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CHAPITRE VIL

Des moyens pour s'exciter à aimer Dieu.

Pour faire naître en notre âme et lui imprimer de plus en plus l'amour de Dieu, il tant nous mettre souvent cinq considérations devant les yeux, et nous habituera les avoir toujours en la mémoire et en l'esprit.

1^ première, les bienfaits généraux que le genre humain a reçus de Dieu son Créateur et Rédempteur. La seconde, les bénéfices et les grâces singulières que chacun reçoit en son particulier. La troisième, le bien qu'on en recevra indubitablement, si on l'aime avec fidélité. La quatrième, le mal qu'on ne peut éviter, si 1 on manque à aimer Dieu. La cinquième, les infinies perfections qui sont en Dieu comme Dieu, qui

SUPPLEMENT AU DICTlONMAIgE D*ASCET£»E

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rinterposition de certaines qualités qui suppléent au défaut de la présence de Vagent.

Le soleil éclaire et échauffe les lieux où il n'est pas, par sa lumière et par le réfléchissenoent de ses rayons. Le feu brûle la main, bien au'il ne la touche pas, en transmettant sa cnaleur par des lieux interposés. Les rois dont Fêtre est limité, se servent de lieutenants pour se faire obéir aux provinces éloignées de leur demeure. Mais cette manière est imparfaite, et suppose la limitation d'une nature qui emploie des moyens subsidiaires aux lieux où elle ne peut être et agir par elle-même. Les opérations de Dieu étant aussi neu capables d'imperfection que son être, il ne peut agir ainsi. Donc s'il opère partout, il faut que ce soit par la présence de sa propre substance qui est la plus noble feçon d'agir; et, par conséquent, c'est chose certaine et évidente qu'il est partout par la diffusion de sou essence.

Les hommes ne connaissent les choses que par le moyen des images que leurs sens en tirent : d'où il s'ensuit que leur puissance étant limitée, ils ne peuvent tirer les images de ce qui ne leur est pas présent, ni en un même temps toutes celles des objets qui leur sont présents; ce qui fait que nonseulement ils ne voient pas tout, mais de plus qu'ils ne peuvent discerner les objets qu'ils voient que par succession de temps.

Mais la connaissance de Dieu est toute autre, il voit, non par des images empruntées, mais par son essence. Ce qui fait qu'étant présent en tout lieu, à raison de son infinité, il voit non-seulement tout, mais il le voit tout à la fois, et toujours sans succession et SQns intermission de temps.

Les hommes ne voient que le dehors des choses, et n'en peuvent pénétrer le dedans, parce que ce qui n'est pas extérieur, no peut de soi produire aucune espèce sensible. Les pensées de l'esprit et les mouvements du cœur leur sont inconnus, parce qu'ils ne tombent point sous les sens; co ne sont ni couleurs pour la vue, ni sons pour l'oreille, ni senteurs pour l'odorat. Mais Dieu voit le dehors et le dedans, et pénètre jusqu'au fond de nos pensées, parce que son essence est diffuse en l'homme, et qu'elle n'est pas seulement la cause efficiente de tous nos mouvements, mais encore l'exemplaire et l'idée qui les représente.

Bien qu'il n'y ait rien en la nature qui se puisse comparer à la différence de ces connaissances, on peut toutefois en faciliter la conception par la diversité Je la vue des hommes.

Deux princes peuvent avoir en môme temps la montre d'une armée de lieux si différents, que leur connaissance n'aura rien de semblable : l'un étant sur le haut d'une montagne, verra d'une vue toute l'armée ; et l'autre étant dans la plaine ne la verra que file à file, selon que les soldats passent devant lui. Ainsi, Dieu regardant du sommet et d^ plus haut de son trône éternel, voit d'une seule vue toutes cho?e5i, au lieu que

les hommes ne voient ce qu'ils voient que successivement, à mesure que les objets se présentent à leurs sens.

Ce n'est pas assez à l'infinie perfection de Dieu, d'Atre partout et de voir tout; mais rien ne peut être au monde qui n'ait relation à lui comme à sa cause, et qui n'en soii véritablement l'effet. U fait tout ett toutes choses, dit saint Paul ; c'est-à-dire, qu'il est la cause des causes, et qu'il n'a pas seulenient tiré toutes les créatures du néant nar sa puissance, mais qu'il produit avec elles toutes leurs actions par son concours; en sorte que tout ce qu'elles font, relève de lui, comme de leur souveraine, première et universelle cause; et de la créature* comme d'une cause dépendante, seconde et particulière.

Lorsqu'il agit seul en soi-même , il açit conformément à sa nature : mais lorsqu il agit avec ses créatures, il restraint sa puissance et {proportionne son concours à leur portée par l'excès de sa bonté. Ainsi le Père entendre son Fils infini, et tout deux produisent le Saint-Esprit, infini comme eux; mais lorsqu'il agit au dehors, il fait comme le prophète Elisée , qui venant ressusciter la fils de la veuve, raccourcit sa grandeur à la mesure de ce petit enfant. 11 met sa bouche sur sa bouche, son cœur sur son cœur, ses pieds sur ses pieds.

