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CHAPITRE IV

De la facilité qu'il y a à se sauter. Et de la difficulté qu il y aà se damner.

Il me semble que j'entends certains esprits, cjui s'estiment plus forts que les autres, parce cjxx'ils sont ou plus présomptueux ou plus insensibles ; oui disent, qu*ily a tant de pei* nés à gagner le paradis, et tant de plaisir à se perdre, qu'il est presque impossible d'éviter l'un, et de parvenir à l'autre.

Je leur demande premièrement, si étant courageux comme ils en font profession, ils n*ont point de honte de mépriser leur salut, jjATce qu*il est diflicile ; et de courir à leur perte, parce que le chemin en est aisé. «

En second lieu, je leur dis qu'il y a autant de facilité et de plaisir à se sauver, que ci e difficulté et de peine à se damner. Les cJ éiices du péché sont bien trompeuses, puis-

aia'elles sont toujours suivies de peines ont les pointes étouffent leurs plaisirs. Ce^t pour cette raison que la Sapience 3*tScrie au nom des pécheurs : Nous nous

DlCTIONFIAIRB d'AsCÊTISME. II.

sommes lassés en la voie d'inimité et de perdition, et nous avons marché aans les chemins fâcheux et difficiles, (S(ip.,v, 7.) C'est ce qui porte le prophète Jérémie à dire : Sachez ek connaissez qu'on n'abandonne point son 5eîonetir, sans beaucoup de mal et d'amertume, (Jerem.y il, 19.) C'est ce qui oblige le saint roi David à se plaindre en ces mots : Mes iniquités se sont élevées par-dessus ma tête^ et fen ai senti le poids comme d'un fardeau lourd et pesant. iPsal. xxxvii, 6.)

C'est enfin ce que convie le grand saint Augustin de s'adresser à Dieu, en lui disant : Seigneur, vous voulez, et il est ainsi, que tout esprit déréglé soit sa propre peine.

Beaucoup de Pères tenant même langage, veulent dire que l'injustice du [^cbé a au moins cette justice de ne souffrir jamais impunie, et d'être soi-même vengeresse de sa propre malice. Il n'y a point en effet de plus cruel bourreau du péché que le remords qu'il laisse en la conscience de celui qui le commet.

Caïn n'eut pas plutôt tué son frère , que son imagination lui faisant voir des millions d'hommes, bien que l'Ecriture ne faisant lors mention que d'un seul, qui étant son père, n'eût jamais pu se résoudre à défairt5 son ouvrage, il s'écrie : Le premier qui me rencontrera me tuera sans doute. (Gen,^ iv, 14.)

Les saintes lettres, paîlant du pécheur, ne disent pas sans rtilson qu*une voix do terreur est toujours dans ses oreilles, et que. pour assurée que soit la paix dont il jouît, il soupçonne toujours quelques embûches, et pensent voir de tous côtés des épées qui l'environnent.

Ceux-mêmes qui n*ont point eu d'autre lumière que celle que la nature donne aux esprits privés de la foi> ont reconnu qu'une mauvaise conscience n'est jamais assurée, bien qu'elle soit en sûreté^ et qu'aucun accident ne la menace.

S'il est vrai que celui qui marche sans lumière, ou qui est aveugle, a des peines indicibles à suivre son chemin, lors même qu il est beau, il est bien aisé de concevoir qu'on ne marche que sur des épines, dans les voies du péché, qui nous aveugle entièrement.

Si quelqu'un dit qu*on représente d'ordinaire le chemin de l'enfer large et aisé, et celui du ciel étroit et raboteux; qu'il sache que le premier n'est estimé large, qu'en tant qu'il est frayé de beaucoup de gens ; et qu'il ne semble aisé qu'à ceux qui ne voient pas les ronces et les épines qui s'y trouvent, pour avoir sur les yeux le bandeau du péché* ^ Qu'il sache que le second n'est dit étroit

Sue parce qu il n'y a que le petit nombre es élus qui y passe, et qu'il n'est estimé '■ rude et difficile que parce que les mortifi- ^ cations et autres semblables difficultés le font paraître tel à ceux qui ne le suivent pas. Mais qu'il sache aussi que les croit qu'il faut porter pour gagner le paradis sont accompagnées d autant de douceur que lo*

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SUPPLEMENT AU DtCTfONNAlRE D ASCETISME.

iJélices du péché se trouvent pleines d'amertume.

Je sais bien qu il est dit en divers endroits de TEcritnre, qu'il est difficile d'entrer au royaume des cieux ; mais cela ne fait rien contre la facilité que j'établis, puisque les saintes lettres n'attribuent cette diOiculté qu'à la lâcheté «les Âmes basses, affaiblies ]>ar des habitudes du péché, et non pas à celles qui sont assez généreuses pour rompre les liens qui attachent les autres.

