‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 60 sur 370 · BL · texte numérisé non relu

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moins scrupuloox lui enlèveraient. Elle force les entrepreneurs è poursuivre leurs travaux, soos poioe de succomber à la concurrence (kîrasAole de leurs confrères. Elle y force surtout louvrier, qui voit sa place prise s'il refuse de continuer la tâche commencée.

« Oui, et il importe de le proclamert en ce temps où les ouvriers sont poursuivis par tant de faux amis et de coupables flatteurs, la profimation du dimanche est, surtout en ce qui touche à Touvrier, un attentat à la liberté, h Tégalité et à la dignité de riK>mme.

I Elle attente à sa liberté, car les exigences insensées de Tindustrie condamnent chaque dimanche, à Paris et ailleurs , des milliers d'ouvriers, sous peine d'être renvoyés des ateliers et chantier$,à se priver de ce repos si nécessaire à leur corps, à leur âme, si indispensable à ces jouissances de famille quMI n*est donné au pauvre de goûter à son aise qu'en ce jour consacré par la religion h son bonheur et à sa paix.

«Elle attente à Tégalité, la seule vraie, la seule durable, Tégalilé des hommes devant Dieu, dont le repos du dimanche était le litre le plus patent. Le dimanche rapprochait par le repos ceux qui, dans une civilisation comme la uôtre, ne peuvent plus Tétre par le travail ; à Tinverse de la sagesse moderne qui invente le travail en commun, comme un progrès, la sagesse divine a institué le repos en commun, comme un droit. Grâce à cette institution sublime, il y avait partout UD jour par semaine où le pauvre se sentait et se voyait Tégal du riche, investi du même loisir, et placé au pied des mômes autels. Il y avait un jour où, par ordre de Dieu, il cessait d'être assimiléà une machine qu'on fait fonctionner sans relâche, et où la ^\u\e Doblesse de T&me revendiquait le d.'oit d'échapper au joug des besoinsducorps. £t par une dérision que la postérité aura pf'ine à comprendre, on a choisi pour lui conférer la souveraineté politique le lemns où rhat)ttude invétérée de la profanation du dimanche lui Interdit le seul moyen d'assurer la droiture de son jugement et la souveraine dignité de son âme.

• Car c'est surtout la dignité du pauvre et de Touvricr gui est ainsi foulée aux pieds 1 Ce jour^ où il lui était non-seulement permis, mais enjoint de redresser son front pour ri'trouver Dieu et rafraîchir son âme, où la rdigion lui rappelait périodiquement qu'il était né pour l'immortalité, né pour régner ^or la nature et capable de mériter un bon* ^eur infini ; ce jour, symbole de la grandeur de son origine, de son ancien bonheur, de vm émancipation future; ce jour, enfin,desliné à lui verser chaque semaine dans l'âme «u nouveau principe de vie, ce jour a été refoulé dans la masse de ses jours, confondu avec la sérié ordinaire de ses labeurs et dei Ses ennuis, ou remplacé, comme nous le di« rons tout à l'heure, par la fête de Tinlempéraoee et de la prodigalité.

• On a altéré ainsi jusqu'à la nature même du travail : on l'a transformé en source d'ii^-^orancectdcdémoralisation. L'ouvrier, qu9

la contagion de l'exemple, la conirainie ma* térielle ou morale, condamnent h travailler sans observer lo repos prescrit par Dieu, alv-» dique, par cela même, tous les besoins mo-^ Taux, et se voit assimilée h une bête de somme ou h une machine. Dieu a imposé le travail' à tous les hommes, sans exception, comme' une épreuve et comme une expiation ; mais il n'a donné à personne le droit d'en faire un joug dégradant et oppresseur, un moyen d'affamer l'âme et d'abrutir la conscience. Tel est cependant le résultat infaillibledu travail^ quand il n'est pas rogulièremeat interrompu par un tepos qui profite aux enseignement» de la religion et aux joies de la famille.

a Ceci est surtout vrai de notre industrie manufacturière. Tandis que, d'une part, les porfectionnements chaque jour plus ingénieux des machines laissent une place de moins en moins grande à l'intelligence, h l'activité et à l'énergie personnelle de l'ou* vrier, de l'autre, en le tenant sans cesse enchaîné par l'appât du gain à ces mécanismes 2ui semblent destinés à le remplacer, on lui te le seul moyen de retremper son âme et de renouveler sa vie morale. On arrive ainsi, selon la très-juste expression d*un spirituel étranger, à remplir le monde de macliines qui ont presque des âmes et d'âmes qui ne sont plus que des machines.

