I. Réparation des blaspliènies
Le nlus beau privilège intérieur de l'homme, c est la raison, dont la tiberté n'est que la conséquence, puisqu'on ne peut pas être libre de choisir sans avoir le discernement de son choix.
La plus belle manifestation extérieure de la raison, c'est la parole ; admirable faculté qui donne à l'instant môme, aux idées conçues dans les profondeurs invisibles de l'âme, une forme sensible et tellement exacte, que ces idées sont aussitôt connues de nos semblables aussi bien que nous les connaissons nous-mêmes.
Par cette double puissance, et de concevoir sa pensée, et de la produire, l'homme a l'honneur incomparable de ressembler fidèlement à Dieu, concevant et produisant de toute éternité son Verbe, qui est sa raison substantielle et son adorable Parole.
En donnant à lliomme tiré du néant une faculté dont le type appartient à ce qu'il y a de plus intime dans sa propre essence. Dieu a certainement voulu que l'homme en fit usage, souvent pour le culte, et toujours pour la Kloire de son Créateur. 11 a voulu que, seul témoin intelligent des merveilles, et seul objet principal des bienfaits de la nature et de Ja grâce, l'homme fût établi dans ce monde Torgane de tous les êtres créés, et qu'il se servit surtout de la parolo pour exprimer son admiration, sa reconnaissance et son amour envers le nom suradorable de l'unique et suprême Auteur de tout bien.
(1) Pater, graiias a^o tibi quoniam aodisii m$. Ego auiem sciebam quia semper me audis. {Jean* XI, 41, 42.)
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Aussi, c*est ce nom éternel qu'invoqué* rent tous les patriarches (1) ; c'est ce nom éternel qu'exaltèrent tous les pronhèles (2) ; c'est ce nom trois fois saint qu espérèrent tous les élus dans les deux Testaments (S); c*est ce nom, tout è la fois terrible et béni, qui fut annoncé à toutes les nations comme le premier objet de leur adoration et de leur amour (4).
Le Seigneur ne donne aux hommes que dix commandements, et Tuii des dix a pour obiet exclusif le respect dû à son nom; le Fils de Dieu n'enseigne à son Eglise qu'une formule de prière, et des sept demandes do cette prière dominicale, la première a pour but exclusif la sanctitication du nom du Seigneur; tant il est dans la volonté de Dieu que toute bouche humaine évite avec un saint effroi tout ce qui pourrait tant soit peu dérogera l'honneur dû à ce nom redoutable, et que toute langue le confesse et Texalte dans le temps et dans Téternité.
Maintenant, que fait le blasphémateur 7 II fait du don le plus excellent, le plus sublime et en quelque sorte le plus divin, 1 usage le plus sacrilège, le plus indigne, le plus inexcusable, le plus exécrable qui se puisse imaginer. Hélas I il n'est que trop facile de donner la preuve de ces quatre caractères.
1* Le blasphémateur se sert, pour insulter Dieu, du don merveilleux, que, seul dans la création, il a reçu pour le louer et pour le bénir : tandis que la parole lui a été accordée pour faire dans 1 ordre du temps et dans la limite des facultés humaines, ce que fait de toute éternité, dans les hauteurs mfinies de l'essence divine, ce Verbe engendré du Père, dont il est la splendeur précisément parce qu'il est sa Parole (5); le blasphémateur se sert de la parole pour attenter à la Majesté de Dieu, pour obscurcir sa gloire, pour dés!ionorer son nom. 11 profane ce nom adorable, il en fait l'expression de sa colèro et l'assaisonnement de ses criminels discours; il le souille, il l'avilit, il l'insulte : le blasphèjne est donc un horrible et mille fois détestable sacrilège.
2* Le blasphémateur s'attaque à Dieu luimême formellement, directement, person* neilcment. Le larcin, la calomnie, l'homicide sont aussi des offenses souvent très-graves contre Dieu; mais leur objet immédiat n'est que la fortune, la réputation, la vie de 1 homme* Dans le blasphème, au contraire, Tobjet immédiat^ si l'on peut dire la matière
(!) Et (Abrahan) invocavit ooiiien bel xterni. {Gen. XXI, 30.)
(3) Date nomini ejiis magniacentiam. {EccIL xx\ix, 20.) Psallam ooinuii Domiiii allis2iiini. iPi. xn, 6, 8, ûllbi paum.)
