-mèmes, eo union (L^^'ce qu'il a enduré pour tous.

« fiieu a prédestiné et réglé, dit saint Thomas, tout ce que Jésus-Christ, comme chef do TEfflise, derait souffrir; afin que tous les fidèles, qui en sont les membres, apprissent ce quiis V devaient prendre de part , chacun selon son caractère particulier. Saint Paul a endure tout ce ou il avait à souffrir pour sa part, dans le pénible soin au'il a pris de toutes les Eglises : solliciludo omnium Ecclesiarum {S), Les saints martyrs, a son exemple, ont enduré dans la persécution des tvrans ce qu'il leur convenait de soulffrir pour leur part , afin de cimenter les fondements ae l'Eglise naissante par l'effusion de leur propre sang. Chaque chrétien, dans son particulier, doit souffrir en paix, dans un esprit de pénitence, tout ce qui lui est échu dans le partage de la passion du Sauveur, dans les disgrâces dont il plaft h la divine Providence de VafiUger pour sa sanctification. Voilà ce qui manque encore aux souffrances de Jésus-Christ, pour que les mérites nous en soient appliqués; et c'est dans cet esprit que l'Eglise impose des pénitences aux pécheurs contrits avant de les absoudre, quoiqu'ils ne doivent souvent les accomplir qu'après qu'ils ont été réconciliés. Ils doivent expier les restes de leurs péchés par des mortifications salutaires, souffrir pour les fautes même qui leur ont été pardonnees. La satisfaction surabondante que Jésus- Christ a faite pour nous sur la croix ne les en dispense pas; et les mérites ne leur en seront appliqués qu'à celte condition. Voilà comme ce n'est pas faire injure à la très-abondante aatisfactioii de Jésu&-Chrisl, que d'y ajouter les mortifications de notre pénitence. Loin d'eu ternir l'éclat, dit le Catéchisme romain, elles la rendent au contraire plus illustre; puisque c'est d'elle seule que nos bonnes œuvres ont tant de poids, d'efficace et de dignité {k).

« La première raison qui prouve cette nécessité, l'obligation autant que l'intérêt que nous avons de satisfaire nous-mêmes à la justice divine pour les péchés qui nous ont été remis dans le sacrement de la pénitence, nonobstant la satisfaction surabondante que Jésus-Christ en a faite pour nous sur la croix , est que nous ne serons acquittés de'toutes nos dettes envers Dieu, qu'autant que les mérites de Jésus-Christ nous seront appliqués. Or ce divin Sauveur, qui est le maître de cette application et de la manière dont elle doit se faire, a voulu qu'elle se fit d'une autre façon dans le sacrement de la pénitence qu'en celui du baptême. Dans le t>aptômc, Jésus-Christ n'a point marqué qu'on dût imposer aucune pénitence pour la rémission du péché originel, parce que ce péché n'est en nous que par la volonté d'autrui ; et c'est pour cela que l'on n'impose point de pénitence à ceux que Ton baptise. Mais comme les péchés que Ton commet ai>rès le baptême sont les effets de notre volonté propre, Jésus-Christ a oniooué qu'on im^>osâl des peines pour l'expiation de ces péchés dans le sacrement de la pénit4ance; afin qu étant commis par le choix très-libre de notre volontéi ils fussent expiés aussi par des actions libres de celte même volonté.

« C'est pour ce sujet qu'il a donné à sl s ministres le pouvoir de lier les pécheurs, comme celui de les délier, c'^st-à-dire, de les engager j^ar de nouveaux liens à s'acquitter de certains devoirs; de les obliger à des œuvres pénibles, qui, étant unies aux souffrances de JésuB^irist, eussent le pouvoir de leur en mériter 1 application. Tout chrétien est donc obligé d'accepter et d'accomplir la pénitence que les ministres du sacrement lui imposent en satisfaction de ses pécliés.

{\) Dedll eis potesutero flilios Dei fleri (Joan. t, M), («) Gamulatiisiimini Chrtsii nliilbciioiieff id

(2) Adimpleo ea qiix desiint passionuiii ChmH iii ot»ciirat... ; qua raiione 6eri perepicuiun esl ut jtistai

carne mea, pro corpote f jus , quod esîi Ecriesit et bonestae pioniin acliones tantum ponderis et di«

(Ca/aM. i,%é), giiiutis babeanl (CaUehis, Trid., part, n, de Sacr.

