CHAPITRE IIU Sommaire de la doctrine catholique sur les indulgevices
Une &me est vivement pénétrée de la nécessité d'expier ses fautes pardonnéos quant à la peine éternelle au tribunal de la pénitence; elle lAche donc d'oifrir tous les jours à Dieu quelque tribut de satisfaction atin de diminuer la masse des dettes qu'elle a contractées, si elle ne peut les payer tout à fait. Que si on lui offre un moyen de suppléer à son insuflisanco «t d'obtenir une remise entière, avec quels sentiments de reconnaissance ne duit-elle pas la saisir et sehfller d'eu profiter? Or ce moyen c'est Yindulgence.
Toutefois, avant d'exposc^ article per article l'enseisnement de la foi sur cette importante matière, nous croyons non et utile d*en donner une idée sommaire et élevée. Et [iour cela, nous ne saurions produire des pages tout à la fois plus didactiques, qu'on nous passe ce terme peu théologique, et plus oratoires que celles qui composent le mandement justement célèbre que publia en ISW Mgr Bcrleaud, évèque de Tulle, à l'occasion de Texaftation de Pie IX sur le siège aposlolic|ue. L'illustre et savant prélat ayant embrassé synlhétiquement toute la doctrine de l'Eglise sur les indulgences, nous nous servTcms de sa ltitti*e pastorale comme d'une magnitlque et substantielle introduction aux questions qu'Hle ne fait et ne peut forcément que toucher et que nous devons développer et expliquer le plus qu'il nous sera possible.
c A peine anfiaru sur le grand tr(^ne où il va régner, le Souverain Pontife s'adresse au peuple des fidèles, afin que celui-ci, e'iliep.rennnt le puissant travail delà prière, attire sur sa tète le secours indispensable. Pour l'animer, il lui présente dos donations précieuses, les riehessesdo Timinortalité; d'une main magnifique, il ouvre les trésors et les dis* tribue.
« Ce que le Pontife nous donne est d'une rare valeur; vraimeni, le monarque des esprits inaugure d'une façon bien assortie à son titre, la royauté qui lui est échue. Nous vous montrerons tout h l'heure la susbtance des présents'otferls. Vous verrez que ce ne «ont i>ns des profusions vaines ni puériles.
« Pour vous rendre plus accessible le dogme des indulgences, nous croyons devoir remonter h (quelques principes.
« Dans i humanité prise par le Verbe, déjà tous les hommes sont comme unis à Dieu.
Les Pères et les théologiens insistent volontiers sur le caractère universel de la nature adoptée pour Tincarnation ; non pas quil soii permis de l'envisager comme une chose va-^ gxïQ sons laquelle les individus du genre seraient renfermés, abstraction menteuse, qui na pourrait servir de fondement. C'est bien une nature réelle et vivante que le Verbe a élevée jusqu'à lui ; mais douée de toutes les perfections du genre d'où elle est tirée, elle exprime une forme compréhensive des personnalités diverses. Par elle, la race humaine tout en* lière est ornée d*une parenté divine; nous sommes dans le Verbe, puisque Tun de nous lui est uni ; notre race compte Dieu parmi les siens, car il s'est fait chair. La nature hu-maine n'est nlus pour Dieu une étrangère; elle nourrit le légitime orgueil dos alliances. L'infidélité, le crime n'éleindront pas cette parenté glorieuse. Tous les hommes^ en effet» sans distinction d'hahilndes avilissantes et de facultés dégradées, ne sont-ils pas toujours des frères, à cause de l'unité naturelle dont ils font partie ? La famille humaine peut avoii* h pleurer ; ce devoir dits larmes suppose précisément l'étendue persistante de la raca ; on ne pleure que sur les siens. Si l'un d'entre nous est Dieu, nous sommes ses frères, et, par conséquent, de la famille de Dieu. Pourquoi le Verbe est-il allé prendre notre humanité, lui communiquant sa vie, si bien que désormais, jusque par delà les siècles, elle durera^ associée, adorée, divine. Le Verbe a pris l'homme ; il ne peut plus méconnaître les hom-^ mes. Dans une race, tout est commun : la honte se partage, le malheur est un potrimoine; la gloire, aussi l'illustration sont des héritages.
« Écoutez saint Hilaire commentant ces paroles de l'Evangile (1) : La cité hdiie iur la montagne ne peut pas se dérober à la vue. «Jésus-Christ appelle cité la chair qu'il a prise ; « parce que tout de même que la cité résulte de la variété et du nombre des habitants» ainsi « eo1ui,par la nature du corps qu'il adopta, est embrassée comme une aggrégatlon du genre « humain tout entier ; moyennant notre réunion en lui, il devient la cité animée, et nous,
• par la communion de sa chair, nous sommes les habitants de la cité. » Saint Ambroise (2) lire la môme doctrine du psaume où les anges, voynnl venir le Verbe incarné, chantent ce cantique : Elevez vos portes^ 6 princes l portes éternelles^ levez-vous. « Quoique les anges « sussent très-bien que Dieu n'avait pu retirer aucun accroissement do la chair, parce auo « toutes choses sont au-dessous de lui, cependant, vojant les trophées de la croix, le dur « sceptre sur les épaules du triomphateur, les dépouilles conquises, comme si les portes du « ciel par lesquelles il était sorti n'avaient plus assez d'amfueur pour le recevoir à son re-
« lour, ils cherchaient quelque voie plus large Kn clfet, ce n'était pas un homme seule-
« ment qui demandait à entrer : le inonde entier était inclus dans le Rédempteur de tous « les hommes. »
« Si vous voulez, N. T.-C. F., une autre preuve de cette vérité, vous la trouverez dans Tétude des causes de la résurrection à laquelle tous les individus de la rs^ce humaine , chrétiens et infidèles, justes et pécheurs, sont très-certainement destinés. Tous les hommes ressu selleront un jour, parce que Jésus-Christ est ressuscité. La mort venait d'Adam et dévastait sa descendance ; le Verbe fait chair a mis dans les racines de l'arbre humain tant de sucs puissants, que toutes ses branches seront fidèlement relevées. Voyez-vous la parenté obligée de Dieu avec nous tous, nos parts de grandeur, les résultats qui s^nsuivent? Ne vous troublez pas, pourtant, comme si ce que nous venons de dire attentait au dogmo* dos justices éiernelles. A Dieu ne plaise. Saint Cyrille, auquel nous empruntons Ces aperçus (3), se liAle d».' vous rassurer; et il maintient la glorification de notre race par l'incarualion du Verbe, et il laisse intacts les droits de la justice. « Quelqu'un me dira peut-èlrè : R'a- « percevez-vous pas l'abîme où vous vous jetez? Tous seront donc de la famille de Dieu, par «cela seul qu'ils sont hommes?... Nous re[)ondons ; En effet, le mode d'union est comitnin* « à tous, soit à ceux qui le connaissent, soit à ceux qui l'ignorent. Le Verbe s'est fait hoa)ine, « ne prétendant pas accorder une faveur à quelques particuliers à l'exclusion des autres; il « eut pitié de la nalure tombée tout entière. Mais ce mode d'union ne doil servir*© rien à
• ceux qui pèchent et se rebellent conire lui, pendant qu'à ceux qui l'aimenl une riche ré- «eumpensc sera décernée. Tout de même que le privilège de la résurrection appartient à « tous les hommes, à cause de la résurrection du Sauveur, qui arrache avec lui du sépulcre
• l'universalité de la nature, sans que ce privilège tourne au profit des amateurs de péché, « qui seront précipités dans les enfers; ainsi, nous pensons que le mode de l'union s'adresse*
• aux bons et aux méchants, et pourtant ne se réalise pas également en eux. Chez eeut qui « croient en Jésus-Christ, c'est une parenté véritable produisant les prérogativeiT qui lui tsont dues ; chez les autres, il y a crime très-grave d'ingratitude et aimpiété. »
« Suarez (^),avec l'école, aiVirme que dans l'inearnation, quoique la dignité qui en esff Ifif fruit s'arrête immédiatement à une nature individuelle, à savoir celle qui a été chèisie; cependant cette dignité n'est pas si particularisée, Qu'elle ne rejaillisse sur la nature tm«niaine tout entière. C'est pour cela que peut-être 1 apôtre saint Paul a dit que Dieu avait |irédestiné ce mystère à notre gloire. Saint Augustin n*assure-t-il pas que « par lui la na« ^ture humaine a été élevée si haut, qu*il n'y a plus pour elle d'ascension possible ? »
c Ajoutons un mot encore. Le fait de l'incarnation est un fait généralisateur ; l'ensemblor ectier des créatures en reyoit des décorations incomparables. Toutes les choses créées sont
(1) !n Mallh., can. 4. CS) In Joan., l. vi.
{i) De fide ad Cratian., 1. iv, c. 1. (i) De Incarn,, disp. 5, sec 5.
47 INTRODUCTION. 4g
f^suinées , en Quelque soHe, dans rhumanité ; en prenant la nature de Thomme, Dieu «est associé spécialement Tunivers ; la création, dans ses détails les plus lointains, est honorée de Tunion divine. Saint Jean Damascèue, cité par Suarez, s'exprime ainsi (!) : « La « douce volonté du Père a opéré le salut de Tunivers dans son Fris unique, et a hé forte- « nient toutes choses : Thomme, en effet, étant un petit monde dans lequel 4se nouent et • s'enlacent toutes les-essences, tant celles ouele regard découvre quecelles qui lui échappent,
réellement le miséricordieux vouloir du Maître souverain, du Créateur, du Monarque, a fait •<iue dans son Fils, Tunique, le consubstantiel, il se fit une union intime de la divinité et de « I humanité, et parla l'union de toutes les choses créées, et que, de celte sorte. Dieu fût « tout, en toutes choses. ■* Ces vues sont familières : il n*est aucun docteur traitant de Tincarnation, qui ne les propose. Saint Paul, le-docteur par excellence, les indique fréquemment dans sesËpUres. Nous «nous bornons à ^ous Jes avoir rappelées : elles auront servi d'introduction à ce que nous avons à vous dire.
« J)ieu ne s'est pas borné à poser un grand fait d'où devait sortir, par vcne de eonséquence, le dogme de la communion universelle. C'eût été beaucoup, nous l'avouons : co n'était pas assez pour son amour. 11 a donc surajouté d'autres faits d'une propriété plus intime* spécialement aptes à former et à cimenter l'union des hommes avec Ini. Ce ne sera >lus h cause de notre similitude seulement que nous serons li(^ bu Verbe incarné, et par ni h Dieu ; il va y avoir une construction divine dans laquelle nous entrerons comme membres. Des sutures merveilleuses nous attacheront rigoureusement à une grande vie.
« Les fidèles forment un corps immense, prolongé dans l'étendue du ciel, aux espaces de la terre^et dans ces lieux de purification que nous appelons le purgatoire. Une âme buluaine entrée par la foi dans ce corps, n'en est détachée désormais que par le fait de son vouloir lihré. Point ^ae cause étrangère assez forte pour rompre son lien, si elle n'y a pas coui^enti. Ni les variétés de ré(;ion, ni les successions de temps, ni le passage dans réternité, i'ien ne l'arrache h son glorieux chef. Qu'il vive donc le chrétien, triomphant, impérissable,
idein d'immortelles certitudes. Si le chrétien est le membre d'un corps doni le Dieulonime est le chef, et si à cause de cela il doit être fier, l'avantage de se voir associés 4ians cette ineffable composition tous les hommes qui l'auront voulu, lui est un motif de grande joie. Le voilà résolu le problème si beau de l'unité des hommes avec Dieu, et des hommes les uns avec Jes autres. Unité r^n plus seulement morale, simple accord des esprits et des volontés ; mais m\\\é substantielle, vie divinement humaine, sublime personiinl lié, créée selon toutes les lois de l'être vivant.
« L'humanité, unie au Verbe, possède la plénitude de la grâce ; son droit h cette plénitude lui vient et de l'union hypostatique et du titre de clief universel «tiu'elle est appelée à exercer. Les mérites de Jésus-Christ sont le motif de diffusion et d'application de la grâce, 1^ grâce est une participation à la vie divine. Les mérites de Jésus-Christ, ce sont les ciMivres libres et saintes que l'humanité, unie au Verbe, produisit; car il ne faut pas que, sons prétexte de glorification, cette humanité en soit réduite à n'être plus qu'une force «*i>olie, un outil mort.
« Ces notions nosées, il sera aisé de vous faire comprendre la constitution du corps de t'ICçlise. lésus-Cnrist, «n tant qu'homme, en est la tête vigoureuse ; son âme est le sanctuaire 4)ù la vie est déposée. Ainsi que dans le corps physique, la vie descend des hauteurs de la tête et circule jusqu'aux dernières régions ; dans le corps mystérieux de l'Eglise, c'est de Jésus, le Verbe incarné, chef précieux, que se précipite la vie. Mais dans les corps vulgaires, l'organisation est toute faite; les membres existent simultanément; la vie, retenue dans leurs limites, ne dépasse pas les frontières assignées par la nature. Dans le corps surnaturel de l'Eglise, il en va aulremeut : les membres n'apparaissent cjue par suite détadiée; en conséquence, le chef a des attributions énergiques, aucune barrière ne borne ses envahissements. Ceux qui doivent être ses membres sont dispersés dans le temps et l'espace ; il va les chercher, il les arrache, les emporte dans uhe conquête brillante. La sta* tare de l'homme parfait n*est pas blessée en ses proi>ortions par ces accroissements multiples. Ceux qu'il n'a pas encore subjugués ont beau se tenir dans leur sauvage indépen^ dance, il leur envoie hes provocations suaves et fortes. Que nul n'aille se croire affranchi des iuiluences souveraines de Jésus-Christ, la tête puissante. Son corps n'est pas achevé ; il convoite légitimement quiconque est apte à en devenir le membre. Ces masses d'infidèles inattentifs, tous ces troupeaux semés sur le globe, sont mystérieusement travaillés ; la vie ramassée dans Jésus se dirige de leur côté. Nous compterions difiicilement les élans, les commotioita invisibles, qui se succèdent au protit do ces âmes en apparence délaissées.
« L'union avec le Verbe procure aux actes de l'humanité un caractère divin et presque infini ; elle demeure libre pourtant, comme nous l'avons vu, et, à cause de cela, les produit niériloircmenl. L'humanité dans Jésus-Christ n'est pas un instrument inerte, simple lieu de passage pour l'activité du Verbe; c'est une natuie animée de ses volitions propres^ coopérant avec des libertés i des directions supérieures. Pareillement, les membres qui vont être aioutés au chef recevront la vie de lui sans doute, et pourtant ne les croyez pas un assemblage de pièces muettes, sans ressort ni activité personnelle. A la bonne heure,
(I) Oral. é€ 7ran%fig, ùom^
ue la vie leur soit conimuniqoée ; dirine comme elle l'est, il faut bien qu'elle leur arrive (]u deborsyelle ne jaillit pas de leur fonds humain. Mais une fois répandue en eux» elle ne s'y déploiera pas seule et fatalement. Chacun de ces membres est homme. Pour avoir obtenn Thonneur d*étre du corps de TEglise, il n*est pas bien que sa nature s'abaisse. Les raisons qui militent pour le maintien de la liberté humaine dans le chef ont une autorité analogue quand il s*agildes membres; et en eux et en lui, la prostration de cette belle force serait une détérioration véritable. Le membre humain de TEglise restera donc nosscsseur de son individualité et de sa liberté native. Portion du corps mystique de Jésus-CbrisI, il aura tous .es bénéfices d*une vie d*harmonie et d^ensemble ; homme toujours, il gardera la préro^ gative, mêlée de péril et de g<oire, de l'être responsable et libre. Ainsi, cet illustre copp» qu'on af)pelle TEglise se produira aux regards, divinement humain ; Dieu y verse sa g!/)rieuse vie; Tliumanité y fait 'éclater son énergie, sa valeur. L'humain, laissé à lui-môiire, n*aurait jamais gagné ce mode sublime d'existence ; Dieu dans sa miséricorde en fournît Télément, en assure la fermeté et la durée, sa sagesse a voulu qu^uneplàce y restât assi^* gnée à la liberté de la créature.
« C'est une loi du corps, que chacun des membres qui le composent' trouve son bien dans le bien général. Les membres $ont divers; ils ont des sites différents; leurs ai^tiludes et leurs destinations varient. L'œil voit, Toreille entend, le pied marche, le bras agit. Tous s*animant à la source commune de la vie, ils se passent fraternellement Tun à Taulre lès prérogatives dont la nature les investit. Be cette sorte, la variété subsiste dans l'unité; le nombre ne nuit pas à l'accord; et la vie, circulant comme un fleuve, n'est pas-gardée dans des réceptacles jaloux. Le pied voit par les miroirs de l'œir; Kœil, ce délicat org.ine, marche par le pied endurci ; le cœur agit par la main ; la mains^'embrase au foyer du oœur. Cha^ que membre reste dans son lien, remplit* sa tâche; et le corps, unité fkito av^c la muHi«plicilé, marche dans sa vigueur au terme marqué par la Providence:
« Saint Paul aimait à rendre sensible l'idée de î'Église par cette comparaison emrmnfée k l'ordre des corps physiques. Le grand apôtre déduisait de ces rapprochements les enseignements les plus beaux. Ainsi, rÈglise étant te corps mystérieux dont Jésus-Christ est U chef, dont les fidèles sont les membres, il s'ensuit aue les bénéGcos de- la^vie sV par-^ Mgent au profil de tous les incorporés. Laissez- vous seulement régir par M' grande loi de «e corps qui est la charité ; dès lors tout ce qu'il possède est à vous ; et vous ^ à votre tour, vdus lui apportez un contingent qui aide à h richesse des autres. C'est le devoir sublime ( u dévouement, confondu dans une merveilleuse combinaison avec lès recherches de Tintérél nersonnel. Saint Augustin a commenté éloquemment renseignement de l'Apôtre.
« Il est temns, N. T.-C. F., d'appliquer cette doctrine à la question des indulgences. De Verbe incarne a mérité pendant sa vie mortelle. De l'heure de sa conception^à celiè de sa mort, clôture ineffable, il a produit des actes libres, pleins d'honnêteté morale, inspirés par les motifs les plus dignes; beaucoup de ces actes s'accomplissaient à travers la souffrance; le Verbe incarné était an sublime pénitent qui n'avait pourtant pour lùi-méme aucua comptée régler avec les justices d'en haut. Tous ses mérites, dont un seul aurait sufH. pour sauver le-monde, forment le titre originel" de notre sal^t. Le Verbe incarné se posa chef d'un corps dont les fidèles seront les membres. Le fidèle, entré par la foi dans celte construction vii^nte, mérite è son tour; le membre prend les mœurs de la tête; il est tenu d'agir librement,, de réaliser des actes conformes aux idées élevées et saintes. La crainte de nr douleur ne doit pas Tarrêter, d'autant plus que lui n'a pas, comme son divin chef, le privilège de l'innocence, et qu'en se faisant pénitent, il accepte le rôle auquel sa condition de pécheur l'oblige. Il faut avouer, néanmoins, que, dans cet ordre d'actes, le fidèle, membre de Jésus-Christ, peut reculer, par délicatesse d'amour, les lignes que détermina la justice; il peut embrasser noblement plus de douleurs que le péché ne lui en a fait encourir. I.'eiemple du chef meurtri, sans motif tiré de sa faute, enflamme le cœur d'élite devenu s^en membre , et Ton conçoit très-bien qu'une ardente émulation saisisse certaines portions du nouveau corps.
« Nous avons hâte de dire que le mérite des membres tire sa valeur des mérites du chef. L'élément de la vie dans l'Eghse est un ; l'humain n'y apparaît qu'à la condition d*ètre élevé et soutenu par le divin. Ce ue sont pas deux vies séparées et distinctes qui se mêlent dans une rencontre^ deux ruisseaux formant le fleuve: c'est la vie divine s'immisçant dans l'humanilé libce, qu'il s'agisse de la tête ou des membres.
« Vous venez de voir, N. T.-C. F., que Jésus-Christ a multiplié les actes douloureux; son altitude habituelle fut celle d'une victime; it a souffert, il eit mort. C*est étrange, cela, au premier aspect ; car l'innocence n'a rien à démêler avec la- peine. Aussi bien, D'était-ce pas T^a dette qu il acquittait; il payait en flots de son sang la rançon du genre humain. Or,quoic|ue le genre humain soit beaucoup, il n'est pas tant toutefois que« pour le racheter, il faille qu'un Dieu épuise se» veines; une goutte y aurait suffi : moins qu'une goutte de ses veines, ufie larme de son œil. Ces excès de richesses surnaturelles, ce surcroît splendide de la Mission de Jésua-Christ, que deviendront-ils ? Est-ce pour rien qu'il a outrepassé toutes itfs bornes et mis dans le plateau des balances divines des prir si grands? Ce que nous disons des satisfactions du Verbe incarné (car satisfaction est le mot de la langue catholique «>nipluyé pour nommer ces précieuses clioses), nous pouvons le dire, dans une certame mi-&ure, des satisfactions des saints. Parmi les saint6| soit ceux du ciel, soit ceux de la
il INTRODUCTION f»
ferre» îl en est beaucoup qui ont enduré et souffert par delà Tobligation qui les Atteignait. One nul fils de la raco bumaine, si vous en exceptez la très-sninte vierge Marie, mère de Pieu, ne soit libre d'engagements h la douleur h cause du péché, nous en convenons. Mais entin^Dieu est juste, et l*essence elle même des rapports nous assure que la peine est tou« joirs proportionnelle à la faute. Qui osera dire que les supplices do la radieuse époque des martyrs n'étaient que l'exacte application des peines oue ceux-ci avaient encourues? La violence des tourments était-elle donc une suite de rétat moral antérieur du glorieux .supplicié? Qui endurait plus dans ces combats avait donc été jadis plus coupable? Et combien dé vierges pures, de saints vieillards, de solitaires innocents, de fidèles en un mot de toute condition, chez lesquels la pratique des souffrances fut une tradition sainte, cultivée jion h cause de la nécessité, mais sous les dictées de l'amour ! Voudrait-on ciue cette pro* digalilé fût en pure perte? Il faut nécessairement qu'un pareil luxe de pénitences ait son motif quelque part. Ce qui, dans le'corps naturel, est surchargeant, devient un obstacle k la force, un empêchement è la beauté; dans le corps mj-stigue il en serait de même. Dieu n'a pas mis dans l'essence de son Eglise un inexplicable génie de la douleur.
« Ce qui cbooue les superficiels tient de (rès-près à la miséricorde. Il faut que vous sachiez que le péché renferme deux éléments constitu.lifs : l'un, l'effort par leouel le pécheur 56 détourne de Dieu ; Tautre, le mouvement illégitime qu'il fait vers la créature. Saint Thomas remarque qu'au premier correspond la perte de Dieu, la peine de damnation. Les damnés sont ceux qui n'auront jamais la vision intuitive, la gloire, la divine vie participée dans son éclat. Puisqu*ils se sont détournés librement du terme souverain, c*est justice qu'ils restent fixés dans leur chute. Si le péché n'était que le détournement de Dieu, sa peine s'arrêterait là : malheur immense, trop peu compris, malheur autrement l^rand aue celui venu des souffrances physiques ; et il est certain que le supplice éminent des eniers consiste dans la séparation irrémédiable des Ames. Mais le péché renferme un autre caractère : il est une conversion désordonnée vers la créature. Par ce mouvement. Je pécheur viola Tordre des rapports,, il tenta de créer à sa guise des relations que n'au* torisait pas la loi; le plan de la Providence fut troublé. Cette révolte, ce mouvement contre la règle, doivent être ramenés à Tordre, le législateur ne tolère pas les infractions, Télernelle loi demande à être vengée. Le pécheur s'est faussé lui-môme : ses facultés prirent un pli mauvais; pour l'effacer, Teffort contraire est indispensable. Vous avez la raison 4les labeurs difiiciles qui coosliluent la pénitence : voici les satisfactions* Mais prenez
farde, N. T.-C. F„ que chez le damné toutes les conditions de la satisfaction manquent ; cause de ses détours vicieux vers la créature, il souffre ; sa souffrance n'est ni libre ni aimée; elle l'envahit^ le malheureux, elle ne le purifie pas. Ses facultés ne trouvent que douleurs aux rapports cout)abies qu'elles formèrent, et pourtant elles ne se dégagent pas de Taltération; sans grâce, sans secours, le redressement leur est impossible. Aussi, la peine du damné est élernelle ; il souffrira toujours et ne satisfera jamais. L'éternité de la peine du sens est un corollaire de Tétemité de la peine du dam, comme tes appellent les théologiens.
« Le pécheur, pendant qu'il est encore en celte terre, peut, s'il le veut, heurter pieusement à la miséricorde. Dans ces ineffables rencontres, voilà ce qui arrive. Dieu, par les mérites de Jésus-Christ, remet la double peine élernelle, soit du dam, soit du sens. Le pécheur aidé de la grâce s'est retourné vers Dieu ; puisqu'il le cherche, puisau'il l'aime, évidemment il n'est plus séparé de lui ; par voie de conséquence, il est libéré de la peine éternelle du sens ; cette peine n'était éternelle qu'à cause de l'éternité de la sc^'paratiun. Le principe maudit aboli, les corollaires ne durent plus. Toutefois, remargucz-le bien , N. T.*C. F. : nonobstant ce replacement de Tâme vers Dieu, cette réconciliation octroyée, il reste toujours la violation de Tordre par le détour désordonné vers la créature; la loi des rapports n'en a pas moins été méconnue. Que ces faits ne soient plus jmputés à faute à 1 heureux pardonné, nous le voulons bien ; mais ils subsistent Uans leur difformité, il est tenu do les détruire.
« Ecoutez, N. T.-C, F., c'est ici qu'apparaît la douce doctrine des indulgences. Le péché, détruit par le pardon, persévère dans les suites néfastes qu'il enfanta. L'ordre est perverti, les rapports sont violés, la justice proteste, les êtres humains eux-mêmes réclament une rectitude, une droiture, une beauté qu'ils perdirent. Ces restitutions demandent du sacrifice et de Teffort; or toutes les âmes n'ont pas une vaillance égale; puis, beaucoup d'entre elles peuvent être emportées du théâtre des luttes libres avant l'achèvement de leur tâche; elles seraient inévitablement arrêtées aux lieux d'expiation, dans le purgatoire. Lh enchaînées par la souffrance, elles subiraient une épreuve proportionnée à Tétendue du mouvement désordonné qu'elles firent vers la créalure. L'heure du bonheur s'attarderait pour elles, un lien douloureux les tiendrait loin du ciel. Irons-nous rétracter ce gue nous avons enseigné, et faire fléchir devant les conditions efféminées les saintes sévérités du dogme? Ne craignez rien, N. T.-C. F. : notre Dieu est toujours cette miséricorde et cette vérité qui s'allient, cette justice et cette paix qui se donnent des emforassements. Sou- * venez-vous que l'Eglise est un corps. Avez-vous oublié la vie, les richesses de ce corps auguste ? La loi des corps vivants n*est-elle pas que tout soit commun entre les membres? I^s ravons de Tœil éclairent la main : l'industrie des mains ne s'appartient (las ; des somfuets de la tête à la plante des pieds, il y a communion et réciprocité. Or, dans le corps
(lo r£|}Use, la lèlc et beaucoup d'enfre les membres sont enrichis de salisfocUons sura* boodatites; cette opulence suffit, et par delà» aux détresses générales. Si h justice ot Tordre exigent des réparations de la part de quelqu'un, celui-ci n'existB pas solitaire et détaché. Il est partie intégrante d*un Yaste corps, sa gène particulière est suppléée par la richesse commune. Tout est à lui dans la communauté, selon des mesures équi* tables^
« Qae personne n'accuse de contradiction ce que nous venons do dire. La justice exigeait une peine ; cette peine doit être subie. Nous ne craignons pas d'avancer qu'elle Tesd par le coupable lui-même. Qu'importe la forme d'être sous laquelle il se présente, si c'es^ biea lui toujours 7 Empêchez donc qu'il n'entre dans la divine communion , parquez-le, bannissez-le de la vie. Jusque-là vous ne démontrez pas que ce n'est* pas lui que nous voyous apparaître dans l'unité, enrichi du fonds universel, soldant sa dette avec un trésor non usurpé. La prétention que nous combattons n'irait à rien moins qu'à nier la possibilité du corps mystique de l'Ëglise, q^u'à décréter fatalement la séquestration de l'homme.
« A présent que sous prétexte qu il est quitte envers la justice, le pécheur d'autrefois, s'endorme dans la mollesse et néglige les œuvres; il n'aurait pas d*excusp. S'il n'est plus obligé au travail au titre de justice, il y est tenu à d'autres titres non moins sacrés. L'âme chrétienne n'obéit pas seulement aux exigences des attributs rigoureux. Le motif de Tamour est beaucoup pour elle. Faut*il que l'homme soit dans la crainte pour se (^osacrer à dé nobles choses? Et quand il se met à l'œuvre par dévouement, est-il moins puii>samment inspiré? Le travail saint ne sera donc pas interrompu dans TËglise; l'atelier spirituel aura ses ouvriers pre.«^sés et anienls; le dogme des indulgences ne sera pas une prédication de
(caresse. Il restera ce qu'il est en effet» le dogme des douces conJescendances envers la ragilité humaine, l'octroi de la miséricorde, l'invitation la plus persuasive à la^pratique incessante de la perfection.
« Il est besoin d'entrer dans de nouveaux développements pour bien vous fixer sur la
!;rande question des indulgences. Les théologiens disent avec justesse que la tête agit sur e corps de deux manières: premièrement, par une influence intérieure, envoyant aux membres les plus reculés les principes vitaux, le mouvement, l'énergie; secondement, par une direction extérieure, gouvernant l'ensemble et le détail organique. Pendant que Notre- Seigneur était sur la tcre, il remplissait celte double fonction vis-ànvis dô son Eglise; il ranimait intérieurement de sa grâce et la dirigeait extérieurement; la direction par le dehors n'était pas limitée à une série d'actes gouvernementaux, elle embrassait aussi les dispeâsalions (le la grâce. Aujourd'hui, monté dons les cieux, il garde son rôle inoommunîmile de chef invisible ; être toujours la tête réelle de l'Eglise, c'est son droit et son de*voir. Lui seul possède la plénitude divine, nécessaire è Talimentation de son corps; lui seul est orné des mérites par lesquels cette plénitude est appliquée. Le membre iïun corps physique et naturel n'est pas plus régulièrement animé de son. principe vital que ne l'est le membre du corps spirituel de Jésus-Christ. Les mérites de celui*ci, semblables à dés fluides fertilisants et toujours agités, arrosent sans diseonliouer le système qui leur ap|)artiont, et y font germer une santé toute divine. Ses satisfactions, forces vives et sacrées, universel patrimoine, sont incessamment partagées (1). Néanmoins, fidèle à son plan du double chef, il n'a pas supprimé le mode de dispensation extérieure. Les éléments de ses mérites destinés à produire l'initiation surnaturelle et son progrès régulier et capital de ses satisfactions, sont tenus eu réserve pour être conférés par des procédés externes. £a quittant la terre, Jésus-€hirist se substitua donc un homme qui tiendrait sa place; il le munît d'assistance et de prérogatives. Ce vicaire illustre, ee vaste représentant fut chargé de réffir au dehors TËgl ise, corps de Jésus-Christ. Les sacrements, instruments saints et inaltérables, furent mis dans sa main pour qu'il propageât et répandit les mérites du Sauveur, il eul encore sous son domaine les divines satisiactioos, et recul la charge de les appliquer par des formules sensibles. Nous ne rappelons ici la fonction cle chef extérieur qu'en ce qui concerne la diffusion et le maintien du trésor surnaturel. Ce même chef a une autre attril>ulionbien grande, celle d'assurer dans l'Eglise l'unité de foi et de précepte. Hais ce n'est pas le lieu d'insister sur ce dernier point : nous nous arrêtons au premier (2).
(I) Distinguendum est inter thesaumro constanleiii e\ Chrisli merilis , vel sanclorum. El de priori diccoduiD esl, miiliis ;i)iis modis, seu pcr alla média dispensa ri prxler iiidulgenlias, nimiruin per sacramema, el per sacrilicia, et per alia eiiam opéra Addiiim. Uiide iiilerdum dispensalur hic thésaurus, ttl ad Cbrisium spécial, per boulines niinislros Cbrisii , ifilerdum vero immediale ab ipso Cbrislo : <|ooUes enim culpa, vel pœna remiuitur, vel aliquod graline beneflcium nobîs praesiaiur, ibesaurus inerilorum Chrisli nobîs applicalvr , seu dislribuilur ; cxMUlal attlem hoc saepe Ûeri iiilerius ei immediale ah ipiM» Cbrislo, aliqnando vero inlcrvenlu liomijium |H;r iniiiislerium sacrameniorum ^Suare£,(/^ InduUj., •lîH'-Sl, sect. 4).
Suarez ajoute qu*cn ce qui concerne les saiisfiiclions des sainls contenues dans le trésor, il ne lui parall ni impossible , ni conlratre à la raison , ni opposé à Taulorilé ou à la Iradiiion , que les lidélei s en puissent procurer une applicalion, sinon efficacemeiil par leur propre voloiué, au moins par voie d'impclralion, soil qu'ils prieol, soil que les saints, auleurs de ces satisCacLions,. prienl pour eux.
(i) Il ne faul pas confonJre dans le chef exléricur de TEglise le pouvoir par lequel il communique la l^ràcc et la rémission des fautes, el eelu! par lequel il exerce le gouvernement el la juridicUon. Celui-ci csl un pouvoir proprement dit, absolument comme rénergie îles causes secondes , quoique dérivée do Dieu, esL récite el pciocipalc dans son ordre, cens
INTRODLXTiO!* M
« Ne IronTez pas étrange la partition des titres dn Sauvear. D^abord, elle n'est pas absoluo M*a)les pas croire, en effet, que le corps de /Ëglise soit sarmonté de deux têtes; cela serait monstrueui et absurde. Le fidèle n*a pas deux chefs d'égale autorité : lun DieuhomiDc, el Taotre homme seulement* L*EgIise est bdle de régularité, divine par sa vie. J^^SHs-Cbrist donc, dans Tacceotion ' rigoureuse des termes, reste son chef unique; il ne partage avec qui que ce soit. Minis de là à conclure qu'après avoir retiré sa présence sensible il D*a mis personne en son Heu, laissant son corps aimé sans direction souveraine extérieure, il jr a loin. Le chef élu ne tire rien de son fonds, ne donne pas la vie; sa clian;e est toute ministérielle; il d spense des mérites et des trésors: il ne les crée pas. Le chef visible est un homme assisté ; le chef invisible est homme-Dieu. Celui-là meurt, celui-ci est immortel. Jésus-Christ suffira è son Eglise jusque dans Féternité; ses vicaires dans le temps auront été comptés par centaines; glorieuse multitude, lignée brillante mais prouvant par ses successions sans cesse reprises Tinfirmité de la simple créature.
« Or si vous demandez, N. T.-C. F. , pourquoi les choses furent réglées ainsi, il noas ^cra aisé de ré{)ondre. Ce qui en étonne quelques-uns n*est, après tout, que la perpétuité du mode complexe adopté par Jésus-Christ, lorsqu'il était au milieu de nous. Puisqu'il agissait simultanément, a l'intérieur par ses intloences, et au dehors par ses dispensations, il est tout naturel qu'il conserve dans son Eglise le procédé par lequel cllo commença d'exister. Les êtres durent conformément à leur constitution ; la suite n'est chez eux que i'é|Minouissement des traits primitifs.
« Nous voulons vous faire pénétrer plus avant dans ce mystère. Et pourquoi donc Jésus-Cbrist >ugea-t-il séant d'exercer lui-même son œuvre de chef d'un corps mystique, moitié invisibiement et moitié d'une façon extérieure? Ne voyez-vous pas, N. T.-C. F., qn*il y a là une raison profonde ? Ce corps devait être formé des individus de la race humaine; les foules éparses allaient accourir pour composer l'homme parfait. A l'esprit
?ui est en elles il faut une influence intime le pénétrant, l'assimilant, le transfigurant. oudriez-vous une collection confuse d'intelligences inanimées 7 Au nombre humain il est besoin d'un principe extérieur qui, dominant sa turbulence, loi donne la preuve sensible qu'au dedans de lui des réalités sont déposées, et non pas des rêves. Ainsi est créée une construction vraiment sociale et vraiment vivante.
« Que Jésus-Christ continue d'aninoer son divin corps, lui seul est la vie. Mais puisque le voilé retiré de la scène visible, qu'il délègue quelqu'un chargé de préserver ce même corps des dangers de Tilluminisme et de l'individualisme. L'illusion ne vaut pas Têtre, les folies ne sont pas la loi, la chimère ne rassasie pas. Les hérétiques qui refusent de reconnnaltre la constitution du corps de l'Eglise telle que Jésus-Christ la fonda vous sont une démonstration saisissante de cette vérité. Contents du chef invisible auquel its se prétendent unis, on sait leurs semblants de vie, leurs songes; faute de chef extérieur, tous ces pauvres membres se dessèchent; tant de tronçons gisant de ce et de là prouvent assez que la fonction de chef extérieur prof>agoant la vie est indispensable.
• Disons un dernier mot. Outre que l'idée d'un corps social composé d'Iiommes implique le dedaus et le dehors, le principe Intime et ses manifestations; outre que la Ifaaiiction de rinvisible est un stimulant plein de force pour le déveloiippement de la vie intérieure, on ne doit pas oublier (^u'en notre qualité de membres de Jcsus-Christ nous réclamons légitimement des participations déterminées à la grâce, ainsi que des fractions certaines de l'héritage des mérites sàtisfactoires de notre chef. C'est que nos besoins spirituels ont leur degré fixe, et que nos détresses sont calculables. Eh bien 1 N. T.-C. F., les sacrements contiennent une somme précise des mérites de Jésus-Christ. L'indulgence, k son tour, représente des fonctions non moins précises de ses satisfactions. Du côté de ces éléments divins, tout est donc exact, réel et complet ; le membre aspirant vers eux n'est pas déçu par un vain mirage ; si l'un reçoit moins et l'autre plus, ce n'est pas la faute des lois vitales; c'est que, semblable à un orsane afi'aibli, celui qui a perçu de moindres richesses se négligeait lâchement. Les défaillances viennent de lui: qu'il se les impute. Ce qu'on lui avait promis ne manquait pas de certitude. Dans l'hypothèse, au contraire, oil la dispensation serait simplement intérieure, les membres n'auraient rien d'arrêté ; il leur serait impossible de constater m les mécomptes viennent d'eux-mêmes ou doivent être attribués à l'imperfection des lois.
« Nous allons, N. T.-C. F., vous signaler les analogies et les diversités qui existent entre le sacrement et l'indulgence* Ce travail amènera du jour sur l'essence de cette dernière.
r Le sacrement est nécessaire, au moins en désir. En effet, la grâce qui élève l'homme k sa condition surnaturelle et le développe dans ce glorieux sens est déposée sous les voiles sacramentels. Le germe de la gloire, l'évolution de ce gerniR, son être nouveau, en un mot, est donc là. L'indulgence n'olfre pas les mêmes caractères. Simple remise de la peine
i wni revèmt de ce pouvoir sonl de vrais chefs mais comme instrument du chef invisible. Noirel'utile, la dirigeant et Li goavenuml. Qoant an Seigneur Jésus-Christ. Ces deux pouvoirs, égale-
INravoIr de oonlérer la grftce et de donner la remis- malt participés Pnn et Paiare, le sont conformément aion des fanies, il n'est qnlnslrunienial. Le ministre à la naiture îles olijets qu^ils eiabras^ent. ■e inexercé pas coame chef à proprement parler,
51 INTUODlCTiO^. sa
iHiniMirefle par ra|)|iTica(ion dessalisfaclions cla Sauveur etd.'& snii>(s, elle suppose la grAce, elle no ta donne pas. On peut être mcnrh'C vivant <tc Jésus-Christ, et rester engagé a une jïcine tcnri'jorpne. Alors, ou le débiteuTt pénitent hAté, s'elForce de s'acquitter personnel» Jrmpnty ou attiédi et lent, il ajourne; mnis enfin ailleurs if se libérera. La foi nous ensoigne que» pour ce chrétien, il est deux é)}oques, sinon égaferaent propices, cerlaîneou^nt réservées Tune et l'autre i celle du temps présent et celle du purgatoire. Pendant que coulant les heures employées à la réparation, Tâme reste éloignée de son terme, la vision inCui* tive ; mais c*est un atlardement, ce n'estpas ta mort. La vie universelle persiste h travers cos lenteurs» dans le sein des expiations. [Tn jour, toute justice accomplie, cette vie aura soi efllorescence dans les cieux.
