‹ Dictionnaire d'ascétisme (volume 5)Chapitre 96 sur 370 · GHE · texte numérisé non relu

GHE

sonnes qiri, semblables è Tapôtre donU'hésitfltion a donné à notre' foi le plus inébranlable motif de sécurilé^ désirèrent porter un œil scrutateur, une main méfiante sur le théâtre de tant de mystères ! Ces étrangers, peu crédules, allèrent y chercher les chrétiens qui en avaient été'ies témoins, et pres- (|ue les instruments ; le plus souvent, sans cloute, ils les retrouvaient aux lieux mêmes qu*interrogeait leur curiosité, et combien de fois, subjugués par les plus puissants motifs de conviction, ne durent-ils pas faire éclater des transports d'admiration et des sentiments de foi I Ils voyaient dans ces lieux des malades dont les infirmités avaient disparu à la voix de Jésus ; ils voyaient des aveugles et des sourds-muets, auxquels un seul de ses mots avait accordé la vue ou la parole ; des morts que sa bonté avait rendus à la vie. Avec quelle ardente reconnaissance ceux-ci devaient se plaire à répéter mille et mille fois tout ce qu'ils savaient d'un bienfaiteur aussi cher 1 Avec quelle âme profondément émue ils se hâtaient de conduire ces étrangers dans tous les endroits sanctifiés par les incroyables souffrances du Fils de Dieu !

Parvenus sur le chemin qu'avait parcouru le Sauveur fiéchissant sous le poids de la croix , Voilè, disaient les chrétiens de Jérusalem, voilà la cour où. Jésus-Christ fut abreuvé d'insultes et couvert d'opprobres; c'est de cette arcade peu éloignée, que le juçe des Romains le présenta, à peine reconnaissable sous les emblèmes d'une royauté dérisoire, aux enfants d'Israël, en disant : Voilà VHomme, Et voilà le tribunal du Lithostrotos où Pilate prononça sa condamnation (1). Ici sont les marches que Jésus teignit de son sang, à plusieurs reprises ; et, tout auprès, la place où il fut chargé de la croix (2). Plus loin se remarquaient facilement, mais à différentes distances, les trois endroits que Jésus avait sanctifiés par l'attouchement de son corps, en succombant trois fois sous l'instrument de son supplice. Quel ne devait pas être l'attendrissement et des uns et des autres, en s*arrôtant au passage o'ù le rencontra sa mère, lorsqu'elle allait partager ses douleurs ! Et lorsqu'ils revoyaient eux-mêmes cette mère si tendre, combien de fois leurs larmes vinrent s'y mêler aux siennes, et arroser cette terre sacrée I Souvent il leur arrivait de converser avec Simon leCyréoéen, précisément sur la même place de Jérusalem, où, cédant à la violence des soldats, cet homme. fut contraint de prendre la croix et de la porter à la suite de Jésus (3) ; qui pouvait mieux que ce Cyrénéen suivre les pas de l'Agneau céleste et indiquer les vestiges du sang divin? Avançant toujours, ils entraient dans la maison de cette femme aui ne sera connue de la postérité que par le nom de Véronique; nom qui fut la récompense de sa géné.euse compas-*

(l)/oan. XIX, 13. 1'* sUlion du Ckemh de la Croix.

(i) Joan. XIX, 17. 2* siaiion.

'3) Luc, xxui, 26. 5* suiioti.

S'on : elle leur montrait la place où lésus s'offrit à sa vue tout souillé de poussière et de sang; elle déployait à leurs yeux le voile dont elle essuya le visage du Sauveur, et sur lequel, pour prix de son dévouement, s'imprima cette image adorable. En sortant de cette maison, plus d'une fois ils rencontrèrent, à l'entrée de la rue qui monte au Calvaire, quelques-unes de ces filles d'Israël qui avaient pleuré, d'abord si douloureusement sur le sort de Jésus, et ensuite si amèrement sur leur destinée et sur celle de leurs enfants ; car c'était là que Jésus-Christ leur avait adressé de bien mémorables paroles : elles y répétaient cet oracle et ajoutaient ainsi à sa vérité et à son énergie (1). Le monticule du Calvaire où Jésus fût dépouillé.: la pierre qui lui servit de siège lorsqu'on lui présenta du vin mêlé de fiel, pendant qu'on préparait la croix (2) ; celle sur laquelle on étendit son corps, pour clouer ses pieds et ses mains (3); le trou du rocher dans lequel cette croix fut plantée (4) ; le sépulcre taillé dans le roc vii, oui renferma ce corps divin (5), fixaient tour a tour les regards des pèlerins ; et c'est encore Ih qu'ils écoutaient, avec un redoublement d'attention, le centurion même ou les bourreaux, qui , vaincus par les nrodiges de la mort de Jésus-Christ, avaient nautement confessé sa divinité.