« Le peuple, dont nous sommes h la fois les représentants elles législateurs, et dont nous avons à cœur avant tout de servir les intérêts et de soulager les souffrances, ce peuple est chaque jour assourdi par les prédications d'amis plus que doateux qui le troublent et l'égarent au lieu de le servir, et qui ont fait de [Instruction gratuite et obliga^ toire un des principaux articles de leur programme, lis nous reprochent, avec autant d'injustice que de violence, notre indifférence pour l'éducation du peuple. Savezvous. Messieurs, quel est le grand et le plus implacable ennemi de l'instruction du peuple? c'est le travail du dimanche. C'est ce travail sacrilège qui le condamne à J'igno* rance, qui lui interdit toute culture sérieuse et féconde de i'e^prit et du cœur. Lur ravir le repos des jours saints, c'est lui ra« vir la connaissance de ses droits et de ses devoirs, l'asservir aux seules exigences de la nature animale ; c'est lui dérober tout moyen de connaître la lumière qui peut le consoler en l'éclairant; c'est lui fermer l'accès des sanctuaires où l'homme a sans cesse besoin de retrouver la doctrine qui lui a|v prend & respecter la religion et tes mœurs^ Supprimer le dimanche, c'est donc, en fait, et pour la plupart des ouvriers, supprimer l'instruction, en rendant impossible le plu» important de tous les enseignements, le seul pcrmai.ent et le seul indispensable.

«Nous n'avons passculement en vue les laboureurs, les ouvriers des manufactures et tous ceux qui sont astreints au travail ma« nucl. Nous nous préoccupons également de l'intérêt des commerçants, des marchandSr de leurs commis et employés. Nous avon:^ acquis la certitude que la plupart des com^

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merçnnU, de cr^ui surtout qui dépendent d'eux, retireraient autant de profil que de satisfaction d'une mesure qui leur assurerait un jour de repos et de lil)erté, un Jour qui romprait Taccablante monotonie de leur vie; qui leur rendrait au moins une fois par semaine cette liberté qu*auli efoîs tous les marchands et leurs employés .se réservaient pendant leurs repas et pendant plusieurs he«resdujour,etqu ils sacrifient tous et toujours aux implacables exigences de la concurrence. «Pourpeu querous ayez porté vos investigations sur ce point, quel f*st celui d'entre vous qui n'ait recueilli les vives expressions du regret qu'éprouvent les fournisseurs, les marchands et leurs employés des deux sexes, de ne pouvoir, sous peine d'anéantir leur commerce ou de sacrifier leur emploi, faire autrement que leurs voisins? Interro-

5ez n'importe quel marchand du quartier ou c la ville où siège l'Assemblée, et vous leur entendrez dire à tous : et Oui, quand on a travaillé toute la semaine, on a grand besoin et grande envie d'un jour de repos et de récréation ; mais si nous fermions nos boutiques , nous ne pourrions résister à la concurrence de ceux qui ouvriraient les leurs. »

« De ih, Messieurs, les géuéreux essais qui O'U été tentés à la faveur du principe del'assnciation, pour échapper à cette odieuse concurrence illimitée. En 1838, les négociants en draperie de Montpellier; en 18W, les marchands de nouveautés de Nevers; en 1842, les principaux négociants de Toulouse; en janvier de celte année 1850,1a presqu'unanimitédesnéçociantsd'E(bcuf(220sur 225 domiciliés), ont signé des compromis pour faire rosser le travail etia vente le dimancho.

