PRIÈRES, AFFECTIONS KT RÉSOLUTIONS
Malheur à moi, mon Dieu, si je cherche dans le sacrement de pénitence un flatteur et un complice plutôt qu'un juge ! O mon Dieu, inspirez des paroles fortes à vos ministres, nlîD de confondre mon orgueil; inspirez-leur une sainte et invincible rigueur, de peur i|u'ils ne connivent à mon péché ; donnez-leur le zèle d'Elie, celui de saint Jean-Baptiste, celui de Jésus-Christ même ; qu'ils aient, à son exemple, le fouet è la main, pour cnasser tout ce qui profane la maison de Dieu, qui est mon Ame ; et mon corps même. Mou Sauveur, si Tyr et Sidon avaient su ce c^ue nous savons, elles auraient fait pénitence dans le sac et dans la cendre (3). Mais aussi avez-vous dit que Tyr et Sidon seront traitées plus doucement aue nous au jugement. Et vous n'avez pas seulement prononcé cette sentence contre les villes qui vous ont vu en personne, vous avez dit à vos disciples (k) : Qui vous regoit, roe reçoit ; qui vous méprise, me méprise : Si Ton ne vous reçoit pas dans une ville, allez dans une autre; mais je vous le dis en vérité, le traitement que recevront Soilome et Gomorrbe dans le jugement de Dieu sera plus supportable que celui de cette ville. Qu'y al-ii là è répondre? Rien, mon Dieu; je suis confondu 1 il faut se taire. Et comme disait Esdras (5) : Seigneur, vous êtes juste : nous sommes devant vous dans notre péché, et il n'y a pas moyen de soutenir votre face (6).
Bien aue ces pages de Tillustre évêàue de Heaux eipliquent parfaitement l'enseiçie* inent de Valise sur le dogme de la satisraction, nous devons répondre à quelques objections
(I) Seis. HT, cap. 8. (5) H Esd. %%, 15.
(ff) IM., ettp. 9. (6) Extrait des Médiiathns pour le temps 4n Jur
h) Maub. %u it f 22' ^i^^« — Bosbuet, Opuscutes.
(i)/M'X, i5et2i.
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faites par l'impiélé ou l'hérésie; et pour rendre plus saisissable leur futilité» nous adoptons le mode de réfutation court et précis suivi dans les écoles.
Obj. I. — Lisons-nous, dans le Nou\eau Testament, que nous devons joindre nos propres satisfactions è }a grande satisfaction de Jésus-Christ?
RÉp. — Oui; Jean, tilsde Zacharie, disait au peuple, qui venait en foule pour être baptisé par lui : Faites de dignes fruits de pénitence {Luc. m, 8). Les Niniiites. dit Jésus*Cbrist, s'élèveront y au jour du jugemefit, contre cette race et ta condamneront: parce qu'ils ont fait pé* pitence à la prédication de Jonas, et cependant il y a ici plus que Jonas (Matth, xii, &•!). Si vous ne fuites pénitence, vous périrez tous {Luc. xiii, 3). Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi {Matth. x , 38). Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, porte sa croix et me *vit?f (Matth. XVI, 24).
Saint Paul recommande : Une grande patience dans les tnaux, dans les nécessités pressantes, dans les grandes afflictions, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes... {II Cor. VI, k et 5.) Moi, Paul, qui me réjouis maintenant dans les maux que je souffre pour vous, et qui accomplis dans ma chair ce qui reste à souffrir à Jésus- Christ {Col. I, 2'i.); cVst-à dire moi, Paul, qui me châtie moi-même en union aux tourmonts de la passion de mon divin Maitre. Nous sommes les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui (Itom. vni, 17) , c'est-à-dire pourvu (pie nous unissions nos œuvres salisfactoires a celles de Jésus-tlhrist, dont elles tirent tout leur mérite. Cfiix çutson^ d Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés {Gai. v, 24). Inutile d'appuyer davantage sur ce point important.
Obj. II. — - Jésus-Christ nous ordonne de remettre les dettes de nos frères, comme il nous remet les nôtres : oserions-nous dire que nous remettons les dettes de nos frères, si, après les avoir remises, nous exigions pour elles une satisfaction?
RÉP. — Certainement : si nous devions 100,000 francs à un créancier, et qu'il n'exigeât de i;ous que 100 francs, nous pourrions dire qu'il nous a ren)is notre créance; ou, pour mieux faire comprendre ma [lensée, si un juge condamnait un criminel à mort, et que le roi lui fit grâce de cette peine capitale, à condition qu'il restât deux mois dans une prison du ro}aume, no serait-ce pas un véritable pardon, une grâce, une remise? De môme, quand nous pi'cijous, notis méritons la mort éternelle; celte mort éternelle, Jésus-Christ nous en exemj-te au tribunal de la j)énit« nce, en y lavant notre péché dans son sang; seulementeette peineéternelle,il la conîmue dans uneiégôrepeine temporelle, qui n'enmérile plus le nom si nous la comjKirons avec la peine éternelle que nous eussions dû subir sans la divine inter^ vention du Rédempteur : n'est-ce pas là un véritable pardon, un pardon digne de Jésus- Christ, elintiniment avantageux pour nous?