La dévotion ne tarda pas à attirer de toutes parts, à Jérusalem, de nouveaux pèlerins, dont le témoignage, sans cesse renaissant, sans cesse confirmé, commençait à établir les traditiotis, et à leur donner les caractères de la plus haute certitude.

Les guerres des Romains, les dissensions des Juifs, la destruction de Jérusalem, les profanations de*s empereurs, purent à peine interrompre ou détourner le concours et les adorations des chrétiens. Ils repassèrent le Jourdain après la ruine de la malheureuse Jérusalem, et vinrent habiter au milieu do ses débris. On y vit bientôt refleurir l'Eglise (6), et Dieu s'en déclara visiblement le protecteur. II la glorifia par tant de prodiges, qu'un grand nombre de Juifs embrassèrent le christianisme. Les choses restèrent en ret état jusqu'aux dernières annét^s d'Adrien (7). Alors , à la vérité , ils furent réduits à présenter, de loin et en secret, leurs hommages aux lieux sacrés; mais ils ne les oubliaient ni ne les abandonnaient pas; la divine Providence veillait h ce que la mémoire s*en conservât fidèlement. Les patriarches de Jérusalem se transmettaient facilement les traditions principales; et les souvenirs les plus importants de la terre sainte v-

(1) Luc. XXIII, 28. 8« station.

Muuh. XXVII. 54; Marc, xv, 23. I0< station. Joan. XIX, 18. li*slalion.

Marc. XV, 25; Luc, 23, 33; Joan. xix, 18. i2« staiioii.

(5) Mailh. xxvii, 59, 60; Marc, xv, 46; Luc. \xiti, 55; Joan. xix, 38, 39, 40, 41, 42. 13' et 14' sutions.

(6) Epiph., de Pond, et Men$. c. 15; Euseb., Dem^ i. ut, c. 5.

(7) Gollesc, 8 février.

•ore

CHE

- Jorsqx^^ la ^.e!igion vint, riL-^ svin éclat le diadème

CHE

en

des

tienne, la mère du grand adorer les saints fieux.

^6s honteuses statues et 'e, paganisme les avait 'X, trouvée après des 'gnalée par un mira- ' dans les mé(aux uperbe basilique einte, le rocher vaire, et la cioix et les audition. Une des co- \ ^ 't opéré

- L. -=2:, M pro-

=. ^ Sien-

\ '^ 'ïys

^ -1 te

id véri-

.^ins, d'ailleurs

.oiiis, servaient encore

o ^)nnces et les rois les visi-

,^ur lour, et les docteurs de TEglise

^^^tent eux-mêmes du soin de les dé-

jjar^9> ^^ s3it qae saint Jérôme, qui en a

crire; ^^^ec beaucoup d'exactitude, y passa la

parlé a'^-'^I^ande partie de sa vie, et tinit par y

plus ^^>^'

fflouri^ ^ieux saints, tombés au pouvoir d'une

U^ ^^ sacrilège, virent les peuples de TEu-

\itf\^^^'arrner pour les reconquérir. Pendant

Tov<s ^5e-vingt-dix ans que les chrétiens en

^^^^^t les maîtres, ils n'éparmèrenl rien

'"^^^ honorer, comme ils le méritaient, ces

^^^lumenls qui avaient coûté si cher à leur

fo? . Depuis qu'ils les ont perdus, la Provi-

jgj^-^ce y conserva toujours des gardiens fidè-

/e^» gardiens d'autant plus véridiques, que

Icsurs croyances sont dififérentes et leurs

^^jijijnions divisées. La chaîne des pèle-

^^g de toutes les nations n'y fut jamais in-

""^ jppue. De nombreux ouvrages ont trans-

^^F gy 0)onde chrétien ces monuments avec

™^^-litude, tels que le temps les avait res-

^^^lés au moment où écrivaient leurs au-

f^%s; en sorte qu'avec ces secours multi-

^UéSf on pourrait assigner , avec précision,

P'^aque guerre ses ravages, à chaque siècle

tes ruines, è chaque année ses dépérisse-

ffieoiSf et pour ainsi dire, à chaque jour ses

dégradations.

