CHAPITRE X
Be la contrition et de tes diverses espèces en-* tre iefffneUêê VMlrition a lieu.
La contrition parfaite a Dieu pour uniaue, ou au moins pour principal objet. Telle douleur n*est pas absolument nécessaire pour obtenir rémission de nos péchés au sacrement de pénitence ; parce que de soi-même elle les remet. Ce qui ikit que si elle eût été nécessaire étant d'ailleurs suOisante, on peut croire que Jésus-Christ neût pas institué ce sacrement pour la rémission du péché puisqu*en vain on cherche divers moyens de parvenir à une Gn, quand on le peut aussi bien par ui> seul.
11 y a une autre contrition si imparfaite,
au'efle n'a pour obiet que Tintérèt temporel e rhomme, qui s aime soi-même jusqu'à un tel point, qu'il ne se repent d'avoir offensé Dieu, qu'à cause du mal qu'il en ressent, et qu'il craint en ce monde. Telle douleur ne suffit pas pour obtenir la rémission de ses péchés au sacrement de pénitence, parce qu'elle est purement naturelle; et que tant s'en faut qu'elle procède du mouvement du Saint-Esprit, elle ne suppose
Cas seulement la foi ; i-ouvant élre aussi ien en un païen, incapable de l'effet des sacrements, qu'en un (iuèle.
La troisième est Tattrition qui, tenant le milieu entre la très-parfaite et l'inutile, est celle qui est nécessaire et qui peut suffire pour obtenir la rémission dupéroé au sacrement de pénitence.
Cette douleur est ordinairement conçue
Î)ar l'appréhension des peines de l'enfer, de a privation du paradis et de l'infamie du f)écDé. Et bien que le principal motif de 'homme en cette occasion soit son intérêt, Tamour de Dieu ne laisse pas d'y être mêlé, en tant qu'entre les peines éternelles qui sont appréhendées, celle de l'inimitié perpétuelle de Dieu a sa place, et que nous ne pouvons craindre d'être privés du paradis, sans appréhender la perte de la jouissance de Dieu, qui fait la félicité des bienheureux. Ce qui ne suppose pas seulement la connaissance de Dieu, mais encore son amour. Telle douleur est participante de la plus imparfaite, en tant qu'elle regarde principalement rintérêt de Thomme; mais elle a aussi quiflque chose de la nature de la plus parfaite , puisqu'elle tire son origine du mouvement du Saint-Esprit, en tant qu'elle supposée foi, qui en est un don, et qu'elle est exercée par les lumières actuelles qu'il nous donne de l'horreur de l'enfer et du bonheur du paradis.
Elle suffit, parce que le sacrement de pénitence, oui est institué pour donner la rémission des péchés par une première grâce sanctiOante, ne peut supposer de nécessité cette grflce qu*ildoit produire; mais seulement une disposition à la recevoir par le simple mouvement de la grflce actuelle du Saint-Rsprit, ainsi que le concile de Trente IVnseigne clairement.
J'Jle Obi nécessaire, pan'c que toute autre
douleur inférieure à celle-là est purement naturelle, et non procédante du Saint* Esprit , unique source de toute saneiificA-
tk>n.
Je m'étendrais davantage sur ce sujet, si je ne l'avais traité à fond, à l'occasion qui s'en est présentée depuis quelque teknps.
Je dirai toutefois que la division de ces douleurs tire son origme de celle de l'amour, qui se partit en deux branches. Autre est l'amour que nous portons à Dieu pour l'amour de lui-même ; et autre celui que nous lui portons pour l'amour de nous. Par le premier, nous aimons sa bonté; par le second, le bien qu'il nous fait. Par le premier nous chérissons le Dieu qui donne la félicité, et par le second la félicité que Dieu donne.
Le premier est parfait, et nous porte à la perfection; faisant que l'homme ne considère la terre que pour le ciel, les créatures que pour leur Créateur, et qu'il ne s'aime soi-même que pour Dieu.
Le second est imparfait, en ce qu'il considère le Créateur pour la créature, et aime Dieu pour son propre intérêt : ce qui me semble n'être pas tant aimer Dieu qœ s'aimer soi-même.
La contrition naît du premier amour, et l'attrition du second. Comme l'attrilion a pour source un amour imparfait, elle est imparfaite elle-même; et c^mrae telle, elle ne peut seule chasser le péché, ni remettre rfline en f>aix avec son Dieu ; parce qu'elle ne redresse pas parfaitement la volonté à sa dernière fin, qui est Dieu; mais la laisse toujours en quelque sorte attachée à soimême. Ce qui fait que sans l'actuel concours du sacrement, qui tire son efficace du sang de Jésus-Christ iK)ur remettre les péchés, elle ne saurait produire la grflce nécessaire au pécheur pour la rémission de ses fautes.