« Sst-ce à dire pour cela que la recherche des indulgences est chose indifférente ? D'abord, puisque Dieu daigne nous offrir la remise de la peine tem(>orello, c'est un dx^voir de fiHafe piéle d'accourir vers ses dons. Le don de Dieu n'est pas de sî mince valeur qu'on» fo puisse aisément négliger ; Dieu nVndure pas les dédains. Considérez ensuite, N. T.-C. F.,
3ao l'obligation h la peine temporelle est un empêchement h la gloire. Il ne sert de rien de ire qu'il nVst que temporaire ; c'est toujours un empêchement. Or, la gjoire, la vision inf critive, le paradis étant la fin vers laquelle nous avons à tendre plus rapides que la flècho k son but, t<Hit ce qui nous arrête, nous devons être pressés de le briser. Ktre lié luin de Dreu, c'est dur. Se rompent vite les chaînes, les anneaux appesantissant notre marche. Si nous avons dans le sacrement l'arme bénite qui tranche le plus odieux noeud diîs Ames^ U) péché qui les tiendrait séparées de Dieu Tétcrnité tout entière, est-ce une raisotkde n'avoir nal souci d*un autre instrument qui ruine nos dernières entraves?
« Que si quelqu'un répliquait qu'il y a plus de grandeur ii démolir soi-même les obstacles ; si l'on redoutait que ces larges octrois ne portassent atteinte h la splendeur morale de l'homme, il serait aisé de répondre en rappelant ce que nous avons dit plus haut : le chrétien, enrichi des satisfactions du corps^n'a désormais aucun oomi)te à régler avccréter» nelle justice. Mais Dieu n'est-il donc que justice? faut-il l'avoir offensé et lui devoir des réparations pour faire acte de noble et vaillent cœur? Les attributs de sainteté, de vérité, de beauté qui reluisent en lui, sont, nous le croyons, d'assez, éloquents appels èi toutes nos puissances. Nous ne sachions pas que les grands travailleurs spirituels doivent être des endettés au tribunal d'un créancier. La liberté et l'amour, eux aussi, avancent le progrès moral.
4 Du reste, il n*cst pas dœuvre accomplie par l'homme ici-bas qui n'entraîne sa fatigue. Celles qui semblent te plus dég^ées de la couleur de pénitence, ont cependant leuraiOiculté (}ui provoque Tetfort; dans cet effort saintement continué, il y a de quoi lialeter cl souffrir. Jamais le chrétien de cette terre ne sera complètement affranchi de la peine. Après cela, nous accorderons que l'ftme libérée par l'indulgence reste communément obligée à un ordre d'œuvres satisiactoires proprement dites. Quoiqu'elle soit réellement amnistiée, 5es facultés, faussées jadis, ont l>esoin de redressement : la pénitence lui est nécessaire. Enfin, presque toujours, le labeur, la peine lui sont imposée de droit naturel comme mesures préventives ou médicinaTes. Le passé est une profihétie de l'avenir. Ce chrétien a péché en d'autres jours ; les alarmes sont bonnes dans sou cœur, et rieii n*est propre comme les alarmes à multiplier tes garanties.
« Pour achever de dissiper tous les doutes, ajoutons que jamais les souverains pontifes n'accordent le bienfait de l'indulgence plénière, sans prescrire des pratiques qui sont le résumé du système entier de la satisfaction. La prière, le jeûnoy I aumooe, ternaire sacré, ainsi que parle saint Raymond de Pennafort, sont imposés comme moyens d'une nécessité absolue, et opposent leur vigueur aux violences du ternaire impie. Il y a trois concupiscences dans le cœur humain, pernicieuses facultés qui engendrent tout le mal; contre l'orgueil est décrétée la prière, qui abaisse l'esprit devant Dieu ; le jeûne est le dominateur de la chair encline aux molles julssances; et l'aumône gagne des victoires sur Tavarice acharnée h la richesse matérielle. Avant donc de s'approprier les généreuses satisfiictions incluses dans le trésor, il a fallu réaliser par des actes une profession de foi sur l'ensemble de la pénitence. Les dons de Dieu ne soit pas livrés sans discernement.
« Mais reprenons, N. T.-C. F., l'examen des rappoits et des lUfférences qui caractérisent l'indulgence et le sacrement. La participation au sacrement est de tous les temps et de tous les lieux. Après Jésus^hrist, la vie divine commence dans l'Église par le sacrement; elle n*aura pas désormais d'autre instrument de diffusion ou de perpétuité. Tout comme les liqueurs exquises s'épanchent sans retour quand le vase qui les contenait est mis en |)ièces, si le sacrement se rompait entre les mains du ministère, la vie surnaturelle ne serait p\uà abaissée k la portée de nos lèvres, faute de coupe façonnée de la main de Dieu. Et ce n'est pas assez qnue le sacrement persévère dans son intégrité : il doit être reçu dès 'l'origine, )usqu*è la un, par tous sans distinct! n, en quelqu'utal de civilisation ou d imperfection sociale qu'ils se trouvent. La vie divine n'est qu'en lui ; or, la vie divine absente un moment de la race humaine, ou participée médiocrement, que deviendrait cette race? Sans doute Tindulgence fut dispensée dans l'Église dès les premiers jours ; les ligues traditionnelles de cette pratique se montrent vivement aux regards non prévenus : il faut avouer néanmoins qu'il fut tait un moindre usage de l'indulgence dans les commcncemcnis. C est que l'indulgence u'est pas taut une nécessité des Ames, qu'un allégement octroyé i>ar la
ftl IMKODUCTION. CO
miséricorde. Dès lors, Tapplication en doit être ordonnée d'une manière intelligente. Aux ôpo'^lties primitives <iu christianisme, en face de ces gentils dégradés, et plus lard au milieu des barbares, il était d'une sage souveraineté de distribuer parcimonieusement de pareils trésors. Il fallait refaire la nature humaine, rassainir le flétr^i, dompter le rude. Les travflux pénitcnticls étaient un vaste procédé de restauration, auquel les hommes d'alors devaient s'employer personnellement. Comme cela, le sang, la chair, Tcsprif, les mœurs, tdut s*épurait, se fortifiait, se redressait. Et quand Thomme, repétri en quelque sorte, se produisit sous des aspects meilleurs, il fut possible de le relever de son long labeur des satisfactions, le conviant plus que jamais à des travaux entrepris par amour, dignes de son caractère éminemment surnaturalisé. En admettant que la liberté, aidée et soutenue parla grdce, a valu h Thumanité, dans TÉt^lise, une amélioration morale, nous sommes loin d'accepter ces niaises théories du progrès par le seul ressort de la nature, prèchées k grande voix de toutes parts.
« Le respect d? la perfection ne s'oppose donc nullement au gain des indurgences. La perfection, dit le grand théologien Suarez, ne consiste pas à payer une seconde fois une dcllo déjà payée ; pour une âme constituée en cet état d'affranchissement, elle se prend par.un
de rester empêché sur le chemin de Téternelle gloire.
« Et ne voyez-vous pas de plus, N. T.-C. F. , que la recherche des indulgences est tou« jours l'occasion des grandes œuvres do toute sorte ? Qu'est-ce qu'un Jubilé, sinon un événement d'une haute influence au profit de l'idéal le plus pur? On ne cueille les fruits de cette saison opime, qu*à la condition d'avoir rompu avec le péché ; nul n'est moissonneur qui no soit renouvelé jusr^ue dans le fond de son Ame. Les impurs, les violents, les hommes injustes, los mauvais riches, les pauvres haineux, n'ont pas de gerbe à prendre ici. Qui veut y faire la récolte doit commencer par être juste. Représentez-vous le moide entier épris d'enthousiasme pour l'indulgence plénière : vous seriez sûrs que la contrition a broyé le mal dans toutes les consciences, que d'innombrables serments de bien faire ont été proférés.
« Non-seulement les vertus morales refleurissent en ceux qui convoitent l'indulgence, la foi s'anime dans leur cœur de lumières plus vives. 11 est donc vrai que Jésus-Christ a uia- ^nifiquement racheté le monde ; que le péché est le pire des maux ; que ses joies sont perlides ; qu'une hostie divine les a expiées. Voilà, certes, N. T.-C. F., des croyances bien propres à fortifier l'ârao contre les infinies séductions dont cella terre fasciuatrice est l)Cupléo.
cLe sacrement ne renferme que les mérites et les satisfactions de Jésus-Christ. Les saints ne mettent rien du leur sous cet admirable signe. Comme c'est par lui que l'Ame est rcdîméo et constituée à l'état divin, il est clair que la simple créature ne peut a;>portor aucun élément h une cause d'où doivent venir des effets pareils. Dans le trésor des indulgences, les satisfactions des saints sont associées h celles du Sauveur. Il ne s*agit plus ici de donner la grâce ni la gloire : l'indulgence a seulement pour but d'acquitter par une peine temporelle la dette du péché pardonné. Certes, les satisfactions du Sauveur étaient plus que suflisantes; mais Dieu est juste, et sa providence ne doit laisser rien de ce qui est bon, sans lui décerner son prix. Si les mérites des saints ont eu leur couronne, si la gloire du ciel les compense surabondamment ; les satisfactions accomplies par eux par delà le nécessaire, que deviendront-elles ? Dieu devait-il avertir Thomme prodiguant sa fatigue cl lui dire : Arrête-toi ; ma créance est payée. Je ne saurais que te rendre pour les excédants de pénitences. Los saints, N. T.-C. F., n'étaient ni fanatiques ni aveuglés , ils savaient bien que le membre du corps mystiaue est lié à ses frères les autres membres, et qu'une sainte communion livre à l'indigent 1 abondance du riche. Par leurs satisfactions appliquées» ils achèvent, autant qu'il est en eux, leurs semblables incomplets. Le Dieu-Homme, qui a réalisé si bien l'achèvement de la race humaine, daigne sourire aux religieux labeurs de ses saints, s'essayant à coopérer avec lui dans la sphère à laquelle il leur est donné d'atteindre.
« Les mérites du Sauveur sont inépuisables. Les sacrements, pareils à des fontaines sans cesse jaillissantes, les versent à rapides flots; la source ne tant pas; dans l'éternité, elle sera féconde comme aux premiers jours de ses écoulements : l'indulgence sera proclamée jusqu'à la fin de l'épreuve. Mais après tous les ac(]uittements de la terre, les satisfactions dos saints épuisées auront cessé d'être. Celle partie du trésor aura trouvé son application adéquate et sa récompense. Quant aux satisfactions de Jésus - Christ, c'est pour elle un glorieux inconvénient qu'elles dépassent tous les termes : on devait s'y attendre. Dès là quo Dieu se porte dans l'humain de façon à lui être uni d'une union personnelle , cet humain no fera plus qu'infiniment, selon le rite de Dieu ; or, ainsi que les attributs divins ont des énergies incommensurables, que la Toute-Puissance, par exemple , ne sera jamais à bout lie voie ; qu'elle est apte à réaliser toujours plus qu'elle n'a réalisé, tant multipliées et riches que soient ses œuvres ; i^areillement les satisfactions du Verbe incarné , indéfecti- Ides, inaltérables, n'auront pas m(>mL* été entamées par les usages mafçnifigues qu'en aur.i fait r£glise. C'est l'essenco des œuvres de Dieu-Homme de revêtir inamissibkmcDt di.s
61 INTRODUCTION, {t^
proportions infinies. Ces salisfcictions désormais inapplicables, puisque toute peine (eiuporelleaura cessé, n'en auront pas moins l*?ur portée éloquente : elles seront comme un gran<i cri de l'amour 5 travers les âges éternels, re lisant que le péché est vaincu» que son audace le cède au Rédempteur; que tes hommes sont moins puissants à faire ie mal que Jésus- Christ à le réparer; que le mystère de riiicarnation est vraiment le clïef-d'œuvre de la sagesse et de la force uivine, puisque la crèche, les épines, la croix, le sang et ki mort qui j brillent, étaient des expiations surabondantes du péché diis mondes ajoutés les uns aux antres jusqu'à TinPini.
«Nous avons souvent employé lo terme de trésor de TEglise. L'hérésie demande iroMÎquement où est ce trc'isor. Nous pourrions lui demander à notre tour: Où est le trésor que comi)Osèrent les grands hommes dos sociétés lerrcslres? Où sont, par exemple, les mérites des humains, les travaux, les fatigues des citoyens illustres? Tout cela est-il donc perdu et mêlé avec leurs cendres? Tout cela vit immortel dans le souvenir des patries : elles S ardent un grand héritage, elles n'étreignent pas dus ombres. Eh bien l les mérites de ésus-Christ, ses satisfactions et celles des saints, impérissables trophées, res]:)lendissetit toujours. Tant de prodiges de grâce et de liberté ne sont pas évanouis : ils vivent dans le cœur de Dieu; ce cœur, nous le croyons, est une assez noble demeure; les richesses surnaturelles de l'Eglise y sont en sécurité (1).
« Il est une parole usuelle dans le langage catholique : les sacrements sont pour les âmes; c'est très-vrai. L'âme n'est jamais dessaisie de son aroit à la gloire ; elle revendique justement la grâce qui en est la ra:ine, pourvu nu'elle ne s'en soit pas rendue indigne par sa faute. A la dispensalion de l'indulgence aoivent concourir des raisons tirées d'ailleurs que de la condition des âmes. On conçoit cette diversité. Il n'}- a pas q<je les satisfactions du corps mystique pour racmiitteroent de la peine temporelle : d'autres moyens y peuvent ôtre employés. Le pouvoir établi n'ouvre donc le trésor que sur des motifs raisonnables, proportionnés à la valeur des difitributions qu'il va faire. Tous ces motifs sj doivent rapporter au bien général et spirituel dt; l'Eglise. »
Pins loin, lorsque nous traiterons des causes nécessaires pour rendre licite ou môme valide la distribution des in iul^ences, nous reproduirons la partie du mandement de Mgr lévéque de Tulle, où se trouvent ces considérations.
CHAPITftE IV.
Définition des indulgences.
« L'indulgence est la rémission de la peine temporelle qui reste due pour les péchés (ëctuels) déjà pardonnes quant à la coulpo et quant h la peine éternelle, acco dé;, hor-s le tribunal de la pénitence, par ceux % qui Jésus-Christ a laissé la dispensation du trésor spirituel de son Eglise. » {Rituel de Limoges^ r* partie, p. 205.)
Voici une autre définition de l'indulgence qui est proi)ro à en donner une idée exacte :
C'est la rémission de la peine temporelle qui reste h suoirau pécheur, après que son péché lui a été pardonné et la peine éternelle remise : rémission que l'Eglise accorde, hors lo tribunal de la pénitence, par Tapplication des mérites dont elle est dépositaire et dispensatrice. (Bourdaloue, Sermon sur le Jubilé, — Instr, prat. sur les Indulgences.)
Mgr Bouvier s'exprime ainsi :
« Le mot indulgence signide ordinairement, dans les saintes Ecritures et dans les auteurs ecclosiasiiques, rémission, condonalion, comme quand Isaie dit (ch. lx, vers. 1) : Prœdicare captims indulgentiam^ aimoncer aux captifs 1 indulgence et la liberté ; ou bien fcicilité, condescendance, comme quand saint Paul dit aux Corinthiens (/ Cor. yii, 6) : Hoc autem dico secundum indulgentiam^ non secundum imperium: a Je dis cela f par indulgence, « et non pour commander. »
« On donnait autrefois le nom d'indulgence à la rémission que les empereurs accordaient par bonté h certains criminels les jours de fêtes publiques. L'in lulgence dons l'usage de l'Eglise et des théologiens réunit ces deux sens, parce que c'est une rémission réelle que l'Eglise accorde, par condescendance, pour des œuvres faciles à remplir. On la déOnit ordinairement : La rémission de la peine temporelle due aux péchés actuels déjà remis quant à la coulpe^ faite hors le sacrement de pénitence^ par ceux qui ont le pouvoir de dis- i penser le trésor spirituel de VEglise.
« Nous disons : l** La rémission de la peine temporelle, parce que l'indulgence ne remet ja-» mM\a peine éiernéWe;^" due aux péchés actuels, parce que le baptôme s'administrant, d*après son institution, par forme de régénération, ne laisse aucune peine h subir; 3" déjà remis quant à la coulpe ; on ne peut, en effet, obtenir la rémission de la peine temporelle due au péché, tant que le péché lui-môme subsiste ; W* la sentence du prêtre, en remettani le pèche dans le tribunal ue la pénitence, remet aussi une partie de la peine temporelle» )>ropoitionnée aux dispositions du pénitent : l'indulgence est une rémission diirérentet c'est pour cela que nous disons qu'elle est une rémission faite hors le sacrement de péni^
(I) Ç»e%i Ctcment VI qui, d:ins sa biilfe UnIgcnHns, spirituel forme des sali^ractions de Jcsus-Chriï»t eb a devc au rang de dogme de foi Tcxislence du trésor des saiiiu.
n INTRODUCTION. 64
tence: i'' par eeax qui oni le pouvoir de dispenser ^ etc., car la concession de Tindulgenctf est un acte de juridiction : cet acte suppose donc une autorité légitime dans celui cpii Texerce ; 6** le trésor spirihiel de C Eglise ; ce trésor est la surabondance des satisfaclioDs do Jésus-Christ et des saints, restées sans application (Bouv. p. 10). »
Pour jeter to plus de clarté possible sur celte définition nous aioufons : Il faut considérer trois choses dans le péché mortel ; l' la coulpe du péché ; 2* la peine éternelte qui est due à ce péché, qaand il est mortel ; 3" la concupiscence qui reste après ce péché pour nous porter au mal, et que la théologie appelle pour cela le foyer du péché, fome»^ peccati. La coulpe est une tache odieuse que le péché imprime dans TArae, et cette tache est effacée par le sacrement de nénîlence, et par les larmes du nécheur contrit ; et celte âme, de difforme qu^clle était» devient par la grâce belle et agré.iWe aux yeux do Dieu . L» concupiscence qui, après le péché ongineU est une pente au ma>, ne nous est point Oléé par la gpâce qui nous justiiie : elle reste même dans les plus grands saints, pour servir,. comme ditsaini Augustin, à rendre leurs vertus plus glorieuses et plus méritoires par de fidèles combats; mais la peine, d^éternellc qu*elle ét.iit, est changée en des peines temporelle» que nous souffrirons un jour dans îe purgatoire, si dès celte vre nous n*avons soin de les expier par de dignes fruits de p'nitenc.; : et ce sont ces peines qui nous soat reiaises par )a vertu des indulgences. Cela ainsi exfiliqué :
Nous disons qu à la vérité le sacrement aurait bien par lui-mffmc la vertu de nous remettre ces peines temporelles,, si notre douleur était parfaite, comme fut autrefois celle dies liinivites, du sainl roi Ezécliias,. du publicain de TEvangile, de Madeleine pénitente, de saint Pierre qui pleura si amèrement son péché. Mais comme notre contrition n*est ordinairement qu*uue contrition imparfaite et laible, cette peine éternelle est seuleinont changée en des peines temporelles qui nous restent à expier ; les indulgences que rEgfise nous accorde consisteat k nous remettre hors le sacrement de la pénitence tous ces restes de nos anciens péchés.
Et qu*on ne confonde pas : les indulgences ne nous remettent pas les peines temporelksdues è nos péchés sans le sacrement de la pénitence et indépendamment de lui, mais seulement hors le sacrement de la pénitence, ce qui est bien ditrérent, c'est-à-dire après le sacrement, et ((uand la coulpe du péché a été remise pw l-^humble confession que le pécheur en a faite, et par fabsolulion qu*il en a reçue, la peine éternelle est changée en des peines tem|K>reIles, et ces peines temporelles sont encore remises par h vertu des saintes ludulgences. Ainsi ces indulgences supposent toujours le^sacrement, loin d*en dispenser: et cela expliqué de la sorte, comme ou le doit entendre, ne flatte en rien Timpénilence dos pécheurs.
EnQn, il faut remarquer que les induljgences ne sont pas données pour remettre les péchés, comme des personnes peu instruites pourraient se le Ogurer, mais seulement pour remettre ou en tout, ou en partie, tes peines temporelles qui restent après la rémi.ssi.)n des péchés dans le sacrement de la pénitence. La coulpe du péché ne peut être remise que par (a vertu do ce sacrement. Or le sacrement de la pénitence renferme et suppose nécessairement la contrition du cœur, la confession de la bouche et la satisfaction des bonnes œuvres. Ceux qui n*avant point de confesseur dans un péril évident de mort, ou qui no pouTant plus parler dans une maladie extrême, ne seraient pas en pouvoir de se confesser ; eeux-lh, dis-je, devraient avoir une contrition sincère dans le cœur, pour mériter le pardon de leurs fautes, avec le désir sincère de recevoir le sacrement de la pénitence par une confession humble, sitôt qu'ils en trouveraient Foccasion ; et c*est ce que TEgliseappelle le sacrement en désir, sacramenlum in volo^ parce que c'est le seul moyen que Jésus- Christ nous en ail donné.
Mais les peines temporelles n*ont pas besoin du sacrement, pour être remises à. ceux qui sont justUiés par la pénitence, comme on le suppose ; et, par conséquent, lesîndulgences peuvent se remettre hors le sacrement, après que les pécheurs contrits Tout reçu. La raison de cette différence est que la coulpe du péché étant une tache intérieure dans ]*âme, ne peut être remise et effacée que par une grâce intérieure et sanctifiante, qui opère un changement intérieurdanscelte âme, etquiuescdonneordinairement que dans le sacrement. Mais les peines temporelles n'étant qu'extérieures à Tâme peuvent être remises aussi par une grâce oui lui est extérieure, et qui consiste dans Tapplication favorable que TE* glise nous fait des mérites surabondants de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints, sans qu'il soit nécessaire qu'il se fasse en nous aucune augmentation de la grâce intérieure et sanctifiante. Nous l'expliquerons dans la suite plus amplement. Ainsi, quand les indulgences remettent les peines temporelles oui restent après ({ue la coulpe du péché a été remise, et que la peine, éternelle a été paraonnée, cela se fait à la vérité hors le sacrement de la pénitence, mais non pas sans lui ; et indépendamment de lui ; puisqu'au contraire cela suppose qu'on l'ait déjà reçu : et, par conséquent, les indulgences ne dispensent iHis les pécheurs de laire pénitence, loin de favoriser en rien le désir qu'ils auraient de no la point faire.
( Ce chapitre trouve un de ses complémcnis nécessaires dans le chapitre & qui suit, ol dans le chapitre 7 qui traite des effets de l'indulgence }.
05 INTRODUCTION. Cg
CUAPITIIË V.
Du pouvoir que possède V Eglise d'accorder des indulgences^ et de r exercice de ce pouvoir,
Poar prouTer cette vérUé ou ce fait important, nous allons , selon le conseil de théolo* giens graves, reproduire presque en entier l'excellent traité de Huzzarelli. Ce savant membre de la sacrée Pénilencerie montre d*abord que l'Eglise a toujours eu le pouvoir de / remettre, par les indulgences, la peine temporelle dans le for intérieur; et puis il examine si elle en a toujours usé. Sa dissertation renferme donc deux parties » i une dogmatique » l'autre historique.
I I",L'£gltse a toujours eu le pouvoir (Taccorder tes lodalgMiees.
Luther, dît ce Ihéologien éminenl, fut peut-être le premier qui exprima en fermes posi-i* tifs et soutint la proposition suivante sur les indulgences : Les indulgences^ pour ceux qin les gagnesU térîtabhmeni ^ ne remettent pas la peint due à la justice divine pour les péchés actuels. Cette proposition de Luther est la dix-neuvième parmi celles qui furent condamliées pai* Léon X (Bull. Exsurge^ Domine), et déclarées ou liérétiquc^s» ou fausses, ou scanihileuses, et réprouvées comme offensives des oreilles pieuses, et propres & séduire les simples fidèles.
Je trouve une autre proposition de Luther condamnée dans la bulle de Léon X, c'est la dii-septième, qui porte : Les trésors de V Eglise avec lesquels le Pape donne les indulgences t ne %ont pas les mérites de Jésus-Christ et des saints. Remarquez que la bulle de Léon X fut
catholiques.
Il nous faut prendre ces deux inropositions, et guidés par l'Evangile, par les Pères, par Hiistoire, aidés de tous les théologiens, nous examinerons si elles sont vraies ou fausses. le ne veux pas que nous fassions parler Jésus-Christ et TËglisc è notre manière. Jésus- Christ et l'Egiise ne sont-ils pas plus philosophes que nous? nont-ils pas dit (lar eux seuls la vérité 7 Je n« veux pas passer sous silence les faits les plus importants de Thistoii e, les Hidroits les plus décisifs des conciles, les paroles les plus instructives des Pères. Il iaut faire preuve de sincérité, quand on veut mériter la confiance absolue des lioinmes sans ITéjugés.
Je prends donc votre première proposition, je lui en oppose une autre directement contraire« et je dis : Les indulgences remettent non^-seulement la peine canonique ^ mais encore la peine temporelle due à la justice divine pour les péchés actuels.
Pourquoi, me dira-t-on, vous élevez-vous si fort contre cotte proposition? elle ne
nient qu'elles remettent la peine temporelle due à Dieu. C'en est assez pour anéantir en pratique parmi les Udèles l'usage salutaire des indulgences. En effet, dites-m^i, qui voudra
ait cette dette envers l'Eglise. Mais, direz-vous, le concile de Trente a renouvelé le précepte de la pénitence publique. (Scss. 24.) Je l'accorde; mais pour quels péchés? pour les péchés publics, c*est-di-dire pour ceux qui, excepté quelques circonstances particulières, sont soumis par le précepte non-seulement ecclésiastique, mais divin, et je dirais même naturel, à la pénitence publique pour réparer le scandale public. Pour les péchés cachés, le concile de Trente n'a pas enjoint et ne devait pas enjoindre la pénitence publique, mais seulement celle Que le prêtre iuipose dans le sacrement de confession. Et cette pénitence sacramentelle, a qui le chrétien la doit-il? à Dieu, oui; mais noi à l'Eglise, parce que l'Eglise no demande pas compte de ce qui se passe dans ce tribunal secret. Ainsi ordinairement le chrétien ne doit à l'Eglise aucune satisfaction publique; donc ordinairement les indulgences expliquées à votre manière sont inutiles aux chrétiens. Donc les chrétiens, d'après votre opinion, se dispenseront ordinairement de gagner les indulgences.
Vojez combien il est intéressant peur l'avantage des chrétiens et pour Tusage des indulgences, de maintenir la doctrine catholique, savoir, que les indulôcncis remettent aussi la peine temporelle au for intérieur, c est-à-dire devant Dieu. Venons-t^n aux preuves; ie leur donnerai tout le poids qu'elles méritent pour un catholique raisonnable, et rien de plus. Jo ue dirai pas que ce soit expressément de foi, puisque TEçlise ne la pas expressément défiai comme un dogme. Mais je dirai que c'est une proposition certaine et démontrùe , une proposition très-prochaine dé la foi, une proposition qu'un chrétien philosopoe ne peut rejeter sans scandale et sans entêtement.
Comment le prouverai-je? par l'Evangile interprété d'après la droite raison et une explication pratique de l'Eglise. Ecoutez : Un jour Jésus-Christ dit à saint Pierre, en présence des autres Apôtres : Je te donnerai les clefs du royaume des deux, et tout ce que tu lieras sur
a INTUODUCTION. 08
la irrre sera lii dans le ciel: et lotU ce que lu délieras sur la terre sera aussi délié dans le eût (Mntth. \vi, 19). Kaiso-inons nn instant sur ce passagn. Ici Jésus-Christ promet à saint Pierre? de lui donner les ciels du royaume des cieux. Est-ce vrai, ou non? vous ne pouvez lo nier. Mais je vous demande quclto est Tautorité d*un ministre auquel le prince contie les
piiuie, {larce qu en donnant les clefs à son ministre, il a mis tout le palais à sa disposition^ K il ne reste au prince que ranloiilé de ne pas approuver ce que le ministre pourrait faire À cet égard contre l(?s i*ègles de la justice et de la prudence. Mais qu ind le ministre n'oulre-passe puinl ces rtNgles, je dis qu'il ne dépen j presque plus du prince d*exclure du palais celui qui y a été introduit par son ministre , auquel il en a consigné les clefs sans réserve. Si le prince ne veut pas manquer à sa parole, il doit s'en rapporter à la conduite de son ministre prudent. N'est-ce }>as clair?
Très-bien : ce que je vais dire sera également clair : Jésus^hrist a promis de donner et a donné en etfet à sninl Pierre les clefs du roj'aume des cieux. Je demande quelle est l'au* torité donnée à saint Pierre avec les clef^? d'ouvrir et de fermer les portes du ciel, d'y iu- Iroduire ceux qui le méritent, d'en exclure les indignes; ce n'est pas assez : d'ouvrir plus tôt ou plus tard les portes du ciel à ceux qui s'y .présentent. Mais on ne peut entrer au ciel sans avoir |)nyé toute la peine due è la justice divine : do.c saint Pierre a reçu l'autorité de
s voîidr ^pendanl
réprimer vos désirs, parce que vous voudriez exceptiT ce uue Jésus-Christ n a pas excepté. Celui qui tient les clefs des [)ortes dti ciel a le pouvoir de les ouvrir plus tôt ou plus tard « si le l\()i du ciel lui-même ne se réserve pas expressément cette autorité. Saint Pierre a re^'u ces clefs, Jésus-Christ ne s'est réservé expressément aucun droit exclusif, donc saini Pierre a reçu celte puissance sans limites. Que pourrions-nous faire pour lui 6ter une puissance qui no vous platt pas? Voici ce qu'il vous faut faire : trouvez-moi un autre passage de TEvangilc où Jésus-Christ prescrive exi'iresséme'it celte limitation à saint PieiTe • ou bien montrez-moi queTti^^lise, par une décision ou jiar sa conduite, ait interprété la volonté de Jésus-Christ avec cette limitation*. Mais tant que vous n'v réussirez pas, je m*en tiendrai toujours à ce principe comnmn, qu'il faut plutôt étendre les privilèges que de les n'streindre, et que quand la loi ne distingue pas, nous ne devons pas non plus distinguer : A^i7*i7 excipitur, ubi distinguitur nihit fBern., de Consid.<, I. ii, c.8).
Passons h l'autre partie du texte : lout ce que tu lieras sur la terre sera amsi lié dans le n>/, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le cieL Le divin Législateur dit dune ou^il confère à saint Pierre Taulorité de lier et de délier. Et de quel lien parle-t*il? 1) parle d un lien universel qui s'étend à toutes choses : Tout ce que tu lieras sur la terre. En vertu de cette autorité universelle, saint Pierre et ses successeurs peuvent lier le péché en se le réservant, on refusant l'absolution sacraaienlelle et les autres sacrements è quiconque en est indigne, et la faute qu'ils ont liée sur In terre sera aussi liée devant Dieu. ils peuvent lier le coupable nar l'excommunication et les autres censures ecclésiastiques, et ce coupable demeurera lié dans le ciel ; il péchera et méritera la punition de la justice divine, s'il mé))rise ce lien. Ils peuvent lier les tidèles par de nouvelles lois, |)ar des préceptes positifs, par exemple pour des fêtes, des jeûnes, des dîmes , et les fidèles seront responsables de l'observance de ces lois non-seulement au tribunal de l'Eglise, mais encore à celui de Dieu. Ils peuvent les lier par la défense de certaines actions, et la transgression de ces défenses attirerait au chrétien la punition de la juslico divine. Ils peuvent enfin obliger les hommes à assujettir leur esprit à leurs définitions dogmatiques aur la foi, et Tesprit humain ainsi lié par Pierre sur la terre, sera aussi lié de Dieu dans lo ciel. En conséquence, ils peuvent lier les liommes devant Dieu quant h la coulpe et quant à la peine, et l'autorité du lien s'étend généralement aux personnes, aux actions et à la foi. Je ne vois donc pas comment vous avez pu limiter l'autorité du lien à la seule peine ecclésiastique et canonique. Vous n'avez eu eu cela d'autre motif que votre volonté.
L'autorité du déliement, dites-vous, est relative à celle du lien; mais l'autorité du lien
'Çurnent
semblable au vôtre quant à la forme, mais tout à fait contraire quant au sci^f et je dis : L'autorité du déliement donnée par Jésus-Christ à saint Pierre et à ses successeurs est relative à l'autorité du lien; mais l'autorité du lien, comme nous l'avons montré, est universelle quant aux choses et quant aux personnes des fidèles; donc l'autorité du déliement est aussi universelle.
Vous avez voulu arbitrairement limiter ce quodcunque au seul péché, et ensuite dire : Jésus-Christ a donné à l'Eglise l'autorité de lier tout péché par la peine temporelle du for intérieur, donc il lui o au^^si conféré lautorité d'absoudre tout péché de la peine tempo*
m INTRODUCTION. 70
retio du for extérieur, et rien de plus. Vraiment il est tout h fait arbitraire de limiter ce quodcunque au seul péché, puisque quodcunque par lui seul signifie toute chose^ et je ne vois pas quel droit vous avez de violer les règles do la grammaire pour former un texte h votre gré, contraire à l'interprétation commune des Pères et dos docteurs. Mais quand
danê U cielj et tout péché que tu déliertu êur la terre sera aussi délié dans le eie/, que s*ensuit-il? le voici : Que tout péché lié par Pierre, sur la terre, soit quant à la coulpe soit quant h la peine, n*est ni délié ni absous dans le ciel de coulno ni de peine. Ainsi, en vertu de raulorité du lien, le pécheur reste lié de la coulpe et de la dette de la peine duo \ Dieu, et de celle qu'il doit dans le for extérieur à l'Eglise; et si vous prétendiez limiter te lien è la seule dette envers l'Bglisc, ce serait absolument arbitraire, déraisonnable et fdux, parce que réellement le pécheur qui demeure lié par TE^Iise quant à la coulpe, demeure aussi, par conséquent, lié quant à la peine due à Dieu, qui ne la remet pas tant que Ia coulpe n'est pas remise. Donc tout péché qui sera absous sur la terre par Pierre de la coulpe et de la peine, sera aussi délié dans le ciel de la coulpe et de la peine. Ainsi l'exige le rapport entre le lien et le déliement, dont vous vous appuyez si fort. Enfin, quoique Vautorité du déliement soit relative à Tautorilé du lien, il n'y a pas do raison sufllsanté pour présumer que cette relation soit si précise et si exacte, que l'autorité du déliement ne puisse s'étendre è quelque chose qui ne soit pas assujetti h l'autorité du lien. En effet, quoique le Souverain Pontife ne puisse lier à Dieu par un vœu, par un serment, il
immédiate et directe; pour ne pas entrer dans une seconde question, je réponds qu'on ne doit pas supposer la comparaison et la relation parfaites dans toutes les parties et dans toutes les significations, et que la soutenir comme telle, est une supposition sans fondement. Il sora toujours vrai que même du côté de la peine du for intérieur, il y a une certaine relation entre Tautorilé du déliement et celle du lien. Je vous ai donc exposé, dès le commencement, mon sentiment précis, en disant, que l'autorité du lien et du déliement eat trèsuniverselle dans toutes les choses qui peuvent res|)ectivement leur être sujettes, et qu'en ronséquenee, il n'y a pas de raison suflisante pour exclure de l'autorité du déliement ie pouvoir d'absoudre le pécheur de la peine temj)orelle du for intérieur due à Dieu :Kihil cxcipitur^ ubi distinguitur nihil.
J'ai pris soin de rapporter et d'expliquer au long ce passage dos clefs données à Pierre , parce que vous l'avez entièrement omis. Vous saviez qu'il y avait dans saint Matthieu (xviii, 18] un autre texte analogue à celui que je vous ai cité, mais il semblait (]ue vous ignorassiez le texte des clefs. Cependant je trouve que c'est le passage qu'on doit le plus remarquer, è cause des raisons que j'ai indiquées, et des rap)>orts qu*il a avec l'autre que vous avez cité (Traité cité, n. 1, 2). Quels sont ces rapports? Je vais vous les montrer; mais auparavant voyons le texte.
Tous les disciples de Jésus-Christ étaient un jour autour de leur divin Maître. Il leur donna différentes instructions, et ensuite sadiessant à tous, et non plus à Pierre seul comme auparavant, il leur communiqua à tous la même puissance de lier et de délier qu'il avait f>éjà donnée à Pierre seul. En vérité^ je vous dis que tout ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans le ciel (Matth. xviii, 18). Il est inutile de chercher ici le sens de ces paroles , c'est le môme que celui de l'autre nassage, parce que les paroles sont les mêmes, et qu'il n'y a pas de circonstances notables qui doivent en faire changer essentiellement l'interprétation donnée.
Mais savez-vous à quoi il faut plutôt réfléchir avec attention? je vous le dirai. Jésus-* Christ ne parlait assurément pas au hasard, ni pour passer le temps : vous devez en convenir. Mais pourquoi donc répète-t-il ici de nouveau les mêmes paroles qu'auparavant? Les disciples ne les avaient-ils pas entendues la première fois? Oui, ils les avaient entendues, mais comme dites à celui auquel Jésus-Christ les avait dites, savoir à saint Pierre seul. Tous les disciples étaient aussi présents la première foi^ (MaUh. xvi, 13], et Jésus- Christ ne parla pas è tous, mais il parla h Pierre seul, et promit à lui seul la puissance des clefs ; Tibi dabo claves. Les apôtres devaient donc conclure (|ue les clefs n'appartenaient qu'è Pierre et à ses successeurs, que lui seul avait la puissance de lier et de délier, parce que si leur Maître avait voulu la communiquera tous, tandis qu'ils étaient tous présents, il se serait adressé à tous, et aurait dit, non It6i, mais vobis; non ligaveris^ mais ligaveri" lis; non solveris, mais solveritis. Ce raisonnement des apôtres était très-juste et très-raisonnable, puisque Jésus-Christ ne devait pas manquer de mots pour exprimer ses sentiments en plusou en moins. On comprenait clairement qu'en cet endroit Jésus-Christ avait promis à Pierre de le créer chef de son Eglise, et de lui communiquer la plénitude de la puissance indépendamment des autres. Paroles qu'il lui tint anrèssa résurrection, quand il dit de nouveau à Pierre seul : Pais mes agneaux et mes brebis [joan. xxi, 15).
Or, Jésus-Christ qui voulait que Pierre fût le chef de son Eglise avec la puissance de li^r et de délier indépendamment des autres, voulait aussi communiquer cette autorité h ioniQ
?l INTRODUCTION. 7V
s0*\ Eglise iinie*au chef, ll'attend donc une autre occasion semblable, où tous les disciples étaient réunis à Pierre avec eux, et ii donne la môme puissance de lier et de délier à eu& fous unis è Pierre, c*est-ii-dire à toute TEglise unie à son chef : Qiéœcungue alligaverUii^ qumcunque sotveritis. Avez-Tous quelaue diiliculté sur cette interprélaltoo ? Voudriez-¥ous dire que dans les deux passages» par les mêmes paroles, Jésus-Christ a voulu commumquerla môme faculté à toute son Eglise réunie, sans avoir jamais employé de distinction })Our Pierre ? Vous montreriez que vous osez présenter sous un mauvais point de vue les discours de Jésus-ChrisU puisqu à dire vrai, sans cette différente intention, on ignore pouruuoi Jésus-ChrisL, en présence de tous les apôtres, parle une fois à un seul et une autre Kûs à tous, et on ne voit pas d*autre raison pour qu ii ait répété les mêmes paroles avec la différence du singulier en pluriel, si ce n'est qu'il voulait donner à ses paroles deux rapports ditlérents. Pour moi qui suis jaloux de l'honneur de mon Maître, ie ne puis admettre votre interprétation; Je veux m'en tenir à l'autre que je vois dans la pratique indiquée par l^Ëghse.
£n effet, vous pourrez comprendre par là ce que vous n'avez pas encore su com|irendre, c'est-à-dire comment le Pape seul, et tes seuls conciles généraux unis h lui, ont cru avoir la fàcvlté d'accorder l'indulgence plénière, à l'exclusion des pasteurs et des conciles particuliers. Que telle ail été la pratique de l'Eglise depuis qu elle accOi de l'imiulgence nlénière, vous ne pouvez le ni^r; et si elle a aussi été donnée dans quelque concile particulier, c'était parce que le Pape y présidait, et qu'il avait lui seul celte autorité. Et pourquoi doue le Pape seul, et los seuls conciles généraux unis au Pape? parce que Jésus-Cnrist en a accordé le plein pouvoir à Pierre seul ei à ses successeurs, et à la seule Eglise univer-* selle unie au Pape, et non aux pasteurs des Eglises particulières. Les pasteurs (uirticuliors participent, il est vrai, à cette juridiction, et ccst pour cela qu'ils peuvent accorder quelques jours et quelques années d'indulgences, mais la plénitude de la puissance réside dans le Pape seul, et dans le concile universel.
C'est, jif pense, ce que veut signifier le quatrième concile de Latran œcuménique, quand il modère quelques désordres relatifs aux indulgences. Le concile restreint le nombre des années et des jours d*indulgence que quelques prélats accordaient pour certaines œuvres pieuses ; mais à qui ? aux évoques qui les accordaient. Parle-t-il du Pape ? il en parle, mais eu distinguant sa puissance de celle des évoques, et en apportant son exem|)le pour modèle de la modération convenable : Cum romanus Pontifex qui pieniludincm obtinet poiesla" ti$^ hoc in iaUbus moderamen eomueverit observare{Conc. Lab.^ t. Xlll.) Puisque l'on dit du Pape, en le distinguant des autres évoques, qu'il a la plénitude de la puissance sur 1rs indulgences, en quoi consista cette distinction, sinon en ce (|ue le Pape peut accorder l'indulgence plénière, et les évoques seulement la partielle.