pe tous les monuments que la terre sainte offre à notre vénération, aucun ne présente plus de caractères d'authenticité que celui dont il est ici question, sous le nom de Via CrucU* Ce mot veut dire Chemin de la Croix* On l'appelle encore Via dolorosa. c'est-àdire, Voie douloureuse. Le nom seul indique

la nature de ce monument , ou plutôt de cette réunion de monuments.

Ce chemin sacré comprend tout l'espace que l'on fit parcourir h Jésus-Christ, avec sa croix, depuis l'instant où il la reçut sur ses épaules adorables , jusqu'au moment où , l'ayant déposée sur le Calvaire pour s'y laisser attacher, il y trouva la mort. Cet espace ne comprenait, dans l'origine, crue douze stations ou douze pauses, auxquelles s'arrêtaient les fidèles; elles sont aujourd'hui au nombre de quatorze, parce qu'on y a ajouté celles de la descente de croix et du saint sépulcre.

Chacune de ces stations devint l'objet d'une dévotion particulière, parce que chacune eut sa chapelle à part; mais nul chrétien n'aurait voulu quitter Jérusalem, avant d'avoir suivi, d'abord en procession solennelle, puis en silence, le Chemin de la Crotj? tout entier. L'idée vint à plusieurs personnes pieuses de se dédommager de la privation ou elles allaient être réduites, en quittant les saints lieux : elles essayèrent d'élever dans leur atriedes représentations exactes de ce Che-

n de la Croix^ où elles avaient si souvent é les traces de l'Homme-Dieu. D'autres s efTorcèrent d'offrir aux Gdèles d'outre-mer l'image d'une dévotion si propre à exciter la reconnaissance envers Dieu, et à appeler le repentir dans tous les cœurs. Bientôt on vit dans la chrétienté s'élever des Via Crucis : à ViIvorde,à Malines, à Louvain, en Portugal, en Espagne, en Italie, en France, on construisit de petiteschdpelles,en formede calvaires, dont les sculptures, les dimensions, la situation, les distances, retraçaient, avec autant de fidélité çiue le permettaient les lieux, le véritable Via Crucxt de la terre sainte ; on les appelle aussi Via Crucis ou Calvaires. Dans cette vue, plusieurs voyageurs examinèrent par la suite, et décrivirent avec une exactitude plus scrupuleuse encore, le Via Crucis du mont Calvaire, ou Golgotha.

§ II. — Objet et excellence de cette dé*

VOTION.

{'• Partie. — Considération sur la passion*

Le mercredi (1), Jésus-Christ ne voulut conserver auprès de lui que ses disciples. Vous savez, leur dit-il, que la fête de Pâque arrive dans deux jours; le Fils de l'homme va être trahi, et il sera crucifié. En ce moment, en effet, les princes des prêtres, les scribes et les anciens dix peuple étaient rassemblés dans ie palais du grand prêtre Caïphe; ils délibéraient sur les moyens dont ils pourraient se servir pour s'emparer de Jésus et le mettre à mort ; et ils ne voulaient point que ce fût au jour de la fête, de crainte que le peuple ne se soulevât contre eux.

Judas Iscariote, que, depuis <iuelques jours, Satan poussait a trahir son divin maître, ayant appris l'objet de leurs délibéra* tions, alla les trouver sur-le-cbamp« et leur fit cette proposition : Que voulez-vous mo

(1) Mercredi saiiit

CliE

DICTÏONNAiUe

CUE

ftonner et fe vous le livrerai? Transportés de joie, ils lui promirent trente pièces d*argent qu*il accepta. Depuis ce moment, il se mit à chercher une occasion favorable pour le leur livrer à Tinsu de la multitude.