{5) Il Cor. 11. r»mi., nam, 100).

3f INTRODUCTION. * SI

« La seconde raison qni prouve l'obligation de satisfaire nous-mémçs pour nos péchés, quoique Jéstts-Christ l'ait mit pour nous sur la croix, se tire des paroles de rEvangile, qui ordonne k tous les chrétiens de faire de di^es fruiLs de pénitence. Car les évangélistes n*ont écrit qu'après la mort du Sauveur : ils ont donc reconnu que, nonobstant la satisfaction surabondante qu'il a faite pour nous, nous ne devions pas laisser que de fair$ de dignes fruits de pénitence (1), afin que ses mérites nous en fussent appliqués.

« La troisième raison se tire des paroles même du Sauveur, qui oblige tous les chrétiens à porter leur croix et à le suivre. Car voici comme je raisonne : Tout chrétien doit porter sa croix à la suite de Jésus^Christ. Il doit donc cooséquemment souffrir les ri^eurs de la pénitence pour ses propres péchés, puisque Jésus-Chnst n*est mort sur la croix que pour les expier.

« La quatrième raison enfin se tire de rexemjple de tous les saints, qui ont fait des pénitences si rigoureuses, quoiqu'ils fussent bien convaincus par la foi que Jésus-Christ a satisfait pleinement pour nous. Saint Pierre le savait très-bien : cependant, après l'ascension du Sauveur, il a pleuré le reste de sos jours pour un péché que ce cher mattre lui avait si amoureusement pardonné, et pour lequel il avait satisfait sur la croix, comme pour les péchés de tous les autres hommes. Madeleine n'ignorait pas cette satisfaction surabondante de Jésus-Christ , non plus que le pardon de ses péchés, dont il lui avait donné chez le Pharisien une assurance si authentique; cependant elle n*a pas laissé que d*jr satisfaire encore elle-même tout le reste de sa vie par une pénitence des plus affreuses. Tous ces exemples, soutenus de tant de raisons, sont autant de preuves que, quoique lé* sns-Christ ait satisfait encore pour nous, nous devons satisfaire nous-mêmes pour les pochés qui nous ont été remis , afin que les mérites de la satisfisction surabondante de Jésus- Christ nous soient appliqués.

« Hais, dit-on encore, de quelle efficacité pourraient être des mortiGcations qui ne seraient que l'effet de la volonté propre? Je reponds : On ne peut douter que les œuvres satisfactoires que l'on s'impose volontairement à soi-même par un esprit de pénitence ne soient d*une grande efficace auprès de Dieu pour nous obtenir le don de la persévérance el la grâce de ne plus retomber, quoiqu'elles soient du choix de notre volonté propre : et il V a une grande différence entre ce gui se fait par le mouvement de la volonté propre , aidée de la grâce divine, et ce qui se fait par Tamour-propre, quand il n'écoute que les sentiments de la nature. L'amour^propre est toujours imparfait , parce que c'est une pure recherche de soi-même sans aucun rapport à Dieu : mais la volonté propre peut fort bien se porter à Dieu, et s y porte en effet tous les jours, lorsque, par tes impressions de lu

Kâce, elle entreprend des actions de pénitence pour se mortiner davantage en ce qui ne ^i est pas commandé, et que Ton appelle pour cela des œuvres de surérogatioo, d*autant plus méritoires aux yeux de Dieu , qu'elles sont plus libres et les marques d*un plus grand 4inour.

« Nous satisfaisons è la justice de Dieu |)ar trois actions principales, dit le Concile de Trente , è savoir : par les jeûnes, par les prières et par les aumônes (2). Par la ferveur de nos prières, nous réparons Tinjure que nous avons faite k Dieu on l'offensant ; par la libéralité de nos aumônes, nous expions les péchés que nous avons commis contre la charité dupro-

imposées, ou par celles que nous nous imposons volontairement par un esprit de coml>onctioo, mais que la meilleure pénitence est de mener une vie nouvelle ; qu*ii soit ana* thème (3).