Mais la contrition qui dérive de l'amour parfait que nous avons pour Dieu à cause de lui-même, sans considérer nos intérêts, est une douleur parfaite qui, nous faisant repentir d'avoir aimé ce que Dieu n'aime pas, parce qu'il ne l'aime pas, bannit de nous le péché par sa propre efficace ; à raison que le péché n'est, a proprement parler, qu'un attachement aux cnéatures, et la contrition n'est autre chose qu'une douleur de s'y être attaché, et douleur si parfaite qu'elle nous rattache à Dieu, qui est le seul, ou au moins le principal motif de notre douleur.
Ainsi que l'amour de concupiscence,c'està-dire l'amour qui a notre intérêt pour but, ne peut jamais devenir amour •d'amitié, c'est-à-dire amour qui regarde simplement l'intérêt de celui crue nous aimons, à cause de la différence de leur principes et de leurs objets ; aussi l'attrition ne peut jamais devenir contrition : mais on peut bien passer de l'une à l'autre. Et comme l'amour qui regarde notre intérêt est un grand acbeininement à celui qui n'a autre considération f^uc l'antérêit de celui qu'on aisae, à cause
SUM>LEIIBNT AU UCTKKfNAinE D'ÂSCETidllE.
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<|ae celui qui s'aime peut plus facilement Aimer autrui que s*ii ne savait (H)inl aimer du tout : de même celui qui a Tattrition a plus de disposition à la contrition , que s*il n*avait aucune douleur de son péché.
Ce n'est pas assez de dire que la contrition est une douleur que Fhomme conçoit de son péché, ou seulement ou principalement pour Tamonr de Dieu. Pour bien concevoir sa nature, il faut passer plus outre, et dire que comme c*est la volonté, qui est une puissance spirituelle, qui offense vraiment Dieu, il suffit que la douleur que nous avons de nos fautes soit purement spirituelle, et il n'est pas absolument nécessaire qu'elle soit sensible.
Elle passe bien quelquefois jusqu'au sentiment, mais ce n'est pas chose nécessaire ; et celui qui par raison a le cœur froissé du déplaisir de ses fautes, est aussi agréable à Dieu, bien qu'il ne puisse pleurer et au'il n*ait aucune douleur sensible, que s'il rondait en larmes.
Les sens sont une mauvaise mesure de la douleur ; sa grandeur ne dépend pas de leurs fonctions, mais bien de celles de la raison.
Tel peut avoir plus de douleur sensible de la perte de l'un de ses enfants, qu'il n*aura pas de celle qu'il a faite de la grâce de son Créateur par le fléché ; et nonobstant il ne laissera pas d'avoir par raison plus de douleur de son péché, que de la perte de son flls. Ce qu'il connaîtra si, faisant comparaison de ses deux pertes, la raison lui fait plus regretter celle de la çrâce de Dieu, que celle de son fils, qui cependant lui tirera des larmes, et lui sera plus sensible que l'autre, pour laquelle il ne saurait pleurer.
Un père aime mieux par raison son fils atné, qu'il considère comme l'appui de sa Camille, que son cadet. Et cepenaant il arrivera que le plus jeune lui sera plus agréable, et sera aimé de lui plus tendrement.
L'amour sensible n'a point de proportion avec le raisonnable. 11 est de même de la douleur de la contrition, qui est souvent bien différente dans la raison et dans le sentiment.
Nous ne sommes pas chrétiens par le sentiment qui est commun aux bétes, mais par la raison qui est propre aux hommes, et par une raison divine, du tout particulière à ceux qui ont la foi ; et partant la vraie balance de la douleur de notre contrition, est la raison agissante sur les fondements de la foi, c'està-dire, sur les principes et les enseignements que Dien a voulu donner ai^c hommes pour les rendre fidèles et chrétiens.
D'autant plus qu'une chose nous platt (dit le grand saint Thomas), plus haïssonsnous son contraire* Donc, quiconque aime Dieu plus que toutes choses, concevra plus de douleur du péché qui lui fait perdre Dien, que de la perte de toutes les choses du monde, encore que son sentiment sem*- Méjuger le contraire; parce que les puissances sentitives ne suivent pas tant les
mouvements de la raison, que Timpression qu elles reçoivent des objets sensibles qiii les touchent.
De là vient que la douleur que Tbomnie conçoit de son péché, en tant qu'il attaque directement Dieu par la coulpe, est beaucoup plus grande que celle qu'il a de ce même péché, en tant qu'il agit contre lui, par la peine à laquelle il l'assujettit. Ce qui iviralt manifestement, lorsque comparant la coulpe à la peine, il se trouve en disposition de choisir plutôt de supporter les peines de l'enfer, que de commettre la coulf^e qui offense son Dieu, et le prive de sa grâce.
Cependant il est h remarquer, que bien que la douleur sensible ne soit pas si grande que la raisonnable, elle est souvent moins capable de consolation, tant parce qu'elle est d'ordinaire plus violente ; attenau que ce qui touche nos sens, agite plus puissamment que ce qui meut simplement notre raison, que pour ce que ses forces sont plus limitées. Ce qui fait que les ayant souvent épuisées dans sa tristesse, il ne lui en reste plus pour la joie.