Le premier jour des Azvmes (1) arriva. Il fallait remplir te devoir d^immoler Tagneaa pascal à Jérusalem. Jésos-Christ y envoya saint Pierre et saint Jean préparer tout ce qu'il fallait pour célébrer la PAque. Il s'y rendit lui-même, sur le soir, avec les autres apôtres, à l'heure fixée par la loi. Le, il leur découvrit avec quelle ardeur il avait désiré manger avec eux cette dernière P&fjue; et il leur révéla toutes les angoisses qui allaient déchirer son Ame, jusqu'à ce que son sacrifice fût consommé.

Lorsqu'ils eurent achevé de manger cet agneau pascal, Jésus-Christ laissa la table un instant, pourdonnèr à ses apôtres, à ce dernier moment de sa vie, une leçon admirrble d'humilité et de charité, en leur lavant les pieds, sans excepter aucun d'eux; puis il reprit sa place, institua le sacrement de l'eucharistie, avec des paroles pleines de mnjesié et de tendresse; et, après qu'il les eut établis les premiers prêtres de la nouvelle alliance, il leur ordonna de renouveler souvent celle adorable consécration en mémoire de lui. Ensuite il leur prédit, jen termes exprès, qu'un d'entre eux allait le livrera ses ennemis.

Surpris de cette déclaration, les apôtres demandaient avec inquiétude quel était le coupable. Est-ce moi. Seigneur? disaient-ils. Saint Pierre, pour s'en assurer, engagea,, par un signe, saint Jean, qui reposait sur la poitrine de Jésus, à le lui demander plus distinctement; saint Jean en reçut celte réponse : C'est celui auquel je vais présenter un morceau de pain trempé. Judas Iscariote eut la témérité de dire en ce moment : Estce moi, Seigneur? Oui, vous l'avez dit, répondit Jésus, à voix basse, sans doute; et aussitôt, trempant un morceau de pain, il le lui donna, en disant : HAtez-vous de faire ce que vous avez à faire ; paroles que les autres ne comprirent pas, parce qu'ils n'avaient pas entendu les précédentes.

A peine Judas eut-il reçu le morceau de pain, qu'il sortit. La nuit était déjà avancée. C'est maintenant, dit Jésus, oue le Fils de l'homme .est glorifié , et que Dieu est glorifié en lui. Ils récitèrent une prière d'actions degrAces , et se levèrent tous de lable, pour se disf»os(T à diriger leurs pas vers la montagne des Oliviers. Jrsus dit alors à saint Pierre que Satan avait demandé A les exercer par les plus rudes épreuves; mais, ajouta-t-il, j'ai prié pour vous spécialement, afin que vou5 soyez toujours inlaillible dans votre foi; après votre repentir, ayez soin de lorlilier celle de vos frères. 11 prédit à sts apôtres, que, dans la nuit même, il deviendrait pour eux tous une occasion de scandale ; saint Pierre prolestant que jamais il ne se scandaliserait au sujet de sou maître :

(iUeudi saint, i4 mare.

Vous m'aurez déjà renié trois fois, dit Jésus, avant que le coq ait chanté deux fois, celle même nuit. Saint Pierre revint h l'assuivr plus vivement encore qu'il ne le renierait point, lors même qu'il faudrait mourir a?ec lui ; tous les apôlres lui firent les mêmes protestations, Jésus-Christ n'insi>ta plus; il se contenta de rappeler à leur souvenir, que jamais rien ne leur avait manqué lorsquH les avait envoyés prêcher l'Evangile; et il commença cet admirable discours, auquel on a donné le nom de Sermon de la Cène,

Que votre cœur ne se trouble pas, leur dit-il, vous mettez votre confiance en Dieu : établissez-la aussi en moi. Si je m'éloigne, c'est pour vous préparer une place dans la maison de mon Père. Il leur promit de leur envoj'er le Saint-Esprit pour les consoler; et leur laissa l'assurance d'èlredansla lais de Dieu, en attendant l'arrivée de ce divm consolaleur. Avant de terminer ses derniers adioux, Parlons, dit-il; et, afin que le monde sache que j'aime mon Père, et qtie j'eiécule ses ordres, levez-vous, sortons d'ici.