11 mo semble avoir maintenant solidement établi les fondements de la valeur de Tindulgcnce sur Tautorité de TEvangile, et avoir moniré que Tindulgence s'étend aussi è pardonnar la peine temporelle due à la justice divine, et c'est le point principal de notre controverse. Mais, vous, qu'en dites-vous ? il est impossible que vous en soyez content. Cepen«* dant je veux vous prouver que vous devez Têtre, si vous êtes catholique et un petit peu logicien. Mais |K>urquoi 7 oarce que vous en jetez vous-même les fondements; et qu'il ne vous manque que d'eu déduire les conséquences légitimes.
Je prends lanalyse que vous faites de votre doctrine sur les indulgences^ et je trouve dans cette analyse les semences de toute la doctrine que je vous ai présentée, et de riult^rprétation que j ai donnée de l'Evangile. Dans votre livre intitulé : Traité historique dùgmaiique critique des Indulgences (Pralo, 178^/, n. 151), je lis ; Analysons ce que nous avons dit j%Lsqu^ici pour isislruire les lecteurs chrétiens^ auxquels cet ouvrage est consacré. L'indulgence n'est donc quune rémission d'une partie de la pénitence due par précepte divin à la faute^ et établie et réglée dans sa forme par l'Eglise. Cette rémission se fait en vertu de Fautorité conférée par Jésus-Christ à V Eglise même; mais cette rémission ne peut être si grande^ quelle dispense entit'rement du précepte divin de la pénitence. Dieu a donné à (^Eglise la /oculté de la diminuer un peu^ et en conséquence de délier le pécheur de iobligation rigoureuse d'une partie de la pénitence^ mais il ne lui a jamais donné la faculté de l'en dispenser tout à fait.
ici vous Gxez deux points très-importants : le premier, que h [Pénitence dont l'Eglise dispense par les indulgences est une pénitence due par précepte divin à la faute et qui est
mon parti. Ecoutez bien
De quel précepte divin parlez-vous ici ? ce n'est sûrement pas du précepte divin de la |)éutlence en général, qui embrasse, selon le co icile do Trente (sess. 14, can. h), trois par* lies, savoir, la contrition, la coni'ession et la satisfaction; car Tbi^lise ne peut dispensiT de la pénitence en |;énéral, vu la sentence de Jésus-Christ : Si pœnstentiam non eomlts, om' sus similiter peribitis {Luc. sliii, 5). Vous voulez donc parler du précepte divin d'une partie de la pénitence, qui est la satisfaction; en un mot, vous voulez dire que TE^Iise peut relAellre une partie de la satisfaction due par précepte divin à la faute. Maintenant je vous demande : Que renferme ce préceiUe divm de satisfaire pour la faute commise? le voici :
n iNTRODOcnoN. n
de faire pénitence de la faute commise en celte vie ou en Tautre, obligation qui reste au pécheur même après la contrition, la confession et Tabsolution, qui remet la peine éternelle, mais laisse une peine temporelle h payer en cette vie» ou en l'autre en purgatoire : Xeatus pœnœ temporcûis exsolvenaœ vel in hoc êœculo velin futur o inpurgatorio {Conc. Trid.^ sess. VI, cap. Â)). C*est là Tunique paKie du précepte divin de la pénitence dont rEglise peut accorder quelque dispense, puis(^ae vous devez sans doute convenir qu'elle ne peut di.spenser, ni entièrement, ni en partie, de la contrition et de la confession, parties essentielles de h pénitence.
Maintenant rappelons-nous tout ce qui a été dit, et formons-en un argument serré, L^Eglise, de votre aveu, peut dispenser d'une partie de la pénitence due à la faute far précepte divin: mais le précepte divin est de faire pénitence de la faute ou en cette vie ou on purgatoire. Je voudrais savoir ce oue vous pourriez répondre à cet argument ? Hais dès que vous raccordez, tout votre système croule; car alors il n'est donc plus vrai que l'Eglise
m «^Q.a«9^/ ■• W • *» »»*»J* ^^kSV/ m.%M ^■^^amm^f -^^m^im-s^ '^■««•••■r a^^ «vm «^<B«'VB>«^«M«y ••>>.• axr '«...«i» ^...>>a ^^m»m.m-^ir %« «marais «^«i/a.^rf U «A \^ t
doit à Dieu dans le for intérieur. Ainsi, même selon vous, celui qui gagne cette indulgeneo de l'Eglise, est délivré du moins en partie au tribunal de Dieu de la pénitence de cette vie, et en conséquence de celle du purgatoire. S'il n'était pas ainsi délivré, vous voyez qu'il serait bien ridicule que l'Eglise pût dispenser le nécheur d'une partie de la pénitence due par précepte divin A la faute^ et aue malgré cela le pécheur demeurât obligé dans le for intérieur à exécuter entièrement fa pénitence due par précepte divin. Ce serait une autorité contradictoire dans l'Eglise, parce que ce serait une autorité de dispenser et de ne pas dîspensertont ensemble.
La seconde proposition que vous avancez dans votre analyse, c*est que cette rémission se fait en vertu de rautorité conférée par Jésus-Christ à VEglise, N^oublioiis pas que la rémission mentionnée est, selon vous, la rémssion d'une partie de la pénitence due par précepte divin à la faute. Vous dites donc aue cette autorité de dispenser en partie de la penitent^f'. due par précepte divin, a été conférée par Jésus-Christ h VEglise. Ou le lisez-vous? Belle demande I Où f dans saint Matthieu, chapitre :xviii : Quœcunque alUgnveritis super terram erunt ligata et in cœlo, et quœcunque solveritis super terram erunt soluta et in cœlo (Voy. le Traité cité ^ n. 1, 2, 3). Très-bien: je n'ai rien à répliquer contre vous. Mais il faut maintenant que vous m'accordiez un autre point, et vous voudriez féviter, parce qu'il vous porte un coup mortel. Voici quel est ce point : le quœcunque solveritis de ce passage ne se rapporte pas seulement à ce qui est lié par FEglise, mais aussi à ce qui a été lié de Dieu. Je le prouve avec ce que vous avez vous-même mis dans mes mains. La peine dont l'Eglise peut lier, c'est la peine de précepte ecclésiastique, et en conséquence la faculté ex* primée par cet alligaveritîs ; c'est, selon vous, d'imposer au pécheur une peine ecclésiastique, qui le lie véritablement aussi devant Dieu. L'Eglise a donc l'autorité de délier de la peine ({u'elle-mème a imposée au pécheur, et le solveritis exprime cette autorité. C'est hien, mais ce n'est pas assez; car, selon vous, l'Eglise n'a pas seulement la faculté de dis*^ (yenser de la peine due par pur précepte ecclésiastique, mais aussi dd la \mne due par précepte divin. Donc le solveritis ne se rapporte pas seulement à ce qui est lié par précepte c'cclésiastique, mais aussi à ce ({ui est lié par précepte divin. Il faut donc que vous conveniez avec moi que le solveritis a une acception plus étendue que Migaveritis^ et vous commenceriez h paraître entêté si vous ne vouliez pas accepter les pactes de rallianco que je suis prêt à faire avec vous.
Il vous manque encore une petite chose pour vous soumettre à l'obéissance totale de mon fKirti raisonnable; et il faudra que vous me l'accordiez aussi. Nous avons vu que, m^me de votre aveu, l'autorité de délier, donnée parJésus-Christ à l'Eglise, n'est pas de (îélier seulement de la peine due par précepte ecclésiastique, mais aussi de la peine due par précepte divin; que cette autorité est exprimée dans le quœcunque solveritis du dixliuitième chapitre de saint Matthieu. Mais pourquoi voulez-vous ensuite soutenir que la faculté de l'Eglise ne s'étend pas à dispenser entièrement de cette peine, mais bien à en ùter au pécheur l'obligation d une partie? La faculté est exprimée aans le quœcunque solveritis. Le quœcunque solveritis n'exclut aucun péché, ni aucune peine. De quel droit voulez-vous donc exclure ou restreindre? Nihil excipitur ubi distinguitur nihil. C'est un mot de saint Bernard [de Consid,^ I. ii, c. 8) que je vous ai rapporté plus haut, qu'il a dit au sujet de l'autorité universelle donnée par Jésus-Christ à saint Pierre dans le célèbre pas- ^ge: Pasce oves meus; et ce mot, nous pouvons exactement l'appliquer au quœcunque solveritis que nous avons dans les mains. Allons, soyez un peu plus doux envers les pécheurs, puis<|ue Jésus-Christ vous en donne l'exemple. S'il leur prodigue toute sa miséricorde, eu donnant à l'Eglise une ample autorité pour leur avantage, ne soyez pas assez* cruel pour vouloir forger une interprétation sévère et S^ns fondement qui ûte h l'Eglise cette autorité ei AUX péiiiieots cet encouragement.
Mais je ne comprends pas comment vous pouvez trouver excessive la faculté de l'Eglise de remettre par l'indulgence la peine du for intérieur, puis(]ue vous lui en voulez donner une autre plus grande q[u'elle n'a pas eue et qu'elle n'a jamais exercée depuis tant de siècles qu'elle existe. Vous lui donnez la faculté de dispenser les pécheurs de la pratique des
DlCTI0?i.S. DES IlVDVLGBIfCES. 3
moyens nécessaires h U conrersion. Quello eiiravagante indulgonce est culle-U ! a4 elle jamais été inventée dans les siècles de la plus profonae ignorance ? Oiie fait doM i'iiubi/gence (Trailé ctt^, n. 24Ô) accordée à celui qui est encore en péché? Je réponds en peu de moisi Bile pardonne^ en veriude Vauiorièé de Jésus-Ckrist accordée à t Église^ une partie de la pénitence qu'on devtait faire^ pour obtenir de Dieu la grâce de la conversion, {^uy a4Al éà eefa d'absurde et t irrégulier 1
Je réponds en peu dé mots : Une srandé absurdité et une irréoularité exiraTagante. <}liànd l*Ë^isè &-(-eIIé reçu de Jésus-Cririst Tautorilé dé dispenser oe la pénitence nécessaire pour se convertir? Citez-moi un texie de TEvançile, une autorité d*un l^ère»d*«ii Concile, d^ub Papoi un exemple de Thistnire ecclésiastique, citez-le, si vous le pouvez, fji justiflcatlon du pécheur est gratuite, dit le concile de Trente (sess* ti, eap. 6}» parée que ni là ibi« ni les ôBui'rès qui là précèdent ne méritent de justice cette grAce.
Mais les œuVrés de pénitence qu*on fait avant lajustibcation sont une disposition nécessaire l^ui' robténir^ quoiqu'elles doivent être excitées et aidées par cette même grAce. Ces œuvres de f»éi^ilence sont surtout la haine et la détestation du péché. Ainsi, dil encore le condile de Trente (sess. vi4 cap. 6): Disfonwntur autem ad ipsam Justiliam^ dum excitaêi
diirihà gt(ttia et a^utt hioveniur àdversus peccata per odium tdtquod et éUteataêionêMf
Aoc èsi, pèt eùm pc^iteniiàm guam ante baptismum agi oportet. Ainsi, selon vous, l^lise « reçtl d^ïéSuS-Chrisl Tautonté de dispenser d'une partie délahaiiie et dé la détestation du péché, qui est là pénitence nécessaire pour se couveiti^. Qu*y a-t-il en cela d^absunJo et a*ir^égUlIer? Rien du tou(. Je m^étônne seulement que vous ayea découvert une tello autorité daùs TEVangile, et je serais très-curieux de savoir ùù, est consignée cette nouvelle doctrine, kyet la bonté de me donner encore un autre éctaircissemem. Cet(e pénitence* cette haine du péché, dont TE^lisè peut dispenser en partie, est-ce pour le ibr intérieur ou extérieur? Je Yeux dire : TEglise peut-elle dispenser de faire Tacte de contrition de boucbc •ou de cxÊûti Je voudrais qiie vous m'apprissiez jusqù*oi!l A'étend cette autorité. Mais, en attendant, ne voyez-vous paA qu'il vous faut, bon gré mal gfé, vous rendre sans délai à notre parti. Si vous accordez à TEglise l'autorité d'absoudre d'une paHie de ta pénitence nécessaire h la conversion pour le for intérieur, èomment pOuvez-vous trouver oe la ditticuUé A ce qu'elle absolve d une partie de la pénitence du for intérieur nécessaire après la ^nvèr^ioÉr?
Vous rét)oAdrèz quû tous n^avez pas Vôulii dire qiiè l'Eglise puisse dispenser le pécheur de lA pénlteAce du coéUf, mais seulement de la pénitence extérieure et des œuvres pénales éfù*o4i éic^ait Âkirè pour obtenir de Dieu la ardce de la conversion. Je (rôuve encore dans cette proposition uùe grande irrégularité. Vous nous donnez Sur les indulgences une doc* trinè nouvelle que persohOe n'a jamais imaginée. QuaOd l'Eglise a-t-elle exercé celte autorifè, ou quAnd a-t-ellô Chi TAvoirt Elle accorde les indulgences Au pécheur converti, et -c'e^t très-tlttle pour suppléer A la grande difficulté de SAtisfaire entièrement la peine lenipofôlle due A ses fauteA, et aussi pour encourager les autres pécheurs A se convertir. Ce* fietidanl, v6ds et Vos mattrèA, Accusez ces indulgences d'être une des principales causes du relAcnetiiebt de la disdpline. Hais né serait-de pas une source plus véritaole de relAcbcment et de faussé Confiance pour les péchêui*8. Ai Tj^li^e leA dispensait d'tma partie de la péniteHce quHls devraient faire pour obtenir de Dieu la éonverâionf Je voudrais bim ijue TOUS tn'appfls^iez où vOus avez lu que Jésus-Christ Ait accordé A TE^Iise oetlo auloHtd.
AhanddAnèA dond Luther, qui disait, comme nous l'avohs vu, que les trésors de tÊglise met leêâiMê le Pape donne les indulgences^ ne sont pas les mérites de Jésus-Ckrisi et des saints. Passez de lA sous les étendards de TEglise romaine, de saint Thomas, de saint B<h> haventtlriB, de tous les théologiens orthodoxes, et dites avec eux que les trésors de VEatise avec lesoueli le Pape donne léè indulge^es^ sont les mérites de Jfesus-Christ et des sanUs, Avec cela, faites Attention quô dette proposition sullit pour uii catholique, mais je ne la crois pas sûfQsAnte pour un philosophe. Le catholique dit assez, en déclarant qu'elles sontf le philosophe, en raisonhant, va plus loin, et dit qu'elles doivent être. Je voila le prouve.
Jésus-Christ a donné A saint Pierre et A l'Eglise le pouvoir de remettre ta peine temporelle do péché, même dans le for intérieur. Telle est la proposition que nous avonA prouvée jusqu'ici. Je dis que de cette pretnière proposition descend presque nécessairemeol la seconde. En eilfet, écoute! : il est bien Vrai que Jésus-Christ a donné à son Eglise te pou*
complète (S. TAdm., p. m, q. A6, art. 8 ad 3); mais nous savons aussi qu*eo réalité et Ion la loi ordinaire Dieu n'a pas voulu sauver l'homme sans uue satisfaction adéquate aux droits de sA justice offensée. Mous savons que d'est pour cela qu'il a envoyé sur là terre son divin Fi&, afln que par ses mérites et ses AAtisfactions d'une valeur infinie il devint une vraie propitiation pour nos péchés. Ainsi, tout pouvoir donné A l'Eglise, toute l^miesion du pénhé, ti^ Sa valeur et son efficacité dès mérites et des satisiSactiona de Jéaua-Cbriat ^. nom., p. m, q.4d,Art. 1,9 et A, et q.62,art.&.rénc. 7Vid.,sess, vi, c. 8, et sess. xir, e.t). Fersotine, parmi tes théologiens, ni parmi les datholiques, ne doute de cette Vérité; et veut
n ÏXTROMCTlO^i. 7S
Îui roulez être Tan el Taatre, tous ne pouvez me fAîre aucune difficulté sur ce^ point. Fais à présent, sur cette Térité j'établis un argument qui, diaprés ce que j*ai dit et que vous m^âfez accordé, me semble tout à fatt inexpugnable. Oi ne pardonne h riîotnme aucune peine sans une satisfaction entière à la justice divine. Mais les œuvres enjointes dans le^ indulgences ne sont pas ordinairement, par elles-mêmes, une satisfaction entière à la juslice divine. Donc, pour obtenir leur effet, elles ont besoin d'un trésor qui leur donne le complément, et ce trésor ne peut élre autre que celui des mérites et des satisfactions de Jésus^hrist. auxquelles on peut unir aussi celles des saints. Je p ose que c'est évident pour un théologien qui raisonne conséquemment à ses principes.
Donnons-lui encore un nouveau degré de force, par une réflexion très-juste du cartlnal Gaétan, que nous aurons occasion de rapporter au long. Pour obtenir la rémission des péchés « comme nous Tavons déjà dit, soit quant à la coul[)e, soit quant à la peine, dans le sacrement, il faut un trésor, comme par exemple celui des mérites de la passion de Jésus>Christ acceptés par la justice divine. Il faut donc, à plus forte raison, un semblable trésor pour obtenir la rémission de la seule peine temporelle par le moyen des indulgences. Cette conséquence devient par elle-même évidente, puisque tout persuatîe que Si la divine Proviilence a voulu que les peines de lésus-Ghrist fussent comptées pour remettre la peine des pécheurs qui se soumettent au poids des sacrements, elle aura voulu, h plus forte raison> que Ton comptât ces peines pour le pardon qu'on donne dans les indul^ genees; puisqu'il est beaucoup plus aisé de se soumettre aux obligations des indulgences, que de se soumettre aux obligations des sacrements. Il faut donc qu'il y ait un trésor l)0ur refHcacité des indiilgences comme pour celle des sacrements.
Mais d'après cela, la conséquence immédiate est que la faculté de dispenser pleinement «0 ti*ésor est dans les mains du chef de l'Eglise, et de l'Eglise unie à son chef. Voici un autre argumefA : lésus-Ghrist a donné à Pierre età TEglise le plein pouvoir de pardonner lapeine temporelle dans le for intérieur. Nous l'avons prouvé. La peine temporelle du for intérieur n'est pas remise par les indulgences sans rapplication des satisfactions de Jésus-Christ. Nous l'avons aussi prouvé. Donc Jésus-Christ doit avoir donné aussi à Pierre et à l'Eglise l'autorité d^apptiquer dans les indulgences ses satisfiictions. Je le prouve.
Si lésu»-Cfarist n'avait pas donné à Pierre et à TEglise l'autorité d'appliquer ses satisfactions, ît s'ensuivrait que dans les indulgences on pardonnerait au pécheur la peine, sans nm satisfaction adéquate à la justice divine. Mais c'est une absurdité, comme nous Tavqns moBlré, contraire h la loi ordinaira de la providence actuelle. Donc, pour éviter cette absurdité, il liiut nécessairement accorder que Jésus-Christ a donné à Pierre et à l'Eglise lô trésor de ses satisfactions, avec lesquelles on pût payer dans les indulgences tous les droits dus è la justice divine. Voyez-vous comment un philosophe enchaîne une vérité avec l'autre ; «t, sans ostentation, mais avec fermeté, emprisonne son adversaire 7
Il reste néanmoins encore un anneau à attacher à cette chaîne ; remarquez-le : car de tout ce que nous avons dit, il résulte aue l'indulgence est un acte de Juridiction par leguel et Ton paye et Ton absout. On paye à la justice divine tous ses droits avec les satisfactions de Jésus-Christ, dont le Pape et l'Eglise, unie au Pape, sont les dispensateurs universels. Et qtiand ces droits sont payés, on absout le coupable de la peine dans le for intérieur, en vertu de la puissance conférée par Jésus-Christ À Pierre et h l'Eglise : Quodcunque $ol^ r^rîrû, etc. Ainsi, Tindulgence devient tout ensembie un acte de justice et de miséricorde: de justice, par le payement adéquat qu'on fait h Dieu pour ses droits; de miséricorde, par Tapplication gratuite qu'on fait au pénitent des satisfactions de Jésus-Christ.
Tout l'ordre et la progression du pardon de la peine que Dieu accorde au pécheur est admirable dans cette série de choses ; je vais en peu de mots le mettre sous les ,yeux. Dieu pardonne d'abord la peine éternelle, en vertu des actes du pénitent unis è la satisfaction de Jésus-Christ, mais en se réservant contre le pécheur le crédit d*une longue et pleine pénitence temporelle. Dieu remet une partie de cette longue et pleine pénitence tempon Ho par la satisfaction sacramentelle et par l'absolution sacerdotaiCt en vertu de la puissance de Tordre accordée à tous les prêtres. Enfin, la partie qui reste est encore diminuée par les œuvres enjointes dans les indulgences, et les mérites de Jésus-Christ et des saints appliqués en veriQ de la pu ssance de juridiction accordée au Pape et è l'Eglise satisfont pour le reste. Tous les droits de Dieu sont saufs. La miséricorde divine y éclate. Le pénitent y porte le poids de ses péchés, mais proportionné à ses forces. Jésus-Christ voit employé de plusieurs manières le prix de son sang à Tavantage de Thomme, pour lequel il 1^ répandu. L'Eglise y exerce toute sa puissance pour le soulagement et le salut de ses enfants.
Mais vous dites : « Les mérites infinis de Jésus-Christ ( Traité hist. du indulg.^ n. 82 ) et la satisfaction abondante qu'il a offerte pour nos fautes, sont un trésor immense qu'il a donné à son Eglise, et en vertu duquel il lui a mérité la rénovation et la délivrance : c'est là un dogme Ms-certain. Les çrflces et les sacrements sont partie et effet de ce trésor, et c'est par sa vertu que fut conféré à l'Eglise le pouvoir de lier et de délier, et qu'il lui fut promis que la juste sentence qu'elle aurait proférée sur la terre serait confirmée dans le ciel... La seule satisfaction de Jésus-Christ est le trésor que dispense l'Eglise dans tous ses rites, ses |K>uvoirs et ses sacrements. »
Esl-il possible que vous n'aperceviez pas l'ambiguïté, l'inexactitude, l'obscurité de cette
19 l^i^TH0DUCT10N. 89
uiaiiiàre de {>arier ? Ifj mériiês infinis de Jésus^Christ et la satisfaetion abondanie t Quand on veut donner une doctrine pour le commun des ignorants, comme vous leiaites» il ne faut );as bire nattre de doute dans leur esprit. LHgnorant s*élonne donc que tous appeliez dans une mflme piirase les mérites de Jésus-Cbrist infinis^ et sa satisfaction seulement abondanie. Mais quoi! les satisfactions de Jésus-Christ ne sont-elles pas aussi d'une v^ileur iuGnic? Oui, sûrement. Pourquoi-donc cette op)»osition d^intini et d'abondant ? Du moins, du moins^ anpelez-la eurabondanie ; c*esi là undogme Irts-ceriain, Ubi autem abundavii -delictum^ super-aoundavit gratia (Rom. v, 20 ) ; et un peu plus iiaut : Non sicut delicium^ ita et donum ; si enim unius delicto muiti morlai sunt^ multo m agis graiia Deisi donum in gralia unius homnis Jesu Chrisii in plures abundavit (Ibid., 15).
. Les grâces et les sacrements sont partie H effet de ce trésor. Je ne comprends pas bien ce langage. Je sais que Jésus-Christ a institue les sept sacrements. (Conc, Trm., sess. vu, can. I, sess. xiiv» de sac. nuUr,) Je sais (^ue Jésus-Cnrist par sa passion nous a mérité la grâce qui se confère daus les sacrements (Conc. Trid., sess. vi, cap. 7 et cap. 16, et sess, xxiv, ae sac. matr.); que par sa rédemption il a mérité la justification de Timpie ( ibtd., sess. vi i;np. 6 ), et enfin, qu'il est la cause méritoire de la grâce, ayant satisfait pour nous à son divin Père sur la croit ( /ôtc/., sess. vi, cap. 7). Je sais que ces mérites de Jésus-Christ bien administrés dans les sacrements, s'appliquent à'ceux qui ont les dispositions nécessaires pour en recevoir le fruit (Ibid. , sess. v, dccr. de peccato origin ). Ainsi les mérites Ht les satisfactions de Jésus-Christ sont ap[>elés cause méritoire de lu grâce donnée dans les sacremenis, et l'on peut dire avec justesse que la grâce des sacrements est l'effet dea mérites de lésus-Christ. Mais ce sera toujours une manière de [xirler impropre, inexacte et indéfinie que d'appeler aussi les grâces et les sacrements partie du trésor des mérites et des satisfactions de Jésus-Christ; comme si les grâces et les sacrements étaient une portion du trésor qui se ti:ansmet dans l'âme du chrétien, en confondant par Jà toutes les idées justes que nous. avons de la grâce et des sacrements, ou du moins tous les termes propres a exposer avec clarté aux savants et aux ignorants les points les plus essentiels cie notre dogme.
Mais ce que vous ajoutez est bien pire : La seule satisfaction de Jésus-Christ est h trésor que l'Eglise dispense dans tous ses rites, ses pouvoirs ei ses sacrements. Vous avez dit un peu plus haut que les mérites et les satisiaciions de Jésus-Christ sont la cause méritoire de la faculté conférée à l'Eglise de lier et de délier. Mais comme vous n'admettez i:ttle puissance de lier et de délier que pour le for extérieur, et non pour Tintérieur, je ne 4)r»mprends pas maintenant comment vous dites que l'Ëglise dispense la satisfaction de Jésus-Christ dans tous ses pouvoirs. Pour parler plus exactement, vous deviez dire, non dans tous ses pouvoirs, mais dans l'exercice de tous ses pouvoirs.
Je voudrais encore que vous m'éclairassiez sur ce que je vais ajouter : quel besoin y Ji't-il que l'H^lise dispense le trésor de la satisfaction de Jésus-Chri^t en exerçant la jaeuUé de délier de la pénitence canonique, et en accordant Tindulgeuce, si cette indulgence n'est à vos yeux que purement extérieure et qu'un objet uniquement politique? J/application des satisfactions de Jésus-Christ se fait pour payer les dettes dues à la justice divine, qui ne peut recevoir de l'homme une compensation proportionnée, comme nous l'avons vu, sans le payement de ces satisfactions. Mais pour payer les dettes dues à la. justice ecclésiastique, il n'est s&rement pas besoin de l'apiilication de satisfactions qui aient une valeur infinie, et vous ne me prouverez iamais cette nécessité. D'ailleurs, il est bien convenable que les satisfactions de Jésus-Christ soient offertes à son divin Père, auquel il s'est lui-même immolé comme victime sur l'autel de la croix. Mais je n'ai jamais entendu dire que les satisfactions de Jésus-Christ se doivent offrir à l'Eglise, ou que Jésus-Christ ^oit mort pour satisfaire à la iustice ecclésiastique. Par quel motif donc dans voire système, accordez-vous à l'Eglise la dispensation du trésor daus l'exercice do ses facultés et spécialement pour les indulgences? Mais la vérité est que vous combattez ici contre vous-même. En etTet, si PEglise dispense le trésor des satisfactions de Jésus- Christ dans tous ses rites et ses. pouvoirs^ l'Eglise peut donc appliquer le trésor des satis* factions de Jésus-Christ à qui elle veut. Si elle peut rappliquer, elle peut donc donner h un chrétien la manière de payer ses dettes envers Dieu, et d'acquitter ainsi la peine temporelle qui lui est due; elle peut accorder l'indulgence, même pour le for intérieur. Enfin, je ne comprends plus rien : tantôt vous niez, tantôt vous accordez; vous établissez quelques propositions justes, et vous rejetez li^s conséquences qui en résultent nécessairement. •
Après avoir prouvé que le trésor de l'Eslise avec lequel le Pape donne les indulgences doit Atre le trésor des mérites et des satisfactions de Jesus-Cljrist ; a^rès avoir prouvé que raisonnablement vous devez vous-même v consentir, je passe k vous montrer comment il ca est effectivement ainsi. Et pour marcner avec ordre et avec clarté , j'établis ces deux propositions :.la première, qu'il y a dans l'Eglise un trésor composé des satisfactions de Jésus-Cbrist et des saints ; la seconde, que la faculté de dispenser pleinement ce trésor est daua les mains du chef de l'Egl.se et de l'Eglise unie à soi chef. En développant ces deux propositions, et après les avoir développées, je devrai nécessairement détruire quelques-unes de vos idées et réfuter vos objections. Commençons par la première, c'està-dire j)«r l'existence de ce trésor dans l'Eglise, par rapport aux satisfactions de Jésus*
8T Introduction: sî
Christ. Personne n*ignorc ces deux vérités incontestables, savoir, que Jésus-Christ a pris la nature humaine, aun de racheter Thomme, et de satisfaire pour lui à son divin Père enparfaite justice; do plus, que toutes les peines souffertes par Jésus-Christ, è cause dé l'union h^postatique du Verbe, furent d*une valeur infinie, et en conséquence capables* de satisfaire pour les péchés, non-seulement de tout le monde, mais encore de mille autres mondes, s'ils existaient. Il est également certain que,quoique Jésus-Christ ait satisfait pour les péchés de tous les hommes, par un prix d'une valeur infinie ( Conc: IVid., soss. VI, cap. 3), néanmoins ses satisfactions ne sont pas appliquées à tous, parce que tous n'usent pas d^s moyens qui ont été institués par J5sus-Cnrist pour obtenir rapptication at le fruit de ses satisfactions. Ainsi il est clair oue, soit' par rapport à la valeur inûnie de SCS satisfactions qui ne peut jamais être épuisée, soit par rapport au nombre de celtbsdont rap()lication n'a pas été faite aux hommes rebelles, il reste à Jésus-Christ un trésor, pour ainsi dire, de satisfactions d'une valeur infinie, capables de racheter par elles seules un nouveau monde. Or, ce trésor de Jésus-Christ appartient aussi à l'Eglise; c'est ma seconde assertion. Je le prouve. Jésus-Christ, par rapport à 1 Eglise, aies trois qualités de Père, d'époux' et de chef» et d'après ces trois qualités, le trésor de Jésus-Christ est aussi le trésor de, l^glise. Comme père, il est en quelque sorte obligé d'amasser des richesses, non pour lui-même, mais pour ses enfants, parce que, dit saint Ptiul (1), ce ne sont pas les enrants qui doivent acc|uérir des trésors {)Our leurs pères, mais lespèrespour leurs enfants : Non cnim debent filn parentibus IhesaurizarCf sed parentes filiis (n Cor, xir, Ih ). Comme époux, il a aimé son Eglise, et s'est donné Jui-mème pour eire : viri^ diligUe uxores vestras^ sicut et Christus dilexit Ecdesiam^, et seipsum tradidit pro ea ( Eph. v, 25 ). Maintenant encore il la nourrit et la conserve : Nemo enim unqiuim camem 9udm odio habuit:, scd nutrit et fovet eami eicut et ChriHus Ecclesiam [Ephes. v, SO*^); et. en conséc[uence, à cause de la communication de biens qui existe entre l'époux et l'épouse qui s'aiment, ce qui est h Jésus-Christ est aussi à l'Eglise.Maistoutcela se vérifie bien davantage, en considérant Jésus- Christ comme chef' de l'Eglise, et TEglise comme corps de Jésus-Christ. Nous trouvons toutts cette comparaison dans saint Paul.
Le Père étemel, dit l'Apôtre, a donné son divin Fils pour chef de toute l'Eglise, et a fait que FEglise devînt corps de Jésus-Christ : Et ip$um dedit caput supra omnem Ecclesiam^ quœ est corpus ipsius ; et plenitudo ejus qui omnia in omnibus aaimpletur. {Eph, 1, 22, 23. ) Or, ce rapport de chef et démembre, cette union de plusieurs membres dans le corps de Jésus- Christ , fait, comme l'ajoute dans un autre lieu le m Ame apôtre , que la peine d'un membre est commune à tous les autres, et que la gloire d'un membre devient aussi la gloire de tous les autres. Et si quid patitur unum membrum^ compatiuntur omnia membra ; sive çloriatur unum membrum^ congaudent omnia membra. Vos autem estis corpus Christt^ et membra de membro (/ Cor. xii, 26, 27). Ainsi ce qui est au chef est aussi aux autres membres, parce que tous les membres forment un seul corns, quoiqu'ils soient en grand nombre : Sicut enim corpus unum est , et membra habet thutta ; omnta autem membra corporis eum sintmulta^ unum tamen corpus sunt : ita et Christus [ICor. xir, 12). En consé- '{uence,disMe, le trésor du chef, c'est-à-dire, de Jésus-Christ, devient aussi le trésor du corps, c'est-lkdire de TEgltse. On peut donc dire réellement que le trésor des satisfactions de Jésus-Christ est un trésor de TEglise, à cause de l'union de ce corps à ce chef.
Mais il faut maintenant ajouter aussi à ce trésor les satisfactions des saints. C'est là ce qui vous déplaît le plus, et cependant ie ne vois pas pourquoi. Tout dépend de Hier un iK)intqui, a mon avis, est incontestable. Le voici : dans toute œuvre pénale faite par rhomme ^ste, il jr a deux objets, l'un de mérite, l'autre de satisfaction ; de sorte que rhomme juste ^ en jeûnant, par exemple, pour ses péchés, satisfait réellement à la peine, et mérite une augmentation de gloire dans l'autre vie. Comment voulez-vou^ nier cette proposition? Voudriez- vous nier que toute œuvre pénale faite en état de grâce satisfasse à JOieu pour la peine temporelle? non, parce que vous ôteriez tout l'effet de la pénitence , et d'ailleurs le saint concile de Trente (sess. xiv, c. 8, 9, et can. 13) a expressément décidé qne, par les œuvres pénales, on obtient la rémission de la peine dans le for intérieur. Voulez-vous donc nier que cette œuvre pénale puisse en même temps être méritoire de la Tîe étemelle? Mais vous ne le pouvez, puisque toute bonne œuvre formée par la charité et exécutée volontairement mérite l'augmentation de la grâce et de la gloire. [Conc, Trid.f sess. ri, cap. 16, et can. 23, 26,32.) Or, l'œuvre pénale dont nous parlons, c'est une bonne œuvre, libre, qui a pour racine la charité. Pourauoi donc cette œuvre ne peut-elle fias être en même temps satisfactoire et méritoire? Quelie contradiction, quelle absurdité trouvez-vous dans cette société de mérite et de satisfaction ?
Nous en avons un exemple irrécusable dans J^sus-Christ , qui, selon le dogme de notre foi • par sa passion a satisfait pour nous et a mérité pour luirmême l'exaltation dans le royaume des cieux {Phil. ii, 9). Vous me direz : Jésus-Christ était Jésus-Christ, il était Fils de Dieu. Quelle comparaison y a-t-il entre lui et nous ? 11 ne peut y avoir de compa* raisoB entre lui et nous quant à la valeur des œuvres , qui furent d'un mérite et d'une. safcfsfacHofi infinie, parce aue ce sont les œuvres d'une personne divine, tandis que les nôtres ne peuvent avoir qu «né valeur finie et limitée , parce que ce sont des éeuvrcs pure-
0)'^9y, diap. 3.
$3 rNTROtWGTION. SI
ment humaines. Hais petir qu'une œuvre soit touiè la fois mériloire-et salisfaotoire , if D*est pas nécessaire que le SMJet soil divin ,. parce que cela 'ne dépend que des différentes conditions de Fcduvre; cela n'importe que deux différents effets, et tout cela peut être combiné dans Tœuvre d^une personne humaine.
Il me semble que le concile de Trente fait encore allusion kcela-, quand il dil(sess. xir, cap. 8) : «n faut ajouter è cela que» tandis gu'en satisfaisant nous souffrons pour les péchés, nous devenons conforcties à Jésus-Christ api a satisfait pour nos péchés, de qui ùous avons toute notre suffisance» avant encore parla un gage certain gue si nous souffrons ajrec lui, nous serons glorifiés avec lui. » Or* Jésus^Christ par sa passion non-seulement s satisfait pour nos péchés , mais encore a mérité pour lui-môme l'exaltation dans les cieux. Nous méritons doue av^st, par nos satisbctions , le pardon de nos fautes et une augmentation de gloire. Et en effet, remarquez que le concile conclut que , si nous souffrons avec lui , nous serons glorifiés avec lui. Or, la gloire est réservée non è la satisfaction , mais au mérite de Vœuvre. Donc nos souffrances sont en même temps satisiactoires et xnéritoires.
J^ajonte encore que, met vena^ les bonnes œuvres méritoires sont toiyours ou presque toiûours unies à quelque satisfaction. (Suerez, de Socr., disp. 37, sect., n* 6.) £n effet, queHe estla t>ônn» œuvre qui ne soit pas uuié à quelque espèce de pénalité ? Comme toute bonne œuvre est par elle-même contraire aux passions, ainsi elle exige presque naturellemeut de la peine , aes combats et du travail , pour remporter la victoire. En conséquence, comma elle est méritoÎFe par sa bonté intrinsègue, elle devient satisfiictoire par la peine accideotelle qui s'y mêle dans l'exécution. Et if n'importe pas que J'homme vertueux n'/ éprouve quelquefSMs aucune répugnance ; parce que la diminution 4e la peine produite par la promptitude de la volonté ne diminue pas la satisfaction, qu'il laul estimer d'après la nature de l'acte même : autrement les plus vertueux seraient les moins propres k satisfaire» et Jésus-Christ l'aurait été moins que les autres.
Cette opinion me paraît non-seulement probable, comme quelques-uns rappellent, mais très-certame surtout à cause de Tappui du saint concile de Trente ; car le concue^après avoir dit qu'on satisfait à Bieu par les œuvres pénales, après en avoir cité les trois espèces, savoir le XeOoe, la pdère^et l'aumône, ajoute qu'on satisfait aussi par les autres aumres de piité'^ par Lesquelles i) & entendu une chose distinguée des CBUvres pénales, et enfin ce qu'où entend ordinairement par le nom d'œuvres pieuses, c'est-à-dire les bonnes oauvres : Siquis dimeriîvro peecaiis quoadpcmam iemporaUm minime Deo per Ckristi mérita satisfieri pemiê ab eo inflictis^ et patierUer ioleratù^vel a sacerdotêinjhmcliMjSedneque sj>onte stuceitis^ utiejunUs^ orationibuSf eteemosjptis^ vet atiis pietatis opertous.,.^ anatiiema sU. (Can. ii.]
Apirès avoir établi et consolidé ce fondement,Je m élève un peu pku haut et je dis i louXes les bonnes œuvres des saints, et particulièrement les œuvres pénales, ont eu ces différents rapports, «t doivent avoir obtenu ces deux différents effets, savoir la satisfaction,.
ilonnées à Dieu pour la peine temporelle due àleuns péchés.. A. quidonc et i quel effet ont été destinées leurs satisiaclions superflues?
Vous vous scandalisez de moi en m'enlendant dire que plusieurs saints ont satisfait pour la peine temporelle plus que leurs péchés ne Texigeaient, et moi je me scandalise de vous. Eu effet je sais très-bien que personne ne peut par soi-même satisfaice dignement pour la peine due k ses péchés; mais je sais aussi que les œuvres pénales d'Un homme juste satisfont saosdoute dignement et en toute justice à Dieu, soit à cause de la dignité de celui quiks liiiit,.soii à cause de la proportion dol'oBuvre, soit à cause dos satisfactions delésus^Christ d*où elles tirent leur valeur, et enfin parce que Dieu même a promis de les ac-
ûffértes nar lui k son Père^ et par lui sont acceptées de son Père» » (Cotic, Trid.^ sess. xi¥^ vhiK 8w.) aam qui ex nobis tanquam ex nobis nihilpoisumuâ^ eo eooperatUe qui nos confortai^ omsÛM possumus. Ita non habei homo unde glorieiur : sed omnis gloriotio nostra in thristo est^ in ùmo vivimus^ inquo moremur^in quo satisfiuimus^ faeienles firucêus dignos pmnitentim ; qui ex tllo vim habent^ ab iUo offeruOtur Patrie ei per ilbun acceptantur a Pâtre, Après vous avoir montré cette vérité i croire. J'y ajoute une autre vérité de fait, savoir que les saints ont vraiment fah de dignes fruits do j^nitenœ et ont pratiqué un grand nombre d'œuvres pieuses. 11 ont donc payé diamant et en toute justice à Dieu ce qu'ils lui devaient pour leurs Jàutes. Vais leurs Epuits de- pénitence^ Jeur^ œuvres de piété ont ordinairement surliasse leurs dettes. Donc, outre la dette payie à Dieu, il <f ur reste une somme Ue satire- *.îon nu ils peuvent donner aux autres. Je vais le prouver. .