(5) Nos aiiteui in noroine Domine Dei noslri invocaliiinys. (P$. xix, 8.) In tioniijie ejns omoGs Rentes affenbont. {Mauk. xii, il.)
(*) f i«^bunl génies uomen taum. Domine. (Pi. Cl, 15.) Benedicat oranis caro nomini sancio eius. {Ps. cxuv, «1.) '
(5) I^Kiitus est nohis in Fillo, qni cuni sil spleiidiir gk>ri» cl «giini svbstantix ejas, cic. {Hebr.
du péché, c*est Dieu, c^est sa ualure, cest son essence, ce sont ses perfections inlinies. Le blasphème est donc, dans toute la ri-
Sueur des termes, un crime de lèse-majesté ivine (1).
3* Le blasphémateur n'a pas même, comme on peut l'avoir dans les autres |Tévaric..tions, l'excuse de la concupiscence, ni raltrait de l'intérêt personnel. Quelque honteuses que soient les jouissances du mal, hélas 1 il faut bien en tenir compte pour l'apitréciation des fautes humaines. Dans les enflures de l'orgueil, dans les représailles de la vengeance, dans les désordres de la chiir, le dérèglement s'explique par les viles satisfactions Îu'on y trouve ou qu'on espère y trouver, •ans les dunlicités du mensonge, dans les rivalités de l'ambition, dans les fraudes de la cupidité, l'injustice se fait accepter par les inconvénients qu'elle d^'^ourne et par les avantages matériels qu'elle procure ou qu'elle a pour but de procurer.
Ces avantages et ces satisfactions n'empêchent pas que ce ne soient toujours dos fautes et souvent même des crimes : toutefois, on comprend comment l'homme y est porté par des tentations violentes, issues de son penchant naturel pour les plaisirs et pour les biens de ce monde. Mais quel bien, même naturel et périssable, peut résulter du
(1) Du temps de Moïse, vivaient trois hommes pervers, Coré, Daiban et Abiron, qui, unis ii deiix cent cinquante autres Israélites, voulurent lever contre Moïse et Aaron Téteudard de la révolte. Ils joignirent au crime de rébellon des blasphèmes coatre Dieu. Moïse, d'après Tordre do Seigneur, ordonna à tout le peuple de se séparer dVux, et dit : < Vous allez savoir que je tiens ma tnission du Seigneur, et que je ne Tais rien de moi-même. Si l^^s coupables meurent d une mort ordinaire cl (|U*iU soient seulement frappés d'une plaie sembla! le à celle des autres hommes, le Seigneur ne m'a point envoyé; mais si la terre, ouvrant son sein, les englouUt. eux et tout ce qui leur appartient, de sorte quils descendent en enfer tout vivants, vous saiirrx
au*ils ont Masphémé le nom du Seigneur, i A \H\tit ioïse avait^it cessé de parler, que la terre se feiKtit sous leurs pieds, et les dévora, eux, leurs tentes et tout ce qui leur appartenait. Israël Tut rempli dWfroi. Tous prirent la fuite, dans la crainte que le même malheur ne leur arrivât. — Quoi de plus terrible que ce cbMîment!
Saint Louis ordonna qu*on perçât b langve aux bhspbémateurs. Un des bourgeois les plus considérables de Paris, avant blaspliémé le nom de Dieu, fut condamné k subir cette peine. — En 1517, Philips de Valois (It une ordonnance contre les blas- Shemateurs. La première fois le coupable devait tre mis au carcan pendant un mois, depuis le ma* tin jusqu'à midi, et il était libre à chacun de loi jeter des ordures au visage. La seconde fois, on le mettait encore au carcan, et on lui fen#lait la lèvre d'en bas avec un fer chaud. Pour b troisième foi«, on lut coupait entièrement la lèvre d^.î percée; b quatrième fois, b lèvre d'en haut ; et s*il retombait encore, on lui coupait b langue. — Le 30 juillet 1666, Louis XIV ordonna k peu près les niéaws peines contre les Uaspliémateurs, Après des amendes pécuniaires, b brûlure et l'amputation des lévreSf la huiUème fob on leur coupait b langue, pour les mettre dans rimpossibillté de retomber dans un crime si détestable. {Noie de rauteur du Dia.)
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fiES INDULGENCES.