Il est encore à remarquer, qu'il y a grande différence entre la perfection de la douleur, et la grandeur du mal qu'on en ressent. La contrition est une douleur beaucoup plos parfaite, mais plus aisée à supporter que celle de l'attrition, qui est plus cuisante.
La première est plus supportable, parce qu'elle est mêlée de la joie qu'elle reçoit de Taraour de son Dieu.
La seconde est plus cuisante, parce qu'elle est destituée de ce qui cause la joie de la première, qui consiste en l'amour de Dieu, qu'elle n'a pas au point que la première; et parce que l'amour-propre de l'homme étant son principal motif, lorsque son esprit est trouble de la crainte des maux qui lui l)euvent arriver, il lui est difficile de recevoir du soulagement en sa peine; son malheur étant tel; que bien qu'il soit la seule cause de son mal, il ne le peut être de son bien, dont la seule source est Dieu, qne l'attrition ne considère pas principalement.
Il n'y a pas seulement grande différence entre la contrition et l'attrition; mais la contrition a divers desrés, entre lesquels il se trouve beaucoup d inégalité. Celui qui se repent de ses péchés principalement ))our l'amour de Dieu, a une douleur parfaite; mais celui qui s'en repent pour le seul amour de Dieu, en sorte que cet amour soit l'unique motif de son repentir, en a une dont la perfection est beaucoup plus grande; mais il s'en trouve encore une plus acc«>mplie, puisqu'elle fait que le chrétien est non-seulcmont outré de la douleur do ses péchés, par le pur amour de Dieu ; mais encore des péchés de tous les hommes.
C'est de celle-là dont parle saint Ambroise, lorsqu'il remarque que le Fils de Dieu se trouva touché ae tristesse au jardin dos Olives, non tant pour les plaies qu'il devait recevoir que pour les péchés commis par
TRAITE D£ LA PERFECTION W CflUfiTtES
les hommes, et pour ceux qu'ils devaient commettre.
r.'est de là même dont parle DaTid» lorsqu'il assure qu*i) est tellement outré des crimes que les pécheurs commettaient contre Dieu, qu'il en tombait souvent en défaillance; que ses yeux devenaient deux vives sources de larmes, quand il pensait que les hommes s'éloignaient si aisément de la loi du Seigneur; et que son zèle se desséchait, à cause qu'il vo^vait que les ennemis de Dieu mettait en oubli ses ordonnances.
La parfaite douleur du péché les déplore et les déteste tous; parce que Dieu étant son unique objet, il suffîit que son intérêt soit blessé, pour faire que l'homme uni à lui en soit vivement touché.
La contrition n'a pas seulement une grande étendue, à raison ae son objet qui embrasse toutes sortes de péchés, originels et actuels, mortels et véniels, propres et étrangers : mais elle n'a point de bornes quant au temps ; parce qu'étant nécessairement conjointe à la charité qui ne périt jamais, il y a lieu de dire qu'elle ne sera jamais séparée des bonnes âmes, en quelque lieu et en quelque état qu'elles soient.
Jamais les bienheureux ne perdent le repentir de leurs péchés, et le regret de tous ceux qui ont été commis dans le monde. Mais tant s'en faut que ce regrèl trouble leur félicité, qu'au contraire il en fait une partie; étant certain qu'ainsi qu'entre les éléments les plus puissants en quantité et les plus forts en qualité, altèrent et convertissent en leur nature ceux qui leur sont inférieurs en ces deux façons ; de môme la
{)erfection et la force de la joie du paradis, ont qu'elle convertit en soi-même la douleur que les bienheureux ont de leur faute. En sorte que le déplaisir qu'ils ont de leurs péchés passés, leur est un plaisir actuel et présent qui ne passera jamais. Ainsi la contrition est éterneUe, elle subsistera dans le purgatoire, dans le paradis, et partout ; hormis d-ans l'enfer, où les Ames damnées voudront continuellement offenser Dieui au lieu d'en avoir de la douleur.
Bien que la contrition u*ait point de limites en ce sens, elle a ses mesures prescrites en un autre ; puisqu'elle peut être si grande, qu'au lieu de nettoyer l'homme de son péché , elle peut le précipiter en nouvelle faute.
En effet, comme il ne peut y avoir d'excès h aimer Dieu, il n'y en peut avoir en la douleur spirituelle et raisonnable qu'on a de ravoir offensé. Mais il n'en est pas le même de la sensible, qui n'est pas licite si elle est iusqu'au point que son excès puisse causer la mort; vu que l'homme n'est pas maître souverain de sa vie, mais qu'il la relève de Dieu, et qu'il en a seulement I usage et non la disposition; ainsi que saint Paul nous 1 enseigne par ces mots t Que le devoir que vous rendez i Dieu soit raisonnable; c'està-dire, tel qu'il n'épuise pas vos forces.
Et partant, le chrétien, bien instruit de *on devoir, sera aussi soigneux de donner
des bornes aux sentiments que Je repentir de ses fautes excite en lui, comme de n'en donner point à la douleur que sa raison lui en fait concevoir : puisque celle-ci ne peut être trop gr^de, et que son excès est sa perfection.