Les productions de Dieu qui se font en lui-même, sont infinies, non-seulement en leur substance, mais encore en leur durée : et celles qu'il fait avec l'homme, sont quelquefois si imparfaites, à cause de l'impertion de l'homme, qu'elles ne le i^euvent èlre davantage ; et de si peu de durée, qu'elles n'ont nen de permanent. Une pensée de l'esprit meurt aussitôt qu'elle est née; une parole n'a point d'autresubsistance que celle de son j)assage ; sa fin et son commeucement sont en un même instant.

Dieu pourrait, s'il le voulait, relever l'homme de sa bassesse, et le tirer de sa faibJosse pour lui faire produire des actions audessus de soi-même, et qui eussent plus de Froportion à son infinie puissance qu'à être limité de sa nature : mais il s'accommode à notre faiblesse, et au lieu qu'il nous conduit et nous détermine aux ac tions de la grâce, il se laisse conduire et déterminer agx actions de la nature.

Cette môme bonté qui le porte à se proportionner à notre bassesse, le porte aussi quelquefois à nous relever au-dessus de nous-mêmes, nous faisant faire des actions, qui n'étant pas miracles au respect de sa puissance, capable des choses les plus grandes, le sont au respect de notre infirmité naturelle.

Pour conclusion, quelqije action aue fasse l'homme, soit conforme à la nortée Je sa nature, soit relevée au-dessus ce sa puissance, il n'en fait aucune sans le concours de Dieu; et partant puisque sa vie consiste en une perpétuelle action, il est certain qu'elle ne peut cire un seul moment sans la présence de celui qui lui donne le moyeu d'ngir, cl agiravec lui.

TRAITE l>E LA PERFECTION DU CHR£Tl£[!t.

Ainsi 1 homme ne peut ignorer qae Dieu

est toujours en lui, sans un trop grossier aveuglement. Il ne peut ne croire pas une yérrtô si évidente, sans une infidélité punissable ; et la croyant^ il est coupable d*un extraordinaire mépris s'il ne bannit le péché de son Ame» pour rendre le lieu de la demeure de son Créateur si net qu*ii ne puisse être dit absolument indigue de sa graodeur.

La pureté d*un Dieu ne s'accorde pas avec ]a saleté de nos vices. Il n*est pas au pouvoir de Tbomme de Cstire que Dieu ne soit pas en lui, puisqu'il y est par la nécessité et par la condition immuable de son être; mais il est en son pouvoir de bannir de soi le pérhé; et par conséquent s'il ne le fait, il se rend grandement coupable.

Si Dieu voit tout en nous, serons-nous assez aveuglés pour vouloir faire devant lui, ce que nous ne pouvons faire devant les hommes sans une extrême confusion ?

Pour être à couvert de la vue des hommes, pouvons-nous croire être cachés aux yeux de Dieu, qui pénètrent toutes choses ? David II* était outré de la douleur de ses offenses que lorsqu'il considérait qu'il les avait commises devant Dieu. Il savait I}ien que tout l'univers était et spectateur et témoin de ses fautes; mais l'œil de son Créateur était la cause de son tourment.

Quelle confusion doit aussi avoir l'homme, «'il considère qu'il oblige Dieu à concourir à des actions, où sa malice et sa seule dépravation apportent du dérèglement et du vice.

Dieu f or soi-même est une chose efOoiente toute parfaite, laquelle ne peut produire que des effets réels, exempts de tous défauts. Si donc il b'en trouve dans les œuvres qui pro* cèdent de Dieu et de l'homme coi^ointement, il faut que Thomme reconnaisse qu*il en est l'auteur, et gue son imperfection le rend seul cause déiaillante.

Il est impossible d'avoir la présence de Dieu bien imprimée dans Tesprit, sans concevoir une extrême horreur du péché. C'est ce oui m'oblige de conseiller aux âmes qui veulent avoir un soin particulier de leur salut, de ne se distraire jamais d*une vue si utile, et d'une considération si salutaire. ^'. Je ne prétends pas les obliger à avoir toujours actuellement et sensiblement cette sainte présence devant les yeux: cette obli-

f cation pourrait causer beaucoup de scrupues, d'inquiétudes et de troubles. Il suffît 'de s'établir diverses fois le jour en cette divine présence, et de ne faire aucune action qui la puisse détruire; étant certain qu'elle est censée durer jusqu'à ce que nous la fassions cesser par une action qui lui soit cou traire. Il vaut mieux travailler continuellement pourDieu, |)ar une destination générale, renouvelée à diverses heures du jour; que de vivre en une réflexion continuelle sur soi-même. ;

Il vaut beaucoup mieux aimer toujours Dieu, que considérer incessamment si on Taime. Et en effet, il est impossible sans

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une grâce fort extraordinaire, d*avoir toujours Dieu présent, sensiblement en l'esprit et en l'imagination ; et qui s'attacherait h ce dessein, reculerait plus qu'il n'avancerait au chemin de la perfection ; parce qu'il perdrait mille occasions de bien faire, pour être trop attentif aux moyens qu'il se proposerait pour en acquérir le pouvoir. Aussi la présence de Dieu qui nous est recommandée par les Saints n'est pas tant une présence d'esprit que de cœur, laquelle s'acquiert par divers actes, par lesquels nous nous consacrons si souvent à Dieu que Thabitude nous en demeure.

