CHAPITRE V
Pour exciter les âmes à tirer le fruit qu'elles doivent p des considérations précédenieM.
S'il est vrai que nous soyons créés de Dieu, qu'il nous ait imprimé son image, que nous soyons faits de sa main pour le posséder éternellement , et qu'il nous ait rachetés par son sanç pour nous rendre héritiers de sa gloire. S'il est vrai que tout le temps de cette vie ne soit qu'un instant au respect de l'éternité de Taùlre, et que de cet instant dépende notre bonheur ou notre misère
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TRAITE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN
mnv jamais. S'il est ?rai que Tétemilé et le Monheiir du paradis nous appellent au ciel : que rhorreur et la durée d© renfernous doivent détourner de tout ce qiii nous y précipice; que les plaisirs de la vertu soient p\us grands que ses peines, et que les pei^ joes du vice surpassent ses plaisirs r La raison me contraint de dire ce que je ne puis penser sans horreur et sans larmes; que nous méritons cent fois plus que Tenfer, si nonobstant cette différence de moyens, nous courons par un chemin plein de ronces à notre damnation, au lieu de marcher dans les voies de notre salut qui sont pleines de (leurs.
Cette matière est si importante , que sans craindre la répétition , il faut que je me demande à moY-mème, si le soin que nous avons de nos intérêts en ce monde , pourra bien permettre que nous méprisions tout à fait ceux de Tautre. £tant sensibles comme nous sommes à ce qui touche nos corps c serons-nous insensibles à ce qui touche nos âmes? Les maux de cette vie nous étant insupportables, croirons-nous pouvoir mieux souffrir les tourments qui nous peuvent arriver en Tautre î Si ce qui est temporel et )iassager nous est de si çrande considération , ne serons-nous point touchés de ce qui est étemel? Se trouvera-t-il des esprits assez perdus pour faire violence à la nature et à la grâce, en négligeant une vie éternelle et bienheureuse, pour une temporelle et misérable? On ne peut s'exposer à une mort qui n'a point de fin, et mépriser une vie de pareille durée , sans faire im outrage insupportable à la raison.
Si Dieu ne nous a faits que pour ce monde, nous avons raison de ne penser point à l'avenir, mais s'il ne nous a créés que pour lautre , combien serons-nous coupables si nous nous attachons tellement à cette vie, que nous perdions le soin que nous devons avoir d'une meilleure? Si la mort est ce que nous appréhendons davantage , et la vie ce
3ui nous touche et nous contente le plus, faut être insensé pour n'aspirer pas au bonheur du ciel, qui ne souffre point de mort>. et où se trouve la vie éternelle.
L*a mour de la chair et de ce monde ^ où Von ne prend naissance que pour mourir, doit être pour jamais banni de nous. Sa place est due à 1 amour de l'esprit et du ciel, puisque Ton n'y commence à vivre que pour n'y moiurir jamais.
Au reste, s'il est vraicju'il n'y ait rien que J'homoie ne voulût faire pour s'acquérir ici-bas une vie exempte des diverses incommodités qui sont attachées à la misère de sa condition; sera-t-il assez mi:^érable pour mépriser ce qu'il désire, lorsqu'il le peut avoir à si bon prix , qu'en un tel acquêt le pauvre est aussi puissant que le riche, puis* qu*il ne faut que se donner soi-même, h S'il est encore vrai que l'homme travaille incessamment pour prolonger sa vie, quoique pénible et mi<iérable , pourquoi ne prend il |>as soin de la rendre bonne, puisque c'est uu moyen assuré d'eu éviter la brièveté,
en tant que sa bonté est toujours suivie d'une éternité heureuse et glorieuse.
Si nous aimons la vie^ il en faut chercher une qui ne finisse point. C'est folie de l'aimer^ et ne tâcher pas de l'acquérir; folie do la chercher en ce monde où elle n'est pas, et n'avoir pas soin d'en mériter la jouissance en l'autre auquel seul elle se trouve.
Jésus-Christ étant venu à nous pour nous la donner^ il est plus raisonnable que nous allions à notre tour la chercher en lui. Il faut faire des efforts du tout extraordinaires pour entrer en la terre de promission fertile et abondante oui nous e^t promise dans le ciel. Chaque cnose tendant par son propre poids à sa dernière fin, la considération du souverain bonheur de nos Ames les doit forcer à faire ce qu'il faut pour l'obtenir.
Il faudrait être trop peu raisonnable, pour n'être ému que de ce qui touche nos sens, et mépriser les biens que la raison nous fait connaître beaucoup meilleurs que ceux qui nous plaisent davantage, parce qu'ils sont présents et chatouillent notre sensualité.
Aussi veux-je croire que ceux qui, lisant ces cing premiers chapitres, s'occuperont à la méditation de quelques-uns des points que nous v avons touchés > en recevront ua profit notable, et se rendront aussi soigneux de leur salut que ceux qui ne suivent que leurs appétits, sont diligents à procurer leur ruine.
Mais il me semble que j'entends quelquesuns de ceux qui affectent en ce temps la réputation de beaux esprits, sans autre titre que celui de l'insolente profession qu'ils font de ne croire pas les premières et plus assurées vérités, qui disent que supposé les principes de mes raisonnements, les conséquences en sont infaillibles.
Supposé qu'il y ait un Dieu, aucun d'entre eux ne saurait nier qu'il oblige à suivre la
peut y
indépendant auquel tous Icî» autres dépendent> qui ne soit absolument parfait; et que s'il est tel, il est juste; et partant rémunérateur des bons, etpunisseur des méchants.
La raison prouve trop évidemment cette conséquence; les saintes lettres l'autorisent trop formellement; et le consentement de tous les peuples, témoigné par les Pères en tous les siècles, la confirment trop expressément pour laisser aucun lieu de doute en ce sujet.
Mais ces beaux esprits ne pouvant nier la conséquence qui se tire d'un si véritable raisonnement» et considérant la contrainte que l'obligation aux bonnes mœurs donne à leur liberté (ce qu'ils ne peuvent éviter, s'ils reconnaissent un Dieu, et s'ils avouent
3 ne nos êmes soient immortelles) pour s'en élivrer ils sont réduits à mettre en problème, l'être de celui qui est auteur de 1 immortalité de leurs Ames ; et à nier impudemment ces deux principaux articles de notre foi. Il est impossible de ne pas s'étonner d«
SIPI^LEMENT AU DICTIONNAIRE D'ASCETISME.
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l'aveuglônrent de- telles gens, et de n'être pas louché de leur ignorance ou de leur malice. J'avoue que Ten ai le cœur percé jusqu'à tel point, qu après avoir supplié Dieu d'ouvrir leurs yeut, et d'amollir la dureté de leurs cœurs, je le supplie aussi, s'ils ne veulent acquiescer aux saints mouvements qu'il leur donnera pour le reconnaître, qu'il les y contraigne en leur faisant sentir en celte vie la puissance do son bras, par les justes peines qui sont dues à leur orgueil et à leur témérité.
Cependant pour tâcher de leur faire éviter ces derniers malheurs, j'entreprends de leur faire voir clairement par deux chapitres que ie mettrai expressément à la fin de ce livre, la vérité de ces deux points, qui ne peut leur être inconnue, si une malice plus grande que celle des démons, ne Jient leurs yeux fermés à la lumière.