« 11 est donc bien avantageux aux âmes pénitentes de satisfaire à la justice divine pour les peines qui restent à subir, après que les péchés ont été remis quant à la coulpe et quant à la jpeine éternelle, et d'accomplir avec beaucoup de ferveur les pénitences qui leur ont été imposées; puisque les mérites de la saiisiaclion surabondante cle Jésus-Christ leur sont dès lors favorablement appliqués. Mais c*est pour eux une grande augmentation de grâce et de sainteté de s'imposer volontairement k eux-mêmes de nouvelles mortifica* tioos de leur choix, pour signaler davantage et la douleur qu'ils ont de leurs péchés, ai l amour reconnaissant qu'ils conçoivent pour un Dieu dont ils viennent d'éprouver tout de nouveau les ^andes miséricordes, puisqu'il n*est point de marque moins équivoque d'une conversion sincère.

« Je vous coryure donc,, ô mon Dieu, par la passion de Jésus-Christ notre Sauveur, par ce sang adorable qu'il a si libéralement versé pour le salut de tous les hommes,, par ces .souffrances inouïes qu'un Homme-Dieu était seul capable de soutenir; je vous conjure, par cette croix sur laquelle il a satisfait si pleinement pour tous les péchés du monde, de

{M Facile eqi^ ftuctas digiios poeaii/en^Jt {Luc, tem|ior.ilem,niimnieDeosaiisficnporinerilaGliri8U,

m, S; Matih. m, 8). IKBiiis ah iîo îiifliclis cl palicnter toleralis, vd a sa-

(i)J^iuiiit,oralionibu8etclociiiosyjiis(Conr.rrîi/. cenlote injiiiiciis , seti ne4|uc «ponte siiscepiis, tii

"•^J*» cap. 13). jejuniis. .., alqnc ideo opliuian pœnîlenUatti csw:

(d) Si qiiis diierit pro pcicalis, r|iio:Ml pœnatn lanluiii iiovaiii vilain; anaUicnia sit (/M., iira. t.j;.

23 LNTRODUCnON. 24

donner h tous mes auditeurs Tamour des souffrances» dans Tintérét qu'ils ont de racheter ici-bas les peines de leurs péchés. Faites-leur comprendre Teitrème disproportion qu*il y a entre toutes les peines de cette vie, quelque dures qu'elles soient, et les tourments qui servent à purifler les âmes après la mort, avant qu'elles soient dignes d'entrer dans votre Kloire, et qu'un léger moment de leur pénitence ici-bas peut opérer en eux le poids d'une l'ùlicité qui ne Gnira jamais.

« Que ces solides réflexions les encourageant à la pénitence, pendant qu'ils en ont encore et le temps et la grâce; aue, dès aujourd'hui, ils commencent à se purifier dans les saints exercices de la prière, ae l'aumône et du jeûne, pour racheter des peines qui sel'aient après la mort si cuisantes et si longues; aGn qu'en se jugeant eux-mêmes, ils ne soient pas jugés de vous, Seigneur, au jour terrible de vos vengeances, d

Voici maintenant comment l'illustre Bossuet considère le même do^me sacré de l'expiation du péché : c'est le même enseignement ; mais il est plus explicitement appuyé sur la doctrine de l'Eglise, dont il n'est pour ainsi dire que le commentaire.

LA lUGUEUR DE I/ÉGLÎSE.

1" PoisT. — Considérations générales sur la rigueur de VEglise. 1** Co98iii£iiATiQN. — Paroles du couci'e de Trente ponr nous l'expliquer.

Ijl rigueur de TEgliso nous est expliquée par ces paroles du concile de Trente (1) : Le fruit du baptême est différent de celui de la pénitence: car par le baptême nous sommes retêtus de Jésus-Christ^ et nous sommes faits en lui une nouvelle créature^ en recevant une pleine et entière rémission de tous nos péchés. Mais nous ne pouvons parvenir dans le tarrement de pénitence à cette première nouveauté et intégrité^ sans de grands pleurs et de grands travaux, la justice l'exigeant ainsi; en sorte que ce n'est pas sans^ raison que la pé~ nitence est appelée par les saints Pères un baptême laborieux.

et qu'elle ne cessera d'opposer au relâchement. Que nous sert de détester avec le concile la mollesse des hérétiaues, qui ont rejeté ces saintes rigueurs de la satisfaction, si nous fomt>ons dans une semblable langueur, et que nous méprisions en effet ce que nous coutessons en paroles.

If' ON<siDuiATto:f. — Par les Uavsnx de b pénlteoce on reTient, selon le concile, k la pureié du bapième.