La^toUe da peine temporelle pour iouXe £iute est devant Dieu une dette litniiée at finie. Oè mtme,lâ valeur dés pénitences jbI des œuvres pieuses unies aux mérites et ata saUalaetions de JésusChri6t,Bst aussi detantiDiea d'un eertain fdx déterminti. Cest a&ne véciK incontestable» sôit parce qu^ la pèin^ temporelle iTestquê temporelle, et par conséquent bornée k une certaine quantité, soit parce que le poids des mérites et des satîstactioiis àt
Jésus^Chrisl sufik pour élerer la voleur de nos oravre» «cilisfâciofres k toute la inesitre' iié«fteasaire pour payer k I^ieu nos dettes* Vais que 5*ea5uil-il de là ? il s'ensuit aue pçur Wut» faute il y a devant Dieu une p^ne temporelle fiîéet far êiemplOi éomW 2/ oo^oiDe 6». comme 10; et de même toute péoileDce et toute œtivre de piété a devant lui sa valeur d^ termiaée, par exemple, comme 9, comme 6, comme 10. Donc, si j'ai dans le for intérieur une dette de peine comme 2, et que je fasse une péuilence de la valeur de 6, il est évident quV près avoir payé ma dette de 9, il me reste une valeur de 4» dont je suis en qudoue çoftc e éaneitf au iribun«< de Dieu. Or je dis : Il est certain d*un edté que les fautes des saints ont ordinairement été très^petites ; leur dette devait donc être aussi très-petite, et aura été, pitf «semple, cpmme une dette de 10. Il est certain d'un autre odté que les pénitences ei les bonnes esuvites des saints ont ordinairement été très-nombreuses et très-ednâidéraÛea : donc le prix qu'ils ont payé pour leurs très-fietites fautes a été k proportion très-grâod, et «lira été,.par 4iiBmple,un pris, de 60, do 100, de 1000. Donc (voici la dernière eènsé^uénce), «f>rèt <Mie les saints ont eiipayé leur propre dette comme 10, il leur est resté, pour ainsi dire, k nur cr^t, tout te surplus, jusqu'à S0,k 100, k 1000. Maintenant isette doctrine est si évidente et ai f|iei}e k comprendre, qu'il dut être entêté pour vouloir y élever quelque doute.
Tout cela se vérifie surtout quand on parle des satisfisictiona de la très-eainte Vierge mèro de Dieu. Il est certain, il est môme de I6i (Cône. JWd«, sess« vf, can. M), que cette Vierke t 'ès-»privîlégiép, non-seulement n'a jamais commis aucun péché ^ravcmaia pas même le plus petit péché véniel. Elle n'a donc contracté on vers Dieu aucune dette de peiné temporelle. D'un autre cAté il est irês-eerlain que Marie, outre ses innombrables œuvres de pieté, a été martyre de douleur et d'affliction. Ainsi, par ses œuvres méritoires et par ses œuvres l^énalas, eue a amassé un grand trésor de sstisCactions propres k payer d.es dettes k la divine justice. Elle n'avait pas besoin de ces satisliK^tioQS. A, qui donc sont^elles restées t seraienteileii demeurées inutiles-?
Non, parce que dès que ce trésor existe) comme on ne peut le wer après les preuves que
fue , , les
chrétiens sont ses membres, Jésus-Christ en osi le chef, le Pape est son vicaire sur la 'terre. Ce qui est au corps est aux membres, et ce qui est aux raemores ost au corps. Y a-t-il des satisfactions superflues des maints, c'est^*dit*e, 4es membres ? donc elles r^estent au corps, c'est-k-dire, k TE^ise. De plus e ce qui est au corps est k la disposition du chef et du corps mèeae. Donc les satisfactions superflues des saints sont k Indisposition du. chef vl^le, qui est le Pope, et du corps même qui est l'Eglise. Tout ceift est «enchaîné^ tout est appuyé s«r des propositions déjk prouvées et incontestables pour un chrétien.
VEglitt eii un corps^ les jchrétimê toni sa nun^res : saint Paul: l^nseigoe positivement 1 Cor. &u,.12: Sicyi «ntm corpus unum e$î^ ei fntmèm habeimtdiu^ onmim autfmmenArm cor* poris eum sini mutta^ unum iamtn corpus suni : Ua et Chnitui,.,. Va autsm ( Ibid«, Tl) estis Corpus Chrisii si msÙAra de mesnhro. Et ailleurs (Jtom. xii, k, 5) e â<cu^.entni <n un^ sorpçrs mmUrn msmkrm habsmus, om$èia auiem menAra m^ eumdsm aeiwn htrifentr; Ua «luflc unum corpus lumuf tm Chrisio^ iinguli auiem mlUr alierius membra.
Jésus-Ckriit en e$i le eheff si le Fme est êon ficaire sur la terre. Jo confirme la première partie par l'autorité de l'Apôtre ((f^olose. i, 48) : Ei ipse est capui corporù Eeetssiss; 4a
so^nde est positivement «déttoie par le concile œcuménique ae Florence : DefUumus
ipsum poniijksm flomanum susce^sorem eess beaii Pstri prineipis apostolorutn ^ si.mmrssm Ckristi vicariumf ioiiusgue EccUsim gaput.
Ce qui est auxorpsjtet aux membres^ et ce qui est aiusc membres ai au corps. Wotis trouvons par1(0ut celle doctrine autorisée par saint Paul : Si quid paiiiur umtn msinbrum^ somppiifm* iur mnmia membra [i£or. x'i, 96). Sws §loriaiur unum msnérumf .eangaudssU oimua msm* bta. D'ailleurs, que nous propose k croire l'article delà communion des tafriù, sinon ia ptrticîpilion qu'ont tous les fidèles dans le$ biens de TEçlise ?
Les applieatious ot les cxmséquences qui suivent siont bien naturelles et bien légitimes; ei si <vous doutiez encore de la puissance du c^ef visible sur le corp^, c'est-k^re du Pape sur l*Eglise, lisez ^le reste dé la aéfinition du concile de Florence, qui décide de plus : Ipsi in bsoio Peiro jMUCMMb', regendi ei j^âbemandi usùversalem Eçctssi^m a Bo^no nosêro /au Ckrisio plenam poUsiaism iradUam esee. Mais ce qu'il faut encore que vous compreniez , c*àNit qnrun cb« qui a Ja pleine puissance de pattre, de régir ot de gouverner uà corps, a, en oonséqtience, le pouvoir de oiaposer des biens superflus des membres unis k se eorps. Le Pape est le chef ae l*£glise, st a &iir l'Eglise la pleune puissance de la paître, de la r^ir ei de la gouverner; 11 a. donc la puissance de dis|io6çr des satisfactions superflues dos saints qui sent membres de cette Eglise. Je voudrais bien voir une conséquence qui dèt étJtt aux yotix 4'un salholique plus claire que celle-lk.
Mais j'entends que vous me demandoz avec une espèce de mépris : A quoi servent ces satisfactions des saints? Celles de Jésus-Chiùst ne sufiisent dom pas? >&ttendez, le vais aussi vous ikire une demi^odeisemblaUe : A^quoi sert toui le &ang réfiapdu par UsostChrist pour le salui des booDuaes f Une sfMile goutte de ce sang fr^ciêut ne suHsait'^lle pas pour cf^tOsL^ Oui , cHe Sttfiisait ; mais si , par lU>énoUiéy il a voulu que neftre rédemptfon fût
87 INTRODIJCIION. m
suraboDdante* qui peut le reprendre de sa générosité? Les satisfactions de Jé&us-Ghrisi* sont donc suffisantes et plus que suffisantes pour payer nos dettes de peine temporelle envers Dieu. Mais si les satisfactions des saints sonf aussi dans le trésor de l*£giise, quel inconvénient y a*t-il que TEelise les offre aussi h Dieu en paiement de nos dettes?
La doctrine de FEgUse catholique est donc (Suarez, de Pœniê,^ disp. L^ sect. 3, eonck 3, n. ih)^ que le trésor de rEglise^ comme composé des satisfactions des saints» n*est pas simplement nécessaire pour la concession des indulgences et pour leur plein effet ; que îe^ satisfactions de Jésus-Cbrist suffisent pour cela : mais puisque les satisfactions des saints se trouvent aussi dans le trésor^ c*e$t aussi en vertu de ces satisfactions qu'on accorde les indulgences et la rémission de la peine» afin qu'elles ne restent pas inutiles ; car c'est nonseulement très-honorable pour les saints,' mais encore très-glorieux pour Ié8ua-Ghrist>! duquel les satisfactions des saints tirent leur valeur. «
Maintenant» venez me faire des objections tant que vous voudrez. Vraiment, dites^vaus^ je n'ai pas encore' compris cette doctirine de la double valeur qu'ont toutes les bonnesactions faites en état de grftce (Traité ciH^ n. 88). Puisque vous ne l'avez pas comprise^ venez, je m'expliquerai par une parité encore plus intelligible et plus populaire. Voulez^vous donc voir comment un saint a pu, par une seule œuvre, et en même temps mériter pour lui et satisfaire fKmr les autres ? écoutez :
Un prince, à l'occasion d'une guerre ou autrement^ a contracté des deltes pour son Eta( envers une nation étrangère. H n'a pas dans son trésor de quoi les payer entièrement. Quefait-il ? il invite tous ses sujets ricbes à porter dans son trésor quelque somme d'argent selon leur pouvoir, pour payer ses dettes et celte de l'Etat. Le sujet qui le porte ne fait qu'un seul acte, celui de mettre son argent dans le trésor du prince. Cependant il est clair que par ce seul acte il contribue è payer les dettes du prince, et en même temps s'attire sa lavaur et sa protection. N'est-ce pas clair? En outre» plus un sujet y porte, plus il contribue à payer les dettes du prince, et plus il s'acquiert sa faveur, rnest-ce pasencore clair f raisons encore un pas. Plus le sujet met de promptitude et de bonne volonté 'k porter dans le trésor du prince, plus il se concilie la faveur et la reconnaissance du prince. La correspondance du prince envers le sujet ne diminue pas la valeur de son paiement,, ma's une plus grande somme déboursée par le sujet pix)voque unepkis grande bienveillance de la part du prince. N'est-ce pas trés-clair?
Mais il me semble que l'application doit aussi être fort ctalre. Faut-il que je vous la fasseausii ? Le prince est iesus-Christ gui a contracté volontairement des dettes pour nos péchés* envers la justice divine. 11 pourrait payer tout du sien, mais il désire que, pour remplir le précepte de la charité, les justes et les saints contribuent aussi au trésor de l'Eglise par quelques œuvres pénales, afin de satisfaire à ces dettes : Alter alierius onèra portait^ et sic admptebitis legemvetiram (Gai. vi, 2). Ce juste, ce saint qui a des pénitences plus qu'il n'en^ ar besoin, les met dans le trésorde FÉglise. 11 fait un seul acte, mais par ce seul acte, il contribue au payement des dettes envers la justice divine , et il se mérite en même temps la grâce de Jésus-Christ, à cause de son action cbaritable, bonne et conforme aux insinuations de son maître. N'est-ce pas clair? Plus il fait de pénitence au-dessus de son besoin,, plus il contribue au payement, et plus en môme temps il s'assure une placeplus honorable dans la cour de son maître, à cause de sa plus grande condescendance a ses insinuations. N'est-ce pas encore clair? Enfin,^ plus le juste et le saint met de promptitude^ et de bonne volonté i porter ses satisfactions au trésor de l'EgKse, plus cette bonne volonté lui concilie la bienveillance et la reconnaissance de son maitre ; et ni la plus grande bienveillance de Jésus-Christ envers lui, ni l'élévation de la place qu'il lui prépare en conséquence dans son royaume, ne diminue le prix de ses satisfacticms pénales, mais^ le plus, grand prix de ses pénitences satisfait davanta(^e pour les dettes de l'Eglise, et en môme temps lui obtient plus de gloire devant Jésus-Lbrist. Oh ! écoutez : Si vous ne l'avez pas encore comprise, cela veut dire ou que vous ne savez, ou que vous ne voulez pas la com-> prendre.
Mais je ne comprends pas, dites-vous, il n'y a pas de remède. Très-bien. Ecoutons donc voire doctrine. Oui, répondez-vous, je parlerai, et je parlerai ptuf naturellement (Ibid., n. 88) : Une bonne œuvre faite en état de grâce par celui qui avait péchés satisfait à Dieu pour la fautCr et ainsi mérite le ciel. Vné bonne œuvre faite par celui qui n'avait pas péché, ne satisfait pas à Dieu pour le péché, mais sert de mérite pour augmenter un nouveau degré de gloire dans le cieL II n'est donc pas vrai que toute bonne œuvre renferme la valeur de satisfaction. Satisfaction est un terme relatif qui suppose une dette. Mais ce n'est pas ici le lieu de discuter cette chose; il sufât de l'avoir indiquée. Vraiment, quand vous donnez une doctrine, vous parlez naturellement, mais naturellement mal.
Une bonne œuvre faite en état de grâce par celui qui avait péché, satisfait à Dieu pour lafaute, H ainsi mérite le ciel. Non,, ce n'est pas là ce qu'enseigne la doctrine chrétienne. La bonne œuvre faite en état de grâce suppose la faute déjà efiacée, parce que grâceet faute ne . peuvent demeurer ensemble. Donc la bonne œuvre faite en état de grâce ne satisfait pas à Dieu pour la faute, mais satisfait pour la peine temporelle restée eomme dette après la faute effacée. 11 n'est nas non plus vrai que la bonne œuvre mérite pour cela le ciel, c'est-àdire, i>fHir avoir satisfait à Dieu pour la faute. L'homme qui a fait la bonne œuvre en état de grâce avait déjà droit au ciel en vertu de l'état de grAce où il se trouvait^ ainsi il ne mé-
rite pas par elle îe ciel, mais raccroisseroent de gloire dans le ciel. De plus, il D^acgpierl pas iDème cet accroissement précisément h cause delà satisfaction en elle-même, mai&à cause de la racine de charité de laquelle provient celte bonne œuvre, et à cause de là prom[)li- Inde de volonté dont il l'accompagne. La pénalité qui se trouve dans la bonne œuvre, a de 88 oatare la valeur de satisfaire, mais non de mériter ; et c*est pour cela que nous disons que la satisfaction est un effet de la bonne œuvre, et que le mérite en est un autre, parce que dans la t>onne œuvre nous distinguons deux principes, savoir, la charité et la pénalité, qui produisent ces deux différents efiféts. Ainsi vous fiiites, c!e la satisfaction, Teffct immédiat de la bonne œuvre ; et du mérite, Teffet de la satisfaction même, ou l'effet de relY'ift. Jenejsaarais vous expliquer jusqu'où va cette confusion de principes et d'idées, tant elle est ténébreuse et extraordinaire.
Une banne œuvrt faite par celui qui n'avait pas péché, ne satisfait pas à Dieu pour le péché,.
catéchisme de vpus, parce qu'il se serait épargné tant de pénitences qu'il s'infligeait pour les autres, et que, selon vous, il a faites inutilement. Et le pis est que cet apôtre si bon se consolait beaucoup par le désir et l'espoir de satisfaire pour les autres. Voyez ce qu*il a prdo à ne pas savoir votre catéchisme. « Maintenant je me rc'gouis, écrit saint Paul aux Culossiens, dans les souffrances pour vous, et j'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souflraDces de Jésus-Christ pour son corps, qui est 1 Église. » {Coloss. i, ^k.) Qui nunc g.audêo m passianibus pro vobis, et adimpleo ea quœ desunt passionum Christi in carne mea, prth C9fpor&eius, quod estEcclesia. Je me réjouis pour vousl Vous avez tort, saint ap6tre, car vos soudmices ne servent de rien aux Colossiens. Vous devez dire seulement : Je me ré- JQuispotw mot, parce qu'il n'y a que vous qui en proGtiez, en vous méritant un nouvcaii degré de gloire dans le ciel. Et pourquoi unissez-vous vos souffrances à celles de Jésus- Christ ? (Chrysost. in Ep. ad Coloss, c. i, hom. 4.) Pour son corps, c^est-à-dire, pourTEglise^ Doucement, doucement saint apôtre ; nous allons trop loin. Ce serait un blasphème, (Traité cité, D. 88, note p. 10.) Quelle comparaison en effet plus téméraire I Jésus-Christ, venu tout expris pour être le rédempteur, sur lequel son divin Père avait placé, selon les expressions de rÈcriture, iniquitatesomnium nostrura, et dont il est écrit : Peccala nostra ipse nortavit, avait bien unedette rigoureuse de satisfaction, après quil avait accepté l énorme poids de nos fautes, et s était présenté pour satisfaire pour elles,.., Mais auant auxhommes^je voudrais savoir comment,, quand et par qui ils ont été chargés des péchés des autres, ou s'ils peuvent eux-mêmes s*en charger^ en contractant une obligation rigoureuse de satisfaire pour eux. Je serais curietuxr itadmirer ces nouveaux rédempteurs, qui ont un juste titre de participer à la gloire réservée à lésus-Christ, Si vous faisiez imprimer une Bible en langue vulgaire pour réformer la latine^ je veux tout simplement que vous mettiez cette note au premier chapitre de TEpltre aux
venture, enfin tous, car vous n'en trouverez aucun d'un avis contraire.
Ne rougissez-vous pas encore du déraisonnement scandaleux dans lequel vous êtes tombé si naturellement? Croyez-vous pouvoir élever votre voix dans les cieux et reprendre ua apôtre inspiré par l'Esprit saint ? Mais, direz-vous, je ne savais pas que saint Paul fût d'un avis contraire. Mais taisez-vous donc, au nom de Dieu, étudiez, consultez, et ensuite, avec grande humilité, vous ouvrirez la bouche sur le dogme. Satisfaction est un terme relatif qui suppose une dette : je l'accorde ; une dette ou propre, ou d'autrui« Si saint Paul n'avait presque plus de dette propre, il pouvait donc satistaire pour les dettes d'autrui. Mais qui Cavait chargé des péchés des autres? l'esprit de charité conforme à la loi de Jésus-Christ , d'après laquelle il enseignait lui-même : Alter alterius onera portate; et sic adimplebitis^ UgemChfiêii (Gai, vi, 2). Saint Paul aura-t-il donc été un nouveau rédempteur? Non un nouveau rédempteur,, parce que Jésus-Christ avait souffert suffisamment pour tous, et saiut Paul, quoiqiae saint» n aurait pu par lui-même satisfaire dignement à la justice divine pour les péchés du monde ; mais un coopérateur, un ministre de Jésus-Christ : Cujus factus 9um egoPauluÊ minisler (Coloss. i, 23); et, d'après cette charge, il veut que ses afflictions soient à Jésus-Christ (Chrysost. in Ep, ad Coloss, c, i, hom. k) ; qu'elles lui soient approi^riées, et en conséquence à son corps, qui est l'Eglise. Comme, dit saint Chrysostomo, quand une armée se trouve en bataille, il y a un premier général qui la dirige, la défend et eipose sa vie pour elle ; mais s'il s'en va, survient un de ses capitaines qui en tient lieu^ et reçoit sur lui les autres coups portés par les ennemis jusqu'à la un de la bataille : de même Jésus^hrist, comme premier capitaine, a exposé sa propre vie, a versé tout son sang pour ses soldats qui forment l'Eglise; mais quand il est parti , sont survenus ses ministres, qui supportent è sa place les coups frappés par les ennemis, ils endurent les souffrances qu'il D avait pas éprouvées, ils les unissent a celles de leur capitaine, et quand les uns quittent » d'autres les remplacent pour défendre son a. mée jusqu'à la consommation des siècles.
Je n'ajouterai rien ici sur l'indulgence plénière. Elle n'est qu'une conséquence de Tautorité déjà établie dansTE^Iise. Si Ui Pape et l'Eglise ont l'autorité de remettre mie partie
t)1 INTRODUCTION. 9i
de la peina temporelle d«ns le for intérieur, ils ont aussi celle de la remettre entièreineiit quand ils usent sobrement et nrudcromeat de leurs feeulléç. Jésu&Ctorfst ne Ta |M8 res* treinte, il a dît précisément : Quœçunque sotveriiii tuper ttrramf erunt êoUda H in $&lu. Le trésor des satisfactions de Jesus-Ctirist avec lequel on fait le payement dû à la justioa dirinct est immense. Il ne peut donc être épuisé par le payement des plus grandes dettes. (MuzzarelHi YaU de» Indulg.) ^
Nous allons présenter quelques objections qui ne aont qu'implioilement réfutées dans les pages de MozzArelH.
fsont
touffe qui ne vient que des créatures ne devient-il pas superflu?
KÉF. -^ Non, il ne nous est pas superflu de joindre aut mérites infinis de léans-^ïrist ceux de la sainte Vierge et des saints» pour obtenir la rémissiiMi des peines tenMH^relles qui restent à expier après la mort. Il n*y a, à la vérité, que ^ésus-Christ hofame^au qui soit noire médiateur auprès de Dieu son Père» comme parie saint Paul {i) , si {wr les pa^ rôles de cet apdtre on entend un médiateur de puissance et d*aotorité, qui inârtte toat par lui-même. Mais les saints sont aussi nos médiateurs dans un autre sens* G^est^k^Hre médiateurs dlntercession, qui méritent d'être écoutés, pour Tunion intime qu'ils «ot «rae Jésus-Christy notre premier Médiateur.
Ils nous obtiennent, par voie de recommandation ^ de snppliaue, ce que Séso^^Glirist nous a mérité par son pouvoir d*exce1tence ; et loin que ce soit fui fa^re injure que d'aï* tendre quelque secours de leur protection, c'est sa gloire, an contraire, d*avotr mwAi Im saints dans la satisfaction surabondante qu'il a faite pour nous h son Père^ f tfieque ee n'est que par sa grâce qu*ils ont tant de crédit et de pouvoir auprès de D^eii. le rn'ei*plîque.
Cfe serait, k la vérité, parler improprement, de dire que les mérites de ia ealnte Tierae et des saints sont ajoutes à ceux du Sauveur, comme pour ea recevoir une plus grande abondance de satisfaction et de grâces ; puisqull est de foi que le Sauveur du monde a satisfait pleinement et parfaitement pour nos péchés. On ne peut rien ajouter à ee qui est infini. Mais, comme dit le pape Clément VI, les mérites de la mère de Bieu et des éles, depuis le premier jusqu'au dernier, semblent nous être d'an grand secours (3). Ce sont comme autant de puissants motifs pour engager la majesté de Dieu è nous pardonner, qiand l'Eglise les unit aux satisfactions de notre-Seigneur Jésus-Christ^
Dans toutes les bonnes œuvres, il faut considérer deux sortes de mérites : Kun qui est le mérite de la grflce sanctifiinte, et gui ne peut se communiquer ; Paulre qui est un mérite satisfactoire, et dont on peut faire part à ceux pour la conversion ou pour le soulagement desquels on fait cette bonne œuvre. Par exempte, je ne puis donnée h personne l| grâce qui me sanctifie, par le mérite d'une bonne action que ^*ai faite;: mais je puis lui appliqjuer tout ce qu'il y a de satisfactoire, de pénible et de mortifiant dans cette' action, pour que Dieu daigne lui donner des grâces de pénitence en vue du bien que ie pratique pour sa conversion. De même que si je ne puis i>as donnera un homme une énar«e,. une dignité qu'il n*a pas, je puis au moins acheter cette charge en son noc9, ou hiien faire «9 transport. Quand je ne puis le dispenser de payer ses dettes, je puis tpujoi^rs lea payer pour lui, et l'acquitter envers ses créanciers. C'est de cette façon que les sirïnts , en unis** aant leurs bonnes œuvres ^ux mérites infinisde Jésus^Gbrist^ peuvent satisfaire fe la justice divine pour nous.
De plus, }| n'y a point de bonne oauvre qui ne mérite sa récompense delà booté<le Dieu, comme il n*y,a point de crime qui reste sans châtiment. Or K^s saints ont Ijrit quantité de bonnes œuvres, qui n'ont point été récompensées sur la terre. Il est dono oo.nrenablç q^ pieu, par sa souveraine équité, en applique le mérite à ceux des fidèles qpi en ont Jiiesom, et en considération de ses anciens serviteurs. L'Eglise triomphante du Ciel ^ totùeurs unie à l'Eglise qui est encore militante sur la terre , pour lui faire part de ses mérites surabondants ; et c'est ce que le Symbole des Apôtres appelle la communion des saints : $anctopim communionem. Vo là ce qu'il faut penser de l'intorcession des saints, et comment il faut entendre la part qu'ont leurs mérites suralx)ndants dans le trésor spirituel de l'Eglise,
Owr- — Comment et dans quelle proportion concoure.nt les satisfactiorts des aaipts à celles de Jésus-Christ r
Rip. — Dieu seul Je sait. Ce qu'il y a de sûr, c'est que, comme les t>iens d'un liomme mourant sans héritiers appartiennent à TEtat, de môme la valeur satisfactoire des bonnes œuvres, que les saint)» n*ont pas appliquée à des personnes déterminées, devient la pro* priété de PEglise.
Obi. — - Mais eacorCj {[U*entendea;-TOus par surabondance 7 Lonyut, dit le Sauteur
(^t^UaasQSlJleiliator Di'j eijieiaiiiain,4ipiii0^bri- Dei j^enitricis, oitmiiiingiie elacteniin a ,|».riipo ii$- '* *** "" qiio ail " "
Ibcsauri comulitm . bcattc «k*iiti<r.
slus Jesos {/ Tfm. «, 5). que ail uUiiuiiiii , uicrîla udiniulcitliiiii prif^Mrr ri-
\fi) M ctijus rpiidcin "
Il INTRODUCTIOi'^. K
(tue. xyii ) « Pfius aurez fait taui ce qui vmts est prtêcrit^ dites : Ifau9 $0mmet des sérviteaarm tnutiks qut n'avam fuU que ce que Mue devione,
RÉr. ^ Autres soflt les œuvres de précepte^ autres celles de eoneeil on de surérog&lioDv Soos le rapport de ces dernières, les saints ont pu faire ce À quoi ils n*étaieot pas leous^ N*est-il vas certain que plusieurs saints se sont imposé des travaux» des morti&calions ^ua B'eiigeail pas la satisfaction divine, et qu'ils ont donc pu appliquer à d'autres ?
Bornons-nous à ajouter avec saini Thomas et le commun des tliéologieos : 1' que les indolgenees sont toujours et nécessairement puisées du trésor^ soit par moded^absolu** UoOf soil par mode de suffirage et de secours ; de sortv que ce trésor est en lui-môme cause nécessaire et concouraoi moralement par lui-même, per $e concurrens, à procurer cet effer. Cette vérité repose» comme nous l*avoDS dit, sur l'article du symbole Cammimion des Saints^ lequel do^me, compris dans le sens catholique, coupe court à touXes les difljcuUés ; car il signifie union, sociéié, communication de tous les membres sous un même chef, union par un seul et même esprit, liée par la charité qui fait que toutes les bonnes ceuvres des justes^ passées et pi^ésentes, sont propres à chacun, ei néanmoins riiyoiJli&sent sur iout le corps.
Sk* Suit-il lie ïk que les satisfactions ne sont dispensées que par les indulgences? Non» très-certainement. Celles de Jésus trouvent leur application dans les sacrements, selon les dispositions de chacun; nous disons de Jésus, car la rnsgeure partie des théologiens peitôe ivec Suarez que le trésor, sous le rapport des satisiSactions des saints» ne Arouve san appUr cation que dans riudulgenoe.
I IL OMMieat rSgllM, at {)6iDi de vue hisiorfqae, M-elte exereé teponfoir dVearder des MiAgcnces.
I^ Pape et FH^ise, continue le savant et pieux Muzxarelli, ont le pouvoir de remettre par
()arce
toujours eu rautorlie d^apj
Ce sont deux propositions ac cfroit aue nous avons prouvées au long dans la première par--
tie. Mais on demande maintenant : Le Pape et TEglise ont-ils toujours usé de ces pouvoirs T
Voilà deux propositions de fait que nous devons discuter dams cette seconde partie bisto-n
noue. Rappelons^nous toujours que nous sommes philosophes.
Dire : Le Pape ei V Eglise ^mê eu ces peuvoirs de Jésus-Christ^ donc ils en ont toujours fait «laye, c*est une manière de parler inconséquente. Dire : Le Pape et VEglise n'ont pas tou^ jours fait usage de celte auèoritt^ donc Us ne Vont pas reçue de Jésus-Christ 9 c*est une Auire manière de parler également déraisonnable. Le droit peut exister sans qu'on rexerce ; ainsi, ni Tune ni Tautre de ces propositions n'est fondée sur la vérité : ta première est propre à ceux qni sent catholiques, mais ne sont pas philosophes; la seconde l'est à ceux qui ne sont ni philosophes ni catholiques.
Que pense donc le catholique philosophe? Le TOici : Je suis certain que le Pape et. TEglise ont les facultés indiquées par les indulgences, comme je le vois dans la premièrepartie. Mais ont-ils toujours fait usage de ces facultés? Je l'ignore. Ils pouvaient en user,, et n'en pas user, sans préjudice de leur autorité, et ils en auront usé ou non, pnidemment,. selon le besoin et les circonstances. C'est ïk une question de fait. Voulons-nous doncexaminer le fiiit, ayons recours h rbistorre. <I'est là la source de rros recherches et de nos. découvertes. En attendant, je vis tranquille, parce que, soit que je trouve ou tion l'exercice continuel de cette autorité, ma première partie demeure toujours inébranlable ^ savoir^, que cette autorité a toujours été dans TEgltse.
Commençons donc h parcourir l'histoire dès les premiers siècles; eraminorts tous 1es; ttODoments, mais faisons-le sens prévention et toujours guidée par la vérité. Je Ti'avnnceraijamais comme certaine une proposition de Sait oui puisse m'être contestée par des catboitques, surtout si ce sont jftes docleurs très-accréartés parmi les théologiens. Tai toujours en vue que l'adversaire me dirait ^ Je m^en tiens à Suarez, et Suarez est cte mooi avis. Que peurrais-je lui répondre à cela ? comment pourrais-je le convaincre? Toutes mes. conséquences seraient assurément inconcluantes contre l'adversaire » si elles élai^t fou-* dées sur un fait non admis d'un docteur très^stimé.
Ces prémisses étaient nécessaires* soit. pour montrer notre sincérité, soit pour prévenir le scandale des esprits simples. Entrons maintenant dans l'histoire des indulgences. Nos. adversaires ( Traiêé cité en plusieurs endroits ) , dans cette histoire, tiennent la méthode suivante : ils montrent qu^il j eut anciennement certaines pénitences canoniques instituées, paries Pères» seulement pour donner une satisfaction publique au tribunal ecclésiastiqtiM).. Ces pénitences, tfisent-^ls, n'annulaient pas la peine temporelle due à Dieu, et quan(t l'Eglise remettait quelque chose tie ces pénitences, elle diminuait la dette civile et extérieure du pénitent, mew r "^ ' * " ^ .. 1.- ^. -•-^^-. »-.— •- •— :*^
enmiBOOs, et tous -verrez doctrine. Après avenir
c'est que las indulRences modernes ont été substituées aux anciennes pénitences canoniques, M, pMr paner {ilus exactement, que les indulgences sont ujoe «impie rémission des anôemies péDit«fices cunoniqtM. C^s éenx faits à la main, ils forment un anumcnt qui , m n'esft pas 4e la dernière évidence mtrthématiqrre , en 'approche cependant Beaucoup, h
95 IMTRODUGTIOIf. 90
leor avis* Les tDduljgences modernes sont une condonation die Pancienne pénitence canonique; mais les anciennes pénitences canoniques ne remettaient pas la peine dans le for intérieur ; donc les indufgences ne remettent pa» non plus la p»)ine dans le for intérieur. Grâce à Dieu, ils ignoraient cette précision dialectique qui leur aurait attiré beaucoup plus de sectateurs.
Mais ce qu'ils n^ont pas (ait, je le fais moi-même , tant on est hardi quand on soutient la ▼érité. Eh bien donc, qne répondrons-nous à cet argument? nierons-nous la majeure? Non. Vous verrez à la fin que cette proposition est trop universelle, tt que les indulgences ne sont pas toujours une condonaCton de Tanclenne pénitence canonique; mais ne la craignons pas, accordons-la. Alors Tadversaîre ajoute: Mah le$ anciennes pénitences canoniques ne remettaient posta peine dans le for intérteur. Voilà le fait historique qui mérite la plus eiacle discussion, parce que c'est ae lui que dépend la sohîtion de cette question'. Il j a sur co fait deux opinions contraires, Tune et Tautre, h mon avis, mal fondées et certainement improbables. Les uns disent absolument qu'elles ne remettaient pas j les autres disent atisolument qu'elles remettaient. Je n'approuve m dans les uns ni dans les autres cette manière absolue de parier.
Voici comment je distingue : Il y avait deux sortes de pénitences canoniques, les unes publimies et solennelles pour tes délits publics, les autres particulières et sacramentelles pour les délits cachés. Avec les premières on paj'âit la peine du for intérieur ex opère operantis; avec les secondes on payait non-seulement ex opère operantis^ mais encore ex opère operato. On ne peut prouver que par aucune des deux on paj&t la peine du for intérieur, comme on le fait maintenant par les indulgences, c'est-à-dire par une rémission libérale de cette peine accordée par Tautorilé du Pape et de l'Eglise, par le payement à la justice divine des satisfactions de Jésus*Christ et des saints. Je devrai prouver tous ces faits l'histoire è la main, car il ne suffit pas de les affirmer pour prétendre les avoir prouvés.
Après avoir éclairci ces faits, je descendrai à Tépoque des indulgences modernes, je montrerai qu^ajanf été substituées aux pénitences canoniques, elles devaient produire les mêmes eifuts, quoique d'une autre manière, autrement elles seraient inutiles et pernicieuses; je montrerai que les papes et les conciles ont toujours entendu que par les indul- 5ences on remettait la peine temporelle, même dans le for intérieur, par les mérites de ésus-Christ et des saints; et je conclurai en prouvant que cette autorité des papes, des conciles, des théologiens, pendant tant de siècles, forme une décision presque dogmatique sur ce point. Je vous ai indiqué le plan de cette partie historique aGn que vous ne vous occupiez plus que d'examiner mes preuves.
Ainsi je pourrai enfin former aussi mon argument en ces termes : Les pénitences canoniques sacramentelles remettalHit la peine temporelle du for intérieur due à Dieu ; mais les indulgences ont été substituées aux pénitences canoniques sacramentelles : donc les indulgences remettent la peine temporelle du for intérieur due à Dieu. Vous verrez nos adversaires céder d'eux-mêmes et venir tous nécessairement à notre parti, parce que la majeure est une vérité enseignée par le saint concile de Trente, la mineure est un fait assuré ou supposé par eux-mêmes, et la conséquence est positivement comprise dans ces deux prémisses. Démontrons nos faits liisioriques.
II y avait donc anciennement dans TEglise deux espèces de pénitences canoniques. Les> pnes étaient des pénitences publiques, les autres des pénitences particulières. L'Eglise imposait les pénitences publiques pour des péchés très-graves, spécialement pour TidolA* trie, Thomicide et l'adultère, et pour leurs espèces publiques et manifestes. A ces péchés on en (youta par la suite quelques autres, mais avec des variations, selon les différents temps et les différentes Eglises. Je trouve surtout noté le péché de rapine et celui de fornication.
Les novateurs ont toujours cherché à obscurcir ce point d'histoire ; ils ont prétendu que toute espèce de péchés très-graves, publics et cachés, intérieurs et extérieurs étaient assujettis a la pénitence publique, pour exclure de cette manière la confession auriculaire, et rendre la pénitence lusupportaule aux pécheurs. Mais la pro{X)sition dans les termes où
I'e l'ai énoncée est si certaine et si démontrée, qu'on ne peut en douter sans être déterminé i nier les vérités les plus claires.
En effet comment pourrions-nous savoir que tous les péchés étaient, indistinctement soumis à la pénitence publique ? Par les anciens historiens, par les Pères qui en ont parlée par les conciles ({ui 1 ont prescrite. Hais ni les historiens, ni les Pères, ni les conciles» n'assignent la pénitence publique à tous les péchés indistinctement; ils l'assignent seulejpaent aux trois dont nous avons parlé, et à quelques autres crimes très-graves. Il n*y a donc aucune autorité qui appuie les prétentions malignes des novateurs.
Certainement Tertulllen , saint Cyprien et Origène, qui fleurirent dans le iir siècle, nlndiquent que ces trois péchés et leurs espèces manifestes. Lisez aussi attentivement les quinze canons de saint Pierre d'Alexandrie dans son sermon sur la pénitence, vous trouverez que tous regardent les malheureux qui étaient tombés dans 1 idolAtrie en temps de persécution. Remarquez les douze canons de saint Grégoire Thaumaturge : ils ont pour objet ceux qui dans Pcsclavage avaient mangé des mets présentés aux idoles^ ou qui. dans. Tincursiou des barbares avaient exercé la rapine sur les bren^ de leurs frèresr. Paraôurez
U7 LNTIIODUCTION. 9S
enûn les 85 canons d«s lettres de saint Basile à Amphiloque, y verrez-vous d'autres péchés que tes trois que nous avons cités, et quelques autres crimes très-graves ?
Il est facile de se convaincre aussi de cela par rapport aux conciles. Les 81 eanons du concile d*Elvire y les 37 de celui d'Aocyre, les i^ àe celui de Néocésarée, tous conciles célébrés au commencement du iv* siècle, ne parlent que de ces trois péchés. Le premier concile de Tolède, célébré en (^^2, dit expressément au deuxième canon : «Nous a|)pe- Ions pénitent celui qui après le baptême, ou pour Tbomicide, oa pour d'autres péchés très-graves, faisant pénitence publique dans le cilice, est ensuite réconcilié au divin autel. »
Bien plus : non-seulement les Pères et les conciles ne parlent pas indistinctement de tous les péchés; mais ils séparent positivement ceux qui étaient soumis à la pénitence publique, et ceux qui ne Tétaient pas. Saint Basile, au canon 14>, dit que les usuriers peuvent être admis au sacerdoce, sans faire aucune mention de pénitence publique. « Celui qui reçoit les usures, s'il veut distribuer aux pauvres son gain iniuste, et ensuite renoncer à Tavarice, doit être admis au sacerdoce. » Dans un autre canon il dit qu'on ne doit pas condamner à la pénitence publique les femmes adultères, et il en donne la raison (Bas. ad Amphil.^ c. 3k) : « Nos nnc<}très ont défendu de faire connaître les femmes souillées d'adultère et qui confessent leur ôrime par esprit de religion, ou qui en sont d'ailleurs convaincues, afin que nous ne dovenioDS pas occasion de leur mort, mais ils leur ont commandé de $e tenir éloignées de la communion, jusqu'à ce que le temps de leur pénitence soit accompli. »
Saint Grégoire de Nysse remarque que les canons n'avaient porté aucune peine contre les avares (£p. ad Let,^ can. 6) : « L'autre espèce d'idolâtrie (car l'Apôlre appelle ainsi ] avarice), je ne sais comment elle a été laissée par les Pères sans aucune^eine médicinale. » Saint Léon distingue expressément quelques péchés qui devaient être expiés par la pénitence particulière, de ceux qui avaient besoin de la pénitence publique (£p. 92, cap. 17, éd. Yen. 1741). « Ceux qui ont seulement pris des repas avec des païens et mangé des chairs immolées, peuvent se purifier par les jeûnes et l'imposition des mains; ainsi, eu «'abstenant par la suite des choses offertes aux idoles, ils peuvent participer aux sacremenls de Jésus-Christ. Mais s'ils ont adoré les idoles, ou se sont souillés par de^ homicides et des fornications, il ne faut les admettre à la communion que par le moyen de la pénitence publique. »
Saint Augustin se plaignait è l'évèque Aurélius {Ep, ^} de ce que les intempérances et les lubricités commises sur les tombeaux des martyrs n'étaient pas punies par des peines publiques , comme les adultères et les fornications. Le même docteur distinguait entre l'adultère public et l'adultère caché des hommes, et voulut que le premier fût soumis h la l>éaitence publique, et le second è la particulière. (Au^;., serm. 195.)
Saint Pacieu |)arle encore plus expvessémeni {in Parœn. ad Pœn.f Bibl. Pati.fLlV): « Qu'on ne croie pas que je condamne à une loi indiscrète de pénitence toute l'espèce humaine, à cause des innombrables fautes dont personne n'est exempt. » Ensuite il expose les trois péchés d'idolâtrie, d'homicide etd'auuUère, qu'il faut expier (»ar la pénitence publique, et il «njoule : « Quant aux autres, il faut les guérir par de bonnes œuvres qui leur soient contraires. » De même le concile de Laodicée , au canon dix-septième, reçoit les hérétiques sans pénitence, avec la seule promesse de la foi et l'onction du chrême; le synode de Nicée admet les novatiensavec la seule imposition des mains , et consent h les conserver dans le grade qu'ils avaient avant de tomber dans l'hérésie.
Après avoir prouvé cet article, il me serait aussi facile de montrer qu'on ne soumettait pas à la pénitence publique non-seulement les fautes moins graves, mais encore les fautes très-graves, dès qu elles étaient cachées. Mais cela n'est pas nécessaire à mon but, et vous |)ouvez vous en assurer dans quelques auteurs exacts et véridiques, h l'exclusion d'autres moins versés dans la critique et moins impartiaux (Tournely, de sacr. Pœn.f qu. 8, art. 3, concl. 2; Antoine, de sacr. Pœn.^ cap. k^ art. 7, par. 8; Biner, part, iv Concil.^ saec. m, cap. 3, art.i, part. m).