« D'autres villes et d'autres professions ont imité ces excellents exemples. On nous a cité le commerce de Marseille et de Besançon ; on nous a communiqué les conventions arrêtées par les notaires d'Alais, Uzès et Anduze, par ceux de Toulouse et d'Avignon, pour s'imposer mutuellement la clôture de leurs études et l'interdiction de dresser des actes les jours fériés.

■ Mais, tout en rendant un sincèrehommage h ces généreuses tentatives, tout en espérant qu'elles se reproduiront ailleurs, nous sommes contraints de reconnaître que la force de l'esprit d'association est encore trop peu développée en France pour qu'on puisse attendre on remède prompt et efficace de son application au mal qui nous dévore. C'est ce quont senti les cinq cent trente-quatre notables de Bordeaux, et les marchands d^AIais, appartenant aux deux cultes catholique et protestant , qui , les uns en 18â8 et les autres en tSVO, se sont adressés à l'autorité municipale pour obtenir d'elle la sévère application de la loi de 181 i, la clAlure des magasins et ateliers pendant les dimanches et fêtes.

« Ces faits serviraient, au besoin, de réponse à ceux qui, méconnaissant le droit, la foi, la liberté, la dignité de leurs semblables, insisteraient sur le maintien do la proCanation actuelle du dimanche, dans l'inléiét de l'industrie et du travail.

• Il est triste d'avotrè discuter contrede teN arguments. Si te Fils de Dieu a pu dire, résumant avec une brièveté sublime toutes les raisons du précepte divin : Le Sabbat eit faii vour Vhomme^ ei non rkommeponrUSabUt^ à coup sûr, nous avons le droit de dire à notre tour : L'industrie est faite pour l'homme et non l'homme pour l'industrie.

« D'ailleurs, contre cette prétention, les aiguments de l'expérience sont aussi norobreox qu'irréfragables. L'ignorance, et une ignorance inexcusable, peut seule défendre le travail dudimanoheaupointdevue industriel. Là où le dimanche n'est pas respecté, il est constant qu'on ne travaille pas davantage | peut-être y travaille*t^u moinsqû'autrelbis. Lè,aucoDtraîre, où le dimanche est respecté, Tiodusrie , le commerce, les manufactures, la navigation, ont atteint le plus haut degré de prospérité, et cette prospérité est toiqours croissante. Oui, partout où le dimanche est respecté, et dans la proportion même de ce respect, Dieu adonné au labeur de l'homme, même dans l'ordre matériel, la prospérité et la sécurité. Témoins l'Angleterre et les Etats-Unis, pays où la liberté religieuse était absolue, du moins jusqu'à ces derniers jours, mais où l'observation du dimanche est imposée & tous. Témoin citte ville de Londres, capitale et foyer du commerce maritime de l'univers, où le dimanche est resj)ecté avec la plus scrupuleuse exactitude, mais où deut millions et demi d'habitants sont maintenus dans l'ordre (il est bon de le rai^peler eu passant) par trois bataillons d*infantcrie et quelques escadrons de gardes h chera', tandis qu'il faut 50,000 hommes pour contenir Paris.

« Sans vouloir nous laisser aller aux réflexions que comporterait ce vaste sujet, il nous est impossible de ne pas constatêrqucle châtiment a suivi visiblement, et avec la plus ancienne des lois. On conteste avec fureur, et selon nous très à tort, que le bien-être des ouvriers soit plus grand qu^autrefois; mais admettons qu il y ait doute, ce qui est incontestable, c'est que leur mécontentement n*a jamais été plus grand. Ils peuvent être mieux vôtus et mieux nourris, mais ils sont certainement moins heureux, et ceux qui les emploient bien moins tranquilles. C'est depuis que le respect du dimanche a disparu dans les ateliers et dans les manufactures, sous le vain et faux prétexte d'encourager le travail, que nous entendons reteulir, comme un cri de haine et de guerre, le re-

[croche de l'exploitation de l'homme par 'homme. Plus les églises ont été désertées f)ar les ouvriers, et plus les manulactures eur ont |>aru semblables à des prisons.