Le concile nous a fait entendre la rigueur de l'Eglise. Elle est juste; car elle imite la justice de Dieu, le pécheur vengeant sur lui-même l'injure qu'il a faite à cette bonté, à cette majesté inGnie. Elle est sainte, parce que la justice de Dieu, que l'Eglise exerce, est sainte aussi : ce qui fait dire au Psalmiste : Son nom est saint et terrible (2). Elle est salutaire, parce que c'est un nouveau baptême, pénible à'-la vérité et laborieux; mais enGo, toujours un baptême, par lequel, comme dit le saint concile, en pleurant nos péchés dans l'amertume de notre cœur, et en subissant une pénitence proportionnée è leur énormité, nous recouvrons cette première nouveauté et intégrité baptismale que nous avions perdue : tant est grande l'efiicace des peines que nous portons pour nos crimes sous les ordres de relise, et en esprit de componction et d'obéissance à ses prêtres.

m* CoifiiD^AiTioii. ^ Désirs des saintes ftmes qoe les rigaenrs de I Eglise lenr soient appliquées.

C*est ce qui a inspiré à toutes les Ames pénitentes un désir intime qu'on leur appliquât hs saintes rigueurs de l'Eglise. On leur voyait demander è genoux cette grâce è leurs evê-

leur en coûtât, de lui être réunies par ce laborieux baptême de la pénitence. Il a été institué pour nous ramener h la pureté que nous avions reçue aux fonts baptismaux ; et il détruit tellement le péché, qui seul met la division entre Dieu et nous, que nous serions avec lui dans une union consommée, si nous mourrions en cet état de parfait renouvelle* inent où la pénitence nous peut rétablir. Ainsi il ne faut pas s'étonner qu'on la demandât, et qu'on la reçût comme une grâce.

PRIÈRES , AFFECTIONS ET RiSOLUTIO.NS.

Disons donc avec le Sauveur: Tai à être baptisé di'un baptême (3). O mon Sauveur! ce baptême dont vous deviez être baptisé, était le baptême de votre san^, où vous deviez être (ilongé pour nos ()échés dans votre douloureuse passion ; et vous ajoutiez: Afil combien me sens-je pressé^ jusqu'à ce qu'il s'accomfflisse l Pécheur que je suis, j'ai aussi à être baptisé dans le baptême de la pénitence, qui est un baptême de larmes, et en quelque sorte un baptême de sang, s'il est vrai, comme dit un Père, que les larmes qu'on y doit répan-

(I) S«^. tiv, CAD. 2. (5) Luc. xn, 50.

(t) Psal. ex.

i"» INTRODUCTION. Sr>

dre soient une espèce de sang, el encore un baptême de sang; parce que c'est un baptême d'une véritable et parfaite morliflcalion. Ah! que je me sens pressé à porter les saintes rigueurs de ce baptême laborieux, pour y être entièrement renouvelé 1 0 mon Sauveur 1 appliquez-moi ces saintes rigueurs du baptême de la pénitence ; inspirez à vos minisires, qui sonl mes pères, une sainte infleribilité, pour m'imposer les peines que j'ai méritées. le reçois en esprit de pénitence les maux que vous m'envoyez, les pertes, les afllictions de corps et d'espril, les maladies, dans ce temps rempli de misères; loin de murmurer, je baisse la tête sous vos fléaux : mais, comme vous me faites ressentir la grâce et la bénédiction particulière qu'il y a à vous obéir en la personne de vos ministres, lorsque vous me liez par leur autorité, qui est la vôtre, inspirez-moi une parfaite docilité, et l eux en même temps une discrète et paternelle, mais aussi une sévère et sainte rigueur, afin qu'ils me donnent une pénitence digne de ce nom, et convenable à mes péchés; et que lié par leur ordre, dans lequel je reçois le vôtres en portant ces peines salutaires, je puisse esnéi er de reveuir par ce moyen à la parfaite nouveauté de vie, et à l'intégrité de mon baptême.

O mon Sauveur 1 je le dis encore une fois en union avec vous ; j'ai à être baptisé d'un baptême, du baptême laborieux de la pénitence. Ah! que mon âme est pressée! qu'elle souffre, qu'elle est dans l'angoisse, jusqu'à ce qu'il s'accomplisse ! Tout à l'heure, et sans plus larder, j'irai au tribunal de la pénitence avec un esprit chrétien, c'est-à-dire avec un esprit soumis au rigoureux jugement que l'Eglise daignera exercer sur moi en votre nom.