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blasphème? Quel plaisir même ignoble et «icnsuel, peut procurer le blasphème ? Evirlerament aucun» même dans l*ordre des choses les plus profanes et les plus inutiles : le blasphème ne peut produire ni avantages ni jouissances d*aucune sorte, ni pour Tesprit, ni pour le cœur, ni pour les sens, ni pour la fortune, ni pour la gloire, ni pour soimôme, ni pour les siens, ni pour rien au niondo.
Le blasphème, c^est donc le mal pour le mal : c^est donc un crime sans excuse.
ir Le blasphémateur ne recueillant aucun profit quelconque de son crime, et cependant Thommo n*agissant jamais sans motif, surtout dans des manifestations contre lesquelles réclament de grands deroirs et de grands intérêts, quel peut donc être le motif du blasphème 7 quel peut être dans le cœur de rhomme le sentiment qui le produit, le sentiment qui môme puisse l'expliquer ? Il n*v en a qu*un, N. T.-C. F.> et nous frémissons de le rlire : ce sentiment, c'est la haine de Dieu. Oui, la haine de Dieu, toujours au moins implicite, el quelquefois expresse. Ne dites pas i)ue c'est la colère qui vous emporte, car la culère n'est elle-même que le résultat des dispositions do rame , et la colère , exprimée par l'injure et l'imprécation, est précisément la manifestation de la haine (1). Cette haine |)eut bien n'être que passagère comme la parole qu'elle a produite^ mais elle n'en est l»as moins réelle. A part les mouvements tout à fait premiers , à part les moments de fiélire qui ne peuvent être coupables que dans leur cause, voici presque touiours ce qui se passe dans les colères, dont le blasphème est l'expression.
Ârant Témotion , ordinairement on ne pense pas k s'attaquer à Dieu ; mais^ aussilAt que l'Âme est sortie d'elle-même par une irriuiion violente, le démon s'en empare pour lut faire (larier son infernal langage. Alors, dans la confusion d'idées qui résulte (le cette obsession intérieure , on fait, au moins vaguement, remonter iusqu'à Dieu le «iépit dont les créatures sont roccasion. Dans liiupoissance de se venger à son gré sur des êtres souvent irraisonnables et insensibles, un s'en prend en Quelque sorte, et sans uvoir pourquoi, à 1 Auteur de toute chose, et im lui envoie, mêlées à son nom trois fois saint, des paroles de malédiction, de dédain ou de défi; de telle sorte que, même dans l'absence de toute pensée actuelle et directe u>Dire Dieu« il y a trop souvent de la haine de Dieu dans ces locutions abounnables ^uoilue peu précises, dans ces formules toujours Hlemiquea d'exécration qui épouvantent la U, et Gontristent si profondément toute flme chrétienne (9).
H) \n est appelittts vindklae (Clou. ap. S, Th. i- H 158, an. 1.)
ii} Le iléfaai de prédsioa étymologi<|tte oii gniinittiicale 4aM on Uaspbénie, ne détruit pas sa m^- ^«les Ion qa*îl est universeliemenl reconnu (pie la (^le doot on faitiifty est grandement injurieuse a Ditti. Ce a*est pas la gruMOiaîre ni l*étyinologie 1«i doQoetit aux mots leur sens précis, c'est Taevep*
DicnoTia. des l:«DtLGE!icES,
Ah 1 Nv T.-C. F., quel motif puissant pour combattre, pour extirper, pour réparer celte horrible habitude, chacun selon sa position , selon ses rapports et son degré d'influence ! La haine de Dieu I Qui peut en*
lion générale , et surtout racceplîan admise par les personnes les plus versées dans la matière. Or, il n*esl pas une personne craignant Dieu, qui n'éprouve an saisissement de douleur chrétienne en entendant la formule exécrable dont il s'agit ici.
Vouloir après cela iVxcuser par rexpllcation radicale des mots; noua dire, par exemple, que remploi du mot iacré n*a rien de répréliei»sible s parce que, même dans le lang:)ge de rEgiisc, on dit le sacré cœur de Jésus^ la sacrée congrétjalion des Rites, etc«, c*est révéler bien de Pirréflexion, et même bien de rignorance.
Toutes les fois que TEglisc el, k sa suiie^ les pieux fidèles se servent dn mot sacré , Ils y aUachent ui sens de profond respect, et de particulière bénédiction. Qui donc oserait dire que ceux ^ui remploielil dans leurs exécrations ont une intention semblable? Et, s*il$ ne Font pas, s'ils en ont une toute contraire, quelle assimilation peut-on établir entre le langage des uns, et celui des autres?