« Hélas 1 nous avons appris à nos dépens quo la vieille sagesse de nos pères ne méritait pas tous les dédains dont on l'a accablée. Notre orgueil a reçu de trop cruelles leçons pour n'avoir pas tout proUt à s'incliner quelquefois devant l'autorité du passé. On s est longtemps moqué de la multiplicité des fêtes; on a poussé des gémissements hyiM)criti'% sur ce pauvre peuple condamné par la rcii-

loi

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giOD à se reposer malçré lui. Parmi les dangers de notre temps/ie ne pense pas qu'on eût à redouter celui d un trop grand nombre de fêtes. Sans doute, il a pu y avoir, là comme partout, de l'excès^ Dans des temps où le peuple ne . travaillait guère pour son propre compte, TËglise, avec une ch/inté toute maternellct cherchait à multiplier, autant que possible, ses heures de loisir et de.liberté. Plus tard et à mesure que le peuple, en s*émancipant, profitait plus exclusivement de son travail, il a pu se trouver gêné par ce qui avait été longtemps un bienbit incontesté. De là ces doféances qui se sont foit jour jusque dans nos auteurs du grand siècle. Mais Vexcès a disparu depuis longtemps avec le bienfait. Comme cela se prati(iue presque toujours en France, pour guérir ce |)etit mal on a tué le malade. De semblables appréhensions seraient aujourd*hui un ridicule anachronisme. L'expérience nous a appris à craindre d'autres dangers et à subir d'auires calamités. Dieu s*est joué de ces faux sages qui insultaient à son culte sous prétexte de faire honneur au travail, comme il s'est joué de ceux ({ui prêchaient la spoliation et la proscription des ordres religieux, de peur que le célibat ne peuplât le monde. Les Etats chancellent aujourdliui sous le poids des problèmes redoutables posés tantôt par l'excès de la |K)pulation, tantôt par l'excès de la production, résultat de l'abus du travail : et les contempteurs des f^tes et des couvents sont candamnés à choisir entre l'émigration des masses et les ateliers nationaux.

«Que pourrions-nous, du reste, ajouter sur c^ point à l'éloquente protestation qui a été formulée, il v a quelques mois, par notre savant et généreux collègue, M. Charles Dupin, au milieu des conseils-généraux du commerce^ de l'agriculture et des manufactures, et qu'ont sanctionnée les applaudissements unanimes des représentants les plus autorisés de ces trois grands intérêts du pays? Nous empruntons au Moniteur du 27 avril 18S0 ces nobles paroles, en nous y associant sans réserve :

« Considérées sous le point de vue Je plus étroit et le plus vulgaire, la régularité. Tuniformité des jours consacrés au repos sont ua bienfait pour le travail même.

« Voilà pourquoi on a soumis au domaine de la loi purement humaine la cessation de travail de certains jours périodiques, nous^'ulement lorsque le législateur obéissait 8UI principes communs à toutes lescroyances religieuses, n^ais quand il niait ces principes, comme au temps des décadii.

« C'est qu'en effet un repos périodique, ni trop éloigné, ni trop rapprocné, est nécessaire à 1 homme pour donner à sa force la plus grande énergie. Ce repos sert à compléter la réparation, trop souvent imparfaite, des Inertes accumulées par la continuité des jours de labeur.

« Pour nous, messieurs, dos raisons d*un oftlr* plus élevé nous font un devoir, nonseulement industriel et manufacturier, mais

Diirrtu:«?i. des iNDuuiENCKs,

encore politique, moral et religieux, des jours de repos établis à des intervalles réguliers. A ces jours est réservé l'accomplissement des TBAVAUx DR l'aub. L'bommage rendu en commun parle peuple au Créateur de l'univers; la fêle intérieure de la famille où i'absence du travail laisse la place et le loisir à la revue, passez-moi le mot, à la revue que le père et la mère font à la fois de l'enfance et du foyer domestique. Enfin, quand tous les devoirs sont accomplis, le plus beau spectacle que puisse offrir un peuple civilisé n'esl-il pas celui de toutes ces familles laborieuses, parées du fruit de leur travail , et parcourant avec une joie décente les lieux publics embellis par nos arts?

a Voilà la célébration de nos fêtes, de nos dimanches telle que les peuples chrétiens la conçoivent et la pratiquent, telle que la désirent toutes les familles honnêtes et pa * triotiques.

