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CHAPITRE VI

En auoi consisu la perfection du chrétien^ et àes moyens efficaces pour y atteindre.

Ce n'est |jas sans raison, que tous ceux qui ont écrit de la conduite spirituelle que îe chrétien doit avoir, pour parvenir à sa dernière fin par les voies les plus parfaites, représentent trois différents états de sa vie» ])uisqu'en effet il y a trois degrés dont il se doit servir pour monter à la perfection.

Le premier, est celui de la vie purgative, qui, à proprement parler, n*est autre chose

Juan soin diligent que le chrétien a de se éfaire du péché, et d'acquérir la grâc e de son Dieu.

Le second est celui de la vie illuminative, qui consiste en la diligence particulière que le chrétien apporte à se dépêtrer de l'embarras de ses sens, jusqu'à tel point que son entendement puisse plus clairement contempler par l'oraison mentale les mystères de son salut. D'où s'ensuit que sa volonté, éclairée d'une plus grande lumière, embrasse plus ardemment l'objet que son entendement lui propose, et se porte avec telle ardeur à l'exercice des vertus* qu'elle en acquiert les habitudes, qui, détruisant celles qu'il avait contractées au mal, et le rendant mattre de ses passions et de ses mauvaises inclinations, arrachent par ce moyen de son cœur les racines du péché, et lui donnent facilité à exécuter les volontés de Dieu.

Le troisième est la vie unitive, qui n'est outre chose que le soin que le chrétien nettoyé du péché par la vie purgative, éclairé et Téchauffèparl'illuminative, prend de s'unir à Dieu par une parfaite charité. Ce qui lui donne une telle coniormité de volonté avec lui, que sans se considérer en aucune façon, il ne veut plus rien qui ne soit voulu de Dieu, et le veut seulement par cette considération que Dieu Iq veut.

Que la perfection du chrétien consiste précisément en ce point, la raison le fait voir aux simples et aux clairvoyants. Il n'y

a point de chrétien, pour ignorant qu'il sott, qui ne sache qu'il n'est au monde que parce qu'il a plu à Dieu lui donner l'être. Il n'y a en point qui ne connaisse qu'il n'a reçu M)n être que i>our en user aux fins que Dieu a ordonnées pour son bien ; et partant il n'y a personne capable de raisonnement, quinene voie pas sa lumière naturelle qu'il ne saurait rien faire de meilleur que de suivre l'intention pour laquelle il a plu à Dieu le mettre au monde, et que sa perfection consiste à se conformer de tout son pouvoir à ses vo* lontés.

En cela consiste la véritable vie des prédestinés. Le Fils de Dieu. même n'a point d'autre aliment pour la sienne divine; cl rien ne nous élève à son heureuse proximité comme Tassujettisfement à ses sacrés vouloirs. Parla nous devenons les frères, les sœurs et les mères de Jésus.

Dieu étant narfait comme il est, et incapable de tout aéfaut, il est plus clair que le jour que ses décrets doivent être la règle de toute perfection, et que nous ne pouvons avoir de perfection en ce monde ni en Tautrc que par Taccomplissement des volontés de celui qui n'en peut avoir que d'accomplies.

Ces trois vies ont trois fins différentes, lesquelles toutefois n'eu font qu'une, en tant qu'elles sont subordonnées les unes aux autres.

La première se propose particulièrement de purger le chrétien du péché, et de le mettre en la grAce de son créateur.

La seconde, de connaître plus clairement les mystères de notre salut pour tes embrasser avec plus d'ardeur; et par les habitudes des vertus arracher entièrement les racines des vices.

La troisième, de n'être qu'un avec Dieu par conformité de volonté, voulant tout ce qu'il veut, et ne voulant rien autre chose.

Toutes trois regardent la volonté de Dieu comme leur dernière fin ; mais la dernière s'y conforme absolumentavec d'autant plus de facilité, que les deux premières l'y ont disposée l'une en tant qu'elle ne nous purge du péché, que parce que Dieu le veut ainsi, et l'autre en tant qu'elle ne n(»us a occupés à méditer el tirer profit des mystères de notre foi que parce que c'est le vrai moyen de lui plaire.

La vie purgative, à laquelle nous nous sommes disposés par les mouvements de la grâce, nous donne la première haine du péché et l'horreur des vices; et de plus nous dispose à la vertu à laquelle la vie illuminative nous pousse avec tant d'ardeur, que par une fréquente pratique des vertus contraires aux défauts que nous avons quittés elle nous acquiert une grande facilité à imiter les perfections de Notre-Seiçneur Jésus-Christ, la vraie règle de notre vie.

Ainsi notre premier travail coupe et abat l'arbre du vice que nous quittons ; mais parce que cet œuvre comme fait trop à la hâte demeure imparfait, en tant que les racines de l'arbre abattu sont encore en terre, le chrétien se trouve obligé à un nouveau soin.