De plus, chacun sait ou doit savoir que le même mot peut avoir dans la même langue des sens tout diflër. nis, el quelquefois loutoppcMés : or, sans ré» péter ici que racceplion générale , qui est le premier interprète du langage, donne an mot sacrée en dehors des locutions religieuses, un sens injurieux, nous pouvons de plus invoquer la plus haute autorité humaine en celte matière, cdle qui est établie pour déterminer le sens de tous les mots de notre langue ; nous voulons parler de TAcadcmie française. Voici comment elle s'exprime 5 ce sujet dans son onvnige le plus officiel : < Sacré est quelquefois une cpiihi-ie ajoutée ^ des termes d^injure pour leur donner plus de force. Ce sens est du langage le plus bas, le plus grossier, et ne doit jamais être employé. Sacrer^ jurer, blasphémer, faire des Imprécations. • Après un pareil léinoignage, n'est-il pas évident que lorsque Ton accole ce mot ignoble à ce qu*il y a de plus saint au ciel et sur la terre, on profère une formule très-grièvement injurieuse contre Dieu ?
Oa a prétendu encore que Thorrible parole dont il s'agit n'était qu'un serment. Mais un serment ne s'emploie que pour appuyer une affirmation : or, comme jamais ou presque' jamais il ne s'Mnt d'affir* mation lorsqu*on use de ceue formule, il s'ensuit que cette interprétation est tout à fait illusoire.
Quant à savoir jusqu'à quel point peut être plus ou moins coupable , dans les cas particuliers, l'emploi des paroles blasphématoires, prononcées sans colère, sans vengeance , par simple habitude , quelquefois par plaisanterie ou par bravade, nous nous bornerons à dire en général que, quand on aime Dieu, on ne contracte pas de telles habitudes , et que, quand on les a contractées dans des jours coupables, on s'en corrige après sa conversion, d'autant plus facilement que, encore une fois, aucun plaisir, aucun intérêt ne s*^ rattachent. Que dirait- on d'un Alsqui aurait et qui conserverait l'Iiabitude de mêler à tous ses propos , une locution dont le sens explicite on même implicite serait dans l'opinion du grand nombre, équivalente à ces mots : maudit soit mom père ! La source de cette habitude ne semblerait-elle jpas tonjours être le sentiment le plus opposé à la piété Qliale?
Donc, sans rien décider sur les cas spéciaux, qui varient à l'inAnl, nous pouvons affirmer une rbahilude des formules regardées comme lUasphéroaioires* quand celte habitude n'est ni combattue, ni rétrac* tée, a trop souvent sa source plus ou moins éloignée dans le sentiment le plus directement opposé à l'a* mour de Dieu, c*est-à-dire dans la haine.
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tendre ce mol sans se senlir bouleversé jusqu'au fond de ses entrailles ?
Vous haïr» A mon Dieu 1 vous de gui vient tout ce qui aime et tout ce qui mérite d*être aimé, vous qui» inGniment plus que tout autre, êtes digne de tout amour, et j)ar vos Jieifections infinies, et par vos infinis bienails ; vous qui nous avez créés par amour, rachetés pai* amour, sanctifiés par amour, et qui , pour couronner tous vos dons , nous appelez à reposer éternellement dans les délices de voire amour I Vous haïr, 0 mon Dieu I et Tcxprimer par des paroles* oh I oui, c*est un crime, c'est un malheur, pour lequel il n'y aura jamais, ni assez d'horreui", ni assez de larmes, ni assez de réparations.