En marchant vers la montagne, il leur parla de l'abondance d'un cœur plein de l'affection la plus tendre : Aimez-vous les mi les autres comme je vous aime; et peut-on aimer ses amis plus tendrement qu'en sacrifiarjt sa vie pour eux? C'est vous qui ôles n.es amis. Il leurrépéla plusieurs foislesDiêuies|i.v rôles, et toujours avec les épanchemenls d'un cœurpleind amour. Il leur prédit eiicorcquHs seraient continuellement persécutés parles hommes, mais qu'ils seraient fortifiés par le secours du Saint-Esprit. 11 les laisi^a dans la ferme confiance qu'ils étaient aïinéi de son Père , et qu'ils en obliendraient tout ce qu'ils lui demanderaient en son nom. Les voynnl un peu consolés de ces lémoignngt's si expressifs d'attachement et de tendresse, il termina ainsi : Voici l'heure où vous allez éire tous dispersés; vous me laisserez seul, H cependant je ne serai pas setil ; parce que nion Père Sii.a avec moi.

11 él( va les yeux vers le ciel, en aclu'vanl ces mots, et il adressa à Dieu une prière sublime ; il s'y abandonne à tout ce que Tamour divin lui inspire de plus ardent et de plus énergique pour en obtenir !a sanriiilcalion de ses apôtres et celle des élus. 0 mou Père I disait-il , glorifiez votre Fils, et volic Fils fera votre gloire. Ceux que je vousollic ici m'ont reconnu pour votre Fils; je voii> prie pour eux; ils étaient à vous, et v(»us miî les avez donnés. 0 Père sa:nl 1 je vous en conjure par voire nom a.oralile, couse! vez-les avec le même soin que je les conservais moi-même, et qu'ils soii^nt unis de ta même union qui nous unit. Je vous l'rie encore pour tous ceux nui croiront vu nioi par leur ministère : qu'ils ne soient lousi">semble qu'un seul et même cœur, CMnime vous et moi , ô mon Père, nous ne soni j^^ qu'un ; et le monde, è ces traits, reconnaiirn que vous les aimez du même amour <|"e vous avez pour moi ; oui , cet amour se kpandra sur eux, el nous serons tous réunis clans le wètf.çt amour.

CHE

DKS INDULGENCES.

CIIE

Ce furent ses dernières paroles. Après un adieu aussi louchant, il garda le silence. Ses apôtres attendris ne Tinterrogèrent plus. Abîmés dans leurs réflexions, ils suivaient en silence le Maître qu*ils allaient perdre, le cœur serré par la tristesse de la mort.

Préparation à la mort , et agonie.

L*auguste sacrifice do la Rédemption du genre humain allait enfin s'accomplir; mais

au'il devait en coûter de soufl'rances et de ouleurs à THomme-Dieu qui se dévouait ToIoDiairement au supplice le plus cruel et le plus humiliant 1

Jésus, ayant achevé sa prière, traversa le torrent de Cédron ; il gravit , comme à Tordinaire, la montagne des Oliviers, et s'arrêta dans le jardin aun hameau appelé Guthsemani. Ses disciples y entrèrent aussi. Judas, qui se préparait à le trahir, connaissait ce jardin, parce que Jésus y était allé très-souvent avec eux. Jésus dit aux apôtres : Asseyez-vous ici : je vais m*éloigncr un peu pour prier; priez aussi vous-roôraes pour vous fortifier contre les attaques de la tentation. 11 s'éloigna avec saint Pierre et les deux fr^r^s saint Jacques et saint Jean; et lorsqu'il fut seul avec eux , il se laissa aller à la crainte, à l'affliction, à Taccablement et à la tridtesse. Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu'à la mort ; demeurez auprès de moi et veillez aven moi. Avançant quelques pas, il s*éloigna d'eux seulement de la distance d'un jet de pierre, et se mit à genoux. lion Pèrel disait-il en priant, transporlez, je vous prie, ce calice loin de moi; mais je vous prie aussi que ce ne soit point ma volonté qui se fasse; que ce Sitii uniquement la vôtre. Comme il prononçait ces paroles, un ange envoyé de Dieu lui apparut f)our ranimer ses forces, il se prosterna alors la face contre terre, et continua de prier; quoiqu*il fût en proie à toutes les soutTrances de fa- (Eonie, il priait avec un redoublement d*ardeur pour que cette heure s'éloignât de lui, si c'était possible. Il répétait : Mon Pèrel mon Père 1 si c'est possible, que ce calire disparaisse; oui, tout vous est possible, éloignez-le ; mais pourvu ciue votre volonté s'accomplisse, et non pas la mienne. Pend int qu il priait ainsi , une sueur semblable à des gouttes d* sang découlait de son corps jusqu'à terre.