Il' Point. — Raisons des rigueurs de VEglise,

Première rtison lirée de la îuslice diriae.

Le même Concile de Trente nous explique excellemment les raisons de cette rigueur, dont la première se tire de la justice divine en celte manière : Et certainement^ dit ce saint concile (l), il parait que V ordre de la justice de Dieu exige de lui qu'il reçoive d'une autre tnaniêre en sa grâce ceux qui auront péché dans leur ignorance avant le baptême (avant que d'avoir connu et goûté I>t> u), yue ceux qui^ après avoir été une fois délivrés de la servitude du péché et du démon^ et avoir reçu le ion du Saint-Esprit^ n'ont pas craint de violer avec connaissance et de propos délibéré le temple de Dieu, et d'attrister son Saint-Esprit.

Le saint concile nous propose en abrégé toutes les raisons qui aggravent le crime de ceux qui ont péché depuis le baptême. Elles sont tirées de Saint Paul (2), qui nous apprend que ceux qui pèchent de cette sorte attristent le Saint-Esprit ^ dont ils ont reçu le sceau par le baptême, pour conserver l'esprit de grâce et de rédemption. Qu'est-ce qu'atlrister le Saint- Esprit, si ce n'est le chasser d'une âme dont il avait pris possession en mettant son sceau dessus, et en disant: Elle esta moi, c'est mon bien; mais celui qui pèche après le baptême viole ce sceau sacré, le rompt en lui-même, et en disant au Saint-Esprit : Je ne veux pus être à vous, il lui fait un outrage capable d'affliger cet Esprit, s'il n'était d'une nature inaltérable.

C'est ce que le même saint Paul exprime en disant qu'on fait outrage à Vesprit de la grâce (3); car par la grâce de la rémission des péchés on avait été fait participant du Saint- Esprit (4); et par le péché on repousse outrageusement cet Esprit de grâce et de bonté qui avait effacé nos crimes.

Les |)écbeurs qui ont violé leur baptême passent plus avant, selon le même saint Paul : ils crucifient de nouveau, et foulenl aux pieds le Fils de Dieu (5); ils profanent le sang de son Nouveau Testament, par lequel ils ont été sanctifiés, et tournent ses souffrances en dérision, comme ont fait les Juifs. Mais les Juifs ne le connaissaient pas; et s'ils l'avaient connu, jamais ils n'auraient crucifié le Seiçneur de gloire (6). Et nous qui le connaissons qui avons reçu le baptême en son nom, mais qui, après en avoir perdu la grâce, l'avons recouvrée par la pénitence, et uui avons reçu tant de fois son sacré corps; nous avons violé tous les sacrements : le baptême, la pénitence, l'eucharistie ; et nous avons traité notre Sauveur et notre Dieu, le sachant et le connaissant, avec plus d'indignité que ceux qui ne le connaissaient pas. Quelld augmentation de supplices nous sommes-nous attirée par notre ingratitude?

Telles sont donc les raisons qui aggravent le péché de ceux qui ont manqué à la grâce, rtFont volontairement perdue : voilà ce qui les rend si redevables à la justice de Dieu. D'où le concile conclut (7) que l'Eglise a toujours cru qu'il n y avait point une voie plus sûre pour détourner le coup de la main de Dieu , et les maux qui sont prêts à fondre sur womj, que de subir humblement et nous rendre familières ces œuvres de pénitence avec une sincère douleur.

PRlfeRES, AFFECTIONS ET RÉSOLUTIONS.

Je me soumets donc, mon Sauveur I à ces œuvres de pénitence que votre Eglise veut qu'on mimpose en réparation do l'outrage que j'ai fait à votre grâce; je souhaite de les subir avec

!l)Se8$. XIV, 8. (5) Hebr. X , 29.

2} Ephes. IV, 30. (6) I Cor. ii, 8.

f5)Hel)r. ii,m (7) IbiJ.