Et combien cette haine de Dieu est plus expresse et horrible encore, tjuand leblasphème ne s'eicuseni par la précipitation de la colère, ni par le tumulte des sentiments, ni par le vague des paroks ; gunnd, au contraire, il est exprimé de SttDg*froid, dans toute la réflexion d« Tesprit , dans toute Tintelligence et la précision des termes ; quand il s'altaque , tantôt h la vérité de Dieu, par les sarcasmes du doute et par la hardiesse des négations impies ; tantôt è la provideoce de Dieu, par la profession du fatalisme , et par le culte du hasard ; tantôt à la sainteté de Dieu, par la flétrissure de toutes les vertus, et par la déification de tous les vices ; tantôt, et le plus souvent, aux bienfaits de Dieu, par des termes formels de répulsion, de dédain, de mépris pour toutes ses grâces, pour sa doctrine, pour son culte, pour ses sacrements» pour ses récompenses, pour Dieu lui-même : (iui, N. T.-C. I?., pour le Dieu que nous «dorons, pour le Dieu unique en trois personnes, pour le Dieu de la crèche, pouf le Dieu de la croix, pour le Dieu de Tautel ; et quand ces blasphèmes ne sont pas seulement articulés, mais écrits, mais longuement élaborés dans des méditations coupables, mais imprimés et livrés de la sorte à la plus grande publicité possible, peut-on dire qu'ils lie sont pas 1 eipressiond'uD sefitimentbien intime et bien réel de haine contre le divin objet de tous nos mystères, et de toutes les adorations de notre culte 7
Et quand on considère que les écrits les plus chargés de ces blasphèmes de toute sorte sont aujourd'hui les plus recherchés et les plus lus; et auand on sait que celui qui lit un mauvais livre connu pour tel, que celui surtout qui le Ut par sympathie pour ce qu'il renferme de mauvais, participe aux sentiments pervers de son auteur, que penser d'une société qui se plaît, ou plutôt qui se porte avec fureur à la lecture des publica^ tiens où les attaques contre Dieu sont mises le plus en relief, s'il est vrai, comme nous l'avons dit, que le blairphème découle de la haine de Dieu ?
Que penser donc et du vieillard qui souilie de ses lectures les loisirs si précieux de ses derniers jours, et du jeune homme qui les donne eh aliment i ses passions dévorantes, et de la fille chrétienne qui s'y enivre de rêves désordonnés, et de taat de millions
de personnes de fout sexe et de tonte condition, qui les recherchent, qui les recoramandent, qui les savourent ; de toutes ces âmes intelligentes, surtout pour connatlre Dieu, aimantes, surtout pour aimer Dieu, et qui se nourrissent de blasphèmes contre Dieu, qui s'en nourrissent délibérément, persévéramment, avec une avidité, avec une délectation qui ne seraient explicables que dans le fond des enfers, dans ce séjour de réprobation éternelle, dont le plus grand supplice est d'êlre séparé de Dieu, et le plus grand malheur, de ne plus l'aimer?
Que ce soit là Tétat du monde actuel, surtout dans les po|^ulalions que Ton regarda comme les plus civilisées, c>st un bit Irop connu pour qu'il ait besoin de la moindre preuve ; que cet état effroyable tende h s'accroître, à se propager de plus en plus, même dans les hameaux les plus simples et les
fdus religieux jusqu'à ce jour, c^est ce (|ue e mouvement imprimé d'en haut à la société ne permet pas de méconnaître.
Que faut-il donc de plus, N. T.-C. F., pour faire sentir à tous ceux qui ont encore quel* que étincelle d^amour de Dieu dans le cœur, que jamais il ne fut plus urgent de s*entendre, de se réunir et de s'associer, pour re« pousser cet envahissement effroyaole d'outrages contre le ciel ?
D'autant plus que la prière, le plus puis* sant remède à ce mal désastreux, comme à tous les maux de la religion , la prière, et surtout la prière publique des jours saints, s'affaiblit précisément è mesure que le mal augmente.
Les hommages régulièrement rendus k Dieu par les peuples, ont du moins pour effet de diminuer les offenses envers lui, et par les compensations expiatoires qu'ils appor* tent, et par les dispositions habituelles qu'ils donnent aux Ames contre tout péché ; mais quand les hommages cessent dans le temps même où les insultes r^^oublent ; quand, selon Texpression de VEcriture, ces hommes qui, emportés par l'ivresse brûlante de leurs passions, blasphèment le nom de Celui qui tient entre ses mains leurs destinées, ne dou' nent jamais aucun signe de pénitence à la gloire de Dieu sans cesse outragée par eux (i); quand enfin on se trouve arrivé è ces jours ca* lamiteux, prédits par le Sauveur, oa lavo(\ de la charité s'éteint en même temps que les œuvres de l'iniquité surabofideut (2), alors le mal n est-il pas partout? alors le périi n'e&t-il pas extrême pour tous? alors ceux qui tiennent à la gloire de Dieu , ceux qui désirent le salut de leurs frères, ne doiventils pas se sentir animés, par tous les motif» possibles, du désir de repousser les outrages contre le Seigneur notre Dieu, et de ranimer le zèle pour son culle? C'est pour cela que,
(I) iEdtuaventntlMimines aestu mtignô, et I<kisp1rt^ miiverunt noiiicn l)ei liabentis fMtcsUiiem siiprr lta> plagji», iHH|iie egeruiii p^tiiteittiâm itl daretit tiU gluriam {Apoe* xvi, 0).