Ces trois présences générales nous obligent beaucoup à aimer Dieu, et peuvent nous donner un i^rand secours : Mais si on considère les trois autres particulières dont j'ai parlé ci-dessus, elles produiront tout un autre effet.

Sera-t-il possible de se représenter que Dieu n'a créé l'homme que pour s'établir une demeure dans son Ame ; qu'il n'a pris sa même nature que pour s'apprivoiser avec lui, et se faciliter l'entrée de son cœur; une lorsqu'il n'est pas reçu dans ce temple rait de sa propre main pour ses délices, il est continuellement frappant à la porte, afin qu'elle loi soit ouverte. Sera-l-il |»ossible d'entrer dans ces considérations, sans que nos cœurs vivement touchés de la douleur de nos péchés, lui soient ouverts par notre amour.

Pourrons-nous considérer quel bien c'est à l'homme que d'avoir en ce monde la possession et la jouissance de son Dieu par sa grâce, et en l'autie par sa gloire, sans eu être émus par ces considérations à vivre en sorte, que nos actions ne nous privent pas d'un tel bonheur auquel nous sommes destinés?

Je ne crois pas qu'il y ait des Ames assez endurcies au mal , pour n'être pas touchées de ces considérations. Mais je suis assuré qu'aucune ne se représentera l'amour do Dieu si excessif pour l'homme, qu'il ait voulu on prendre la nature pour lui enseigner aussi bien |>ar exemples que par préceptes ce qu'il doitfaire, sans se sentir particulièrement animée à l'imiter en toutes ses actions, autant que son imperfection le lui pourra permettre.

L'Ecriture et les Pères nous enseignent si clairement, que c'est l'exemplaire sur lequel nous devons nous former, qu'il est irapossil)le d'ignorer une vérité si évidente. Saint Augustin entre autres, montre non-seulement qu'il est notre règle, mais encore qu'il n'y a que lui qui puisse Têlre; sa raison est aussi solide que subtile : il faut , dit-il , qu'une règle soit visible et infaillible ; visible, pour être connue et suivie; infaillible, pour être exempt d'erreur en la suivant. Dieu comme Dieu est infaillible, mais étant invisible il ne peut être imité; Tborame est visible, mais trop sujet à faillir pour être imité mûrement. Donc les conditions June parfaite règle, sont en Jésus-Christ seule-

lOol SUPPLEMENT AU DICTIONNAIRE D'ASCETISME m

^' -1 ^.4 snr.niîhiA ne sont pas oblisés de savoir comme il est ment; puisque comme Dieu il est miailUDie, "csum pa^^u ^^^ ^^^^^^ ^^ ^

et comme homme il est visible.

Ce qui fait bien que la loi de Dieu soit une règle parlante pour ceux qui ont la foi , les hommes n'en pouvaient avoir de vivante qm touchât leur sens, que la personne du fus

de Dieu fait homme.

Pourrons-nous considérer son humilité et sa patience en ses douleurs , sa résignation et son obéissance , sa charité et ses autres vertus, sans être particulièrement animés a l'imiter aux actions de sa vie et de sa mort ? Il n'y a point d'âme assez ennemie de son iiropre bien , pour ne s'y porter pas avec ardeur, si elle considère bien l'avantage qu elle

en peut tirer. .

Celles qui sont dans une vraie piété, ne suivront i>as seulement l'exemple de leur Rédempteur aux actions qu'il a faites; mais fondées en ce principe très-certain , qu il ne pouvait en faire aucune qui ne fût accompagnée de toute la perfection dont elle est cai)able , pour s'exciter à agir purement, elles «e représenteront ce qu'il eût fait s il se lût rencontré en de pareilles occasions à celles qui se présentent à elles.

C'est le précieux modèle que nous devons toujours avoir devant les yeux. En ce sens il est tout en tous. De sorte qu'aux termes de saint Ambroise, celui-là travaille inutilement dans l'acquisition des vertus, qui les cherche ailleurs qu'en Jésus-Christ. Lequel enseigne lui-même en son saint Evangile, qu'il est la voie la vérité et la vie. Comme s'il disait, interprète le grand saint Augustin : Où veux-tu aller? Je suis la voie. Qui veuxtu croire? Je suis la vérité. Veux-tu durer à jamais ? Je suis la vie.

Quiconque s'habituera à rette présence de Jésus-Christ en qualité de règle, n'aura pas de peine à acquérir et conserver la grâce, qui doit être notre principale fin en ce ce monde, et un moyen pour acquérir un jour la gloire dans le ciel.

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