« Ce n'est pas ainsi que l'entendent le vice et la démoralisation. Travailler le dimanche, quand le repos en est. la règle, c'est afficher son indépendance; fouler aux pieds la loi commune, c'est faire de la liberté; traîner après soi sa femme et ses enfants, fdt-ce pour se promener, c'est appesantir sa chatne et se soumettre à la décence. Arrière ces passe* temps! l'oisiveté n'y perdra rien. Quand, au contraire, le lundi, les enfants et la femme seront retournés au travail, à l'école, à l'ap* prentissa^e, Tindépendant prendra l'essor. Puis il fuira le centre de la ville et le foyer du remords, puis il goûtera les grossiers plaisirs que chérit son égoïsme. Voilà la peinture trop fidèle de ces désordres hors barrière, qui concourent à la ruine, à la démoralisation d'un si çrand nombre de familles.

ce Applaudissons à la loi qui donnera les moyens de mettre un tern^ a ces désordres ; elle sera pour le peuple un-bienfsrit immense.

« Nous demandons que le travail ostensible soit formellement défendu les dimanches, et les fêles reconnues par la loi.

ff Nous demandons, et nous rougissons d'avoir à le demander, qu'il soit interdit au gouvernement d'insérer aucune clause dans ses contrats, pour permettre, pendant les jours fériés, l'exécution des travaux publics, quels qu'ils soient.

« Nous demandons que les chefs patents d'ateliers, d'usines et de manufactures, no puissent pas faire travailler le dimanche ; nous demandons qu*ils soient condamnés,

[)our chaque contravention, proportionnel-* ement au nombre de leurs ouvriers.

a Dans cet excellent résumé des argu* ments qui militent en faveur de Tobservation légale du dimanche, le courageux et intelligent orateur indique un point sur lequel il nous reste, messieurs, h fixer votre attention. Il est positif qu'on n'obtient point de l'ouvrier de travailler, à 1q longue, pendant toute la semaine. Tous les calculs des philosophes et des économistes pour lui montrer ce qu'il pourrait gagner en travail lant soixanto jours de plus par année ne pr<S«

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DICTIONNAIUE

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vaudronl point contre la nature; et d'ailleurs, Texpérience a prouvé que cette augmentation inopportune de travail, partout où elle a lieu, entraînait la baisse des salaires. L'ouvrier ne ga^ne pas plus en travaillant sept jours de suite, qu'il ne gagnait autrefois en ne travaillant que six jours, pour se reposer le septième. Aussi se reposet-il, mais comment? Le lundi, au lieu du dimanche; au cabaret, au lieu de réalise. C'est là un fait incontestable. A mesure que le dimanche a été profané par une aveugle cupidité, le lundi a été de plus en plus chômé. Le travail n'y a rien gagné : la société y a tout perdu. Ces hommes, si laborieux le dimanche, deviennent, le lundi, aussi oisifs qu' intempérants. S'ils se reposent, ils se reposent seuls, loin de leurs femmes, de leurs enfants, qui retournent, dès le lundi matin, à l'atelier de couture ou à l'école. Qu'on ne vienne pas nous dire

Sue le repos du lundi vaut autant que celui u dimanche; nous disons hardiment qu'il n'en est rien; que ce chômage du lundi, dérobé à toutes les solennités e.t à tous les enseignements de la religion, enlevé à la famille et à ses joies, exclusivement consacré à l'intempérance et au désordre, ne produit aucun des fruits salutaires de l'observation du dimanche. U est, au contraire, une cause de ruine pour le modeste patrimoine de l'ouvrier, pour son bonheur domestique, pour l'éducation de ses enfants, pour la santé de son &me et de son corps.