(i) Quèiiîam abuiKtavit iai<|iiilas,n*frt(tc§mcluiri-
tas iHuitoniiD (Hmtk. xxiv, 1i)«
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en chercbanl par celte association à réparer |i>s blasphèmes* on $*y propose aussi de favoriser ta saoctiOcstioQ des saints jours.
D. Sancltficatioa du Dimanche.
Tous les jours sont à Dieu; car, c'est lui seul qui a fait cette durée mystérieuse du temps qui nous emporte (1). Il a donc pu se réserver eiclusiveroent pour son service un jour sur sept, puisquUl eût pui sans aucun doute, se réserver de même tous les jours de notre vie. La loi du dimanche est donc» de la I art de Dieu, Texercice (Pun droit inconlesliible; la violer p<ir l'exercice des œuvres défendues ou par Tomission des pratiques commandées) c est donc une ir\justice grave (t)a]iiii$e sur le domaine inaliénable de DieUf c'est un larcin qui lui est fait dans ce qu*il »'est expressément et persodnellement réservé.
C*est de plus une aveugle ingratitude { Dieu u*a besoin de rien de la part de oui que ce soil ; infiniment heureux dans la plé^ oiUide parfaite de son être absolu , il n*a spécialement pas besoin pour lui-même de uos hommages. C'est nous qui avons essentiellement besoin de les lui rendre, parce que noire Ame ne peut vivre de la grAce dans le lem^is, et ne pourra mériter de vivre de la gloire dans réternité, que par nos rapports avec Dieu sur cette terre de passage.
ilais il y a, dans cette vie provisoire) tant de sujets de sollicitudes matérielles ; nuis il y a, dans le fond de notre nature déchue, tact de penchants à fixer exclusivement nos laines et nos affections sur les biens d*iciuas, aucy si tous les jours se fussent suc^ céJé oans des conditions semblables de devoirs purement généraux, nous eussions été bît'D exposés à perdre de vue le but unique du notre création, et les moyens de parvenir ^ notre fin dernière, la possession éternelle de Dieu.
C'est pour cela que notre divin Créateur, qui counaft notre faiblesse, oui sait de quelle ^r,^ile nous sommes formés (2), a voulu, par Qi'e loi toute spéciale, nous distraire, à cha* que septième jour, de nos occupations ter* rentres, et nous appliquer à la grande affaire de notre salut, atiu de procurer à la fois le repos nécessaire à nos corps, et la nourriture lins indispensable encore à nos Ames.
Violer ce précepte tout miséricordieux, en refousser l'observance comme un joug im- ("jriuo, c*esf donc offenser Dieu précisément •l^ns ses bienfaits, c*est méconnattre pour soi-même les intérêts les plus chers, c'est tn^aie rendre son propre salut comme im* |'Os»ii)le.
En effet, sans {varier de la laute grave qui r^lte â chaque fols de la violation notable ^u laiut repos, ou de Tomission des œuvres f^i^urcuseuienl prescrites le dimanche, n'est» ^ pas évideut que celui qui s'en rend habi-
(I) FccU et saeeoU..... 8<le inielligiinos aptaU aM neahTefto Dei (Nek. u % xi, 3).
9) 1^ eo^aovit Ogmantiim nosimni, recordattia ot fBMiaM puhis swiltift (Pi. eu, t, 14).
luelleroeDt coupable» ne pensa pas, ou un pense que très-superficiellement a son salut pendant ces saints jours? Or, s'il n'y [>ensu |ias alors, peut-on croire quMi s'en occupera sérieusement durant les autres jours do \X semaine 7 Mais alors il ne sVn occupera donc jamais I Et qu'est'^ce donc que ne s^occuper jamais de son salut éternel, sinon y renon« cer ? Qu^est-co donc que ne plus avéir de rapports avec Dieu^ même aux jours qui lui sont formellement destinés^ sinoa briser ces rapports? Et, qu'est-ce donc que cette rup* ture» sinon une réprobation anticipée, si^ non par avance le partage des damnés, qui ne sont tels que par Jour séparation d'avec fiieu?