Après sa prière, il se rapprocha de ses apôtres; la tristesse les avait plongés dans un pi-ofond assoupissement. Pourquoi dormezvous? leur dit-il : levez-vous el priez, pour ne pas donner des armes à la tentation. Il dit a saint Pierre, en particulier : Simon, irous dormez ! ainsi, vous n'avez pas môme pu veiller une heure avec moi 1 veillez et {iriez (>our que la tentation ne vous surprenne point : l'esprit est prompt, à la vérité, mais la chair est faible, il s'éloigna une seconde fois. Il alla prier, eu répétant les mêmes paroles : Mon Père I mou Père ! si ce calice ne peut disparaître sans que je le boive, que votre volonté soit faite. Il revint, cl trouva ses apôtres eucore endormis; leurs

yeux élaiont apposnîilîs ; ils ne savaient que répondre. Jésus les laissa efïcore 5 la môme place; il s'éloigna de nouveau, et pria pour la troisième fois, en employant toujours les mômes expressions. Knfin il se rapprocha deux pour la troisième fois, el leur dit : Dormez et reposez donc maintenant. C'en est fait, l'heure est ariivée; le Fi's de l'honiine va ôlre livré entnj les mains des pécheurs: levez-vous, ninrciîo'is; celui qui doit me trahir est près de nous.

Trahison de Judas.

Jésus parlait encore : tout à coup parati Judas Iscariote, l'un des douze apôtres ;.il avait à ses ordres une cohorte entière, et des gardes que les pontifes el les Pharisiens, les anciens et les docteurs avaient envoyés avec des torches , des lanternes , des bâtons, des glaives et toutes sortes d'armes. Le traître se présente donc avec celte suite nombreuse , après ôlre convenu avec elle d'un certain salut pour signe de ralliement : Je saluerai par le baiser, leur avait-il dit, celui que je me suis engagé à vous livrer; emparez-vousen sur-le-champ, et veillez-le de près en le conduisant au grand prôtre.

En arrivant, il se plaça à leur tôle. Aussitôt il s'appcûcha de Jésus. Maître 1 lui dit-il, je vous salue, et il lui donna le baiser. Mon amil dit Jésus, dans quel dessein venez-vous ici? Judas 1 est-ce ainsi que vous trahissez le Fils de l'homme parun baiser? Et, connaissant

{)arfaitement bien tous les maux qui allaient ondresursa personne, il s'avança vers cette troupe, et dit à ceux qui la composaient : Qui cherchez-vous? Jésus de Nazareth , s'écrièrent-ils tout d'une voix ; Judas était rentré alors dans leurs rangs. C'est moi, ré-

f)ondit Jésus. A ce mol, c'est mol, ils recuèrenl tous, et furent renversés parterre. 11 leur réitéra la môrne question : Qui cherchezvous? el ils répondirent encore : Jésus de Nazareth. Je vous ai déjà dit que c'était moi, répondit Jésus; si c'est donc moi que vous cherchez, laissez aller ceux qui sont avec moi. Et c'est ainsi que s'aceom()lit l'oracle qu'il avait prononcé lui-môme : Je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés. Alors les soldats et les gardes se rapprochèrent et se saisirent de la personne de Jésus-Christ. Ceux qui étaient auprès de l'Homme-Dieu, prévoyant bien tout ce qui allait suivre, lui dirent : Seigneur, ne pouvons-nous pas nous servir de nos armes? Et Simon Pierre, sans attendre la réponse, portant la main à son épée, en frappa un serviteur du prince des prêtres, appelé Malchus, et lui coupa l'oreille droite. Tenez- vous-en là, dit Jésus, et sur-le-champ il toucha l'oreille, et guérit la blessure. Puis il dit k Pierre : Kemcltez votre glaive dans le fourreau ; car tous ceux qui auront lait usage d'un glaive, mourront frappés par le glaive. Ne boirai-je donc pas le calice que mon Père m'a envové ? Croyez-vous donc que ie ne puisse pas le prier? Et doutez-vous qu il ne fit sur-le-champ paraître auprès de moi j)lus de douze légions d'anges? Mais puis-

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