Ce que nous devons chercher actuellement, c'est si la pénitence canonique publique remettait la peine temporelle, même dans le for intérieur, si l'Eglise n'accordait dès lors aucune indulgenco de cette sorte de peine, et si l'indulgence accordée par l'Eglise sur la terre obtenait aussi Tindulgence de Dieu dans le ciel. Quand nous aurons décidé ces trois points, nous aurons fait un grand pas pour la solution de notre principale question.
Je dis donc, sur le premier point, que par la pénitence publiaue on remettait la peine teai|)oreUe totale ou partielle même dans le for intérieur, mais 1 Eglise ne la remettait pas directement en vertu des clefs, non parce que l'Eglise ne pouvait le faire dès lors , mais parce que t'^ise ne voulait pas alors le faire. Faites attention à toutes mes expressions, parce qu'elles sont toutes nécessaires pour l'exactitude de ma proposition.
Reroettail-on donc par la pénitence publique la peine temporelle même dans le for intérieur? Oui, certainement, et il me semble que croire le contraire est une erreur déjà condamnée par l'Eglise. Mais comment la remettait-on? En vertu oe l'œuvre pénale du pénitent, en prescindant de l'usage des clefs ou dans le sacrement ou hors du sacrement, eûQn, diraient les théologiens, ex opère operantie.
En effet, je conviens, avec Suarez, que la pénitence publique solennelle, dont je parle principalement ici, n'était probablement pas une pénitence sacramentelle. Ce qui me dé*
99 IStROOUCTlO.H. )û«
termine le plus k cette o|)ioioD, d'est Tetamen des Rites de It réniteuce s^ennelle et les expressions des Pères qui en parlent. L*iin et Vautre semble plutôt indiquer UM peine de séparation de TEglise ou d'excommunioatiofi, que cette peine du sacrement que les eonles» seurs imposent. Disons donci arec Suarez, que c'était une pénitence fixée ptr les prélats, par loi ecclésiostique, hors du sacrement de pénitence (Suarez in tert. part. D. ThoiBj^ de sacra. Pœn,, qu. 1^0, disp. ^9^ sect. 2, n. 7). El cette peine surimposait > non-seulement comme un remèae pour le pénitent, mais aussi comme une satisfaction publique qu'on Ae^ Tait au tribunal de l'Eglise, pjur réparer le scandale et effrayer les autres. Ecoutez saint Augustin : « C'est avec justice que ceux qui président k TEglise établissent les temps de p^^nitence, afin qu'on satisfasse aussi k l'Eglise. » (Aug. hom. de Pmn.) C'est, d'après ces deux
de l'Eglise. Mais on ne voit clairement dans aucun document de l'antiquité l'intention d'absoudre aussi le pécheur de la peine temporelle dans le for intérieur devant Dieuv
Lisez Tertullien, lisez surtout saint Cyprien et tous les autres Pères, qui insinuent» per-^ suadent et enjoignent cette ^orte de pénitence ; vous ne trouverez iamais indiqué le motif d'obtenir le pardon de Dieu de la peine temporelle du purgatoire. Le que vous Irouverek non-senlemenl indiqué, mais mille fois ré()été et inculqué, c'est la nécessité de cette i^éni» tence pour obtenir la rémission de la peine élemelle. Vous ne devez pas en élre surpris% parce que, en admettant que cette pénitence publique ne fût pas une pénitence sacramentelle, c était cependant une pénitence enjointe par le tribunal de l'Bglise, qui avait reçu de Jésus-Christ le pouvoir légitime de lier, c'était une pénitence propre k répiarcr le sc«indale du péché puMic, c'était enfin cette pénitence que Jésus*Christ prescrivait dans aau saint Evangil • : Si voué ne faites pénitence^ vous périrex tous également (Lne. xuf , 5). Aiineu eile devenait une pénitence de précepte, dont la satisfaction était d'une obligation très-grave, et sans laquelle le pécheur public ne pouvait être sauvé*
Je veux vous convaincre entièrement de ce point par quelçiues passages très^clairs des saints Pères. Tertoilien enseignait au (>énitent co qu'il devait répondre quand en Tint t^ rogeait sur le sac qu'il portait, sur le jeûne qu'il pratiquait IJ^oy. Horin , de aâm. aocA Pcmit.f I. m, cap. 12). « Vous devez dire : J'ai péché contre Dieu , et je risque de périr élenietlement : ainsi je paye maintenant la peine, je me mortifie, afin de me réconcilier A (-e Dieu que j'ai offensé en péchant. » Saint uyprien écrivait que ceux qui refusaient de faire pénitence publiquement pour les péchés nublics étaient comme contumaces et coupables de faute grave, séparés de l'espérance de la paix et de la communion de TEglise (Cypr. ad jIhIo»., ep. 52). Saint Ambroise, dans ses livres de la Pénitence, dit entre autres cboses
(1. 1 1 c. S, n. 22) : « Dieu attend nos gémissements, mais temporels , pour nous pardonner es étemels; il attend nos larmes pour réfiandro sa miséricorde. » Vous voyez donci^^ue les anciens Pères parlaient d'une pénitence qui imposait une obligation grave, d'une pénitence nécessaire pour éviter la peine étemelle : mais ils ne pariaient pas de la rémission de la peine du purgatoire.
Et pourquoi n'en parlaient-ils pas? Est-ce qu'ils ne la connaissaient pas f ils la connais* saient, mais ils n'en faisaient pas un usage aussi fréquent que nous, d'autant plus que celte vérité, quoique révélée, n'avait pas encore été profiosée comme dogme par l'Eglise. Tout cela prouve qu'il ne parait pas assez manifeste que l'Eglise, dans la réconciliation du péai* tent, entendit l'absoudre de la peine temporelle due k Dieu dans le for intérieur.
Si vous en voulez encore d'autres preuves, lisez la formule déprécaloire qu'on employait avant Tabsolution solennelle des pénitents k la cinquième férié m e^ena Dominin Le pn61at y priait Dieu de pardonner au pénitent la sentence de damnation étemelle dans le joor de son terrible jugement {Sacramentar. Gregar.f inter opéra S. Greg., éd. Vrn. 1773, t. X,
}i. 237) : Tu parée eonfUenii^ ut sic in hac mortalitate peëcata sua, te adjuvante^ defieaif qua^ iter in tremendi judicii die sentent iam damnationis œtemœ évadât ^ et nesciai quod ierrei im ienebrie^ quod stridet in flammis. Etienne V, pape, dans sa lettre k Astolphe qui avait tué sa femme, lui prescrit la forme de la pénitence publique qu'il devait faire pour le péché, et dit entre autres choses {Décret, ii, part., caus. 33, qu. 2, c. 8) : Observa euncta simptiei
Et eepenflant la peine temporelle était remise par le moyen de la pénitence publique. Vous me demanderez de Quelle manière. Non par l'Eglii^e, comme je I ai déjk dit, mais on vertu de l'ceovre même pénale, comme je vais le prouver. Aucun catholique ne niera (fan les muvres pénales accomplies spontar.éinent par l'homme juste satisfassent k Dieu pour to peine temporelle k proportion du nombre et de l'intention avec laquelle on les fait. Mais on prétendra peut-être qu on ne peut dire la même chose des pénitences canoniques, p«ro6
?ue, quoique ce fussent des osuvres pénales, elles n'étaient pas libres, mais nécessaires, tant enjointes au pécheur par précepte de l'Eglise.
Uais voudrait-on donc dire que les œuvres pénales de précepte ne sont pas en même temps des oeuvres satisfactoires devant Dieu? H faudrait donc aire aussi que les martjrrs méines avec tous leurs tourments ne diminueront en rien leurs peines pour Taotre vie»
lia IKTRODUCTIOX. t(l
car quoiauc le marlyre leur tùi très-pénible et qu*ils le supportassent Irès-paliemmenr, c'était néaDRioins un précepte de le soulTrir, puis()u*il n'y avait pas d*autre manfère de d«clarer sa foi. Mais qui pourrait avancer une proposition si absurde? Or si les^tûaftyrs, par i(^ peines que leur infligeaient des tyrans violents, satisfaisaient à Dieu pour la peine temporelle* pourquoi les pénitents publics n*auront«ils pas pu satisfaire de fa même manière paf les peines que leur enseignait FEgltse, et qu^iîs accomplissaient ficfëlementT
Et en effet* si en accomplissant les commandements de Dieu on mérite la vie étertielle, comme Fa défini le concile de Trente (sess. vi, cap. 10 et 16)* pourquoi, en accomplis^nt les préceptes de.rÉglise, le pénitent ne doit-il pas mériter la remission de la peine temporelle? La satisfaction n'existe pas moins , quoique Tœuvre pénale soit de précei)(6* parce que le précepte n'ôte \ias la liberté ni la volontariété de l'action commandée. Quoique les pénitences canoniques fussent de précepte, le pénitent n*aurait-il pas pu transgresser le précepte et omettre la pénitence? Le pénitent n*aurait-il pas pu accomplir la pénitence, mais négli-
rieur?
Qu'on n'objecte pas que te p&Lenr, lié par les pénitences canoniques publiques et solen* nelles , n'obtenait Tabsolution ■-'- -^-— -- ^' » «-^ -• — -* *
Sisqa^ ieu pour
n'obtenait Tabsolution uu'après avoir rempli la mesure Tuée* et que demeurant la fin de sa pénitence lie par la faute , il ne pouvait par la pénitence satisfaire à ur la peine. En effet, il n*est pas assez prouvé que le délai de 1 absolution des (>énitents publics regardAl l'absolution sacramentelle du for intérieur, mais elle regardait plutôt Pabsolution duTor extérieur, ou la réconciliation publique avec TEglise, avant laquelle le pénitent n'était pas admis à la partie! Dation de 1 Eucharistie. Ainsi pensent des auteurs très-graves, entre autres Francolini {Veter. EccL severii. a calwn. vtfiaîc., disp. 11, n. 2), et cette opinion est, à dire vrai, plus conforme h Tesprit de bonté de l'Eglise. Mais quand on voudrait soutenir le liontraire, il faut remarquer que la faute est remise non-seulement par la coofessioi^ in re, mais aussi par la confession in toto avec la contrition parfaite. II s'ensuit que le p<$nitent public pouvait par la contrition parfaite rentrer en grAce avant l'atoolution sacramentelle qui lui était différée par une loi de TEçiiseï et non par sa faulo et par son choix, ei ainsi rentré en grâce, il pouvait par les péuiteuces canoniques payer la petne temporelle due k Dieu.
Ce qui importe le plus, c'est une décision dogmatique du saint concile de Trente, k la-^
Îuelle j'ai aéjk fait allusion quand j'ai dit que ce point me semblait décidé par l'Eglise. oicila décision tout au long; je Ai'en servirai encore bientôt dans un autre lieu. (Sess. lï, can, 13) : « Si Quelqu'un dit qu'on ne Satislait pas à Dieu pour les péchés* par rapport h la peine temporelle, par les mérites de Jésus - Christ , par les peines qu'il envoie, qu'où souffre avec palienoe, ou par celles qui sont enjointes par le prêtre, ni parcelles qu'on s'impose aponianément, comme les jeûnes, les prières, les aumônes* et les autres œuvres de (iMté,et qu'en conséc|uenoe la meilleure pénitence est seulement la nouvelle vie, qu'il soit aliathème. b 81 lespéniieAces canoniques avaient été des peines immédiatement enjointes de Dieu, vous voyez bien que la chose Serait décidée en termes exprès. Mais ne voyezvous pas qu'il n'y a presque aucune disparité entre les peines données de Dieu et celles données par l'Eglise, qui lient de Dieu sou autorité? Au contraire, il y a plus de liberté dans les pénitences canoniaues enjointes par TEglise que dans les peines envoyées de Dieu, telles que les infirmités, la pauvreté , ou autres semblables, parce que le pénitent peut r«yeter les premières, et l'homme ne peut en aucune manière échapper aux secondes, bt cependant par les secondes on satisfait k Dieu pour la peine temporelle, k cause de la patieoce avec laquelle on les souffre. On devait donc, à plus forte raison, satisfaire k Dieu par les pénitences publiques canoniques, humblement et librement accomplies.
i*ai assez prouvé ma proposition, savoir : que les pénitences publiques canoniques remettaient la peine temporelle même dans le for intérieur, en vertu de l'œuvre même pénale, quoiqu'elle fût enjointe par l'Eglise. Je vois qu'on trouvera peul-étre étonnant que j'aie pris tant de peine k prouver cette proposition ; mais on verra oar la suite que de ce point dépaiid l'éclaircissement de toute la question.
Avaat d'aller plus loio, je vous avertis que ce que j'ai dit jusqu'ici doit s'entendre des péfrifenees publiques canoniques, et spécialement dos solennelles, qui n'étaient pas sacramenfelles, mais qui étaient imposées par le prélat comme des peines civiles hors du sacrement, et immédiatement pour satisfaire k l'Eglise, et pour effrayer et corriger les autres. 11 V avait néanmoins encore des pénitences canoniques que le jprétré imposait dans le for sacramentel, même pour des péchés cachés, et qu'on accomplissait en public, comme on le voit par les anciens livres pénitentiaux, et comme le démontrent Morin(l.v,o. 0, 10 et suiv.), Noël Alexandre (diss. vi, in sœc. m, qu« i), et Gasp. Jueniu (Sacr., diss. 6, qu. 6, €.8). Il fioi an parler différemment, puisqu'éfant sacramentelles, elles remettaient la peine temporelle due k Dieu, même ear op«re ajin-ola, et en vertu du pouvoir des clefs. Je d^ clare encore que je ne veux pas entrer dans des questions de détail sur les rites et les variatîotis des ancienne^ pénitences ecclésiastiques. Cette matière a été traitée avec soin par piu^^ieurs auteurs graves ; tous pouvez en voir une indication dans la bibliographie choi*
tU3
INTRODtCTION.
sie qui précède le premier tome de l'ouvrage de Fleury, intitulé : Discipline du peuple it ih'ett, enrichie d^additions de l^bbé Zaccaria, et dans ses notes, au chapitre 10 de la troisième
i;jrfaitemeDt uniformes dans tous les lieux, et qu'il y avait quelque différence de discipline dans les diSérentcs |irovinces.
Mais actuellement je dois chercher si I*Eglise accordait quelquefois Tindulgence de ci*s pénitences publiques canoniques. Je réponds avec assurance que oui. Mais comorenons bien le mot indulgence, en parlant de Tautiquité. Quand je dis que l'Eglise accorclait Pin* dulgence des pénitences publiques canoniques, je veux du*e que i'Egli:»c tantôt diminuait le nombre, tantôt abrégeait le temps de ces pénitences.
Nous en avons le premier exemple dès les temps apostoliques, et nous le montrons dans saint Paul. Le saint apôtre avait condamné un incestueux de Corinthe à la pénitence publique, il Tavait séparé des autres, pour sauver son Ame (ICor. y), et préserver les autres do cette dangereuse infection. Le jeune homme, rentré en lui-même, tit pénitence de son crime, et les Corinthiens intercédèrent auprès du saint pour qu'il lui accordAt quelque indulgence. Saint Paul jugea bon do les écouter, et remit le jeune homme en grâce» pour ne pas le porter au désespoir par une dureté excessive (// Cor. ii, 7). Et il faut remarquer que saint Paul exprime clairement ces trois choses : la première, qu'il a usé d'indulgence envers ce pénitent ; la seconde, qu'il l'a fait & la prière des Corinthiens ; la troisième, au'il a employé pour cela la puissance qu'il tenait de Jésus-Christ même (// Cor. ii, 10). rfam ei ego quoa donavt, si quid donavi^ propter vos in persona Christi. Voilà donc, dès lors, le temps de la pénitence abrégé par pure indulgence (1).
(1) Voici oe que dit Bossuet : un Corinthien avait coniraclé mariage avec la feuiine de son père : saint Paul reprend d une manière terrible TEslise de Co- Hnilie, qui avait smifferl cet incesle. Q«ot, dit-il (/ Cor. V, 2), uprèt cela voui êtes encore enflée d'or* guêil^ am liem de verser des pleurs, et de retroneker du milieu de vous celui qui a commis un tel crime l 11 s'en prend à toute TËglise de C<onnihe : le criuie de Fin* oestaieui esc doveuu le crime commun par la complaisance qu*on a eue pour le coupable. Salul Paul commence donc par faire voir aux Corinibiens la juste rigueur doni on dcvail avoir use envers ce pécheur en le retranchant de la communion ; et il njouie cette terrible parole {Ibid. , vers. 5-5) : Pour mol, quoiqu'absent de eorps, mais présent en esprit, fat porté ce jugement , comme présent , qui est aue mon esprit élaui uni à votre osêemHée au nom de NotrO" Seigneur Jésus-Chrisi , celui qui a comnûs ce crime soit par la puissance de Solre-Seigneur Jé»us-Christ livré à Saian pour mortifier sa chair, afin que son âme soit sauvée au jour de Notre-Seigneur désus-^hriit. Voilà toute la rigueur de TEglise , puisqu'on retranche de la communion le membre gâté, et outre cela qu'on lui lait èeutir une vengeance telle que pouvait être celle que Satan, à oui on le livre, exercerait sur lid, soit par quelque maladie, selon qu'on voit souvent dans TEcriuire qu'il y eu avait, dont le ilémoD était fauteur, soit par d*autres moyens dont il n'est jH (Question ici. Voilà donc la double rigueur de Ejflise : rexcoromunicalion et la peine sensible; lais néanmoins c'est une rigueur qui tend à la misé-
ricorde, puisque la chair n'est affligée qu'aliu de sauver TespriL
Telle fut la semence de saint Paul, qu'il prononça, oottiiie U dit lul-incnie, le cmur urré et avec beau^ coup de larmes {il Cor. ii, l). C'est ainsi qu'en doivent user les pasteurs de rEglise, lorsiiu'iL» sont contraints par la charité à se 8cr\'ir du pouvoir que Jésus-Christ leur a uiis en maiu pour humilier les liccheurs superbes. A cette sentence a|)ostolique, Pinoeslueux conçut un t> I regret de sou crime , et fut icllement ouuv do douleur, qu'on craignit qull no tombât dans le désespoir. Aassi l'Eglise de Corinthe adoucit la peine de œ pénitent; noo-aealement elle e4i abrégea le temps, mais encore elle en diminna le
avait usé {lbid.,vcrs. G). Et te saint apôtre attendri :
Cest assez^ dit-il (Ibid., vers. 5) , que le coupable ait subi la correction qui lui a été faite par plusieurs ; c'est-à-dire pur la multitude et uar l'Eglise assemblée. Après donc avoir ainsi raliflé l'indulgence que les pasteurs de l'Eglise avaient accordée devant totii le peuple, selon la coutume de oe temps , il ajoute : Loin diminrouver le pardon que vous avez accordé au coupable, je soukaile au contraire que vous U traities de plus en plus iwec indulgence et que vous U consoliez, de peur gu'i/ ne soit accablé par un excii de tristesse (/Ml/.). Tel est le pardon apostolique; voilà ceux qui sont jugés dignes par saint Paul de l'Indtdgence de l'Eglise. Ce sont ceux qu'on voit tellemeut pressés des douleurs de la pénitence, qull est à erafndi*e qu'ils n'y succombent; et c'est pourquoi saint Paul n'use plus envers ce pécheur d'aoouu reproche; il n'a plus que des paroles de oonsoUtion« de charité, de douceur. Ce que vous avez o/ceotéL dit-il, je raccorde ausù; et sij^use tuoi-méme sTinduL gence, c'est à cause de vous, en la personne de Jésus- Christ, afin que Satan ne nous trompe pas, ei nVmporte rien sur nous, car nous n'ignorons pas ses pensées, et nous savons qu'il se prévaut de tout (U Cor. 11,40,11).
Bossuei cite encore comme exemple d'indulgence, celle de l'apôtre et évangéliste saint Jean.
f Elle est célèbre daus Thistoire ccdôsiastique. Tout le monde connaît le jeune homme que saîiit Jean, en revenant de son exil de Patluuos, avait converti et ronllé à l'évéque qui lui donna le baptême, et ensuite, pour le mieux garder , le scean du Seigneur, c'est-à-dire , b conlTrmaiiou. Ce jeiitic homme, entraîné par les plaisirs et les mauvaises compagnies, se plongea peu à peu dans le disnrdre, Jusqu'à devenir eiiMn capitaine de voleurs. Le saint apétre revenu à Ëpliésn, fut assez longtemps sana retourner à la ville où 11 l'avait laissé, et y ayant été rappelé pour y régler les affaires de l'Eglise, il les commença |>ar redemander à l'évéque le ^acré dépôt qu'il lui avail confié. L'évéque lui 'répondit en soupirant que le jeune homme était mort; et le saiot^ qui savait bien quelle mort les Chrétiens déploraietil, apprit bientôt qoe cette mort n'euit aiUre cliose que le crime de son disciple. Après en avoir amére* ment déptoré la perte i et l'avoir re|»rochée .an bon évéqoe, itNit cassé qu'il était, car il avait prés de cent ans» il se fait mettre sur un cheval, et en cet état, il court après sa brebis perdue, il fut bientôt pris par les cempagnoos de ce vokor , car c*étai( ce
Ift'
Je ne voudrais parque vous me dissiez que la pénitcucc enjointe par saint Paul n'était pas une pénitence canonique. Je le sais, puisqu'alors ii n*y avait pas de canons. Mais c'était une pénitence publique, hors du sacrement, réglée par la même autorité oui a ensuite formé les canons pénitentiaux. Qu'importe donc que cette pénitence fût appelée canonique ou non? Le nom n'y fait rien, dès que la pénitence du jeune Corinthien était en substance de la même nature que la pénitence canonique des premiers temps.
Dès le II* siècle, on commença à accorder aux chrétiens pénitents qui s'étaient souillés d'idolÂtrie , l'indulgence par l'intercession des martyrs qui honoraient la foi de Jésus-Christ dans les prisons publiques. Nous en avons le témoignage de Tertullien dans soD livre adressé aux martyrs. 11 leur insinue d'abord de conserver dans la prison la paix et la corrcorde mutuelle, malgré tout l'enfer. D'autant plus, ajoute t-il, que ceux-mémes qui n'ont pu obtenir la paix de l'Eglise ont continué de la demander aux martyrs dans les prisons (Ter t. adMart.<, cl): Quam pacem quidam in Ecclesia non habenies^ a martyribus in carcere exorare consueverunt. El ideo eam etiam propttrca in vobis habere et fovere et custodirc dtbetis^utsiforteetaliisprœstarepossitis. On voitcfoncque dès lorslt^s chrétiens condamnés à la pénitence obtenaient par les prières des martvrs fa réconciliation avant le temps fixé.
Cette coutume prévalut beaucoup plus dans le m* siècle, jusque-là que les novatiens et les montanisles en prirent occasion d'accuser l'Eglise de condescendance excessive (1). Mais saint Cyprien régla prudemment cette affaire, de manière qu'on ne supprima ni l'indulgence ni la pénitence. Il établit d'abord que, lorsque quelqu'un serait empêché par une incommodité, ou en danger de mort, sans avoir accompli la pénitence, on userait envers lui d'indulgence, et on le réconcilierait à l'Eglise, en ayant égard aux lettres suppliantes envoyées par les martyrs en faveur de ces pénitents (S. Cvp., ep, 12). Le saint répèle la même chose dans les deux lettres suivantes. Son décret lut conflruié par un concile d'évêques en Afrique, et par un autre à Rome (Cyp., ep. 52), sous le pape Corneille, après la fin de la persécution.
Mais quand la tempête s'éleva de nouveau contre l'Eglise, le saint ordonna un second tempérament d'indulgence pour ceux qui étaient tombés, et le communiqua au pane saint Corueilie. Ce fut ()ue, pour préparer les chrétiens à soutenir la violence de la persécution, on accordât la paix et l'indulgence à tous ceux qui, depuis le jour de leur prévarication.
qoll voulait, et il les priait avec grande ardeur de le luener à leur chef. Le jeune homme n'eut pas plutôt reconnu saint Jean que , ne pouvant en soutenir la vue, il prit b fuite; mais Tapôtre le poursuivait en lui criant : f Mon fils, pourquoi me fuyez- vous? voire salut n*est pas désespéré, je rendrai compte pour vous il Dieu, et si! faut mourir pour vous comme JésDsClirist esi mort pour nous tous, je donnerai lauii kme pour la vôtre; arrélez-vous , croyez : Jé- &oft-Cbrist m*a envoyé à vous, i A ces roots le faroiiclie jeune homme demeure étonné ; ses yeux cuûeDi attachés à la terre. A Tinstant il jeta ses armes, et flt de grands cris, versant un torrent de larmes. Puis il embrassa le saint vieillard qui accourait à lui ; et, baptisé une seconde fois par les larmes qu*U répandait, il cachait sa main meurtrière ; n)ais Papôtre la voyant lavée par la pénitence , de tout le s9n| qu>Ue avait répandu, la baisa, et ramena son dttctple à réglise où, a^'ant demandé pour lui pardon à Dieo, et s'étant afflige avec lui par des jeûnes conii^ niiels, il n'eut point de cesse qu'il ne Tout rétabli dans TEglise, avant même que de partir de cette M\\i, tant les larmes de son pénitent, mêlées avec les siennes furent eflicaces. Ainsi il donna à toute TEglise par de belles marques un fameux exemple d*une ieconde régénération et de la prompie n^surrection d*ooe tae perdue. C'est ce qu'Ëbsèbe raconte dans Mil Histoire ecclésiastique (Lib. ni , o. 7), conmio tiré du livre de saint Clément d'Alexandrie : Quel tu le riche qui u sauve ? où nous le lisons encore au diap. 42. Telle fut Tindulgence de saint Jean, où il ne faut pas oublier qu elle fut accompagnée de jeûnes, comme c'a toujours été Tesprit de rLglise. i (I) Montan fut le chef de ces réformateurs inexonblés, qui, ne pouvaul demeurer dans les bornes il'oiie la^e uMNlératlon, portent tout à roitrémîié. Cet esprU ardent et impétueux , qui à und grande npaciié joignait un orgueil encore plus grand, préleiidail que tout était corrumpu bois de sa manière «!e vivre, et qu'il n'y avait de vraie religion que <hn les gens de son parti. 11 affectait surtout, comme ont fait tous les hérétiques, d*étre un grand
Du:th»n. dks I\nLc.(;KNc:FS.
jeûneur; et, à la faveur d'une haute réputation qn'il s'acquit parmi le peuple trop crédule, il s'érigea en prophète.
Le pape Zéphyrin soupçonna avec raison qu*il y avait de l'illusion dans cet exès de sévérité : et parce que les montanistes abusaient de celle de l'Eglise, 3ui jusqu'alors avait condamné les adultères scanaleux a une pénitence de toute la vie, il voulut sagement leur ôter ce prétexte spécieux : il reçut ces pécheurs à la réc4>nciliation, après qu*ils avaient commencé leur pénitence, et leur remit le reste des
{>eines (ju'ils auraient eu à subir selon la première oi, qui avant cela avait eu toute sa vigueur dans rficlise.
Cette doacenr révolta Monlan et tont son parti : ils ne ganlèrent plus de mesure, et se séparèrent des catholiques, qu'ils appelèrent am'maujc par dérision, c*esi-à-iiire des hommes tout charnels; comme si, en pardonnant aux adultères contrits, ils avaient autorisé et permis l'adultère. Voilà donc les montanisles hérétiques déclarés; et nos histoires saintes nous apprennent que depuis il n'y a eu que des hf^rétiques qui se soient avisés de condamner les indulgences.
Teriullien, que son a^énie ardent et austère porta il naturellement a la sévérité , ne tarda guère à se joindre à Thérétique Montan; et, oubliant ce qu'il avait si bien écrit en faveur des indulgences, ii se déchaîna k son tour contre cette prétendue faussât miséricorde que l'Eglise exerçuit envers les pécheurs convertis. Le dépit et la jalousie entrèrent dans les motifs de sa réronne. Tout rempli de lui-même et des grands services qu'il avait rendus au christianisme encore naissant, il s^ flatta d'être le seul capable de faire tête aux païens, et se plaignit hautement qu'on ne reconnaissait pas ce qu'il valait, qu'on n'avait aucun égard pour son mérite , et crut ne pouvoir mieux s'en venger qu'en accusimt ainsi l'Eglise de Rome d*un relâchement scandaleux. L'orgueil a toujours fait tout ce qu'il y a jamais eu d'hé' rétiqiies dans le inondt*.
*07 INTRODUCTION. m
iravaieiit jamais cessé la péuileucet quoiqu'ils n'eu eussent pas encore accompli le leinps (Cypr., ep. 5fc).
Dans lo iv* siècle» nous avons, entre autres choses, la célèbre lettre de saint Basile è Amphiloque. Le saint, après y avoir prescrit différents temps de pénitence proportionnés à la variété des fautes, remet enfin toute TatTaire à la prudence du prélat, de manière qu*ii était libre d*abréger le temps de la pénitence selon la ferreur des pénitents (Bas. ad Amph.f can. 1k).
Ou connaît, dans le môme siècle, le deuxième canon du concile de Nicée, d*après lequel on peut dire que tous les autres conciles se réglèrent dans la suite. Dans ce concile, les Pères, après avoir ordonné que les pécheurs restent écoutaniê pendant trois ans, et dix ans protternéit remet aux prélats d'accélérer leur réconciliation, s'ils ont montré un vrai repentir. Les mêmes règlements furent faits par le concile d'Ancjre, can. 4, S, et par ceax de Néocésarée, de Laodicée et de Garthage.
Mais cette indulgence de TEglise obtenai(*elle aussi l'indulgence de la peine leroporetle dans le for intérieur ? Voilà la troisième demande gue nous devons éclairer pour cetio première époque des pénitences. Véritablement, je répète ce que j*ai dit : il ne conste pas assez par toute l'antiquité que l'Eglise ait voulu directement remettre, par les indulgences ou par l'absolution solennelle, la peine temporelle devant Dieu. Les expressions dénotent tomours la neine éternelle, mais jamais, que je sache, la peine temporelle. {Voy. Suarez, dePœn, qu. 20, dis. 59, sect. 2).En considération des satisfactions et des prières des martyrs, on accordait aux pénitents, avant le temps, la réconciliation ecclésiastique ; mais deranl Dieu ces satisfactions ne comptaient que par manière de suffrage et d'intercession (Foy. Prœlect. in i p. Sum. theoL S. Antonini, prœl. 3, n. 18). Enfin, si TEglise accordait Tindulgence extérieure, elle laissait à Dieu d accorder ou non l'intérieure, selon les dis]K)sitions du pénitent (S. Cypr., ep. 52).
Il est cependant vrai que, si l'indulgence de l'Eglise ne remettait pas par elle-même la peine temporelle dans le for intérieur, elle la supposait remise à cause de la ferveur extraordinaire du pénitent, qui suppléait à la longueur et au poids des œuvres pénales. Vous avez pu le remarquer dans les exemples dlndulgences que je vous ai cités, et il était certain dès lors que ce n'est pas le temps, mais la manière de la pénitence qui obtient de Dieu plus ou moins vite le pardon des péchés. C'est ce que dit saint Basile, après ses canons de pénitences publiques (Basil, ad Ampftî/., can. 81^).
Ainsi, conclut le savant Suarez (in m part.;D. Thom. de Pmn.^ qu, 90, disp. M, sect. 2, n. 10) : t Nous n'avons donc aucun fondement suffisant pour assurer que la rémission qu« faisaient alors les prélats fût de la même nature que cet usage des indulgences que nous cherchons maintenant, ou qu'elle procédât de la puissance de remettre librement les péchés auprès de Dieu, mais seulement les peines dues auprès de l'Eglise. » J'espère que l'autorité d'un tel théologien me justifiera auprès de ceux qui pourraient regarder cette opinion comme trop favorable aux adversaires, ayant toujours en vue d'unir Ta solidité à la niété, et la vérité à la religion.
Mais ce que je veux remarquer ici avec soin, c'est que, si l'Eglise n'entendait pas re^ mettre par son absolution la peine tenoporelle dans le for intérieur, il n'en était pas besoin. On ne donnait l'absolution ou la réconciliation que quand le pécheur avait déjà fait une pleine pénitence de ses péchés (Cyp., ep. 52), et en conséquence quand on pensait que toute la peine dans le for intérieur était déià pardonnée ex opère operantit. Si l'on abrégeait la pénitence, on n'entendait pas par là la remettre libéralement. Ou l'on supposait que le
Bicheur par la contrition en avait déià rempli la mesure (Cyp., ep. 52), ou on laissait à ieu d'eu exiger le payement entier du pécheur. L'Eglise voulait seulement ne pas nuire par un excès de sévérité, surtout à l'article de la mort, au pénitent qui, s'il guérissait, devait accomplir sa pénitence {Cône. Carth. iv, can. 76, 78; cône. Araus. t, can. 3). Cela posé, il n'était donc pas besoin que l'Eglise se servit de son autorité pour appliquer d*une manière pariiculière les satisfactions de Jésus-Christ et des saints; ce qui a lieu quand l'Eglise veut user de grâce et de libéralité, et non quand elle veut que la dette soit payée en toute rigueur de justice.
Passons maintenant à la seconde espèce de pénitences canoniquos, et renouyeloos sur elles les demandes que nous avons faites sur les premières. Outre les pénitences pubiiqiies solennelles pour les péchés publics plus graves, il y avait des pénitences pour les péchés moins grates et cachés; et comme il y avait des canons nénitentiaux pour les premières, on forma ensuite des canons pénitentiaux pour les secondes. Non-seulement il y avait une grande différence entre ces pénitences, (fans la solennité et la gravité, mais on y voit aussi une distinction très-remarquable. Nous avons vu que les pénitences publiques solennelles, ou n'étaient pas sacramenteileSy ou ({u'on ne peut prouver clairement au*eiles le fussent. Au contraire, les pénitences particulières prescrites par les canons pénitentiaux étaient certainement, sacramentelles, et en substance une partie intégrante da sacrement de pénitence.
On fixe ordinairement Torigine de ce second genre de canons pénitentiaux dans le vu* siècle, lorsque la pénitence publique solennelle tomba en désuétude avec la confession publique. Remarquez bien que je dis la publique solennelle, parce que la pénitence publique a toujours été pratiquée dans les siècles postérieurs, et nous eu avons des ins-
tructiODS de Nicolas, de Pic et d'Ëlienne, pApes (Decr. part, ii, caus. 33, qu. 2). Nous devons aussi coanattre l*aYertissement du concile de Trente sur ce point (sess. 24, cap. 8). Vovez aussi Thomassin {de Benef, part, i, 1. ii, c. 16). Ce fut donc larchevôque Théodore qui gouteroa l 'Eglise de Cantorbéry jusqu'à 690, qui compila un livre péoitential où il marqua un grand nombre de péchés, et assigna à chacun une pénitence proportionnée. Ce livre fut ensuite adopté de presque toutes les Eglises, et acquit tant de crédit, qu'au IX* siècle, au rapport de Reginon (L. i, p. 30), tous les confesseurs étaient obligés de l'avoir dans les mains (l)«
Mais il faut fair« ici une observation très-importante. Quoique la première collection de canons pénitentinux que nous ayons soit celle de l'archevêque Théodore, il y avait cepenttefit, avant Théodore, des pénitences particulières pour les péchés moins graves et cachés; car la oonfeasion auriculaire des péchés graves et cachés a toujours eu lieu ; il y a donc loqjours eu aussi ane pénitence sacramentelle pour ces péchés, puisque, outre que cette
I)éniteiice est une partie intégrante du sacrement do la confession, on ne peut imaginer que a sévérité de l'ancienne discipline laissât impuni un péché grave.
Que lit donc Théodore? ii ne fit autre chose aue de réunir dans ui\ écrit ce qui devait déjà être anciennement en usage, et y ajouter de lui-même ce qu'il crut plus utile pour les circonstances de son temps. Dans TOccident, où il vivait, précisément dans ce vu* siècle, la pénitence publique solennelle fut presque entièrement abolie avec les rites qui raccompagnaient. Ainsi |>robabiement Théodore réunit dans un seul livre toutes les pénitences publiques et particulières que les évêques et les confesseurs devaient par la suite prescrire aux pécheurs publics ou secrets.
Parla même source de ces pénitences, on distingue assez, commeje l'ai dit, qu'elles étaient pour la plupart sacramentelles. Mais on ne manque pas d'autorités qui déclarent expressément cette proposition. Dans le capitulaire de Tnéodutphe, on dit qu'une semaine avant le commeoceroent du Carême on fasse la confession au prêtre et on en reçoive la pénitence (C. SS). On voit que cette pénitence était unie à la confession, et par conséquent étcit sacramenteiie* Dans le second concile de Reims, en 818, can. 12, on ordonne aux curés d'écouter les confessions et dlmposer les pénitences selon les canons ; et au canon 16 : Epûcopi t4 preÀyieri examnmt qualiter eonfiieniibus peccata dijudieent^ et temmu oœniieiUiœ consU" iumU. Ainsi le curé devait savoir les canons et le pénitential, dit Charlemagne dans son capitulaire {Concii. Gal,^ t. II). Et pourguoi? sinon positivement pour enjoindre les pénitences canoniques, même pour les |>echés cachés au'on découvrait dans les confessions parlicalières {jet/ex les anciens Pénitentiaux ajoutes è Touvrage de Morin, édition da 1C51, p. 6-40). De même le sixième concile de Paris, en 829, can. 3&, dit : PreAyUri etiam imptriti soterti $tndio ab episcopiê iuis instruendi suni qualiter H prnniimtium peccaia dUereie inquireref eiâque congrtMm modum êecundum canonicam aucsoriiatem pcmilmiiœ noTtrini imponere. Saint Bouaventure dans son ConfessiontU (Cap. 3, partie i) présente aussi cette obligation des prêtres de savoir les canons pénitentiaux, comme un précepte ancien pour imposer les pénitences convenables. Reginon, comme nous l'avons dit, jpjrescrit à révèque de demander aux curés, en visitant son diocèse, s'ils ont imposé les [léoitences selon les canons pénitentiaux (Regin., 1. t) i Non eœ ecrde iuo^ $ed sieut im PomiitntiaB Mcriptum est. Il est donc assez prouvé, sans accumuler d'autres autorités, que les pénitences canoniques pratiquées spécialement dans les siècles du moyen âge, étaient des pénitences aacramentelles. Vous serez tout surpris de voir que je veux prouver ce que vousmême supposez comme très-certain {Traiié eiié^ n*' 146, 181, iSk) ; mais ayez encore un fieu de patience.
Maintenant il faut examiner si ces pénitences remettaient la peine temporelle dans le for iotérieur. Rappelons-nous encore que c'étaient des pénitences sacramentelles, et résolvons la question. Je dis donc d'abord qu'elles obtenaient le pardon de la peine, même clans le for intérieur. C'est expressément déclaré par le saint concile de Trente, et Topinion contraire est condamnée et foudroyée d'anathème (Sess. 14, can. 13| : Si guis dixerii pro peecaiiê quoad pmnam temporalem^ minime Deo per Ùhristi mérita êotisfieri pomû... a taeerdote injunciis,.^ anaihema sit.
Je dis, en second lieu, sur la manière, qu'elles obtenaient cette rémission, non-seulement ex opère operantis^ étant des œuvres de leur nature très-pénales, mais même ex opère operaio^ parce que c'étaient des œuvres enjointes dans le sacrement. Je le prouve.
A quelle tin emointron la pénitence ou la satisfaction sacramentelle 7 apprenons-le du saint concile de Trente. Ce n'est pas pour remettre la peine éternelle qu4 se remet avec la faute dans le sacrement ou le désir du sacrement, mais pour remettre la peine temporelle qui n'est pas toujours entièrement pardonnée dans le sacrement de pénitence {Conc. 2Vtd., sess. 6, e. 14). Or, si cette satisfaction n*avait, dit Suarez {de Sacr. Pœn,^ disp. 38, sess. 2, n* 1). aucun effet en vertu des clefs, la pénitence sacramentelle n'aurait pas plus d'efficacité que la non sacramentelle. En conséquence, à quoi bon l'enjoindre? par quelle raison, par quel motif Tappellerait-on, comme l'appelle le concile de Trente, partie du sacrenieni (Sess. 14, cap. 3) ?
(1) Voy. cliap. 3.
fil INTttODUCTtON. m
D'ailleurs, la satisfaction étant une paille sacramentelle, il convient qu^elie ait unesfgriiflcation propre et sacramentelle, comme Tont toutes les parties du sacrement. D^un autre (!iMé, les signes sacramcntaux de la nouvelle loi sont efOcaces, c'est-à-dire opèrent ce qu'ils signifient. La satisfaction dans le sacrement signifie satisfaction de peine temporelle ; elle opère donc la rémission de la peine temporelle. Donc la pénitence canoniçiue sacramentelle non-seulement remettait la peine dans le for intérieur ex opère operaniis^ mais encore ex opère opérât o.