Obj. III. — Ce pardon ue serait-il pas encore plus digne de Jésus-Christ, et plus avantageux pour nous, si à la remise de la peine éternelle il joignait toujours celle de la peine temporelle?
RÉP. — Dans cette réserve des peines temporelles aue Jésus-Christ nous laisse quelquefois à subir, après nous avoir exemples, par l'absolution, des peines éternelles attachées au péché, qui n'aperçoit un conseil de miséricorde sur les hommes ? Si les peines temporelles nous étaient remises avec les peines éternelles, nous sentirions moins vivement l'énormité du péché, la peine et Tanimadversion qu'il encourt de la part de Dieu. Sans doute, les peines éternelles sont plus que suffisantes pour nous faire rentrer en nousmêmes : mais, pour quiconque a réfléciii sur la nature de l'homme, il est clair que les choses présentes frappent plus vivement que les choses de lavenir, que l'attrait du vice a plus d'empire sur nous que la crainte des cbAtiments de la vie future, et qu'après tout, l'espoir d'une absolution à l'heure de la mort sulHt pour nous tranquilliser, et nous faire croupir dans les voies fangeuses du vice. Si, au contrairCi au moment de commettre le ])éché , il nous vient à la mémoire qu outre les châtiments éternels qui l'attendent, ]1 nous attirera d'autres châtiments dès ce monde même, qu'un moment de plaisir sera suivi de bien des remords, des regrets et des larmes, cette seule pensée suiGra pour nous faire rentrer en nous-mêmes, nous insp rer plus de dégoût pour le péché, nous faire prendre des résolutions plus fortes pour l'éviter, et nous porter avec plus d'ardeur à fuir les occasions de le commettre. En réservant des peines temporelles au péché, il est donc incontestable que Jésus-Christ a laissé un frein de plus à nos inclinations vicieuses, une garantie de plus contre les rechutes, et qu'en agissant ainsi, il a certainement fait precvo de miséricorde et d'amourà notre égard. C'est ce que nous assure le concile de Trente : Il est certain que ces peines temporelles qu'on impose pour la satisfaction des péchés, en détournent beaucoup, retiennent les pénitents comme par une espèce de frein, et les obligent d'être à l'avenir plus vigilants. Elles servent, en outre, de remise à ce qui peut rester du péché, et détruisent, par la pratique des vertus contraires, les mauvaises habitudes contractées par une vie déréglée. Bossuet vient de développer ces passages.
Obj. IV. — Nous lisons. dans les saintes lettres que Dieu ne nous impute pas nos pé* cHés; c^u^il ne s'en souvient plus; que Tiniquité de l'impie ne lui nuira pas dès qu'il se convertira, que nos péchés deviendront blancs comme la neige; qu'il ne reste aucune condamnation dans ceux qui sont en Jésus-Christ : comment accorder toutes ces ex-
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RÉF. —Rien de plus aisé. Dieu ne nous impute, point nos |)échés, il no s'en souvient plus quanl à la peine éternelle, qu'après notre conversion il ne nou^ fait pas subir; cette peine élernolle, encore une fois, il la change en une correction [)aternelIo et méritoire : qui s'en plaindra ? Plusieurs docteurs protestants soutiennent que cette peine n*est plus une peine, dès que c'est une correction; il me semble, au contraire, que c'est une correction, seulement parce que c'est une peine : ainsi. Dieu ue se souvient plus du péché l>ardonné, en ce sens qu'il n'exige plus la grande peine, la peine éternelle qui était due au péché. Quelle raison pourrions-nous donc avoir d'envisager l'obligation de satisfaire ainsi il Dieu, comme un reste de condamnation qui peut troubler la paix que nous avons recouvrée avec Dieu? Est-ce un malheur pour nous d'ôtre condaiimés à devenir des saints, à ressembler h Jésus-Christ souffrant, à mériter ainsi une augmenlalion de gloire et de bonheur dans le ciel ? Saint Paul no nous dit-il pas que Dieu a prédestiné ses élus à être conformes à Vimage de son Fils? (Rom. viii, 29.) Or comme Jésus-Christ a souffert pour nos péchés, ne devons-nous pas souffrir avec lui et comme lui?
Obj. V. — La grâce est plus puissante que le péché; or le péché cause et la coulpeet la peine, do'ic h plus forte raison la grâce doit-ello les faire disparaître.
Réf. — On distingue : Oui, si l'on ne tient compte que de la puissance de la grâce absolunient; non, si oi la considère relativement à la volonté divine et aux dispositions du pénitent. Dieu peut l'avoir, et il l'a réglé ainsi, comme l'enseigne le concile do Ti ente; et, d*auti-e part, les dispositions du cœur repentant sont rarement assez parfaites pour lui obteuir cette entière rémission de ses fautes.
Enfin nous aurons occasion de revenir sur quelc|ues autres objections déjà réfutées, et lirnes soit de l'impuissance de la satisfaction humaine , soit du prix inQni des satisfactions de Jésus-Christ. Et nous arrivons naturellement à une question qui doit aussi précéder nos considérations sur les indulgences et dont la solution doit fortifier, constater, par d'irrécusables faits, la vérité de renseignement catholique. Nous voulons dire : Quelle était la satisfaction selon rancienne discipline de V Eglise? matière du chapitre suivant.