TRAITE DE LA PERFECTION DL CHRETIEN

l(Uâ

«|ui lui fait rechercher daDS ia vie ilhuninative de nouvelles forces pour déraciner ce tronc. Ensuite de quoi Thomme voulant, par un troisième effort faire croître un nouvel arbre, ente ia volonté de Dieu si parfaiteraent sur la sienne, et l'y tient si inséparablenaent attachée par les liens d'un véritable amour et d'une perpétuelle pratique des vertus, qu'il produit des fruits dignes de leur principe, qui est la volonté de Dieu.

Lorsque la vie du chrétien semble la plus parfaite, c'est lorsqu'il doit être soigneux de se purger, sinon du péché, au moins de la semence du péché, et d'une certaine humeur qui est toujours en l'homme capa-^ ble de produire l'un et l'autre.

Sa vie doit être un (ierpétuel combat, une continuelle action éloignée de toute oisiveté, gui est la vraie source de» vices ; une sollicitude qui ne soit iamais interrompue, et qui sans cesse iravaille à affermir en lui l'empire de la raison, et à détruire celui des passions, introduit en nous par le dérèglement d'Adam.

n doit combattre quelcjuefois en attaquant, d'autrefois en se défendant pour prévenir les maux qu'on lui peut faire ; se for^ iiriant contre les vanités du monde, les impétuosités de la chair, les ruses et la malice du diable. En un mot, agir toujours est le seul uK^yen d'être en repos en fa vie chrétienne , et qui s'y repose dans une perfection oiseuse se trouvera bientôt contraint de reprendre les armes, non pour s'opposser à 1 entrée des ennemis, mais pour les chasser des lieux qu'ils auront occupés pendant son repos.

Voilà en peu de mots tout ce qui concerne la théorie de la vie spirituelle, sa définition, sa division en trois espèces, leurs différences, leurs diverses fins, qui toutefois n'en font qu'une, en tant quelles aboutissent toutes à Taccomplissement des volontés de Dieu.

La perfection de ces trois vies en fera l>eut-être juger l'acquisition très-difficile, et cependant si Ton considère que quatre moyens sont capables de nous conduire à cette fin, on fera un jugement tout contraire.

Les deux premiers, sont l'amour et la présence de Dieu : les deux autres la fré-

Îuentalion des sacrements de pénitence et e l'Eucharistie.

L'amour et la présence de Dieu, sont les deux plus puissants motifs qui puissent fK)rter rhomme a se purger du péché. Le sacrement de pénitence Ten lave tout à fait, et l'usage fréquent de l'Eucharistie le maintient en cet heureux état. Ce môme amour et cette même présence, nous font désirer de connaître les merveilles de Dieu par une opération plus pure de notre entendement ; ensuite nous sommes échauffés par ces motifs à aimer la souveraine bonté avec plus d'ardeur que nous ne faisions auparavant ; ce qui nous porte enfin h l'exercice des vertus, auxquelles rien ne confirme tant que la fréquentation de ces deux saire-

ments, qui conférant de nouvelles grâces à riiomme, lui fournissent de nouvelles forces pour de si bonnes fins, quand il en use dignement.

Ce même amour et cette même présence, nous font si soigneux de nous rendre agréables à Dieu, que nous venons enfin à avoir une parfaite conformité de volonté avec lui pourVamour de lui-même : et il n'y a point de moyens si efficaces pour nous conserver en la possession de ce bien indicible, que la fréquente participation des sacrements de pénitence et de l'Eucharistie, dont l'un confère la première grâce, ou la fortifie lorsque, la trouvant, il n'a pas lieu de la donner : et lautre en confère toujours l'augmentation, et donne par ce moyen un renfort si {ïuissant qu'il n y a point d'ennemis assez ôrts pour nous vaincre, s'ils nous trouvent toujours avec ces deux secours.

Disons enfin que l'amour qu'on porte à Dieu et la considération de sa présence sont deux moyens si infaillibles pour parvenir à la fin proposée ; qu'ils forcent quasi riiomme, par une douce violence, à ce qu'il doit faire librement; étant certain que quiconque aimera Dieu conformément à son obligation suivra facilement ses volontés, et que celui qui pensera être toujours en sa présence aura de la peine à se résoudre de violer ce qu'il saura être voulu de lui.

Ces vérités touchent le sens commun. Ai* mer parfaitement quelqu'un et violer ses volontés , sont choses incomp^atibles ; et s'il est vrai que celui qui est devant un prince qui peut juger de son extérieur, n'a autre soin que de se composer en sorte qu'il lui soit agréable; difficilement penserons-nous être en la présence de Dieu, qui pénètre plus clairement le fond de nos esprits que les princes ne voient la surface de nos visages, sans fiégler nos plus intimes pensées selon ses volontés et ses lois.

Reste à trouver des motifs aussi puissants pour nous exciter à aimer Dieu de tout notre cœur et le rendre toujours présent à nos esprits, que son amour et sa présence sont des moyens utiles et infaillibles, pour nous porter à l'accomplissement de ses volontés,

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