Mais en vertu de quoi la remettait-elle ? en vertu des mêmes mérites et satisfactions de Jésus-Christ, qui s^appliquaient d'une manière particulière dans le sacrement de pénitence, et à cause desquels les péchés sont pardonnes. Le saint concile de Trente le marque nxpressëment, quand il parle de la nécessité et du fruit de la satisfaction sacramentelle (Sess. 1^, c. 8) : Neque vero ita nostra est satUfactio hœe^ quam pro peeealit nostris exeoU vimus, ul non $it per Chriiium Jesum. Nam qui ex nobit tanquam ex nobiê nihil possumut, eo coopérante qui nos confortât, omnia possumus, lia non habet homo unde glorietur, sed omnis gloriatio nostra in Christo est, in quo vivimus, in quo meremtir, m 9110 satisfacimus, [iicientes fructus dignes pomitentiœ, qui ex illo vim habentj ab illo offeruniur Patrie et per illum acceptantur a Pâtre. Ne regardez comme iniftile aucune de ces réflexions, parce que vous verrez en son temps comment toutes concourent à une même fin.
}e dois vous présenter ici une note très-importante è ajouter à la première époque des pénitences canoniques publiques et solennelles. Plusieurs théologiens ont prétendu, dit Morin (de Adm. sacr. pœn.^L i, c. 10, n. 14, 15), que même les pénitences publiques et solennelles étaient sacramentelles, contre ce que nous prétendons plus probablement avec Suarez. En admettant comme vraie l'opinion de ces théologiens, qui ne nuirait en rien à nos vues, mais au contraire les seconderait très4)ieu, il en résulte ce que nous avons dit des pénitences canoniques secrètes, savoir : que même les pénitences publiques solennelles |)ayaient la peme du for intérieur, non-seulement ex opère operantis, mais aussi eœ opère operato. Retournons à notre question.
H y aurait ici ane autre demande è faire, savoir, combien de peine temporelle était remise au pénitent par la pénitence canonique sacramentelle. Je réponds qu on ne peut assigner précisément la quantité de peine temporelle pardonnée par la satisfaction sacramentelle ; car premièrement nous ne savons pas quelle peine Dieu a fixée pour chaque péché. Nous n'avons donc pas les termes pour fixer si la satisfaction est plus ou moms grande que la peine déterminée. Secondement, la quantité de la peine remise doit so mesurer sur les dispositions du pénitent et sur les satisfactions de Jésus-Christ appliquées dans le sacrement. Mais qui peut connaître l'intensité des unes et la quantité des autres, aux- (pielles correspond le fruit plus ou moins grand de la pénitence 1 {Yoy. Suarez, de P^m., disp. M, sect. 2, n*7, et sect. 5, n" 3.) Disons donc tout simplement que les hommes ne peuvent assigner la quantité de peine temporelle remise par la pénitence canonique sacramentelle.
Maintenant nous pouvons passer à l'autre point de nos recherches, savoir si l'on n'accordait anciennement aucune indulgence de la pénitence canonique sacramentelle. El je dis que certainement on accordait q[uelque indulgence ou rémission même anciennement de la dette fixée par les canons pénitentiaux. J'appelle premièrement rémission, cette indulgence qu'accordait chaçiue confesseur à son pénitent de la rigueur des canons, toutes les fois qu'il voyait en lui une ferveur extraordinaire par laquelle il pouvait prudemment juger que le pénitent suppléait par la pénitence au cœur à la pénitence du corps. Le prêtre non-seulement pouvait, mais même devait accorder cette indulgence ou rémission, pour distribuer à chacun la satisfaction convenable, qui ne résulte pas seulement des (lénitences corporelles, mais beaucoup plus de la contrition du cœur. Le sixième concile (le Paris, en 829, Tenjoint expressément (Can. k6) : Pœnitentia vero non in multitudine aniiorufii, sedpotius in contritione cordis etcorporis est œstimanda.
Ces instructions étaient conformes à ce qu'avait dit saint Augustin {Bom. de Pœn,) : Dans raction de la pénitence^ quand la faute commise a mérité qu*onfût séparé du corps de Jésus- Christ f il ne faut pas tant considérer la mesure du temos que celle de la douleur^ parce que Dieu ne méprise pas le ccsur contrit et humilié. Ainsi l'écrivait Innocent IV à Tévèque de Livone. {Décrétai.}, v, dePesn. et Remis. , tit. 38, cap. 8.) Cet avertissement était môme mis h la tête des canons pénitentiaux, pour diriger les confesseurs prudents (Koy. Can. pan. post., m part. DecrX Si vous voulez vous en convaincre davantage, lisez le Confessionnal di* saint fionaventure (Cap. 3, part, i), où il prouve quod omnes pomitentiœ arbitrariœ sunt^ et arbitrio pœnitentialis judicis nlinquendœ.
J*appelle, en second lieu, rachat, cette espèce d'indulgence qu*on inventa dès le iv* siècle dans le concile de Gangres, et qu'on pratic^ua dans les siècles du moyen âge, par laquelle on rachetait les pénitences canoniques par d'autres pénitences plus courtes et plus faciles, surtout par des aumônes. Elle dut sa naissance a la multiplicité des fautes, à la froideur des pénitents et à l'impossibilité d'accomplir toute la pénitence canonique. Tant que, par exemple, la fornication et Thomiciile étaient des cas extraorilinaices, une pénitence continuelle de sept ans et même plus n'était ni excessive, ni impraticable; mais quand ces péchés devinrent fréquents, si Von avait voulu s'en tenir à la rigueur de la pénitence canonique, il aurait fallu deux choses : la premi^ro^ qu*uno
fl3 INTRODUCTION. iît
grande partie des cliréliens vécusseni en pénitence co&iiaucife, la* seconde (et c'était la plus difiicile), gue beaucoup atteignissent i âge de Noéou de Melchisédech pour avoir le temps de satisiaire è toute la pénitence canonique. Ajoutez que les hommes relâchés dans les vices, n'araient pas le courage de se livrer à une trop longue et trop dure pénitence. Il fallut donc que I Eglise, comme une tendre mère, se pliât à la faiblesse de ses enfant:», et leur accordât une pénitence plus douce ei plus courte. Ainsi ou ajouta aux Pénitentiaux ia manière de racheter les pénitences pour ceux qui ne pouvaient pas les accomplir avec la rigueur prescrite dans le Pénitenlial même.
Mais B*aurait-on pas pu abolir Tancien Pénitential, et en faire un nouveau plus doux ? On Taurait pu, mais les pasteurs pensèrent qu*il était bon de laisser dans sa force le souvenir des anciennes pénitences, pour qu'u fût un reproche continuel aux pénitenls froids de ces temps» et aussi afin que ceux qui le pourraient pratiquassent les pénitences selon Tancienne coutume. Du reste» quand vous lirez qu'on le fit pour attirer aux monastères de grandes aumônes, sachez que cela put arriver quelquefois par un effet de Tavidité humaine, qui souille les institutions les plus saintes» mais que ce ne put être le but do tant do pasteurs zélés et de pieux éclésiasliques qui approuvèrent et convalidèrentdans ces siècles cette espèce d'indulgence (Petr. Dam. VtL 55. Rodul, et Dom.^ c. 8, 10).
Allons plus loin. Ce genre d'indulgence, sous le nom de rémission et de rachat, obtenail'il aussi l'indulgence» dans le for intérieur» de la peine temporelle due à Dieu? Donnons une réponse qui ne puisse trouver aucune opposition raisonnable. Je dis donc que» par elle-même, eue ne diminuait pas la dette de la peine temporelle» mais elle la supposait diminuée.
Elle ne la diminuait pas par elle-même. En effet, qui accordait cette indulgence? le confesseur lui-même, selon les dispositions particulières du pénitent. Mais un simple prêtre» p^r l'autorité de remettre les uéchés dans le for de la pénitence» n'a certainement pas juridiction pour pardonner, sans la satisfaction due à la dette» de peine temporelle devant Dieu(Suarez ae Pœn.f dis. 4-9, sect. i»n. 12, et sect. 2» n. 6) ; et néanmoins il a un pouvoir particulier d'appliauer plus ou moins h son gré les satisiactions de Jésus-Christ au pénitent» et ainsi de le aécharger de la dette personnelle. Ainsi sous ce rapport cctlo indulgence ne remettait pas la peine temporelle.
Quelquefois aussi le pénitent même rachetait la peine canoniç^ue par les compensations indiquées dans le Pénitential, et le pénitent avait beaucoup moins le droit de s'absoudre lui-même devant Dieu de la peine temporelle. Ainsi, pour que cette indulgence eût valeur dans le for intérieur, il aurait fallu que l'Eglise môme, usant de sa juridiction hors du sacrement, l'eût accordée, comme elle raccorcle actuellement. Et c'est précisément ce dont il ne conste pas pour les temps dont nous parlons. Donc il ne conste pas que la rémission ou le rachat de ces siècles fût absolument la même indulgence dont nous avons joui dans les siècles postérieurs,
J*ai dit cependant qu'on supposait que cette indulgence diminuait la dette devant Dieu. £n effet» si nous parlons de la rémission employée par le prêtre, il l'accordait en vue de la contrition particulière du pénitent, et personne ne doute ((ue la plus grande intensité de douleur ne diminue aussi beaucoup la dette de la peine tem|)orello dans le for intérieur. Si nous parlons du rachat, il était employé par ceux qui ne pouvaient remplira la lettre la pénitence canonique. Que celui qui ne peut ieûner^ disaient ces Pénitentiaux, fa$$e telle et telle a^màfM. Or on ne peut nier que 1 impuissance physique el^ morale ne soit une excuse légitime au' tribunal de Dieu pour s'exempter d'une detttv quand le pénitent y supplée d'une autre manière de toutes ses forces. Cette indulgence supposait donc ordinairement diminuée la dette envers Dieu» à cause des circonstances particulières dans lesquelles se trouvait le pénitent. Encore une autre conséquence : àonv, il n'était pas besoin que l'Eglise appliquât au pénitent, hors du sacrement» le trésor des satisfactions de Jésus-Christ; le pénitent tâchait lui-même de satisfaire à sa dette» autant qu*il le pouvait» par la pénitence canonique sacramentelle.
Enfin remarquez» et rappelez-vous bien, pour ce que nous dirons par la suite, une ré- Qexion très-importante. Les pénitences publiques» solennelles et canoniques» comme nous i'avona dit» se donnaient et s'accomplissaient particulièrement pour donner une satisfaction publique à l'Eglise. Mais les pénitences secrètes canoniques sacramentelles, dont nous finissons de parler» ne se donnaient pas proprement pour satisfaire à TEglise, parce que rEglÎ6e ne demande pas de satisfaction publique pour des péchés cachés. Pourquoi donc les donnait-on ? pour la fin pour laquelle sont instituées les pénitences sacramentelles, e'est-è-dire» selon le concile oe Trente» pour servir de remède au pécheur» et pour payer ù Dieu la dette de peine temporelle qui reste au pénitent» après la rémission de la peine étemelle obtenue (tans le for sacramentel. En voilà assez sur le second genre de pénitences et d*indulgences que nous trouvons dans l'antiauité.
Entrons donc» pour ainsi dire, dans la troisième époque des indulgences» c'est-à-dire, de celles qui sont maintenant en usage dans l'Eglise. Voici sur celte époque ma proposLtion. Quand l'esprit de pénitence fut refroidi dans les fidèles et qu'ils n'accomplirent pltis les pénitences canoniques» la sainte Eglise, pnr un ^()in maternel, afin que les fidèles ne demeurassent (las accablés sous le poids de leurs dettes, comraen^ja à faire usage de celle autorité qu'elle n'avait presque jamais employée jusqu alors ; c est-à-dire cuninieuvit à
tl5 INTRODLCTION. ||G
retnetlre libéralement les pénitences canoniques, enjoignant en compensation quelque aiv tion pieuse» et satisfaisant au surplus a?ec le trésor des satisfactions de Jésus^brist et des saints. Telle est précisément la nature du trésor, qu'on ne doit l'employer que lorsque les nécessités extraordinaires et les circonstances particulières de Tétat le re* quièrent.
Cette opinion que ie tiens et qu'on doit regarder comme une conséquence légitime des faits que ]*ai rapportés et c^ue je rapporterai encore, est fort autorisée par le célèbre concile do Milan, tenu par rincom|}arable saint Charles Borromée. Bn puÛiant lejubili^ ?oici comment le cardinal s'exprime dans sa Lettre pastorale, consignée dans les actes du concile : (Acia EccUê. Mêdiol.f t. II, p. 031. Aetor. part, tu.)
m Ces moyens ( c'est-à-dire d'obtenir la rémission des péchés) sont les saints sacrements, et spécialement le baptême, que nous recevons au commencement, et ensuite la pénitence. A?ec cette âifléfence cependant que dans le baptême on donne la rémission
Elénière de tout péché et de toute peine, ce sacrement étant une représentation totale de i mort et de la résurrection de Jésus-Christ, où l'homme meurt entièrement à la rieille Tie, et renaît à une nouvelle vie spirituelle. Mais dans le sacrement de pénitence, quoique la rémission des fautes et des peines éternelles nous soit accordée» néanmoins après les fautes remises, il nous reste le nlus souvent la dette des peines temporelles, qui rend nécessaire la satisfaction, qui doit se faire par des œuvres pénales et afDictives contraires h la faute et au plaisir qu'on a pris au pécfié. C'est pourquoi anciennement» quand la piété chrétienne était plus fervente, on employait dans TEglise les longues et sévères pénitences des canons pénitentiaux pour satisfaire aux péchés, et parce qu il était très-méritoira et utile d'exercer les œuvres satisfactoires.
« Mais parce qu'il v en a peu qui s'efforcent de satisfaire et qui satisfassent dignement par des œuvres de pénitence aux fautes commises, notre très^léinent Rédempteur, par son immense charité, a pourvu h ce besoin, en laissant dans son Eghse un trésor spirituel tuestimable des mérites inOnis de sa mort et- passion, et de ceux de sa bienheureuse mère toujours vierge, Marie, et de tous les apôtres, martyrs et saints du paradis.
< De ce trésor et de ces richesses spirituelles, il a établi dispensateur universel le prince des apôtres, saint Pierre, et ses successeurs les pontifes romains, qu'il a laissé^ pour ses vicaires sur la terre, et leur a donné les clefs du royaume des deux et la pleine puissance de lier et de délier.
« Par cette divine puissance, ils ont toujours ouvert et ouvrent sans cesse ce grand trésor, en accordant pour des causes raisonnables, en différentes occasions, la rémission tantôt limitée, tantôt très -pleine, de toutes peines par lesquelles nous devrions satisfaire pour nos péchés, ou en cette vie ou en purgatoire.»
Vous voyez donc que ce n'est pas une singularité de penser ainsi; que les plus saints pasteurs et les plus sages théologiens ont pensé de même; que dans ce système les indulgences ne perdent rien d'^ leur valeur légitime. Très-bien, c'est là le plan. Mais comment me protivez-vous, dites-vous, que les conciles, les papes, les théologiens aient voulu remet Ire par les indulj^ences la peine temporelle dans le for intérieur, avec le trésor des satisfactions de Jésus-Christ et des saints? Je le prouve par les Mémoires qui nous restent de cette ancienne institution des indulgences.
Jo ne cherche pas des Mémoires incertains, je m'arrête h ceux qui sont incontestables. I^ premier document authentique que j'aie pu trouver jusqu'ici, c'est une indulgence partielle accordée par Pontius, archevêque d'Arles, h la dédicace de la basilique du monastère de Mont-Majour en 1006 , c'est-è-dire, au commencement du xi' siècle. Raml>ert abbé de ce monastère, ayant fait rétablir cette basilique, pensa, dit Mabillon, è l'enrichir du trésor céleste des indulgences : CœUsti indulgenitarum thesauro ; et si ces paroles étaient de l'écrivain même de cette ancienne relation, elles nous donneraient beaucoup h réQéchir et à examiner. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'archevêque Ponlius condescendit aux instances de Rambert, et accorda l'indulgence en différentes manières aux différents pénitents. Celui qui était condamné à une plus grande pénitence, dit l'archevèquo (Mabil., Annal» Ben.^ I. liv, n. 26 ; an. 1016) : HiCf si ad dictam ecclesiam vtnerit in die <fedieaiionis aut temel in omio, et adjutorium dedtrii ad opéra eccUsiœ^ ex parle Domini noa- Iri Jetu Chrisli^ et ex nostra sii twsolulus de lerlia parle majorum peccatortêm^ unde Mmiienliam kubel êusceptam^ usque ad ip$um diem reverlenlis onnt.Et celui qui est tenu a une moindre pénitence : El si très dies de septimana sunt ei vetati per pmnilentiam^ unum red^ dimui et, etc. Et pour ceux qui se sont confessés de péchés plus légers et en ont eu la pénitence : AbsoMmus de medietate pmnilenliœ aeeeptm usque ad unnm annum. Tel cet le document. Faisons actuellement nos réflexions.
1* On ne peut douter que ce ne soit une indulgence, quoimi'on n'y trouve pas cette expression, parce que absolvimus de pesnitenlia équivaut h indulgenliam coneedimms,
8" Il faut croire au'avant le xi* siècle ces indulgences partielles étaient en usage, parce qu'un archevêque d Arles n'aurait pas imaginé d introduire une nouvelle pratique a son caprice, et sMl l'avait fait, les autres prélats s*y seraient opposés comme k une nouveauté dangereuse.
3* Cette tndul&ênce s'accorde de la part de Jésus-Christ et de la part du pasteur. Donc le pénitent est an^ous^de la pénitence due h FEgiiseei à J^sus-Chnsi.
117 INTRODUCTIOîi. ttS
k* {je prélat, au coinmencumcnt du xi* siècle, pardonne dans Tindulgonce la peine due pour les péchés déjà confessés» et imposée par le prêtre : !llo$ qui de minoribus peccatis $unt canfessi^ ei debent pœnUentiam aeceptam... absoMmui. Donc dans Tlndulgence on remet la nëoitence sacramentelle. Mais la pénitence sacramentelle est une pénitence temporelle du for intérieur due à Dieu« Donc des le commencement du xi* siècle on prétendait remet*- (re par les indulgences la peine temporelle due pour les péchés aclueb à la justice difine.
Arançons, et h chaque pas renouvelez les mêmes réflexions.
PontiuSt évêque de Glandèves, en lOSQ» afec Tévêque Fronton , consacra Téglise de Sainte-Marie dans le comté de Sisteron. A cette occasion {An. Baud.^ 1. lyi, n. 65, an. 1039) : Fectruni abêotuiiafieÊ de omnU>u$ ptccatiê minimis ei majoribuif relaxando êcilieet pœnittniibus^ qui ad illam eccleêiam confoenirent , de tribuê diebus unum , ita ut si quia inira quaéragimia pcmiteniiœ dite mortuuM etsety censereiur abiohUus de omni peceaio quod prabjfUro confeesus eU, Absous de tout péché ? mais comment ? ce n'es! pas de la faute, parce qu^elle ne se remet pas par une absolution hors du sacremeut de pénitence. Donc c'est de la pénitence sacramentelle reçue du prêtre, auquel ils avaient confessé leurs péchés : De omm peceato yuod presbytero confesius est. Ce n'est pas assez : même de la pénitence poer les plus petits péchés : De omnibus peeeatis minimis. Mais celle-là est assurément ttue pénitence uniquement du for iuténeur. Donc ces évêques voulurent accorder iodulgence des peines du for intérieur. Cela peut-il être plus clair?
Nicolas II, en 1060, consacra quelques autels de l'abbaye de Farsa {An. Bened.^ 1. lxi, n. 82, an. 1060) : Quo fatto, inter mitsarum solemnia omnibus pœniteniibuê^ qui ibi oontmerani ei aderant^ remtssionem trium annorum feeit.
Alexandre 11, en 1070, accorda à Téglise do Lucques pour sa dédicace (Conat. Chron. lîjl. ad Catal. ponliY*., dissert. 17, n. 8 ) : t/it oeto dierum spaêio dedicaiionis memoria pera- Qereiur anms singuhs^ eoneessa indulgentia pomiientiœ.
Hais un des plus remarquables documents anciens est le suivant, qui doit avoir un grand {K>ids en cette matière. Nous avons une chronique manuscrite du monastère de Cava, dans laquelle on rapporte l'histoire de la dédicace faite par Urbain II de son église, en 109i (His$. iledie. éectes. Cavens.^ ex ms. Chronico Cavensi, apud Bolland., k Martii, n. 7, p. 336, éd. Antv., 1666, ad. an. 1098; Annal. Bened. 1. lxviii, an. iim}. Il faut y remarquer l'indulgence accordée l«r ce Pape en cette occasion : Ergo auiem illustrioft dit 1 antique écrivain, pon/t/lcû magm* fcentia fuU^ quo suni cmlestes opes divinaque mufiera terrenis aique humants iUusiriora. Eienim ad duesm Rogerium^ eœterosqueprœlatos ac principes^ universumauepopulum obortis lacrymis conversusj pontificia sumtnapotestaie utenSf Christique Domini uoerrimos ihesaurosproferens^ indulêii : ul quisquis divina ope in pœniteniiœ staiu existenSf sacrosanctas has œdes adierii anie diem consecrationis. et 'die tpao, hoc est quarto et quinto septembris^ necnon sacris diebus imnw Dominicœ et salutaris Passionis^ eam indulgentiam mereaturquam mereretur sipergerei ae rediret ad sanctum Jacobum Compostellanum. Cmteris vero anni diebus^ qui istue accesserit detoiionis eausa^ coniulit quatuor annorum ei tolidem quadragenàrum indulgentiam. Il faut taire ici deui réflexions, et vous les avez peut-être déjà faites : d'abord, l'expression employée par l'écrivain pour signifier le fondement des indulgences données par Urbain : Proferenê thristi Domini uberrimps thesauros. Voyez-vous ici le pape Urbain qui ouvre les très^abondants trésors de Jésus-Christ, c'est-à-dire ses satisfactions, pour donner les indulgences ? Mais la doctrine du trésor était donc déjà connue du temps de cet ancien écrivain, el TOUS ne la faites naître qu'au temps d'Alexandre d'Ales, c'est-à-dire, plus d'un siècle après. Secondement, le Pape accorde à l'Ëglise de Cava, pour sa dédicace, les mêmes indulgences uu'à Saint-Jacques de Compostelle. Donc avant 1092, il y avait des indulgences pour les peleriiis qui allaient au tombeau de saint Jacques et en revenaient. Vous (H>ttrriez mainienani demander quelles peines le pape Urbain veut-il remettre ici par les indulisences? Sont*ce les peines du for intérieur, ou seulement de Textérieur? Je réponds : h même qualité de peine qu'il voulut remettre par l'indulgence pléaière des croisades. Kxaminons^e : il est temps d'entrer dans le concile de Clermont, où fut accordée la première indulgence pténière.
Dans ee concile, tenu en lOOS, le même pape Urbain II accorda, pour la première fois^, rindulgence plénière à ceux qui prendraient la croix pour recouvrer la terre sainte. Il fout remarquer que ce concile était composé de 13 archevêques, Sâ5 évêques et 90 abbés. Le canon 32 porte : « Quiconque, par dévotion seulement, et non (lar des vues d'ambition et d'intérêt^ se portera à délivrer l'Eglise de Dieu de Jérusalem, qu'on lui compte ce voyage en payement de toute la pénitence. » Iter illud pro omni pœnitentia ei imputetur. El dans le discours que lo pape Urbain fit au concile, il dit {Conc. Lab.^ t. XII, p. 837): Nos auiem de misericordia Dei ei beati Peiri et Pauii aposiolorum atictoriêatê eonpsif fUte" UbuM eikristiatUs qui contra eos (les Sarrasins) armasusceperint^ et onussibi hufus pere^rina" tioniê ^ssumpserini, immensas pro suis delicits pœnitentias relaxamus. Qui autem %bi in vera pmniteniia decesserint , et peecatorum indulgentiam^ et frucium œtemœ mercedis se non dubiieni habituros. Mais ici, direz-vous, on ne fait pas mention de l'indulgence dans le for intérieur. Si vous voulez raisonner avec moi, vous verrez que c'est cette indulgence même que le concile et le pape Urbain ont principalement en vue.
Quelles pénitences remettent dans celte indulgence le concile et le pape Urbain? toutes :
1T9 INTUODUCTIO». 190
/Vo omni pamitenlia ; immensas pœnUentias. Donc Jes pénitences publiques et cachées, comme nous Tavons vu par Thistoire, étaient alors toutes sacramentelles. Mais 1 effet des pénitences sacramentelles est principalement de remettre la peine temporelle dans le for iiitëj*ieur. Donc le concile et le pape Urbain* en remettant ces pénitences, devaient aussi nécessairement entendre remettre la peine temporelle due dans le for intérieur. Je prouve celte conséquence. Si le concile et le pnpe Urbain ne Tentendaient pas ainsi, leur indulgence non-seulement était inutile, mais encore devenait pernicieuse; et de plus, au lieu a*êtrc un bienfait pour les fidèles, elle était pour eux un nouveau poids. Je le prouve. Elle était inutile. À quoi servait Tindulgence? à payer la peine du purgatoire? vous dites que non. \ satisfaire h TËglise? Mais il s'agissait pour la plupart de pénitences canoniques sacramentelles, non imposées par l'Eglise, pour lesquelles il n'était pas besoin de satisfaire à TEglise même, mais seulement à Dieu. Je demande donc encore à auoi servait cette indulgence? Elle était pernicieuse. Par cette indulgence et parle voyage a la terre sainte, le chrétien se croyant absous de toute autre pénitence, ne pensait plus à exécuter les pénitences canoniques qui lui avaient été enjointes ; il mourait dans la guerre de la terre sainte, et il portait dlans Tautre monde toute sa pénitence à payer en purgatoire. C*ost encore très-clair. Enfn , au lieu d'être un bienfait, je dis qu'elle était pour le pénitent un nouveau poids. S'il voulait obtenir de Dieu le pardon de la peine temporelle, il fallait, à votre avis, qu'il accomplit la pénitence canonique, et en attendant, pour cette indulgence de nom, il prenait sur ses épaules un nouveau poids, savoir, de passer à la terre sainte et de s'exposer à la mort et à tous les désagréments d'une telle guerre. Belle indulgence du concile de Clcrmont et du pape Urbain ! Mais voulez-vous rendre si ridicule et si monstrueuse une grâce accordée par un pape et par un concile de 328 pr^ats? non, je ne le crois pas. Convenez donc avec moi que nécessairement le concile et le Pape voulurent, par cette indulgence, remettre aux croisés même la peine temporelle due à Dieu dans le for intérieur. Ainsi l'indulgence est une grftce, autrement elle est inutile, pernicieuse et à charge. Je l'ai prouvé à l'évidence (1).
Et en effet telle était l'opinion des fidèles qui allaient à la terre sainte pour gagner l'indukence. Vous-même citez (n. 51) un passage de Léon Cassien, qui rapporte que les fidèles s'assuraient par ce moyen de satisfaire a Dieu pour la pénitence due : Certi ornnino ri^ditiy quidquid periculorum imcommodorumqtÂe subis$enij a Domino pctmtetUiœ loco swcipiendum.
Vous trouverez qu'avant Urbain, saint Grégoire VII persuada à Mathilde de prendre les armes contre l'excommunié Henri, et le lui enjoignit ; écoutez pourquoi : In remissionem pecccUorum. Or, qu'entendait le saint pontife par cette rémission des péchés qu'il accordait à Mathilde ? Ce n'était pas la rémission de la faute, parce qu'elle ne se pardonne pas sans la confession ou m re ou in voto. Ce n'était pas la rémission de la pénitence publique dans le for extérieur, parce que Mathilde n'avait pas commis des péchés publics qui l'obligeassent de satisfaire à l'Eglise. Il entendait donc nécessairement la rémission de la peine temporelle dans le for intérieur due aux péchés. Pascal II donna le même ordre et dans les mêmes termes à Robert, comte de Flandre, afin qu'il fit la guerre aux schismatiques de Liège, fauteurs de Henri ( Conc. Lab. t. XII }.
Mabillon rapporte, à l'année 1105, que l'abbé Grimoald, ayant élevé un autel à saint Clément, pape et martyr, l'évêque Gualter mit sous l'autel lu corps du saint pape, et en célébra la dédicace le xv des calendes de novembre (Anal. Bm.^ 1. lxx, n. 117, ad an. 1105). Qt^œ dies deinceps Jèstiva fuit^ et advenientibus induit a unius anni remissio de pœniieniia enmtfux/itim, et quadraginia dies de venialibus. Nous montrerons ailleurs ce que renferme la rémission des péchés véniels ; vous comprenez déjà que ce ne peut être qu'une peine du for intérieur.
De même, Goisfroid, abbé du monastère de Courlande, voulant rebfttir son monastère, obtint des évêques d'Angleterre une indulgence du tiers des pénitences pour tous ceux qui auraient contribué en quelque chose à cet édifice {Anal. Bened.^ I. lxx, n. 87, an. 1109).
Ecoutons maintenant un passage de la lettre de Gélase II , adressée aux chrétiens qui assiégeaient la ville de Saragosse en Espagne, pour en chasser les Sarrasins (Gel., ep,o; Concil. Lab. t. XII, p. 1243) : 5t quis vestrum^ accepta de peccatis suis pmnitentia^ in expeditione hac mortuus fuerit^ nos eum sanctorum meritis et totius Ecclesiœ calholicœ precious a suorum vincutis peccatorum absolvimus. Cœterum qui pro eodem Domini servitio veî laborant^ vel laboraverunt ^ etc., etc, pœnitentiarum suarum remissionem et indulgentiamconsequantur.
Ici Géiase absout d'abord les chrétiens qui mouraient dans cette sainte expéiition, des liens de leurs péchés. Mais de quels liens? de fautes ou de peines ? Ce n'est pas de fautes, parce (iue le pnpe Gélase ne pouvait absoudre sans confession les chrétiens d'Espagne. C'est donc dos liei absout
lia. Mais la pénitence sacramentelle est faite pour payer à Dieu la dette delà peine temporelle ; donc, le pape Gélase veut les absoudre de la aette de la peine contractée envers Dieu, autrement son absolution aurait été tout à fait inutile à ces chrétiens.
De plus, Gélase accorde aussi la rémission et rindulgence des pénitences à tous ceux*
(1) Voy. diap. Causes dts Indulgences.
lîl INTRODUCTION. * ïn
qui eonlribupraienl en quelque manière à cette guerre pour le service de Dieu. Mais do quelles pénitences ? n'est-ce que des publiques ? De toutes ; il n*en distingue aucune : Pœnîttniiarum siMrumremissionem eiinàuigentiam consequantur. C'étaient donc aussi des pénitences cachées. Or, celles-là n'étaient pas imposées pour satisfaire à l'Eglise, uiais h Dieu, Donc, Gélase accorde aussi Tindulgence de la peine du for intérieur due h Dieu.
Arez-vous remarqué sur quoi s'appuie le pape Gélase pour accorder l'indulgence ? par les prières de l'Eglise ? Oui, mais aussi par les mérites des saints, sanctorum merUis. Voilà donc déjà mentionnée et plus que mentionnée l'idée du trésor qu'on attribue à Alexandre (l'Aies, postérieur h Gélase II d'un bon siècle, puisque Gélase mourut en 1109, et Alexandre on 12^5. Mais c'est un Pape qui donne l'indulgence. Oui, un Pape, après les autres papes, et avec les autres papes qui l'ont suivi. Ensuite vous devez savoir que, d'après ce diplômev Pierre, évêuue de Sarragosse, publia l'indulgence au nom du Pape, et que Bernard, archevêque ae Tolède, et tous les évoques d'Espagne y souscrivirent (Conc. Lab.^ t. XII, p. 12&V).
Pardonnez-moi si je tous ai arrêté à l'examen des différentes expressions des papes au sujet des indulgences. Vous voyez mon motif. Maintenant nous ne nous arrêterons plus si souvent, parce que vous devrez faire par tous-mèmc de semblables réflexions. Eugène III, en écrivant à Louis, roi de France, pour les croisades, accorde une indulgence semblable h celle d'Urbain ; écoutez ses expressions ( Eug. III, ep. i ; ConciL Lab. t. XII, p. 1577 ) : Peccatorum remissianem et fibsolutianem^ juxta prœfati prœdecessoris (Urbani) nostri instUtUionem, omnipoientis Dei et beati Petti^ apostolorum principis, auctoritate nouis a Deo concessa^ lalem concedimtis^ ui qui tam sanetum iter dévote tncœperit^ et perfecerit^ sive ibidem mortuvs faerit^ de omnibus peccatis suie, de quibus corde contrito et humihalo confessionem suscepenl^ ohsotutiwMm obtineat , et sempitemœ retributionis fructum ab omnium remuneratore perci^ piat. Il n'est pas besoin ici de réflexions nouvelles, il me suflit que vous remarquiez toujours de nouveaux papes qui s'accordent dans l'exercice de la même autorité.
Je passe à une église particulière, pour ne pas confondre l'ordre des temps. L'archevêque de Rouen s*étant rendu, en 1156, à Argenteuil, avec d'autres évêques, pour y vénérer le saint habit de Jésus-Christ, ils remirent aux coupables des plus grandes fautes un an de pénitences enjointes, et aux coupables de plus légères la moitié de la pénitence {Syn. Rothom., 1. 1, p. 1V9]. Baronius [ad an. 1177 ) rapporte aussi d'Alexandre III, qu'ayant consacré le grand autel de l'église de Ferrare , à tous ceux qui, contrits et confessés, le visitaient : c Annam unum de crimiualibus et septimam partem venialium relaxasse. Hœc ex antiquis Ecciesiœ monumenlis. » Or, la pénitence des péchés véniels et légers n'était certainement pas publique, ni donnée pour satisfaire à l'Eglise, mais secrète et donnée pour éviter le purgatoire. Donc, en absolvant de cette pénitence, on voulait absoudre delà peine temporelle dans le for intérieur.
Le même Alexandre III confirma presque dans les mêmes termes les indulgences d'Urbain et d'Eugène (lour les croisades (Alex. III, ep. ; Coneil. Lab. t. XIII, p. 115 ). El il faut remarquer que ce Pape, dans le troisième concile oecuménique de Latran, avec l'approbation du même concile, accorda l'indulgence de deux ans pour ceux qui avaient pris les armes contre les hérétiques (Concil. Lab.j t. XIII, p. kSi). « Biennium de pœnitentia in-
{'uncta relaïamus, aut si lon^orem ibi moram habuerint, episcoporum discretioni, quibus lujus rei causa injuncta fuerit, committimus, ut ad eorum arbitrium, secundum modum laboris, major eis indulgentia tribuatur. » Ici le Pape, c'est-à-dire dans un concile œcuménique, contle aux évêques le pouvoir d'augmenter l'indulgence à proportion du travail des combattants. Donc les évêques, pour le faire, avaient besoin d'une commission spéciale do Pape. Donc ils ne pouvaient le faire par eux seuls. Et le concile œcuménique ne s'opposa-t-il pas à l'autorité du Pape? Non, un concile dirigé par l'Esprit- Saint ne s'y opposa l»a$. Mais ceux qui s'y opposent, par qui sont-ils dirigés ? Pensez-y un moment, la réponse est très-facile
Grégoire VIII, qui gouverna TEglise pendant peu de mois, en 1187, écrivit aussi à tous les fidèles pour l'expeclition de la terre sainte, et accorda les mêmes indulgences que ses prédécesseurs. J'ai réfléchi que dans sa lettre il accorde d'abord plenam criminum indulgeniiam (Greg. VIII, ep. i; Cône. Lab., t. XIII, p. eSk). Ensuite il ajoute : Sive autem supertirerintf sivemortui fuerint, de omnibus peccatis suis, de quibus rectam confessionem fecerint, impoiitœ satisfactionis relaxationem de omnipotentis Dei misericordia, apostolorum Pétri et Pauli auetoritate et nostra, se noverint habituros. De là je déduis, sans aucun doute, que le Pape a voulu accorder deux grâces distinctes, parce que, dans l'ordre et dans les expressions, il distingue deux sortes de rémissions. Il a accordé la rémission plénière des péchés, et l'iDdolgence plénière de la satisfaction sacramentelle imposée pour ces péchés : Plenam criminum indul^entiam; impositœ satisfactionis relaxationem. Mais qu'entendait-il par l'indulgence plénière des péchés? une indulg<>nce sans contrition et sans confession? Non; il ne pouvait l'entendre sans être dans l'erreur. Il a donc entendu, à mon avis, ôter toute rései-TO, même pontificale, aux péchés, de sorte que tout confesseur eût la pleine autorité d*absoudre les pénitents de toute faute. Cette réflexion est nécessaire pour expliquer les indulgences a culpa et a pmna qu*on trouve en quelques lieux, et ({ui ont embarrassé sans bujet quelques scliolastiques.
Allons plus loin. En 1215, Innocent III écrivit à tous les chrétiens pour les mêmes croi-
m INTRODUCTION. 121
sacios t et renouvela les indulgences do ses prédc'iCGSseurs» on y ajoutant ces paroles formelles {Cône. Lab,^ t* XUI, p. 906) : Cerli pariler et ifcurt, ifuod êi vere pœnitenies fwriiii^
royaiinie aes cieut eiaii accéJeree. Mais celte entrée ne pouvait être accélérée sans payer à Dieu toute la dette temporelle. Donc Innocent III prétendait çiue, par Tindulgence des croisades, les Gdèles payaient leurs dettes envers Dieu. Il accorde indulgence dans les mêmes termes (yxe les autres i^pes : Plenam $uort$m peccaiorum , de quibus veraciter corde fuerint contriti el ore confessi^ veniam indulgemu$; et in retributione fustorum salutis ceternœ pollicemur augmentum. Remarquez que pour la même œuvre pieuse, le Pane accorde l'indulgence de la satisfaction , et promet une plus grande gloire dans le ciel. Il semble qu'Innocent copiât ce sentiment dans saint Cyprien, qui promet au pénitent que, nec jam êolam Dei venitun merebitur^ sed et coronam (Cyp.* de Lapsit^ p. 45B, éd. Yen.)- Donc il croyait qu'une œuvre pieuse pouvait produire les deux différents effets de satisfaction et de mérite. Je ne dois pas omettre que l'indulgence plénière d'Innocent III fut publiée dans le quatrième concile de Latran œcuménique , et approuvée par le coucilo (Concil. Lab., t. Xlil, p. 1018).
Cette induli^nce de Latran fut ensuite renouvelée par Grégoire IX, pour le même effet des croisades, et avec les mêmes expressions (Grog. ep. 8; Concil. Lab. t. XIU, p. lUl). Ce fut ce Pape qui, lors de la canonisation de saint Dominique, accorda à ceux qui visiteraient son tombeau l'indulgence d'une année des pénitences imposées : Annum unum ié injuncta iibi pœnitentia misericorditer relaxamus [Èp. 1\ Concil. Lab., t. XIII, p. 11(0).
Je pourrais ici parler de l'indulgence de la Portiuncule, contre l'origine de laquelle vous Yous emportez si fort (Traité cité^ u. 1(9); mais cela ne servirait pas à mon but Quoiqu'oa ait pu dire do son origine, si vous avez quelque teinture de critique, vous devez conclure, avec les Bollandisles ( Tom. II Octob. Analect. de 5. Francise.^ part, jli, n. 87), que rindulgence de la Portiuncule existait dès le temps de saint François. C'est la conclusion que déduisent ces critiques très-érudits,a{)rès un examen long et sérieux de tous les documents (i).
Ce qui regarde mon but, c'est l'opinion qu'avait saint François que l'indulgence plénière que lui avait accordée Honorius délivrait tout à fait du purgatoire, et enverrait tout droit au ciel ceux qui lavaient obtenue. Pierre Zalfan, témoin oculaire el auriculaire, le déposa véridiquement en présence de personnes toutes dignes de foi. Ce témoignage fut ensuite légalement authentiqué par l'éveque d'Assise, et vous n'avez pas le privilège d'accuser personne de iiicnsoflge sans raisons solides. Les Bollandistes mêmes reconnaissent oe témoignage comme vrai et Gdèle, et vous n'avez pas non plus le privilège de déclarer ignorants les critiques les plus accrédités de notre siècle. Voici donc le témoignage de Pierre Zalfao (Bolland., t. Il Octob. Analect. 5. Francise.^ part, m, n. 58) : « Coram fratre Ângelo ministre, fratre Guidone, fratre Bartholo de Perusio, el aliis fratribus in loco portiunculœ» Petrus Zalfanus dixit : Quod inlerfuit consecrationi, scilicet ecclesiœ sanctœ Hariœ de Porliuncula, et audivit tune bealum Franciscum prœdicare populo coram septem episcopis, et habebat quamdam cedulam in manu, et dixit : Ego volo vos omnes mittere ad paradisum, et aniiuntio vobis indulgentiam, quam babeo ab ore summi Pontificis, et omnes vos qui veuistis bodie et qui venerint anuuatim taii die, bono corde et contrite, Iiabeaot indulgentiam fiuorum omnium peccaiorum. »II est bien étonnant que saint François voulût envoyer en paradis ceux qui ^gnaient Tindulgence plénière, et que vous vouliez les envoyer en pur- ^toîrel Pourquoi êtes-vous si cruel, vous qui n'êtes pas saint?