(I) llebr. vr, 4.

t7 INTIIODUCTION. S8

qui vous connaissait : Sodome el Samarie^ Èt$ sœurs , sont justifiéeSf à comparaison de tes abomiiaiions: iules as surmontées par tes crimes {2), Faites-moi donc entrer» 6 Seiçn^ur»

entrent avec vous dans cet esprit de jalousie, contre les Ames qui vous ont quitté. De quelle pénitence ne suis-je pas digne? O Seigneurie veux tout subir, et prendre contre rooi-méme le parti de votre justice, aGn de la fléchir par ma soumission, liais je ne puis rien sans vous ; vous qui m'avez rais dans le cœurces saintes pensées» donnez-moî la force de les accomplir.

III* Poi?iT. — Seconde raison de la rigueur de VEglise^

La inifléricorde de Dfeii.

S*il est digne de la justice de Dieu de recevoir autrement ceux qui Tout oOensé açrès le baptême (ajoutons après la pénitence et après la communion) que ceux qui n'avaient point encore reçu de pareilles grâces, Hest dianedesaclémence^ poursuitlem6meconcile(3)« de ne remettre pas les péchés sans satisfaction^ de peur que^ les croyant trop légers^ nota ne tombions dans de plus grandes fautes^ et ne fassions de nouveaux oiUrages au Saint-Esprit, nous amassant un trésor de colère pour le jour de la vengeance^ par notre endurcissement et notre impénitence.

Ce n'est donc pas seulement par un effet de sa justice, mais c'est encore par un effet de sa miséricorde, que Dieu veut qu'on soit rigoureux aux pécheurs, parce c{ue, aioute le même concile, // n'y a point de doute que ces peines satisfactoires ne nous retirent au péché: qu'elles ne nous soient comme un frein^ et ne nous rendent à Vavenir pliu attentifs sur nousmêmes. Elles remédient aussi, dit !e saint concile, aux restes des péchés, et âtent les mauvaises habitudes que nous avons contractées par une mauvaise vie, en nous faisant pratiquer les ver-tus contraires.

PftilJIES, ÀFfECTIONS CT RÉSOLUTIONS*

O Seisneurl les saintes rigueurs que vous inspirez à votre Eglise contre les pécheurs pénitents ne sont donc pas seulement un effet de votre justice, mais encore un exercice de votre miséricorde paternelle. O sage et bon médecin ! c'est un régime que vous prescrivez à vos malades pour achever leur guérison et déraciner tous les principes du mal. C'est une saço et miséricordieuse précaution que vous prenez contre nos faiblesses, pour exciter notre vigilance dans les occasions qui nous font tomber. Appliquez-moi donc» ô Sauveur, par un conseil de miséricorde, les salutaires riguoiirs de votre Eglise. Qu'on fosse durer longtemps le souvenir de mon péché; qu'on le rende horrible à mes yeux en m'imposent des œuvres vraiment pénales, qui mortiOent ma chair, qui la crucifient, qui humilient mon esprit.guim'imprimentla crainte de la rechute, et ne me permettent pas de me reUcherdans l'exercice de la pénitence. O rigueur, que vous êtes douce! O peines, qui âtes un freiné h licence et aux emportements, que vous êtes aimables I O saintes précautions qu'on me foit prendre contre moi-même I je vous embrasse de tout mon cœur, et j'adore la miséricorde qui me les iroftose.

IV* Point. — Troisième raison des rigueurs de VEglise.

La confiMmité aree JéfU9-€tirtel.

///oui ancoreconiiWffr, poursuit le concile (^),yu'en souffrant et satisfaisant pour nos péchés, nous sommes rendus semblables à Jésus-Ùhnst, qui a satisfait pour nos crimes^ et de qui rient toute notre force et tout le pouvoir qui nous rend capable$ du bien (5) : ce qui nous est un gage certain qu'ayasU part à ses souffrances, nous aurons part d sa gloire. Mais il ne faut pas penser que cette satisfaction que nous faisons à Dieu pour nos péchés, soit tellement nôtre^ qu'elle ne soit point par Jésus-Christ : puisque nous , qui ne pouvons rien de noif.?-* tnémes comme de nous-mêmes^ pouvons totU avec la coopération de celui quinous fortifie (6j. Ainsi l'homme n*a pas de quoi se glorifier (7) ; mais toute notre gloire est en /ésus-Chnst « en qui ncus vivons, en qui nous mentons, en qui nous satisfaisons, faisant de dignes fruits de pénitence f qui tirent leur force de lui, qui sont offerts par lui-même à son Pire, e/, en /ui, sont acceptés par son Père.

raiibBSS, AFFCCTIOXS ET ftiSOLUTIOMS.