« Du moment où l'on reconnaît la nécessité du repos hebdomadaire, il n'y a aucun motif, aucun prétexte plausible pour le fixer au lundi, en foulant aux pieds l'autorité des lois, des mœurs et de la tradition du monde. Il est encore temps d'arrêter le mal : si les hommes des classes laborieuses en sont infectés, les femmes et les enfants n'en ont pas encore subi l'atteinte. Si, comme aous l'avons dit, dans un trop srand dombre d'ateliers de nos villes, la célébration du dimanche ne commence qu'après la clôture des olliees divins, et ne sert, en quelque sorte, que do vigile aux orgies du lundi, nos campagnes sont encore, pour la plupart, à l'abri de ce scandale. Alais il faut se hAter, si Ton ne veut pas donner çain de cause à la débauche, et propager indéfiniment l'empire du cabaret.

« Nous nommons, messieurs, les choses par leur nom. C'est, gr&ce surtout à la profanation du dimanche, que le cabaret tend à devenir le foyer intellectuel, politique et social de notre peuple. Le dernier recensement, opéré à l'occasion de la discussion de l'impôt sur les boissons, constate qu'il y avait iraiê cerU trente^ deux mille cabarets en France.

« On cite telle Tille , celle de Nevers, par exemple, qui n'en contenait que vingt en t789, et où l'on en compte aujourd'hui deux eeni quatre-vingt-troiêf sans compter les cafés. Vous savez , messieurs , avec quelle facilité, sous l'empire de nos mœurs

et de nos institutions actuelles, le cabaret se transforme en club, et comment, sous les yeux de l'autorité désarmée, ces clubs futurs servent dès à présent de cabinet de lecture pour ces journaux pervers qui irritent le peuple en le démoralisant. L'avenir dira s'il y a au monde une société capable de résister à un pareil régime. En attendant, nous préparons à nos contemporains et à nos descendants un état social où le cabaret remplacera l'église, où le comptoir de marchand de vin rendra impossible ou inefficace la caisse d'épargne et de secours.

« Vous le savez d'ailleurs, l'ouvrier laisse dans ces repaires non-seulement l'argent qu'il a gagné, mais la raison, l'intelligence et la vertu. 11 y laisse sa bonne conduite, la paix de son flme et celle de son foyer domestique. Il en sort envieux, menaçant, débauché, et prêt à devenir l'indomptabio ennemi d'une société & laquelle il viendru un jour demander compte du mal qu'elle lui a fait, en tolérant tm système qui le prive de tout ensei^ement moral et de toute consolation religieuse.

« En résumé, le repos hebdomadaire n'est point autant tombé en désuétude qu'on le crbit ; mais il est altéré et profané par la substitution du lundi au dimancne. L'ouvrier ne pouvant pas travailler toujours, et ne se reposant plus le dimanche à l'église, va se reposer le lundi au cabaret. Nous ne voulons ni ne pouvons le forcer de se reposer le dimanche à l'église. Nous ne pouvons ni ne voulons le contraindre à travailler le lundi, en lui fermant la porte du cabaret. Hais nous prétendons, autant que possible, lui assurer la liberté de «placer son repos au jour destiné par Dieu et par l'exemple de ses pères ; nous prétendons écarter les obstacles

3ui s'opposent à ce que l'homme soit libre e choisir entre le bien et le mal, et sou choix fait, d'accomplir le bien. Mais c'est trop insister sur des considérations qui soulèveront, nous aimons à le croire , peu do contradictions parmi vous, messieurs. Uuo Assemblée française..., une Assemblée chrétienne qui a déjà donné tant de preuves de son attachement à la loi de nos pères, u'a pas besoin qu'on lui démontre longueoaeut la sainteté, la nécessité de la loi du dimanche. Elle sait trop bien que cette loi est violée sans pudeur et sans rel&che. Elle ne voudra pas se laisser accuser de pusillanimité, ou d'une lamentable connivence avec les passions et les vices, qui préparent, par le désordre moral, la ruine de la société. Bile ne se laissera pas non plus arrêter par des théories téméraires ou coupables, qui, tout en luttant l'une contre l'autre, ont pour lien commun l'orgueil de se substituer à la loi expresse de Dieu et à la tradition du genre humain. Aux économistes qui invoquent la liberté du travail, nous demanderons des garanties pour la liberté du repos ; et aux socialistes, qui ont imagioé le droit au travail, nous opposerons la loi de Dieu, qui a créé le droit au repos. Nous donnerons aux classes laborieuses un gage de lia

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