Il faut encore remarquer la bulle par laquelle Boniface VIII publia, pour Tan 1800, Tindulgence ulénière pour tous ceux qui auraient dévotement visité la i>asilique de Saint- Pierre, à llome. A(>rès les formules ordinaires aux autres papes, Boniface ajoute : Non toium plenam et largiorem, imo plenissimam omnium iuorum concedemui et concedimue veniam peccaiorum {Extrav. com., 1. v, de Pani$ et Remis. ^ cap. 1) (2). Que pouvait donc entendre Boniface par cette indulgence tris-pleine, sinon une indulgence universelle de toute peine dueè Dieu pour tout péché? Pourrait-on appeler indulgence tris-fleine de iouê U$ péchés l'indulgence par laquelle on pardonnerait seulement la peine exlérieure due, pour un petit nombre de pochés, au tribunal «le l'Eglise? Et la peine de tous les péchés graves, mais cachés? et la peine de tous les péchés véniels? c'est uniquement une peine du for intérieur. Et ne doit-elle pas être pardonnée dans une indulgence tris-pleine de tous les péché$t Réfléchissez encore ici que quand les pajpes et les conciles ont donné indulgences des péchés, ils n'ont pas entendu de la faute, mais de la peine dueaux péchés. Ainsi robserve en ce lieu la glose : Peccaiorum : id est pcsnarum pro peccatis ddfitarum. C'est dans ce sens qu'on emploie le mot peccato dans le second livre des Machabées (xii| 46} : Samcta el salulnu $st coaitatio pro defunctis exorare, ut a peccatis solvantur.
Entrons dans le xjv* siècle, et nous trouverons la célèbre bulle de Clément VI, pour l'indulgence du jubilé, en 1350. Là ce n'est plus par allusion ni passagèrement, mais expressément et formellement, qu'il enseigne la doctrine du trésor. En effet, après avoir prouvé an lon^ combien a été surabondante la rédemption du Fils unique de Dieu pour le genre humain, il ajoute (Extrav. com. 1. v. de Pan. et Aem., cap. S) : Qmmium ergo
(1) Yoy. l'article PoaTiu>cuLc. (t) Voy. rarUdc Sr.vTioifs pk Roae.
exmde utnec supervacua» inanis aui suptr/lua tanlœ effusionh miseratio rcddereiur, ikesaunm militanti Ecclesiœ acquisivit^ votens suis tkrsaurizare filiis plus pater^ ut sic sit infiniiuê thésaurus hominibus^ ^uo qui usi sunt^ Dei amicitiœ participes sunt effectif Quem qutdem tkeiourum non in terano repositunif non in agro absconditum^ sed per beatum Peîrum cœli rlavigerum^ ejusque suecessores^ suos in terris vicarios commisit fidelibus satubriter dispen* sandam^ et propriis et rationabilibus cousis^ nunc pro totalij nunc pro partiali remissions imnœ temporalis pro peccatis débites iam generaliter^ quam specialiter {prout cum Deo expe* dire eognoscerenij^vere pœnitentibus et confessis misericorditer applicandum. Ad cujus quidem thesauri cumulum^ beatœ Dei genitricis , omnium electorum a primo justo usque ad ultimum mérita adminiculum prœstare* noscuntur^ de cujus consumptione^ seu minutione non est Mquatenus formidandum^ tam propter infinita Christi (ut prœdictum est) mérita^ quam pro eo quod quanto plures ex sfus appXicaiione trahuniur adiustitiam^ tanto maois accrescii ipsorum cumulus meritorum. Je D*ai rien à remarquer actuellement sur cette ooctriney sinon que c'est la doctrine proposée par le Pape* qui, selon le concile de Florence, est le Docteur des docteurs : Doctoraoctorum; proposée, dis-je, comme certaine à tous tes fldèles, et qui n'a jamais été rétractée ni par un Pape ni par un concile, depuis plus de quatre siècles, mais qui a été au contraire approuvée ou tacitement, ou expressément, par les papes et les conciles postérieurs. Je dois cependant remarquer que Clément Yl entendait aussi que par Tapplication du trésor on remettait la peine temporelle due pour le péché, après en avoir enacé la faute par la confession; en conséquence, la peine temporelle due à Dieu : Nunc pro totali^ nunc pro partiali remissions pamœ temporaiis pro peccatis debitœ tam generatiteTf quam specialiter ^ vere pœnitentibus et confessis misericorditer applicandum.
Il n'est plus nécessaire ici de rap[)orter toutes les indulgences des Papes. Nos adversaires eux-mêmes conviennent que, depuis cotte époque, notre opinion sur la valeur des indul* gences et sur le trésor des mérites de Jésus-Gbrist et des Saints obtint du crédit et prélalut. Il faut cependant remarquer l'indulgence accordée par Martin Y, en 1<^18, à tous ceux qui étaient intervenus au concile général de Constance. Cette indulgence fut publiée dans la session 45, qui fut la dernière, et une des sessions reçues de toute l'Eglise : Absolutionemptenariam^ dit le Pape, semel in vita..., Similem concessionem facimus in mortis articula, A quoi le concile répondit : Placet, [ConciL Lab,^ t. XYf, p. 74d.)
Je ne veux pas non plus passer sous silence l'indulgence accordée par Pie II à ceux qui auraient combattu contre les Turcs, parce qu'il y parle clairement de rémission de toute l>éniteDce temporelle due h Dieu dans le for intérieur (ConciL Magn. Britan.^ vol. III, p. 592 ):Plenissimam omnium peccatorum suorum remissionem et veniam elargimur; ita ut pra tatisfaetione delictorum, et pœnarum^ quœ fuerant imponendoSf succédât labor itineris atquo militiœ; née saeerdos aliam pœnitentiam injungat confitentibus quiventuri sunt.
Maintenant, sans répéter davantage ce que nous avons dit dès le commencement, je vous rappelle la bulle de Léon X, par laquelle il condamne expressément les deux propositions de Luther sur les indulgences du for intérieur, et sur le trésor, conformes à vos Assertions, et tout à fait contraires aux nôtres. Remarquez que la bulle de Léon X fut reçue de toute l'Eglise catholique, et par conséquent approuvée de toute l'Eglise. Le même Pape écrivit au cardinal Gaétan, en lui exposant clairement la doctrine et la valeur intérieure des indulgences et celle du trésor (apud P. Theod. a Spiritu Sancto^^ de Indulg.^ paris 1, p. 96), et il lui signiGa que telle était )a doctrine do rEglise romaine que tous (lotvent tenir et prêcher, sous peine, pour les contrevenants, d'exeommunication de sen-< tenceportée. Sixte lY condamna aussi cette proposition de Pierre de Osroa (ConciL. t. XlXt col. 980) : Romanum pontificem purgatorii pœnam remittere non posss,. C'est encore une condamnation que doit se rappeler un catholique, comme vous vous appelez.
Passons donc au saint concile de Trente, que nos adversaires croient faroratde et non opposé à leur opiniou. Pour moi, je dis que le peu d'expressions employées par le concile sur les indulgences conQrment assez ce qu'ont dit les papes, les conciles, et ce que nous avons démontré jusqu'ici. Yous verrez maintenant combien était nécessaire la {>artie hi^^torique que nous avons prémise pour découvrir le vrai sentiment de ce concile, et poar remarquer la force de ses expressions.
Venez, auteur du Traité, examinons ensemble le saint concile de Trente^ qw suffit seul Traité cité ^ n. 1^1 ) pour authentiquer les enseignements de l Eglise représentée par lui. Voici son décret sur les indulgences : Cum potestas conferendi indulgentias a Christo Ecclesiœ foncessasit , atquehujusmodi potestate^ divinitus sibi tradita^ antiquissimis etiam temporibus iila usa fuerit , sacrosancta synodus indulgentiarum usum Christiano populo maxime salutarfm, et saerorum conciliorum auctoritate probatum in Ecclesia retinendum esse docet et prœcipii f eosque anathemate damnât qui aut inutiles esse asserunt^vel eas concedendi in Ecclesia potestatem esse negani (scss. 25 )• Faisons deux observations importantes sur ce décret.
L De quelles indulgences parle le concile? desquelles il dit qu'W/ea sont utiles eî salu*
IÎ7 INTRODUCTION. f:g
leoiporelle due è Dieu dans le for intérieur. C'est doiic de ces indulgences que le concile assure q^'tlles sont utiles^ qu'elles sont salutaires^ et qu'on doit les retenir. Je le demaïKk* encore : do quelles indulgences parle le concile? de celles qui étaient controversées do son temps parmi les hérétiques. Qui avait porté à examiner cet article* sinon Lutiier et ses disciples ? Mais Luther assurait contre la valeur des indulgences, qu'elles ne pouvaient
qu'elles sont salutaires^ quon doit les retenir. Autrement, contre qui est fait son décret? qui est condamné par le concile? Personne : puisque Xuther lui-même ne niait pas que par les indulgences on ne remit la peine canonique du for extérieur.
11. Le concile enseigne ici que Tusage des indulgences est très-salutaire au peuple chrétien ? Christiano populo maxime salutarem^ et en outre» le concile condamne et eicommunie ceux qui disent que les indulgences sont inutiles : Eosque anathemate damnât qui inutiles esse asserunt. Or, les indulgences entendues dans votre sens ne sont pas salutaires, mais pernicieuses. Donc te concile ne parle pas des indulgences expliquées dans votre sens, mais dnus le nôtre. Je prouve la mineure. Les indulgences, entendues dans votre sens, sont une pure condonation de la peine canonique dans le for extérieur; de sorte quavec dix mille indulgences, le pénitent conserve toute l'obligaliOB de satisfaire à la justice divine. Et voilà le filet tendu au pauvre pénitent. 11 travaille pour gagner Tindiilgeace, se croit absous de sa dette devant Dieu, passe à l'autre monde» et y trouve sa dette tout entière h payer en purgatoire. Donc les indulgences entendues dans votre sens ne sont pas salu* tnires ; donc ce ne sont pas celles dont parle le concile. Au contraire, les indulgences expliquées comme une rémission de peines dans le for intérieur sont utiles et salutaires. En ett'et, comme dit saint Charles Borromée dans la lettre pastorale citée : puisqu'il y en a peu qui s'efforcent de satisfaire et satisfassent dignement par les œuvres pénitmtielUi pour les fautes commises j peu paieraient dans cette vie la peine temporelle due à la justice divine. Ainsi c'est une institution très-utile et très-salutaire que celle des indulgences, par lesquelles on accorde la rémission des peines que nous devrions souffrir pour satisfaire pour nos péchés ou en cette vie ou en purgatoire.
Vous me faites une objection qui demande une réponse. {Traité cité^ n. 117. )«Lh concile dit donc que cette autorité de conférer les indulgences a été donnée à TE^Iise p«tr Jésus-Christ, et que TEglise en a usé dans les temps les plus anciens : Antiquissimis tem-poribus. Donc le concile ne reconnaît qu'une seule espèce d*indulgences , et cette espèce est celle dont l'Eglise a fait usage dans les premiers temps. Ce peu de mots exclut absolument toutes les nouveautés qui sont venues ensuite, qui n'ont en conséquence rien de commun avec la doctrine de l'Église. Or nous avons vu que, dans les temps très-ancieos, l'indulgence était une condonation charitable d'une partie de pénitence, faite en faveur de ceux qui avaient déjà rempli une grande partie de la pénitence canonique avec une ferveur exlraonlinaire... Donc le concile, quand il établit la doctrine de l'Eglise sur les indulgences, ne s arrête pas à ces nouveautés ajoutées, mais veut qu'on remonte à cette première indulgence très-simple. C'est donc la pure doctrine de l'Eglise sur cet article» c està-dire celle qu'on a eue aux temps apostoliques. »
Je commence par nier que cet antiquissimis temporibus veuille dire aux temps apostoliques. Le concile s'est abstenu, et tout exprès, des expressions définitives, et s*il avait voulu faire allusion aux temps apostoliques, c'est-à-dire à l'indulgence de saint Paul envers l'incestueux de Corinthe, il aurait dit clairement apostolorum temporibus^ comme il a fait ailleurs en parlant du sacrement de mariage {^sess. 2V). Je n'oserais pas même dire que le concile ait voulu indiauer les temps du concile deNicée, parce qu'il était facile de les fixer ; et cependant il ne l'a pas fait : et dans les citations apposées à ce décret et dédiées avec l'édition du concile au cardinal Morone, qui y eut tant de part (Venet. 1575), on ne trouve pas les canons des premiers conciles, mais bien les décrétâtes des pape^. On doit aussi être surpris que le célèbre cardinal Gaétan, qui fut un des premiers h s*opposer aux erreurs de Luther, en parlant de l'antiquité des indulgences sur lesquelles il a composé plusieurs traités, convienne aussi qu'il n*y a aucun monument certain sur leur origine. (Cajet. opucs.^ 1. 1, tr. 15, cap. i, éd. Lugd. 1562, p. 90.)
Si ps^r antiquissimis temporibus ils veulent entendre les temps du concile de Nicée, alors je dirai avec Suarez (de Sacr. Pmn.^ disp. k9, sect. 2, n. i et m ),que le concile de Trente n'a voulu prendre de là « au plus qu'une certaine conjecture pour les indulgences présentes, ou une raison probable fonaée a simili^ sur la puissance des clefs. En effet, comme les évèques remettaient les peines fixées par l'Eglise, quand ils le jugeaient expédient pour le bien des flmes, de même il est vraisemblable qu'ils remettaient aussi les ^»eine$ tixêos devant Dieu, ouand il convenait de le faire, puisque la puissance de lier et de délier par elle-même embrasse tout. En outre, parce que ces peines étant imposées non-seulement |)oiir satisfaire à l'Eglise, mais aussi pour compensation des fautes, il est vraisemblable qu'on ne remettait pas ces peines sans com|)enser par une autre voie la satisf iclion ou l«i rémission de la peine <levant Dieu. » Ainsi parle Suarez, en concluant toujours qu'on ne pout assigner aucun document certain dans ces premiers temps pour la riniiisbiun gratuii" de la peine temi)orelle du for intérieur.
Ii<j INTRODUCTION. I5C
Mon scDtiment est que par anliguissimig temporiàui le concile a voulu dire ab immemorabili, c'est-à-dire, depuis les temps les plus anciens, dont on ne peut assigner le commenrement. D'après l'histoire que j'ai écrite, il est très-certain ou*on peut avec grande raison et qu on doit le dire des incfulgences de la peine temporelle (lu for intérieur. Dès le commencement du xi* siècle, nous trouvons une indulgence de cette nature accordée par Tarcbevéque d*Arles. Mais si ces indulgences n'avaient pas été en usage beaucoup aupa* rayant, Tarchevi^que d'Arles aurait-il imaginé cette nouveauté ? Je trouve encore qu'en 868, les prélats de France (Mabillon, Annal, ffen.j 1. xxyviii» n. 7, an. 878 ),à l'occasion de la
Suerre avec les Normands, demandèrent au pape Jean, si ceux qui mouraient pour la éfense de l'Eglise dans cette guerre pouvaient obtenir indulgeniiam peccalorum. Le Pape leur répondit que oui, eosque apostoUca auclorilale absolvit. Mais de quoi ? ce n'était pas delà faute, parce que de Rome le Pape ne pouvait absoudre les soldats qui mouraient en France; c'était donc de la peine temporelle de leurs péchés. De plus les documents même apocryphes des Stations de Rome, des indulgences de Léon III h saint Suidbert, et autres sembuibles, auraient-ils obtenu foi anciennement, si on n'avait nas déjà connu l'usage des indulgences? A Rome on croyait q^u'il y avait de grandes incfulgences accordées à ceiii qui visitaient la basilic|ue de Saint-Pierre. D'anciens auteurs le rapportaient, dit Bonifaco. Mais ces auteurs l'avaient-ils inventé? non, ils citaient eux-mêmes l'opinion commune de leur temps. Et cette opinion, quand était-elle née ? on l'ignore. Et comment éta.it-^lle née ? comment s'était-elle répandue? comment la laissait-on se répandre, si ce genre d'indult^ence n'était pas connu des anciens? Voilà donc l'usage des indulgences présentes établi ab immemorabili^ ab antiquissimis Umporibus^ et on ne peut assigner le commencement de CCS temps. Voilà donc clairement expliqué cet aniiquissimii temporibus en faveur des indulgences de la peine temporelle dans le for intérieur, sans avoir besoin de remonter à cHU wemière inaulgence iris-simple de la pénitence canonique du for extérieur.
Si l'on devait regarder comme vraie l'opinion deMorin que j'ai indiquée ailleurs, savoir, que même la pénitence publique solennelle des premiers siècles était sacramentelle , elle favoriserait beaucoup notre cause. En effet, dans cette supposition, ces pénitences n'étaient pas seulement du lor extérieur, mais aussi du for intérieur ; c'étaient aussi des pénitences faites, selon le concile de Trente, à l'effet de payer le reste de la peine temporelle qui demeure au pécheur après Ta'osolution sacramentelle. Donc, quand l'Eglise remettait ces pénitences publiques solennelles, cette rémission embrassait tout ensemble la peine du lor extérieur et celle de l'intérieur. Autrement la rémission aurait été pernicieuse, à lause des raisons alléguées ci-dessus et souvent répétées. Ainsi, en supposant que antiquissimis temporibus se rapportât non-seulement aux premiers siècles, mais môme aux temps apostoliques, dans ce cas il serait très-vrai que dès les temps apostoliques l'Eglise usait de la faculté qu'elle avait reçue de Jésus-Cbnst d'accorder 1 indulgence même pour la peine temporelle due à Dieu. Je n'aurais pas de difficulté à accorder que les auciermes (léiiitences solennelles étaient aussi sacramentelles, si on me le prouvait clairement. Si je m'en suis tenu à l'opinion contraire, je l'ai fait parce que n'ayant pas de documents certains, elle m'a semblé la plus probable, et d'ailleurs je n'ai pas voulu embrasser une opinion trop favorable, que les adversaires pouvaient aisément me contester* Mais si ceJa >OQsfait plaisir, je veux bien admettre cette opinion si utile à ma cause et destructive de la f ôtre.
Vous voyez par tout cela qu'il est très-faux que le concile ne reconnaisse que l'indul t^ence de fa peine ecclésiastique. Ou le concile iiarle de l'indulgence en général, cl alors il en comprend les deux espèces, parce que toutes les deux descendent de la seule puissance des clefs; ou il a voulu parler d'une seule, et il est très-évident qu'il a voulu parler (le l'indulgence du for intérieur. Répétons-le : à quoi bon faire un décret si étendu en faîeurde Findulgence des peines ecclésiastiques, si personne alors ne contestait à l'Eglise
< elle autorité ? pourquoi supposer ces inepties dans un concile universel ?
fc vous ai satisfait en expliquant au long une seule phrase du concile ; je crois donc Avoir droit de vous interroger aussi, et de vous demander l'éclaircissement d'une autre l'iirase du concile au sujet des indulgences. Le concile dit (sess. 21, cap. 9j : Ut tandem cœlata hos ab ecclesia thesauroi non ad quigstum^ sed ad pietatem exerceri omnes intelligant. Ainsi le concile appelle les indulgences trésor céleste^ que i'Fglise dispense. Je voudrais (ioQc que vous m'expliquassiez comment on peut, dans votre senliment, appeler avec euctitude les indulgences un trésor céleste. Pensez-y, et en attendant je vais vous montrer totument nous pouvons appeler avec exactitude les indulgences un trésor céleste.
Ou'est-ce qui constitue la nature d'un trésor royal? c'est une réunion de toutes les richesses superflues du prince ; elles sont gardées par les plus fidèles ministres, et dispenses uniquement d'après les ordres du prince ; enlin on les réserve pour les besoins les lias pressants et les plus extraordinaires du royaume. Or, toutes ces choses conviennent I récisément au trésor des indulgences expliquées selon notre opinion. Remarquez-le bieij. 1^ est là que se réunissent les satisfactions surabondantes de Jésus-Christ et des saints ; ce w*'sor est conservé par les premiers pasteurs de l'Eglise, et ils ne le dispensent pas sans
< <jrUre du vicaire de Jésus4lhrist ; enfin l'Eglise se sert de ce trésor dans les plus pres- "^iiU besoins de ses sujets pour payer leurs dettes à la justice divine. Si le concile a em- )MO}é cette phrase dans notre sens, il n'y a pas de doute qu'il a parlé avec beaucoup
151 INTRODUCTION. i:»S
d' exacliludc, il n'y a pas de doute qu'il a coufirmé en môme temps rancienne doctrine du trésor des indulgences.
Ecoutons maintenant comment vous expliquez cette plirase du trésor céleste dans YOlre opinion. Mais quoil je vous vois embarrasse, ou ne peut connaître où commence votre démonsiration. Et en effet, je ne sais comment vous pourriez en sortir; car, dans ros indulgences, aucun amas & richesses ; donc vous n'avez aucun trésor proprement dit. Vous n'avez qu'une faculté de remettre la peine canonique extérieure ; mais une ilMUilté n*est pas un trésor; mais condoner une peine n'est pas un trésor. Je cherche dans vos indulgences ce trésor céleste, el'je ne le trouve pas. De plus, quand il ^aurait un trésor, je ne vois guère comment vous pouvez rappeler céleste^ sinon dans une signification éloignée, parce que la faculté de condoner la peine canonique extérieure a été donnée à l'Eglise par autorité céleste; c'est-h-dire par Jésus-Christ. Pour nous, au contraire, nous l'appelons f^/esl« sous tous les rapports possibles : céleste ^ à cause de rautonté céleste qui l'a institué; céleste f h cause des mérites de Jésus-Christ et des saints qui y sont réunis ; céleste enfin à cause de la céleste valeur qu'il a de payer même la peine due dans le ciel, et d'ouvrir plus tôt les portes du ciel, voilà une manière exacte de parler ; voilà une parfaite conformité de mots a? ec les phrases employées pçr l'Eglise ; voilà une explication naturelle du concile, sans contorsions et sans violences. Maintenant je comprends pourquoi dans les qiiestions proposées sur les indulgences par Térôgue de Modène, et que vous citez avec le bon père Sarpi {Traité cité^ n. 116), on n'a fait aucune mention ni do la valeur, ni du for intérieur, ni du fondement du trésor. Ni l'évèque de Modène, ni le concile ne 1 )en$èrent que ces deux points pussent être mis en question. On suppose le trésor véritable, on doute seulement de la nécessité d'une partie, savoir, des mérites des saints. On regarde comme très-certaine la rémission des peines imposées par le confesseur, et par conséquent des peines du for intérieur; on doute seulement de la rémission des autres peines non jointes oans le sacrement. Je suis très-obligé au père Sarpi et à vous de cette notice, </ui, comme vous le voyez, est très-favorable à mon dessein ; et je m'étonne toujours plus que vous ayez pu croire le concile de Trente favorable ou indifférent pour vous.
Vous devriez savoir que le très-savant cardinal Stanislas Osio fut un des légats du Pape assistants au concile de Trente ; il était par conséquent obligé de savoir ce qu'entendait le concile par cette phrase du trésor céleste, et n'aurait nas publié une doctrine différente de celle du concile même. Ecoulez donc comme il s'explique sur cet article, dans un de ses ouvrages intitulé « Confessio catholicœfidei Christianœ^ ch. 48, de satisfactionet^Ex kac itaque superabundantia meritorum et sattsfactionum Christi et sanctorum rjus^ hoc est capitis et corporiSf pendei et constat indulgentiarum thésaurus; cujus dispensalio cum ad alios epi^ scopos^ ium ad summum ponti/icem prœcipue pertinet^ qui totius Ecclesiœ sub Qirtsio
cnpitecapui est^ cui Christus ipse pecutiariter tlaves regni cœlorum commisit Effectua
ergo $ive fructus indulgentiarun. hic est^ quod per eas t7/tus, quœ fU per opéra pœnitenticr^ et per sacerdotem alicui in sacramento pmnitentiœ tnjungitur et prœctpitury satisfactionis fU remissio sive condonaiio. Quoniam foero per injunctam satisfaetionem , quam vere pœnitens exsequiiurf solviiur et auferiur pana temporaiis , quœ peccaio, quod patratum est , ex jusHtia dtbetctr divina ; consequens est per indulgentias teluti saiisfaetorias pmnas ( tantum emim ralenif moéh^ digne ac reete adminislreniur et acquirentur) tantumdem remitti pœnœ iewuso^ ralis apudjustitiam divinam quantum apud eam ipsœ^ quas aliquis acetoil, valent inaul-gentiœ, » Pouvait-on exprimer plus clairement la doctrine du trésor et de la rémission de la peine temporelle du for intérieur en vertu des indulgences, oueue l'a fait ce célèbre légal du Pape, qui eut tant de part au concile de Trente, et qui devait connaître le sentiment des Pères de ce concile snr les indulgences ? Et si ces Pères n'avaient pas été du même avis, le cardinal Osio aurait-il osé publier cette doctrine au nom d'un synode i et dédier l'ouvrage qui la contient au Pape Grégoire Xlll , comme on le voit par l'édition de Venise, en 1373?
D'après le concile de Trente, il est inutile de rapporter d'autres explications des papes et des conciles sur la valeur des indulgences et du trésor. Vous trouverez toujours les mêmes phrases, la même doctrine, le même usage ; de sorie que nous pouvons assurer
aue« expressément ou implicitement, depuis plus de huit siècles, la doctrine dés pa^ie^et es conciles sur les indulgences a toujours été conforme à la nôtre. J'ajouterai seulement un fietit nombre d'autorités : Pie V condamna ce sentiment de Baïus et et de quelques docteurs de Loovain : Solius Christi satisfactionibus remitti pmnam temporalem^ sanctorum autem passionibus offerriDeo^ ut Deus tllorum intuitu appUcet nobis mérita Christi. Celte co'id^mmation fut ensuite confirmée et renouvelée par urégoire XIII (Bellarm., de /nif., t. I, cap h).
Vous avez déjà pu voir, dans le long passage que j'ai rapporté de la lettre pastorale de saint Charles Borromée, quel fut son sentiment et celui de son célèbre concile de Milan, conformément aux décrets du concile de Trente.
Benoit XIV a été un des derniers, et, de l'aveu commun, un des plus savants papes* Lisez sa soixante*et*unième constitution. En y amplifiant pour les évêques la faculté d'accorder ('indulgence plénièro fit articula mortis, il répète la doctrine de Clément VI, relativement au trésor. Voici ses paroles : Cum in Ecclenia immensus et inœstimabilis existât thésaurus spiritualis, ex infinitis constans satisfactionibus passionis H mortis Domini Jesu Chri$ti^
i^ INTRODUCTION. iHi
AC prœterea ex mtrUis H satitfactionibus gloriota Virginis Geniiricis Dei Maria ^ omnium-
Îm tanctorum ei electoruttif cujus ihesauri dispensaliônem Salvator noster B. Petro aposlo^ arum frincipij ejusaue in perpetuum suceessoribus tradidit. De là je conclus avec raison que depuis Clément Vljus<)U*à nous, la doctrine du trésor a élé universellement adoptée
Rr les papes, qu*eHe n*a jamais été rejetée f)ar aucun concile, que plusieurs au contraire Dt enseignée, ou supposée, ou du moins indiquée.
Dans la même constitution vous trouverez , page StMO, la manière prescrite par le même Pape pour donner l'indulgence plénière m articula moriisy et dans les prières qu'on doit réciter sur le malade, vous verre/ : Per sacrosancta humanœ reparationis myslerin remitiat iSfi omnipotens Deus omnes prœsentis et futurœ vitœ paenas , paradisi portas aperiaty et ad gaudia gempitema per ducat» Voilà donc ce qui confirme encore la valeur des indulgences pour remettre toute peine temporelle due à Dieu, et elle est confirmée par un Pape qui en prescrit la pratique à tous les évêques pour l'avantage commun des âmes* Ainsi , depuis
cependant j'ajouterai encore à cette autorité celle des théologiens.
Auparavant, j'éclaircirai un article sur lequel vous et quelques scholastiques avez été emtMrrassés sans motif raisonnable. On demande : Les indulgences sont-elles une |)ure réffiission de la pénitence enjointe dans le for sacramentel, ou une amplu ondonation de toute peine temporelle due à Dieu? Avant que de dire ce qu^elles sont, j'établis ce qu'elles peuvent être, et je dis qu'elles peuvent être une ample condonation de toute peine temporelle due en toute manière à la justice divine. D'après les princi(>es établis dans la première partie, la réponse ne peut-être rejetée. Le pape et l'Eglise, en vertu de la puissance des cleiTs, ont juridiction hors du sacrement sur les peines du for intérieur. Ils peuvent donc les remettre toutes, et dans tous les cas, et de toutes les manières. De plus, s'ils peuvent eondooncr les peines dues à Dieu et fixées dans le tribunal de la pénitence par un juge légitime, tel que le confesseur, ils peuvent à plus forte raison remettre celles qui sont à in vérité dues h Dieu» mais non fixées à un autre tribunal juridique. D*aitleur$ le trésor des mérites infinis de Jésus-Christ peut satisfaire h toute dette de neinc temporelle contractée envers la justice divine. Donc le Pape et l'Eglise ont dans ce trésor de quoi compenser tout droit de la souveraine justice, acquis de quelque manière que ce soit sur les personnes de leurs sujets. D'après les principes déjà démontrés, on ne peut nier ces conséquences.
Or le Pape et l'Eglise, par les indulgences, absolvent-ils véritablement le pénitent de toute iieine temporelle, ou seulement de celle qui lui a été enjointe dans le for saiTamcntel? C est une question de fait, et pour la résoudre, il est clair qu'il faut s'en tenir è l'intention du Pape et de l'Eglise, qui accordent les indulgences. La solution est donc trèsfacile : il suffit d'eiaminer les expressions des indulgences, et de les expliquer selon Ic^s principes cemmuns. Ainsi lorsque l'induit exprime ouvertement l'indulgence de injunctÎM pmniteniiiêf deê péniteffices enjointes (Bellarm., delndutg^^ i. i, c. 7), il est clair que l'indul-
Seuce ne s'étend pas aux pénitences non enjointes, parce que, lorsque celui qui accorde istio^ue, nous devons aussi distinguer. Quand l'induit exprime ouvertement indulgence de tfijimclM, aut injungendisy seu atias quomodolibet debitis pœnitentits : des pénitences enjointes f ou à enjoindre^ ou dues de toute autre manière ^ il est clair que Tindulgenco embrasse toute espèce de peine temporelle, parce que, lorsque celui qui accorde étend In eoDcession, nous ne pouvons la restreindre. Quand 1 induit assigne une indulgence omnium pecealortifn, il est clair qu'elle comprend toute peine temporelle de tout péché, ou enjointe, ou h enjoindre, parce que, quand celui qui accorde ne distingue pas, nous ne devons pas distinguer. Enfin quand les expressions des indulgences sont douteuses et sujettes à plusieurs interprétations, il est clair qu'on doit les interpréter amplement, parce qu'on doit interpréter les privil^es dans le sons le plus favorable. Je le répète, la décision est si palpable, h cause des axiomes communs, que je suis surpris que quelques scholastiques aient empiové bien des pages à traiter une question dans laquelle la pcolixité ne peut servir qu'à obscurcir sa clarté naturelle. Ainsi chacun peut résoudre la question que l'on fait, si les indulgences présentes délivrent de toute peine, ou seulement de la peine enjointe. Il a*jr a pas de doute que d'abord les papes et les conciles n'entendirent nélivrer que de la peine eniointe; leurs expressions le montrent évidemment. Comme les indulgences furent tut>stiiuees aux pénitences canoniques, ainsi que nous l'avons montré dans la partie historique , alors la phrase ordinaire des induits était de injunctis peenitentiis. Ensuite on a oublié les pénitences canoniques, et les papes ont changé cette phrase et employé des expressions génériques et universelles. Donc présentement les indulgences absolvent de toute peine temporelle due à tout titre à la justice divine.
Venons-en maintenant à l'autorité des théologiens qui nous sont favorables. Il serait inutile que je rapportasse le sentiment d'Alexandre d' Aies et d'Albert le Grand. Vous ne doutez pas de leur opinion {Traité cité^ n. 73) ; mais seulement vous en abusez pour vous en motfuer. Vous dites qu'Alexandre commença h douter, et que les scholastiques sur sou doute urinèrent une thèse. Il me suffit de vous dire que le doute d'Alexandre ne tombait
Jias sur la valeur des indulgences dans le for intérieur; il sup(>osait même cette valeur Alex. Halens., ly part. Sum., qu. 23, mcmb. 3 et 6); mais il cherchait la source de cette
135 INTRODUCTION. ISO
c^mdonalion. Il trouvait aussi la source des indulgences, .savoir le trésor des satisfactioiode TEglise. Maïs comment fait le Pape {]our rappliquer? Voilà où commence le doule trAlexandre, * '^" j----. .1 j^:. *. ^^ »x:^„
ce doute
celui qui , , ^ .
doute était sur la manière d'exprimer Tapplication du trésor, voulant conserver inviatttble
cette formalité : Aut Deus punit^ atU homo.
Ce que vous devez remarquer, c'est qu'Alexandre et Albert étaient presque contemporains , tous deux chois de deux écoles alors fameuses ; et cependant tous les deux avaient ces idées sur la valeur des indulgences et sur le trésor. Etait-ce par hasard, ou d'après Ls leçons do leurs maîtres, qu'ils s'accordaient ? Vous pourrez le chercher, si vous le voulez; c'est peu important pour mon but.
Mais où laissons-nous saint Bernard, qui a précédé d'un siècle entier ces deux célèbres docteurs? Quoi ! saint Bernard a-t-il soutenu la doctrine du trésor? Je ne le dis pas, mais je dis seulement qu'il a clairement indiqué la valeur des indulgences pour le for intérieur. Lisez sa Uiire aux croisés pour l'expédition de la terre saÎTile : « Dieu est bon, dit le saint {ep. 363, n. k^ S), il veut être regardé comme débiteur, pour donner à ses guerriers la paie, l'ifidulgence des péchés et la gloire éternelle. Heureuse donc la génération qui existe dans un temps si riche en indulgences, dans cette année de paix avec le Seigneur et do vrai jubilé ! » Ici on ne peut avoir le moindre doute que le saint ne parle d'une autre indulgence que celle du for intérieur, puisqu'il parle d'une indulgence dfevant Dieu, et ne
qut VOUS aurez confessés avec un cœur eontrii. Ici le saint promet l'inJulgence de tous les péchés. Mais comment ? de la faute ou de la peine ? Ce n'est pas de la faute, parce qu'il veut qu'elle soit d'abord effacée par la confession ; c'est donc de la peine, et de cette peine qui reste après que la faute est effacée dans le sacrement, c'est-à-dire de la peine temporelle du for intérieur.
Voyez maintenant l'incomparable saint Thomas, que vous appelleriez avec compassion arabe, et que j'appellerai dévotement saint et docteur de l'Eglise. Il conGrme une bonne partie des raisons que j'ai présentées ailleurs en faveur des indulgences. Voici les sentiments de ce saint ( in isent. dist. 20, qu. 1, art. 3, quœstiunc. 2 ) : « Quelques-uns disent que les indulgences n'absolvent pas de la dette de peine qu'on mérite en purgatoire selon le jugement de Dieu, mais absolvent de l'obligation imposée par le prêtre au pénitent pour une peine quelconque, ou de celle h laquelle il est tenu par les statuts des canons. Mais cette opinion ne paraît pas vraie, d'abord parce qu'elle est expressément contraire au privilège donné à Pierre que ce qu'il remettrait sur la terre serait aussi remis dans le ciel: ainsi la rémission qui se fait quant au for de TËglise, vaut aussi quant au for de Dieu. D'ailleurs l'Eglise en donnant de telles indulgences causerait plutôt du tort que de l'utilité, parce qu'elle remettrait à des peines plus graves, c'est-à-dire à celles du purgatoire, en absolvant des pénitences enjointes. Et c'est pour cela qu'on doit dire qu'elles valent et quant au fur de TEglise, et quant au jugement de Dieu, en rémission de la peine restée après la contrition, la confession et l'absolution, soit enjointe ou non enjointe.
« La raison pour laquelle elles peuvent valoir, ajoute le saint {Sup.j m part., qu. 25, art. 1 ), c'est l'unité du corps mystique dniis laquelle plusieurs ont fait plus de pénitences que ne l'exigeait la mesure de leurs dettes, et ont souffert patiemment beaucoup de tribulations injustes, par lesquelles ils pouvaient expier beaucoup de peines si elles leur avaient été dues; et ces mérites sont en si grande quantité qu'ils excèdent toute la peine due h ceux qui vivent maintenant, et surtout à cause du mérite de Jésus-Christ, qui, quoiqu'il opère dans les sacrements, ne renferme pas néanmoins dans les sacrements son eflicacité, mais par son infinité excède Teflicacité dos sacrements. Or nous avons dit plus haut, que l'un peut satisfaire pour l'autre. Les saints, dans lesquels se trouvait la surabondance des œuvres de satisfaction, n'ont pas fait ces œuvres déterminémenl pour celui qui a besoin de rémission, autrement il obtiendrait le pardon sans aucune indulgence; mais ils les ont faites en commun pour toute l'Eglise, comme l'Apôtre dit qu'il accomplit ea quœ désuni passionum Christi m corpore suo pro Ecclesia, à laquelle il écrit ( Colos! i ). Ainsi ces mérites sont communs à toule l'Eglise. Or les choses qui appartiennent à toute la multitude sont distribuées è chacun de la multitude selon la volonté de celui qui préside à la multitude. Ainsi, de même que quelqu'un obtiendrait la rémission de la peine, si un autre avait satisl'ait pour lui, la inèmé chose arrive quand la satisfaction d'un autre lui est départie par celui qui en a le pouvoir. »
Saint Bonavciiture a été encore un autre docteur insigne de l'Eglise. Mais pour ne pas
ita ui major iaxeiur in minorem^ cujus residuum mérita Ecclesiœ salisfaciunt. Je veux seulement vous avertir qu'il dit aussi que les indulgences entendues de la seule peine du for extérieur ne seraient pas une grAce, mais une vraie tromperie : Si relaxant^ ita quod Deut
\9l INTRODUCTION. 158
non rflaxcl^ potius dcceptio quam relaxatio vera judicandà est : ci potiut crudelitaê quam nielas dicipottst^ dum minuendo hic pœnUenïiam in futur o ad graviora trahit iupplicia* Voilà comme il explique la grâce de vos indulgences.
Je passe à saint Antonin. Je ne veux pas accumuler rautorilé de tous les tliëologiens, mais seulement citer les plus célèbres et les plus savants. Vous observerez, en passant, que I opinion de ce saint était que, dans les premiers siècles, il n'y avait pas de mémoire cer* laine des indulgences actuelles (S. ÂntonîDM^i^^.f part, i, tit. 10, rap. 3, de Indulg.) : « De indulgentiis nihii expresse habemus in sacra Scriptura, quaravis ad hoc inducatur islud Apostoli {It Ct>r. li) :Si quid donavi propter vos in persona Christi^ nec etiam ex dictis antiquorum doctorum, secf modernorum. Dicitur tamen Gregorius imposuisse indu!-
Jentias septennes in stationibus Romœ. Et quia Ecclesia facit hoc, et servat, non est creendum quod erret. Sciendum autem quod non valent ad remissionem culpff» quam solus Deus remiltit auctoritative, sed valent ad remissionem pcensô debilœ pro peccatis, seu solationem quœ fit de thesauro Ecclesiœ. »
Selon mon sentiment, la doctrine du cardinal Gaétan est admirable, ei elle Test d^antant plus, que vous le comptez parmi vos partisans. Il établit, dites-vous, avec Solo ( Traité cité^ n. 120), que les indulgences ne sont autre chose qu'une rémission des peines eano* niques erqointes. Qu*^ a-t-il de faux dans votre assertion? ce mot autre chose ^ parce que le savant Gaétan soutient véritablement que les indulgences sont une substitution des nénilences enjointes, mais il prouve en même temp que c^est pi^cis(^ment pour cela qu'elles deviennent une rémission de la peine temporelle due à la justice divine. Son opinion est donc directement opposée à la votre. Mais comment donc le citez-vous en faveur de votre parti? parce que vous n'avez pas lu le cardinal Gaétan. Lisez-le donc maintenant, et re- «DArauez comment ce célèbre Dominicain touche tous les points doctrinaux que nous avons établis dans la première Partie» et pour Tindulgence du for intérieur, et pour Te fondement du trésor céleste :
« Quoniam certum est, omni hoc attestante Ecclesia, indulgontias succedere loco injuncta* rum poenitentiarum : consequens est quod idem est effectus indulgentiœ, qui erat futurus effectus injunctœ satisiactionis pœnitentialis. Constat autem ouod per injunclam satisfactionem pœnitentialem digne exsecutam soivitur pœna temporaiis pro actuaii peccato débita apud divinam justitiam (hoc enim universalis crédit Ecclesia}. I^itur per iudulgenliam Joco satisiactionis succedentem, si veraciter ac digne acquisila fucnt, solvetur quoque lantum de pœna temporali pro actuaii peccato débita apud divinam justitiam, quantum apud eamdem œquivalet induigentia acauisita. Et hœc ratio non egct ampliori conGrmatione : cum jam determinaium sit per Ecclesiam roiuatiam id, quod commuais doctorum opinio sentiebat : scilicet effectum indulgentiarum esse remissionem pœnae temporalis pro peccato artuali debitœ apud divinam justitiam : sed htnc sumenda est nécessitas quœsiti thesauri. Unde cousiderandum est quod remissio peccatorum, ut tota clamât Scriptura, effectus est l»assioais Cbristi : ita quod cuicunque remittitur peccatum, sive quoad culpam, sive quoad IMBoam, ex virtute |)assionis Christi remittitur. Credimus autem in higusmodi remissione, sicut et in universis viis Doraini, non solum misericordiam, sed et justitiam inveniri : misericordiam quidem in hoc quod miseriam peccatoris Christus computat quasi suam, justitiam vero in hoc, quod meritum ac passio Chrisli communicatur pcccaton, quasi peccator ipse pateretur : ut sic peccator debitum Beo solvat de suo, non per suipsum, sed per Cbristi comraunioncm acquisUo, ut patet in baptismo , in quo propterea tit plenaria pencatoruiu remissio, quia plenissime commoritur et conscpelitur Christo baptizatus. Ex quibus Ibrm<ilur talis ratio : Ad remissionem peccatorum, sive quoad culpam, sive quoad pœnam per sacrameola habendam, exigitur thésaurus aliquis, puta meritorum passionis Cbristi remanentium in divina acceptatîone; ergo a fortiori ad remissionem peccatorum quoad pœnam (antura per indulgentiam exigiiur aliquis simitia thésaurus. Antecedens patet discurrendo per sacramenta et Ecclesiœ doctrinam, quam diximus. Consequentia vero ex se satis evidens est, qaoniam omnis ratio exposcit, quod divina providentia si subjicientibus se sacramentis ordinavit, non remitti pœnam peccatorum nisi computando pœnam Christi pro bis, quibus remittitur, multo magis ordinavit, non remitti pœnas peccatorum per indulgentias nisi computando aliénas pœnas pro acquirentibus indulgentias : guandoquidcm submiltere se indulgentiis multo minus est quam submiltere se sacraraentis. Est igîtur ad ellicaciam indulgentiarum thésaurus aliquis necessarius, non minus quam ad edicaciain sacramcntoruin. m Ainsi parle le cardinal Gaétan. [Opusc. t. I, iract. 8, de Indulg. qu. i, éd. Lugd., 1562, p. 81.)