Aussi, de l'omission habituelle des aaints* devoirs du dimanche, résulte nécessaire* ment la désuétude de toutes les pratiques et de tous les devoirs do la religion : il en résulte la cessation de toute lecture pieuse, de toute prière recueillie, de tout retour sé*riéux sur soi-même. Celui oui viole fréquem-^ ment, et sans scrupule, la loi sanctifiante du septième jour, ne prend plus le temps, et n'a plus le goût d'acquérir ou de conserver, la science des vérités du salut; il les oublie bientôt dans les préoccupations mondaines^ jusqu'à n'en plus conserver de traces. Cette ignorance complète des vérités divines « amène, sinon l'incrédulité formelle, au moins l'extinction de toute foi explicite, puisqu'on ne peut pas croire A ce qu'on no connait plus ; et alors cette seule vraie lu*^ roière» destinée à éclairer tout homme vc^ nant dans ce monde, étant éteinte, TAtaie s'enfonce dans les ténèbres de plus en plus
f>rofondes, où la conscience ne distingue plus e vrai du faux, ni le bien du mal, et finit par s'endormir tout à fait dans la mort.
GVst là ce qui explique i'état de tant de chrétiens autrefois instruits, et pour qui les vérités les plus élémentaire^ de notre sainte religion sont absolument inintelligibles, pour qui tout dogme est une pure opinion, toute morale un pur système, et toute vue de foi un non -sens» Etat affreux d'aveuglement d^esprit et d^endurcissement cie cœur $ état lamentable et comme désespéré!
Or> N. T.-C. F., quand cet état se généra^ lise; quand il devient la dis()Ositiou , non plus de quelques-uns^ mais du grand nom* bre ; non plus des individus, mais des mas* ses ; quand il est tellement passé dans les mœurs publiques d'un peuple, que généra-* lement il n'y cause plus ni inquiétudes ni surprise ; alors les douleurs paternelles du ministère di« âmes ne soot^^ellcs pas h leur comble? ne sont-ce pas les douieura du Sion, dont les rues pleuiaîeot parce que personne n'allait plus aux solennités du tem**. pie (1) ? ne sont-ce pas les douleurs de Ka^ chel, ne voulant pas être consolée parce que la moH lui a ravi ses enfants (S) ?
(1) Vis Sion luaeat eoanod boa sîol qui venlanl ad ioiMMNUliiii {TkHHA^ h-
^2) R^did pliinins filios sucs, et noluit consolari, quw BOR SMm ( JftfliA. Il, 48).
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Et nos doulonrs ici sont en effet d*autant plus inconsolables, N. T.-C. F., que ce genre de mal porte avec lui Timpossibilité du re« mëde. Quels que soient les égarements d'une âme, si elle conserve des relations, au moins extérieures, avec TEglise» on peut la rappeler au bien» puisqu'on est toujours à même de lui offrir le remède de la parole de Dieu» de cette parole qui éclaire(t) et qui guide (2), qui excite et qui soutient, qui effraye et uui encourage» qui éveille le remords dans les
Crofondeurs solitaires de l'Ame (3), et qui rise tous les obstacles à la sincère conversion du cœur [h).
Mais que faire avec des populations qui ne viennent plus et qui ne veulent plus venir, Bi entendre notre parole, ni voir nos cérémonies, ni recevoir en quoi que ce soit l'influence surnaturelle de notre saint ministère?
En vain le prêtre chargé d*un tel troupeau a, pendant de longues années, laborieusement acquis cette science de la morale chrétienne, aoù tous les doutes de la conscience reçoivent leur solution; quelque sûres que soient ses lumières, on ne le consulte pas : en vain» par la méditation et par l'éCuae, il se prépare cliaque semaine à distribuer dignement le pain sacré de l'enseignement ^vaneélique; quelque intéressantes, c{uelque satisiaisanles que soient ses instructions, on n'y vient pas; en vain il éfiuise les ressources de son zèle et les sacrifices de sa piété Kur orner la maison de Dieu, et pour j cé- »rer le culte avec la gravité, l'exactitude et la religieuse splendeur, qui sont è elles seules une prédication puissante ; quelque édifiants» quelque touchants que soient les offices qu'il dirige» on n'y assiste pas.