Au reste, je ne soutiens pas absolument que le chemin du ciel soit semé de roses. Ce serait une grande honte à des membres de vouloir vivre mollement ayant un chef couronné d'épines. Mais je prétends, et c'est chose véritable, que les difficultés que rencontrent les bonnes âmes dans les voies de leur salut, ne sont pas comparables à celles que les méchants trouvent dans le chemin de leur perte.

Si les mauvais desseins qu'on fait dans les voies du péché ne réussisent pas, le déplaisir qu'a 1 homme d'avoir aussi bien manaué k son dessein qu'à la raison, le tue ; et s ils réussissent, la sensualité lassante de sa nature lui laisse un remords d'avoir manqué à Bleu, pour un plaisir qui le soûle et le lasse bien plus qu'il ne le contente. Au contraire, si une âme pieuse a fait quelque entreprise qui lui réussisse, elle a le contentement qu'apporte un bon succès ; et si elle ne réussit pas, elle demeure satisfaite pour n'avoir rien oublié de ce qu'elle a pu pour une bonne fin.

Il n'y a ri(vn de plus importun que le vice, et particulièrement celui qui attache aux voluptés des sens. Comme il ne peut toujours trouver de nouveaux aliments à ses plaisirs, il est incontinent à charge ; et avec beaucoup de raison, puisqu'il consomme ceux qui pensaient y trouver leur félicité.

U n'en est pas de même de la vertu : Tamour et la crainte, qui sont les deux guides qui conduisent les âmes dans ses voies, font que ceux qui marchent sous leur conduite trouvent des douceurs dans leurs peines, et jouissent d'Un repos qui ne peut être traversé.

Celui qui aimant Dieu ne craint que lui, se moque de toutes les traverses du monde, et qui aime ou craint autre chose qne Dieu ne saurait trouver de refjos dans quelque bonheur qu'il puisse avoir, parce qu'il en doit craindre la perte, quelque soin qu'il ait de réviter.

Y a-t-il quelqu'un qui ne connaisse pas qu'il fait boii servir un maître qui pardonne en sa plus grande colère, et qu'il est dangereux de s'attacher à celui qui n'a autre fin que de perdre ceux qui le servent?

Le plus grand plaisir du vice à sa peine conjointe. La connaissance qu'ont les nommes que la volupté est passagère, et que sa durée n'est quun instant, fait que le moment de leur plaisir leur tient lieu de croix et de supplice; au lieu que les peines de la vertu leur sont des délices, par la con-

sidération du bonheur éternel qui Imir ca doit venir.

Peut-on savoir que Jésus-Christ prononce : Que bienheureux sont ceux qui auront souffert persécution pour l'amour de lui, et qu il leur promet le royaume du ciel< et ne pas désirer sa croix? Peut-on savoir que la récompense de ceux qui craignent Dieu e<^t très-certaine; que leur fin est toujours heureuse et remplie de bénédiction; que la miséricorde ne manque jamais de les combler de ses plus douces consolations; et ne se

f)as abandonner aux volontés de celui qui ait tant de biens à ceux qui vivent sous les lois de son amour et de sa crainte.

Telles considérations fortifiaient ce généreux Machabée dans son martyre, lorsqu il disait : Tunousperds^ méchant^ en cette vie; mais celui qui est auteur et gouverneur d» monde, nous voyant mourir pour sa loi^ saura nous rendre une nouvelle vie qui naura point de fin, {II JUach. vu, 9.) L'exemple de tant de saints qui ont trouvé leur délices en la croix, fait connaître à ceux qui veulent ouvrir les yeux, quelle en est la douceur.

Qui aime Dieu trouve son re|;os dans les souffrances qu'il a occasion de supporter pour l'amour de lui. En effet, s'il est vrai, selon l'opinion la plus commune des théologiens, que la charité et la grâce ne soient qu*une même habitude, et qu'une qualité qui s'appelle grâce au respect du sujet qu'elle rend agréable à Dieu, est charité à raison de son objet qui est Dieu, qu'elle aime par-dessus toutes choses : il est indubitable, qu'en quelque tourment que^puisse être celui qui aime Dieu, il n'est point sans paix et sans repos puisqu'il n'est point sans grâce, et que la grâc^, selon saint Paul, est perpétuellement accompagnée de repos et de paix.

On dit ordinairement, et il est véritable, que tout est facile à l'amour; et il n'y a l)ersonne qui ne sache fiar sa propre exfjéricnce , ou que ce qu'on aime ne fait point de peine, ou qu'au moins on aime la peine qu'on a en l'aimant.

D'oti ie conclus, que si nous aimons notre salut, les peines qu'il nous faut souffrir pour l'acquérir, nous seront douces ; et que celles qui sont inévitables à tous ceux qui se damnent, ne peuvent être que 'rès-amères; puisqu'il n'y a personne assez privé de raison et de bon sens pour aimer sa propre perte.

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