Dans la troisième question du même traité, il établit et prouve celte conclusion : Indul* gentiarum thésaurus^ satisfactionum et meritorum Christi et sanctorum thésaurus est. {Tract, 16, qu* 1.)
Ainsi tout ce que vous avez pris dans son quinzième traité sur les Indulgences n'est pas du tout en votre faveur» parce que, que l'indulgence soit une absolution de la pénitence enjointe dans le for sacramentel, non-seulement cela n*ôtepas la condonation du for intérieur, mais l'exige au contraire, selon le cardinal Gaétan, par une conséquence nécessaire et immédiate. Maintenant je vous prie de ne plus écrire sans lire. Ne voyez- vous nas que vous excitez Tindignation de vos lecteurs, et que du moins vous vous faites regarder avec compas*
DtCTIO^N. DES HpCLRRIVCFS. 5
159 IMRODUCTIOK m
sîon comme un misérable 'Cd[>îste, qui a c^oasu onsomble des pièces de âifTorottles couleurs sans ordre et sansliarmontc.
Un autre célèbre Dominicain était Dam. Soto, que Charles V choisit pour son théologien au concile de Trente. Lisez dans son livre sur le k* des Sent, la dist. 21 ; vous y trouverez la définition des indulgences en ces termes r Relaxaiio pœnœ peccafo debitœ^ quœ eâstra Maaamentum fii. Ensuite il établit la doctrine du trésor, tout à fait conforme à notre opinion. Il éclaircit encore ces deux points à l'art, t et 2, qu. i. Enfin, art. f , qu. ii« il établit einressérocnt et prouve cette conclusion : Indulgentia^ si modo causa pla adsUf ianium taUt non solum in foro Ecclesiœ^ sed apud Deum^ quantum sonat.
Je n'ai pu lire qu'on ouvrage de Pierre Soto, et c'est précisément celui que vous n'avez pas lu. Vous savez que Pierre Soto fut choisi par le concile de Trentepour soutenir la doc-. trine des indulgences. Mais vous dites qu'il établit, avec Gaétan, que les indulgences ne sonlt qu*une rémission des peines canoniques enjointes. J'ai lu un ouvrage de cet illustre Dominicain, intitulé : Institutiones ehrislianœ. Au troisième livre il jparcourt tous les arlicfes du Symbcrfe des ApAtres, et en expliquant la Communion des samts , je trouve qu'il déclare trois choses sur les indulsences : la première, qu'il existe un trésor composé des satisfactions de Jésus-Christ et des saints; la seconde, que ce trésor est distrif>ué par l'Eglise par le moyen des indulgences; la troisième, que les ministres de l'Eglise oîit reçu le pouvoir de délier tout ce qui appaVtient h la dette des péchés, par ces paroles : Quidqmd sofveris sttper ierrBm « erit solutum et in eœliâ. Il s'ensuit évidemment que Soto veut aussi admettre la valeur des indulgences pour le for intérieur: premièrement, parce que le Iréior ne peut s'appNquer à d*autre effet qu'à celui-fi, comme nous l'avons montre, puisque, pour pardonner la seule peine ecclésiastique, il n'est aucun besoin de trésor; secondement, parce que si les ministres de l'Eglise ont le pouvoir de délier tout ce qui appartient k la dette des péchés, ils peuvent donc aussi absoudre de la peine temporelle due a Dieu, puisqu'elle ai>partient aussi à la dette. Mais il faut lire tout au long le passage cité pour connaître clairement son sentiment. Le voici :
Jusii porro uii ntembra viventia recipiunt a Spiritu sancto infiuxum^ vitam et illias augmenîum : ttc recipiunt quoque a sacrificiis^ salis factionibus^ et sacramentis etiam satisfaction nemprosuis debitts^ qmbus sunt obligati; idguejuœta dispensationem eorum^ quibus Chrisiut id dtspensandum commisit... Quemaamodum ergo sacramenta^ per quœ meriiorum et satisfàetionnm Chrisii participes fimus j tradidit suis ministris distriouenda non auferens sibiy eum vellet, fotestatem ea communicandi sine mimstris, vel sacramentis : ita et thesaurum Ecclesiœ, qui sattsfactiones et mérita sanctorum continet, tradidit illis dividendum^ habens etiam eum tpse Al monte nta, eum per se sine ministris voluerit tllum dispensare. Nec enim fas est creiert terbo illo : Quidquid soheris super terram^ erit solutum et in cœlis ; aliquid torum^ per que a reatibus peccatorum soM possumus^ non commissum fuisse ecclesiarum ministris. Est autem Atc, de quo loquimur^ thésaurus satisfactionum sanctorum valde ad hujusmodi absoltUionem conducens post Christi mérita. Hinc Paulus : Quœ desunt (ait) passionum Christif adUnpleo m came mea pro corpore ejus^ quod est Ecclesia, Quare merito Ècclesia^ quœ hujus thesauri constituta est distributrix^ illum ner indulaentias distribuit : quem non ipse Christus solum, sed reliqui etiam saneti^ singulart tamen Christi dono et gratia congregarunt... Hœc est erge perjecta Sanctorum communio (Pet. Soto, Instit. clirist,, I. m, cap. 16, éd. Aug. Vind. p. OO]*.
Si Sôto soutient Quelque part que les indulgences sont une rémission des peines canoniques enjointes, cela ne détruit pas, maïs au contraire prouve aussi h rémission pour le for intérieur, comme nous Tavons vu au long en parlant du célèbre cardinal Gaétan. C'est beaucoup gue jusqu'ici nous ne trouvions pas un seul théologien estimé en votre faveur, et je vous vois fort embarrassé par la perte que vous faites de tous ceux que vous croyiez de votre parti.
Il serait inutile que je vous citasse l'autorité de Bellarmin et de Suarez. Ce sont deux théologiens qui vous oonnent un coup mortel, et vous ne pouvez vous en garantir qu'en disant que c'étaient deux scholastiques ; mais être scbolastique, c'est être logicien. D'ailleurs, comment feriez-vous pour 6ter l'estime h ces deux srands hommes, tant que nous conserverons leurs précieux ouvrages? Or le premier établit expressément ces deux propositions iBell., de Inaulg.^ 1. i, c. 7) : Indulgentiœ libérant homines a realu pœnœ^ non solum coram kctesia^ sed etiam coram Dec. Et ailleurs (c. 3) : Satisfacliones Christo et sanctis superva^ cansœ applicari possunt aliiSf qui rei sunt luendœ pœnœ temporalis. Suarez prouve aussi premièrement (aeSacr.^ disp. 50, secl. 3, concl. 1 } : Per tndulgentias quœ sunt in usu £cclesiœ remitti pmnam peccatis debitam in foro Dei. Secondement (tftja., disp. 51, sect. 3, coDcl. S| : Thésaurus Ècclesiœ ut constans ex satisfactionibus Christi, ut sic, est simpticiter nectssarius ad valorem et efficaeiam indulgentiarum. Troisièmement (tôtd., concl. 3 ) : Tke^ saurus Ecclesiœ^ prout constans ex satisfactionibus sanctorum, non est simpticiter necesstsriut ut indulgentiœ eoncedaniur, suumque kabeant effectum : postquam tamen in kot ikemuro hujuswkêdi saiisfaetiones eiiam inf^entuniur^ ex iltis quoque fU indulgentiarum eonceêsio^ ae remissio.
Vous laites beaucoup do cas de l'autorité de Haldonat {Traité citét n. iSh) ; el comment n'en feriez-vous pas? Le célèbre Arnauld^ que vous appelez avec raison ffrassd{n. 123), parce que c'était un grand jansémstef eu faisait aussi grand cas. Mais je soutiens que Mai* donat n'était pas, au Tond, et ne pouvait être opposé k mon sentiment* Maldonat dit, comme
141 LHTttODUCTKXN. U2
TOUS le r2kpporle% : ïndidjfmliag n$e tantum relaxationa pamœ aut injunctœ in sacramenio fanUentiofj atU decretœ injure ecchsiastico, 11 accorde donc que les indulgences sont aussi une réttiissîofl de la f)ein« ei^fointe dans le saerement de la pénitence. Mais^ comm^ nous TavoDS ^i taul de fols» la pein& enjointe dans le sacrement oe pénitence est une peine du Yor intérteut. Donc, selon Maldonal» les indalgeoee? sont ane relaxaiioa de la peioe tempo^ relie due à la justice divine.
L'opiuioD de Haldonat diffère seulement de la mienne en ce qu*il dit que Tiodulgence ne s*étend pas aux peines à efûoindre, mats seulement aux peines enjointes ; et je soutiens t comme je l'afi preuve « qu'elles doivent s'étendre à toute peine temporelle , quand elles ne sont pas espresséroefkl le^reintes aux seules peines enjointes* Voilà toute la différence, et -elle ne roine que aur Tinteotion de celui qui accorde, et non sur sa puissance. En consé-^ queoce, le grand Amauld luinméme, si dans sa grandeur il était un peu logicien, en embrassaul Topinion de Maldonat, embrassait en substance la n6tre. Et vous» disciple du grand Arnauid, D*en ferez-^ous pas autant?
Oui, TOUS le ferez sans doute, quand Je veus aurai encore montré que ttois grands liomnies que vous estimes, savoir, Papebrocbf Bossuet et Horin, que vous présentez comme témoins irrécusables dans votre cause, sont totalement et expressément favorables k la nôtre. Ce sera une belle démoristration de fait, après laquelle vous ne pourrez plus échapper de mes mains.
Papebioch (Ttaité dté^ n. ISS] n'admet pas les indulgences de saint Sylvestre, de ^aint Gréçoiie, de Léon HI, et d'autres semblables. Très-bien; mats s^ensuit-il qu'il soit de votre sentiment? iion certainement. Lisez tonte sa réponse au Père Sébastien, tous verrez quM( Veut seulement prouver ^ue les indulgences actuelles sont différentes dans la manière et dans la forme des anciennes, et parmi les ancienoes il ne veut pas compter celles de saint Sylvestre ni de saint Léon. Du reste, quant &.la valeur pour le fbr intérieur, et au fondement <lu trésor, non-seulement il ne la nie pas, mais il le soutient expressément comme une opi- -nion conforme am sentiment commun de VEglise. Lisez-le. fPapeb., ApoL resp. ad txhib, error,^ art. ih ac 2, i). 43, Cd. Antv. 17S8, p. 450.) Quamti$ indulgeniia oiim pa$sim implotabatur^ H conctdebfilur oceasione talium {êcilicei canonicarum) pmmceniiarum^ cnm eadem indulgentiat <amen non tanium pœnas a tacerdote^ vel a canone injunciat^ êed fuascunque eiiam in purgaiorio êohendas veraciter remiîtai^ reciius ab alHs $ie de/iniri censeo : Indmgentia eH remissio peenœiemporalis quœ post remitûonem peccatorum luenda superesi, extra satramenium fada <tb M, qui êpiritualetn jurisdictionem kabH calestem Eeclestm thetaurum dispensandi. Hoc dffinitio^ uii conformis ett r,ommuni Ecdesiœ censuif iia a S. Thoma non modo asseritur^ ted solide eiiam prohatur. Ainsi votre Papebrocb, comme vous le voyez, est devenu Thomiste.
Passons à Mgr Bessuét. L^stimez-vous? Beaucoup; parce que ( Ttaiti eUt^ n. 38} « aveo sa douceur pénétrante et son éloqueuce admirable il nous donne de précieuses leçons su^ *cet article en plusieurs endroits de ses ouvrages immortels, n Cela posé , j'espère que vous écouterez volontiers soo Catéchisme; voici ce qu'il enseigne sur les indulgences (part. 6, leçon )^ : « Dtm. Qu'est*ce que la foi nous enseigne sur les indulgences? lUp. Que l'Eglise a reçu de Jésus^^brist le pouvoir de les accorder, et que Tusage en est trôs-salutaire au peuple chrétien, ùtm. Pouruuoi les indulgences doivent*elles être regardées comme 1ressalutaires 7 Rép, Parce qu'eues sont établies pour adoucir la rigueur des peines temporelles dues au péché. Dem. Faut-il savoir précisément comment cette rigueur est mitigée? Mép. Non« il suffit de croire qu'une bonne mère, comme TËgUse, ne donne rien à ses en-* fauts qui ne serve véritablement à les soulager en cette vie et bh l'autre. Dem. Quel est donc en un mot l'esprit de l'i^lise dans ta dispensatioo des indulgences ? £/p. D'aider les hommes de bonne volonté è satisfaire à 0ieo, et de supfJéer à leur faiblesse, n Jlemar-» que% bien qu'il ne éitpae : à satisfaire à l'Eglise, mais à Dieu. Comprenez-vous bien? à Dieu. ComlimLonê : < Dem. Sur quoi sont foudées les indulgences? Hép. Sur les satisfactions de Jésue-Christ et des saints. » Ainsif dan$ le CaUehitm» de BoHueiy de cet homme immortelf ttom troylVQm encore l'histoire du trésor. Malheureux que vous iteel le paseaae même fu€re«a citez (n. 28) prouve admirablement en notre faveur. Il y dit que quand FEgliee • remet aux pécheurs quelque chose de la peine qui leur est due, cela s'appelle indulgence. » Ei cette peine qu'on remet , quelle eet-eUet « C'est cette peine temporelle que DieUf en nous remettant le péché avec la peine éternella que nous avons méritéoi exige de noua pour nous tenir en devoir. » Telle est la peine doiat il parle dans tout ce passage. C'est donc la IMsioe du for intérieur, c'est donc la peine due à Dieu. Peut-on parler plus clairement?
Enfin c'est Ifor in qui voua a éclairé, et voua en faites tant de cas, que voui le eiiez k tout moment dans votre ouvrage. Mais vous ne nous avez pas dit ce qu^il pensa de la doctrine du trésor. Je vous l'apprendrai. Il dit donc que, d'aprèe Alexandre d Aies, Albert le Grand tt saint Thomas, tous les théologiens, excepté Maironis, ont enseigné que ce trésor est lé fondement des indulgences. Mais Morin remarque que les raisons de Maironis lui parais^ sent peu catholi^ueê: comprenez bien cette expression : peu catholiquei. Voici ses paroles (Morin., deAdmm.pœn.^ I. x, c. 21, n. 15) : Po$t istos schotaêticœ doclrinœ principee peeêe^ riores emnes hune hccleeiœ theeeturumnon modo conceseerunt^ êed eiiam indulgenitee faeiendœ ftÊuéamffÊJum aze ëecmrunif unnm si forte eompiae Frondée, èfairenis; ni rationee quibne
U5 INTRODUCTION. m
a^t in thesaurum illum non mihi videntur saiis catholicœ. Disons donc dvcc Morin : Tous, ûmnes posteriores.
'ReoiArqucz bien que si Morin no parle pas de la valenr des indulgences pour le.for int(^ rieur, il aeTait néanmoins nécessairement tenir aussi celte opinion. N^dmeUait*il pas le trésor, comme nous l*aTons vu ? Hais à quoi sert le trésor, si on ne l'applique pas h payer les dettes contractées envers la justice dirine? Morin était un grand homme ;tl devait être bon logicien. Donc, en admettant la doctrine du trésor, il devait admettre la valeur du trésor pour le for intérieur. Ce raisonnement est sans réponse.
Après cette nistoire de faits, après cette suite d'autorités, je rassemble sous ui>seul point de vue tous les CIs que j*ai épars çà et là, et voici comment je raisonne : Jésus-Christ, en fondant TEglisc, a eu en vue tout ensemble le bien des Ames, et les droits de son divin Père. Ainsi il a voulu que les fidèles eussent le moyen de payer en cette vie la peine temporelle de leurs péchés, et que la justice divine fût rigottreuseroeut payée. Or, on pouvait obtenir ces deux tins de trois manières: premièrement, par les longues et afflictives œuvres pénates du pénitent qui payassent par elles-mêmes la peine temporelle ex opère operantit; seeondemont, par les pénitences sacramentelles, plus douces que les premières,qui la payassent, non-seulement ex opère opérande, mais aussi ex opère operato; troisièmement enCn, Eir les œuvres pieuses enjointes dans les indulgences, qui, unies aui satisfactions du même édempteur, su])pléas$ent au payement entier de la dette temporelle au tribunal de Dieu. La première manière était la plus rigoureuse, la see.ondeplus aouce, la troisième extrêmement libérale. Or, qu*a fait Jésus-Christ qui assiste son Eglise jusqu'à la fin des siècles? Il a voulu qu'elle employât ces trois manières, mais avec ordre, avec succession, et avec une providence adaptée à ces trois différents états. Ainsi dans les premiers temps où la charité était plus ardente, TEglisea employé le moyen de toute justice ; dans les temps du milieu, où la charité commençait à diminuer, elle a pratiqué le moyen plus doux ; dans les derniers temps, où la charité était presque entièrement refroidie, elle s*est presque lout à fait prévalue de sa libéralité. Mais, dans tous ces trois temps, les droits de la justice divine ont été saufs, parce que, lorsque la valeur des œuvres pénales du pénitent a manqué, TEglise y a suppléé graduellement par Tapplication désœuvrés pénales de Jésus-Christ. Ainsi, même dans Vhistoire des indulg[ences, je trouve ce nœud, ces rapports qui me font distinguer une sagesse divine, régulatrice de toute nrovidence humaine.
Ce raisonnement nie fortifie, parce qu*il me fait connaître que dans la seule religion catholique se trouve cette vraie et consolante dialectique qui sépare le philosophe du vulgaire. Mais au milieu de mon plaisir» ne croyez pas que je vous ouolie. Si mon raisonnement ne vous a pas encore convaincu, venez, je veux vous conduire dans une basilique vaste et majestueuse. Ne craignez pas. Levez les yeux au haut de la porte; vous, n'y verrez pas attachée Tafliche que vous haïssez : Indulgence plénière; mais cette autre : JEalise ciUhùliqui: j'espère que vous n*oseroz pas Tarracher, ni inviter les princes chrétiens à Ta renverser avec reur sceptre. Entrez dedans. Voyez-vous ce grand peuple, ce ne sont pas des Arabes; ce sont les papest les évêques, les théologiens, qui ont fleuri depuis huit siècles dans r&$iiso catholique. Les papes confèrent les indulgences pour le for intérieur, et dispensent a cet effet le trésor céleste. Les évêques, tantôt dispersés, tantôt réunis en conciles, acceptent et approuvent les inJulgences de cette forme. Tous les théologiens les plus célèbres et les plus samts soutiennent la même opinion sur la valeur des indulgences et sur leur fondement. Et vous, que dites-vous? Il faut ou vous accorder avec les papes, les pasteurs, les conciles, les théologiens de huit siècles, ou sortir de cette Église. Je vous donne cet avis, et il ofie parait bien juste ; car comment voulez-vous vivre dans une Eglise où tout le peuple, depuis iiuit siècles, est d'une opinion contraire à la vôtre? Cela ne convient pas du tout. Choisissez donc. Voulez-vous sortir de cette basilique? Sortez; vous trouverez hors de la porte Luther, Calvin, Kemnitius, qui vous donneront Taccolade, et vous diront: Soyez le bienvena, notre frère, vous qui avez aussi foulé aux pieds la bulle de Léon X, les sommes des Arabest Thomas, Bonaventure et Bellarmin. Voulez-vous rester dans la basilique? Hais, je le répète, comment voulez-vous vous élever contre les voix de cet immense peuple de pasteurs et de théologiens ? Est-il possible que vous vous persuadiez que, pendant huit siècles, TEglise universelle a erré eo pratique, ou souffert patiemment et approuvé une erreur si importante en matière de foi et de mœurs ? Est-il possible que le Saint-Esprit ait dicté à tant de papes une doctrine si pernicieuse, et qu'aucun évoque, aucun concile, pendant huit siècles, ne Tait réprouvée? Ou est Tassistance promise de Jésus-Christ à son Eglise, s*i1 permet que des erreurs de ce genre régnent pendant tant de siècles dans ses pasteurs, et s'il n'existe
,^^^^^^ ^«. 1^- 3x. ^ ce n'est des hérétiques, un Luther, un Car'- — ^ '
les théologiens ont erré sur ce point, les hé
enseigné la saine doctrine : les protestants
de regarder leur Eglise comme la véritable, et de mépriser la nôtre comme fausse. Voyezvou$cescojisékiuences,ouoe lesvoyez-vouspa8?Sivousne les voyez pas, retirez-vous dans un coin de l'Eglise pour apprendre les principes de la dialectique. Si vous les voyez, et que vous demeuriez ferme dans votre opinion, renoncez au titre de religieux, de prêtre, et déclarez-vous luthérien.
Vous prévoyiez cette intimation, et vous avez voulu la prévenir par une réponse encore pire. « Il est certain, dites-vous (Jr. ciîin, 109), qu*on jette quelquefois surceHaios points
M JMAODUCTION. 14.;
(iflrticuliers une telle obscurité, quUl semble que l'ancienne doctrine soit tout à Tait (xsrdue. l'nr exemple, l^ancien enseigoetnent de TEgiise qui condamne au feu éternel les enfants non baptisés, la nécessité de Tamour de Dieu. dans le sacrement de pénitence, la dépenilanee totale de Thomme de la grAce, malgré son libre arbitre, qui subsiste toujours, etd*au-
ines
ipe , ^ . . . . f •
Dieu sou domaine sur la créature pour le partager avec elle ; d*après l*innovation casuistique qui voulut remettre le pécheur dans la grâce de Dieu sans qu*il Taimât ; qui croit encore être hérétique en soutenant ces doctrines très-fausses? Ce sont toujours, il est vrai, âes erreurs très-graves; mais la multitude des partisans, et surtout le danger de rompre la charité et Tunton, danger que les Pères ont toujours tant craint, fait qu*oi souffre dans TEglise de telles erreurs, et qu*on attend le temps établi de Dieu pour recouvrer 1 ancienne lumière. Il en faut dire autant des indulgences. »
Mais c'est là ce qu'on appelle défendre une erreur par d'autres erreurs, et y ajouter le mensonge et la calomnie.
C'esit une erreur de dire qu'on ieite quelquefois sur certains points particuliers de tels obscurcissements^ qu'il semble que Ùancimne doctrine soit tout à fait perdue. Si c'était vrai, savez-vous ce qui seniil perdu ? rassistance promise de TEsprit-Saint à son Eglise. L*Eglise visible. et catholique serait perdue, et il ne resterait que l'Eglise invisible et luthérienne.
C'est une erreur de dire que l'Eglise ait anciennement condamné les enfants au fou éternel ;quel(][ues docteurs ont dit oui, et d'autres non. Les conciles, qui forment l'Eglise, Il ont jamais déclaré leur opinioani pour ni contre. (Bolgeni, État des enfants morts sans baptême. Macerata, 1787. ) Où est donc consigné cet ancien enseignement de l'Eglise?
Je voudrais aussi savoir où l'ancienne Eglise a déclaré la nécessité d'un acte exprès et formel d'amour parfait de Dieu dans le sacrement de pénitence ; si vous ne me le montrez pas, je dirai que c'est encore une de vos inventions.
C'est une calomonie, que l'opinion molinistique ait prétendu ùter à Dieu son domaine sur la créature pour le partager avec elle. Etudiez l'opinion molinistique ( Thés, theoL Diss, P. Daniel.)^ comprenez-la, et ensuite vous parlerez.
C'est encore une autre erreur que de dire que la multitude des partisans et le danger de rompre la charité et runion doivent faire souffrir des erreurs tris-graves dans l'Eglise. Si cette pratique était juste, on ne distinguerait jamais la vraie Eglise de la fausse. Les Pères ont ordinairement parlé de supporter les pécheurs, mais non les hérétiques. Si quelque erreur a été dissimulée, on l'a fait pour très-peu de temps, et on ne pouvait jamais le foire pendant huit siècles et plus.
C'est une autre erreur de conclure qu'on en doit dire autant des indulgences, La doctrine sur la valeur des indulgences et sur le fondement du trésor n'a pas été seulement soufferte i>ar l'Eglise; elle a été enseignée et pratiquée par les papes et dans les conciles pendant nuit siècli's; elle a été défendue et soutenue par tous les plus savants et les plus saints théologiens. Donc quand môme il serait vrai qu'on peut souffrir dans l'Eglise des erreurs trèsgraves, cela n'aurait aucune force pour les indulgences, qui n*ont pas été souffertes, mais qui ont été enseignées dans l'Eglise et par l'Eglise, d'une manière absolument contraire à votre doctrine (1).
Nous terminons la partie historique de ce chapitre en citant M. Audin {Bistoire de Luther) pour mettre le lecteur au courant ne cette fameuse question des indulgences qui fut en parlla le prétexte de la révolte de Luther.
« Albert, ai*chevèque de Mayence et évoque d'Halberstadl, devait au Pape Léon X ^5,000 tlialers, pour droit de pallium. Les écrivains réformés nous représentent ce prélat menant une vie fastueuse, ayant une cour brillante, et réduit, à cause de ses dépenses, à ne pouvoir payer ce qu'il devait au Saiiit-Siége. Il bllait s'acquitter : le Pape lui en donna le moyen. Léon X avait, en 151G, publié des indulgences qu'il permit de prêcher en Allemagne. Leur produit devait être employé à l'achèvement de réglise de Saint-Pierre, cette merveille de Bramante et de Michel-Ange, que son prédécesseur Jules 11 n'avait pu terminer. A son avènement à la tiare, Léon avait trouvé le trésor pontifical épuisé par les guerres de Jules U. Une nouvelle ttome, que la papauté voulait faire plus belle que m Rome païenne, commençait a sortir de terre. Parmi les ouvrages d'art destinés & effacer tout ce que l'antiquité nous avait légué, l'église de Saint-Pierre étalait aux regards un dôme qui semblait appartenir au ciel. La piété des fidèles allait terminer l'œuvre colossale. Jean-Angelo Arrcimbold, doyen d'Arcisate, et depuis archevô|ue de Milan, avait été chargé de prêcher en Allemagne. A Rome, la chancellerie avait coutume d'aliéner dans chaque Etat catholique le droit de publier et de distribuer les indulgences. Albert l'acheta et le rêve idit & Fuger d'Augsbourg, un de ces riches banquiers du moyen âge, qui faisaient argent de tout, et dont Luther, dans ses Tisch-Redem, a. flétri la vénalité. Albert exergait donc la charge de commissaire de la cour de Ronui pour toute l'Allemagne. Arcimbold gagna le Danemark et la Suède, où, dans quelques années, il recueillit d'abondantes aumôoes^dont le produit était lidèlrtflt'Ut versé dans le trésor pontifical.
<!} Opuscule de Muzzarelli, iiilitulë : \alcui des ludulgences*
147 VmODfSCTlOiN.. m
« AiteK clioisH pour prédicateur TelseU cpii avait eu iléJJi fa cooQi«x« d^Arcimbold^ ek jottffsatl de la réputation d'un oMeur éloquent. A entendre les historiens protestaols, c'était me imaginatian txialheureuse^ exaltée par les lectures des U^tvs ascétiques, sani saroif^Diprudraee^el toute remplie de fatuité. Fils d'un orfèvre de Leipzrgt il entra, en lUrr» dans Tordra des i>ominicai«$^ et «raît prêché avec sucoèai Zirikau. felcd piit les litres d'inquisiteur de la foi el de nance du Papo^
« Afaml de se mettre è l'œuvro, (« moine avait fait iinprinfter k Alayence une In$iru€iim $mr le$ 4e9oir$ iti prédieateurê dUndufgmceB. 11 choisit Leipzig pour débuter ; mais les. prinoes saions refusèrent de le recevoir, parce que cette Tille avait déjà été risitée par d'autres missionnaires, Tetzel jeta tes .veux sur rélectorat de Mayence, et parcourut sac« cessivement BNilberstadt, Anhalt et Brandebourg, accompagné d'un moine dominicain nomuié BarlhoJomée, et de deux scribes; car il Tendait nofl-seulement des indulgences, mais des dit^penses de mariage aux degrés prohibés, de iedne «t de carême. U aTait soin de se faire annoncer^ et il entrait dans les villes au son des cloches et de fai musique, banaières flottantes, et accompagné des divers ordres de moines et de religieuses , de macistrats et d'écoliers, et d'une foule d'hommes et de femmes, qui chantaient des cantiques. Il montait 9ur un char magnifique ; la bulle reposait sur un coussin de veloars. Le cortège prenait 1» oheminde l'église, traversant les rues toutes remplies d'une foule pieuse qui se pressait autour des frères quêteurs
«C'était un métier hontenx,dont toule Amo r«4îgieuse rougissait pourTetzei, et l'on «om« prend la colère de Luther contre ce vendeur de choses saintes, que Jésus aurait chassé du temple. On Ta peint au sortir de Tégiise aT«c8»rtho(omée et quelques servantes d*«uberge, faisant bonne dière el vidant de grands pots de bière que payaient les cédules papales. Tetzel était un Dominicain dont on a pu se moquer, mais qui ne ressemble guère à ces. moines au large abdomen, h la face avinée, dont Luther, dans ses petites lettres, a immortalisé la jglouloonerie. Il était maigre et avait une tête d*aDachorète. Quand, en 1518, Cari Hiltitz vint, au nom de Léon X, réprimander le moine, qui n'avait péché que par un excès d« zèle, et qui no put supporter le blAme du Pape, aucun reproche d'ivrognerie ou de crapule ae lui fut adressé. Ce au'on a pu MAmer en lui, c'est une exaltation imprudente dont un urètre plus habile se rat préservé. Luther n'a pas médit des mœurs de son en* nemî. il laUait i^u'elles fassent irréprochables.
« Comme on le voit, c'étaient des abus que les supérieurs firent cesser quand ils lescoiiiurent ; mais Luther en fut emporté hors de toutes bornes. Une autre cause futile vini encore déterminer Texplosion, Bans le dernier mois de 1517, Tetzel vini [n^êcher dans une
1»etite ville h huit lieues de Witlemberg. Tout le monde j courut, et les églises où nrèchaii «uther restèrent désertes^ C'est alors qu'il se détermina è prêcher son fameux discours •roBtre les indulgences.
a C'est 1& qu'il pose nettement des conclusions aussi antichrétiennes qu'antiraisonnables.
« Je dis atron ne peut pas prouver parTEcrilurv', que la justice divine exige du péché « d'autre pénitence ou satisfaction qu'un amendement du coMir ; et que nulle part eue ne « prescrit le concours de l'acte et de TcBuvre, ainsi au*il est écrit dans Ëzéchiel : Le Seigneur «i o'imputera pas le péché & qui se repent, ou qui fait le bien. »
c Et encore : « Que les âmes soient délivrées du purgatoire par la vertu de Tindulgence, ^ c'est ce que je ne sais pas,e'estceque jenecrois pas,hien que quelques noureaux docteurs «l'enseignent, mais ils ne peuvent le prouver; l'Eglise n'en dit rien. En bonne vérité, il « vaut mieux prier pour elles. »
cEt encore : « Ce^ue j'enseigne est certain ; c'est fondé sur l'Ecriture ; tu ne dois pas en * « douter. Laijsse les schoiastiques dans leur scholastique; ils ne sont pas capables, tous tant « qu'ils sont, de créer rien qui vaille. »
« Comme on le voit, le voilà mettant nettement son autorité h la place de l'Eglise, et iden tifiant sa volonté, sa science à TEcriture ; Tune eâ aussi infaillible que Taulre. Et c'est cependant ce que lui accordèrent tant de chrétiens qui comnjencèrent a le r^arder comme un saint, et h mettre son autorité au-dessus de celle du Pape» Ah! c'est que ndée même de riilglise^ s'était oLiseurcie dans ces esprits se disant encore chrétiens.
«Mai^ voici que la question se complique de disputes d'écoles contre les fuifs, contre Arîstf ie.
« Les beaux esprits des écoles prennent le parti de Platon, les moioe^ celui d'Ariatote ; et malhf nreiisemeut les pnemiers mettent les rieurs de leur côté. La presse venait d'être créée t nlla inonda l'AUemague de facéties contre les moines. Parmi ces Lictums, il faut citer les fameuses lettres 06#ctiroriMn virorumt qui firent tant de bruit. Un des principAUX auteur» était cet Hulten , qt.e Ton pourrait appeler le Voltaire ou le Montaigne de eette époque. »
M. Audin , pour montrer ensuite rhjpocrisie de Luther, dit : « Le sermon de Luther contre les indulgences ûit accueilli avec enthousiasme par tous les mécontents. Luther t*ependant conservait des scrupules ; aussi il a'adresse k son évêque qui lui envoie un prêtre» l^^quel lui conseille de arerder (e silence. Luther (1517) répond qu il est satisfait, q«*il se taira parce qu'il préfère Vobiiaance au don des miraeles. Mais il mentait; car le sermon et le» thèses parurent en même temps; il les fi! môme aflicher k la porte de Téglise par le portier du couvent. Ces thèses sont au nombre de 92, dans lesquelles sont mêlées à des censures
It) INTRODUCTION iôO
utiles des erreurs détestables. En aUaquaol les abus, il $*ea {H^ead à (loroemëme, au Pape, i son pouvoir, t
Qae cela sufTise, ei que le leeteur» qui voudra savoir quelle bonne foi animait Lulher dans M résistance, lise ce que dit le même historien sur la comparution de rbérésiarque devant le légal du JPape{1518)9 sur sa bullt en réponse à celle de Léon X (1520).
GHAPll^E VI.
NaliH'e dei indulgences.
D'après ce que nous venons de dire dans le chapitre précédent, quelques mots suffiront sur celte nuestion, qui n*est même qu'une redite. C'est uniquement pour préciser renseignement inéologique h cet égard :
Art» i'% t'mdulgenee est une véritable absolution de la peine temporelle due au péché. Il est de foi <iue TE^iso a le pouvoir d*ACCordor des indulgences, et que les indulgences sont salutaires au peuple chrétien : de ^à il suit qa'en usant de ce pouvoir TEglise absout véritablement de la peine due au péché; car, ou elle absout de CPtte peine , en la remettant réellement devant Dieu^ ou ene permet seulement que l'on offre à])ieu uie prière ou une bonne œuvre potir obtenir la rémission de eette^peine. Dans ce dernier cas, a quoi se réduirait rindul^ioe, et que signifierait le pouvoir de l'accorder? Il est certain qiii) ce »'«st pas là ridée que Ton se fait de l*un et de l'autre dans renseignement théologique et dans Ja pratique de l'élise.
Les pontiles romains, dans leurs bulles d'indulgences , s*appuient sur la plénitude de [louvoirs» accordée & saint Pierre dont ils sont les successeurs ; ils se servent d'expressions qui annoncent une véil table rémission, ou absolution réelle de la peine due au péché. Quel- (;u«'fois même ils emploient les mots propres de r^miMion et d'a6ao/i«^ion, en accordant des iijdulgenceSf H cela aaa^ des actes publics, h la face de l'Eglise entière. Il est donc indubitable €\\x*àu moins Tind-ulgence accordée aux vivants est une sorte d absolution qui remet devant Ùmi, «en tout ou en partie, la peine temporelle due au péché.
Nous disons V indulgence accordée aux vivants, car les morts, nVtant plus sous la juridiction de l'Eglise, ne peuveol recevoir d'elle aucune absolution pro()rem€nt dite.
Mais on dit ; L'absolution suppose une connaissance de la cause ; or, le ministre des in- <iulgeiio<es presque jamais ne sait l'état d« la conscience de ceux qu'il absout.
On répond : L absolution par indulgence est accordée sans connattro les consciences, pour deux raisons : la première, c'est qu'il ne s'agit pas d'un jugement strict ou contentieux antre deux parties adverses, ou réparateur à l'égard de telle et telle personne ; c'est ^ur dos causes justes et générales que la rigueur de la loi est par bienveillance adoucie; donc il suffit de connaître généralement la cause commune à tous. La seconde, c'est que cette absolution «st eonditioQnelle,productive d'effets .seulement si les fidèles accomplissent les choses équivalentes, proportionnées en quelque sorte k Tindulgence.
Ou d t encore : Il s'ensuivrait que le Pape ne pourrait participer aux indulgences « puisque nul ne peut s'absoudre soi-même.
On répond : Mais si, il le peut; car l'indulgence est accordée à toute l'Eglise dont il est membre ; il ne porto pas une sentence en sa faveur , il use seulement d'un bienfait qu^eii vertu de sa JuridiiUion il accorde pour l'utilité de tous. Du reste, nous reviendrons sue cette question.
Abt. 2. Vindulgenee est une vraie solution ttCttprix équivalent à la peine due au péché. Tous tes docteurs catholiques enseignent cette proposition, et ils Tappuient sur plusieurs raisons. Rappelons^nous ce que vient dédire Muzzarelli.
1* Tertulnen, alors montaniste, se moqiie du pape Zéphirin, qui, % la recommandation des martyrs, accordait des indulgences aux lib^Uatiques repentants. N'est-ce pas assez^ s'écriaitil (1), qui'un martyr satisfasse pour ses propres fautes? Qui a pu , par sa mort^ en délivrer un auire de ta mor/, sinon le seul Fils de Dieu? En accordant des inJulgences, l'Eglise prétendait donc offrir à Dieu les satisfactions surabondantes des saints pour compeus^r la poine que méritaient les pécheurs.
2* Saint C/prien dit, dans sa lettre 12* (2), que ceux^ qui ont obtenu des lettres ék recommandation des martyrs^ peuvent étre^ par leurs mérites^ aidés devant Dieu et secourus dasu leurs fropres péchés. Ailleurs, traçant les rèsles que l'on devrait suivre dans Tapplication des Uidut^ences données en considération des martyrs, il prescrivait d'attendre la fm de la persécution ou la consommation du martyre (3), [xiar qu on fût plus assuré de la valeur des iSttvres de ceux qui avaient souscrit les lettres de recommandation. L'indulgence, dans To-
C'nion du saint docteur, était donc une vraie solution offerte à DieU| en compensation de peinedue au péché.
ir Les bulles des souverains pontifes , surtout depuis Clément VI^ font toutes mention des mérites de Jésus-Christ et des saints, appliqués }>ar le moyen d^^s indulgences : or« cette application est bien une vraie solution du prix qui est dd k\à justice de IHeu.
(1) Lift, tfe Pim/IHH/i, cap. 22. Suffidal roariyri lioeuruin adjuvarl :^ud Doniinum ia delirlis suis froçra del:cta ptirgssse. ^uîs alieiMiin mortem 3ua po»suiU. si... euro pace a uiarijribus suk» pramisua vivii, Bîsi solos Dei Filitis ? ad Doroiaum r/smiUaiUur.
(2) ^m ifbeUom a manyribus accepercnt, et auxi- (5) Lcli.2k
151 lNTIK)DtK.TlO?iK m
h" F.Dfin, le trésor spirituel de l*EgHs&, dont nous avor^ prouvé l'existence» doit 4lre apl^icable aux Ames qui en sont dignes ; autrement il serait inutile.Cependant, quelle fin pourrions-nous ^ui assigner» autre que la solution de la peine due au péché? L'Eglise faitelleluème cette solution dans les sacrements, en brisant les liens de la peine éternelle: elle