Je crois, mon Dieu, la sainte doctrine que votre Eglise catholique a si bieo «xpiiqpëo |iar ces paroles. J'adore la vérité que vous y avez imprimée, et je reconnais <|u'elle viouC

(1) Il Peir. Il, 21. (5) H Cor. m, 5.

(i) Kzcch. XVI. 40, etc. (6 PhiKp. iv, 15.

(*) St'»». XIV, c. 8. (7) I Cor. i, 29. (4) !bid.

i9 INTRODUCTION. 20

unimieineDt de vous. Que voire Eglise est sainte! Que sa foi est pure ! Que l^esprit qui la conduit est véritable 1

Je crois donc, ô mon Dieu, avant toutes choses, que je sais obligé à m'unir aux salisfactions de Jésus-Christ, en les imitant selon ma iaiblesse. A Dieu ne plaise que je croie qu*uue indigne et criminelle créature puisse satisfaire comme lui. Il a satisfait comme un Dieu, et je satisfais comme un pécheur. 11 satisfait pleinement et infiniment, et moi je satisfais, commege puis, en wus offrant mon néant, qui n*a aucune valeur que celle que lai donnent le sang, les souffrances, la satisfaction et le sacrifice infiniment digne de votre Fils. Recevez donc de ce Fils, qui est votre égal, la juste satisfaction qui vous est due : et re^ cevez d*un vil esclave le peu qu'il fait; qu*encore il ne fait point de lui-même, et qu'il ne peut espérer que vous acceptiez , qu'à cause qu'il est uni à ce que fait votre Fils unique, mon Sauveur, mon médiateur, mon sacrificateur, et ma victime tout ensemble.

Faites-moi donc, 6 mon Dieu, faites-moi trouver dans la pénitence, non pas de la complaisance, de la flatterie, des peines légères; mais, puisqu'il faut ici me rendre conforme h la passion de Jésus-Christ, faites-moi trouver une croix, des clous qui me percent, une ilagellation qui me déchire, du vinaigre, du fiel dont l'amertume me dégoûte des pernicieuses douceurs que j'ai trop goûtées en suivant ma volonté, en flattant mes sens, en me plaisant en moi-même. Mon Sauveur, je tends le dos aux flagellations, je présente mon visage aux crachats; qu'on me reprenne avec force, qu'on me confonde; plongez-moi par la pénitence dans votre passion et dans vos douleurs.

y* Point. — On en revient aux saintes rigueurs de la justice ditnne.

Le saint Concile de Trente, après avoir exposé des vérités si solides et si touchantes, conclut en cette manière (1) : il faut donc que les prêtres du Seigneur^ autant que le Sainte Esprit et la prudence le suggéreront^ imposent des pénitences salutaires et convenables, selon la ^fualité des crimes et le pouvoir des pénitents : de peur que s'ils connivent aux péchés, et traUent leurs pénitents avec trop d*inaulgence, en leur imposant, pour de très-griefs péchés^ des peines et aes œuvres tris-légères, ils ne participent aux péchés d'autrui et ne s'en rendent complices. Qu'ils aient donc devant les yeux la nécessité aimposer une satisfaction qui ne serve pas seulement de précaution contre les péchés à venir et de remède â la faiblesse, mais encore de vengeance et de châtiment aux péchés passés, puisque les anciens Pères croient cl enseignent que les clefs, qui sont mises entre les mains des ministres de Jésus- Christ, ne leur sont pas seulement données pour absoudre, mais encore pour lier; et on ne doit pas penser pour cela que le sacrement de pénitence soit un tribunal de colère ou de peine : ce que le concile ajoute, parce qu'on a vu, selon sa doctrine précédente, que ces peines que l'on subit avec une humble et sincère obéissance sont au fond un trésor de grâce et un gage de la divine miséricorde.

Le Concile de Trente ajoute encore (2] ; Que Dieu, par un témoignage admirable de son amour, veut que nous puissions le satisfaire par JésuS'-Christ, non-seulement par les peines que l'on s'impose à soi-^mime, et par celles que les prêtres nous ordonnent selon la mesure de nos péchés, mais encore par les fléaux temporels que sa justice nous envoie: ce qui est» pour les pécheurs pénitents, un dernier trait de miséricorde, puisqu'il change les sup- |)lices en remèdes.

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