Dans une paroisse où l'on ne sanctifie plus le saint dimanche, le prêtre est donc comme un |>ère entouré de ses enfants exténués de besoins» auxquels il présente uue nourriture convenable, abondante, délicieuse, et qui s'en veulent pas ; ou comme un médecin » personnellement chargé d'une multitude de «lalades auxquels il offre des remèdes faciles» efficaces, infaillibles, et qui ne le regirdent pas, et qui meurent sous ses yenx I r» quand cette épreuve d'une attente toujtiurs déçue, d'une invitation toujours dédaignée» d'un travail toujours inutile» c'est-àdire d'un temple toujours désert, d'un oflice divin toujours délaissé; d'une prédication toujours sans auditeurs ; quand cette dure épreuve se réitèi*e durant toute une journée de chaque semaine, et quand elle se prolonge ainsi durant de longues années» alors le prêtre» quelque saint» savant et zélé qu*il puisse être par lui-même» qu'est-il pour cette terre malheureuse, sinon une nuée sans
(1) DeclanUo seriDOiiuin tuomin illuminât (P<. cxviu, 150).
(i) Cor bominis disponit vtam suam, sed Domiol est «rlaere gmsos cjus (Pm. xvi, 9).
(3) Vox Dominî concutientis desertum ;( P«. xxvm, 7).
(A) Vot Domiai coarringentit ceilros {Ibld,, S).
i^au » un soleil sans clarté, un sel sans saveur?
Aussi , non- seulement les intérêts éternels sont compromis dans de telles paroisses, mais les vrais intérêts même de la terre y sont sacrifiés ; car, sans la sanctifleafion du dimanche, point d'instruction religieuse; sans instruction religieuse, point de morale solide; sans morale solide, point de conscience ; sans conscience, point de liens sociaux, point de sécurité sociale, point de société.
Si donc maintenant Ton vous demande, N. T.-C. F., d'où vient cette corruption effroyable qui déborde aujourd'hui dans toutes les classes, répondez sans hésitation qu'elle vient originairement, qu'elle vient pnncipalement de ce que les dimanches ne sont pas sanctifiés.
En effet, si tous ces hommes qui ne reculent plus devant aucun crime caché dont ils (>euvent tirer profit, parce qu'ils n'ont plus a crainte de Cfelui qui seul voit dans le secret (1) ; si tous ces grands coupables, aussi effrayants par leur innombrable multitude que par leur complète perversité , sanctibaient» seulement par le repos prescrit et par la participation aux saints exercices, chaque jour de dimanche et de fête, qu'on en soit bien sûr» le plus f^rand nombre d'entre eux se conserveraient intègres; les autres n'iraient pas dans le mal aussi loin qu'ils s'y précipitent, et d'ailleurs » comme nous l'avons ait, il y aurait du moins pour toui quelque moyen de les en retirer.
Mais, sans la sanctification du dimanche, la corruption dont on se plaint est tout à la fois inévitable et sans remède. Elle doit même, par la nature des choses, aller toujours en croissant. Et ici ce ne sont pas seulement toutes les lois humaines et toutes les autorités de la terre qui se trouvent ineflicaces pour régénérer les peuples^ c'est TEglise elle-même, l'Eglise à qui» dans la personne de ses ministres» toute puissance fut donnée au ciel et sur la terre : oui, posée la violation habituelle des saintes lois du dimanche, l'Eglise elle-même est impuissante pour la réhabilitation des mœurs.
Et la raison de cette impuissance de TEglise, c'est qu'elle ne peut toujours agir sur les âmes, que selon les moyens établis par son divin Auteur; or» ces moyens» ce sont les actes de son ministère pastoral» et ces actes, comment les exercer sans la sanctitication du dimanche?
Vainement on réunirait dans une même paroisse les prêtres les plus saints, les oti> teurs les plus persuasifs, les pasteurs les plus intelligents et les plus zélés, que peuventils faire sur des peuples qui ne viennent pa.^ aux assemblées samtes» qui» tout le matu) de chaque dimanche» continuent leurs travaux profanes de la semaine» qui le soir commencent leurs orgies hebdomadaires,
(t) Oens xteme, qni absconditômm es cngnilor {Damel xviii, 4i). Ipse enim novil atm^oiidîta cvtdis (P<. xLm, ii, et alibr passini).