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CHAPITRE XVII

De VutilUé qu'apporte la fréquente partici»pation du sacrement de pénitence.

Les trois parties de la pénitence dont nous avons traité fout le sacrement dont le fréquent usage n'est pas moins utile qu'il est absolument nécessaire en certain cas. Le baptême est appelé la première clef du paradis, et la pénitence la seconde. Le baptême, la première table après le naufrage (]ue nous avons tous fait en Adam; la pénitence la seconde après celui que nous faisons par nos péchés actuels qui nous privent de la grâce. Ce qui fait qu'à la rigueur du droit divin positif, la pénitence n'est nécessaire qu'à ceux qui tombent actuellement en quei* que péché mortel ; puisque celui-là seul nous prive de la grâce que le Fils de Dieu nous a méritée par sa passion et oue nous avons reçue premièrement par le baptême.

Cela n'empêche pas pourtant, que, eu égard au droit positif ecclésiastique, on ne soit obligé en certain temps et en certains cas de se confesser, quand même on ne se trouve^ rait coupable d'aucun péché mortel, mais seulement de fautes vénielles. C'est pourquoi le même précepte (]ui nous oblige à la communion de la très-sainte Eucharistie, au temps de Pâques, nous oblige au sacrement de pénitence qui sert de préparation pour nous purger de nos offenses~ann de communier oignement.

Quand même une personne n'aurait commis aucun péché, dont la confession fût absolument nécessaire pour communier avec effet, quand même elle se serait garantie des péchés véniels (ce qui est malaisé h supposer, vu la fragilité de notre nature corrompue), elle ne laisserait pas d'être obligée de se présenter en ce temps à son curé^ pour lui faire connaître l'état de sa conscience et se soumettre à son jugement; satisfaisant l>ar ce moven au précepte de l'Eglise qui l'a ainsi ordonné, ^i qui veut qu'eu ce temps chaque fidèle témoigne par cette action de religion sa sujétion à son pasteur. Auquel cas il peut s'accuser de quelques-uns de ses péchés dont il s'est déjà confessé, s'il n'en a point d'autres à déclarer.

On demandera peut-être si des péchés déjà confessés et pardonnes peuvent être suflisante matière d'une nouvelle confession.

Je réponds qu'on peut se confesser utilement diverses fois des mêmes fautes , parce que c'est un vrai moyen de s'humilier do plus en plus par un nouveau ressouvenir do ses péchés ; mais on ne peut être absous plus d'une fois. Dieu n'imputant plus à coul].o ce qu'il a déjà pardonné ; ce qui n'empêche pas que le prêtre ne puisse sur mêmes fautes prononcer une seconde fois les paroles de l'absolution sans qu'elles. doiyfnt être estimées inutilement proférées en tel cas»

SUPPLEMENT AU DlCTIONKAïaE D ASCfitlSXE.

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attendu que leur propre et premier effet est b production de la grâce, qui de soi est remissive du péché, et qui le remet actuellement Idrsqu*elle le trouve. Mais ne le trouvant point, les paroles de l'absolution ne laissent pas d'avoir leur premier etfet; bien que |)ar accident elles soient privées du second. Au lieu que la première absolution a produit une première grâr^e, laquelle actuellement a remis le péché, la seconde en produit une seconde de même espèce que la première; c'est-è-dire, une grâce qui par sa nature est remissive du péché, et qui ne l'ayant pu remettre à cause seulement qu'elle ne Ta pas trouvé, augmente la |>remière grâce qui l'avait déjà remis.

Si Ton ajoute à celte explication, que bien que Thomme ne s'aperçoive pas de ses fautes, il n'est quasi jamais exempt de péchés véniels, qui se cachent d'ordinaire à l'ombre de ses imperfections naturelles, personne ne doutera que les paroles sacramentelles de la pénitence ne soient proférées du prêtre avec effet et vérité. Je pourrais avec quelques-uns soutenir l'usage de ce sacrement si nécessaire, que non-seulement on serait olJigé d'y avoir recours une fois l'année en vertu du précepte de l'Eglise; mais encore toutes les fois et aussitôt qu'on le pourrait, après être tombé en péché mortel. Mais, comme il faut étendre les grâces autant que la raison le peut permettre, la même raison veut que l'on diminue les obligations autant qu'on peut dans les mêmes termes.

C'est ce qui fait que je dis hardiment que bien qu'on ne puisse trop tôt se confesser, lorsqu'on se connaît être en péché mortel ; on n y est pas toutefois obligé sous peine de nouveau péché, si on ne se connaît être en quelque péril évident de mort ; car, en ce cas, chacun étant tenu d'éviter la damnation éternelle et de travailler à son .•>alut, on ne peut •sans crime différer h se confesser si on le peut, ou faute de prCtre on ne peut manquer de s'excitera la contrition avec résolution de se confessera la première occasion.

Telle est la doctrine de saint Thomas, et en effet si celui qui est en danger de mort no peut négliger d'envoyer quérir le médecin corporel, sans être tenu homicide de soimême; combien plus coupable sera celui qui .^entant son âme atteinte de péché mortel, ^lans un péril évident de sortir de cette vie après laquelle il n'y a plus lieu d'obtenir la guérison do son péché, différera de faire venir le médecin spirituel, qui est le prêtre, pour lui découvrir son mal, afin d'en être délivré.

Mais comme un malade ne saurait passer

four homicide de soi-même, pour manquer appeler le médecin sitôt qu'il est atteint do maladie, lorsqu'il n'y a pas lieu de la juger dangereuse et mortelle, ainsi le pénitent ne peut-être condamné d'un nouveau crime, s'il ne se confesse aussitôt qu'il est tombé en }>éché mortel. Il est bien vrai que l'incertitude d'être surpris de la mort, lorsqu'on la pense la plus éloignée (ce gui arrive assez souvent), le doit porter h différer

le moins qu'il pourra de recourir au remède qui le peut garantir de la mort éterneUe, et que le Fils de Dieu a institué à cette fin.

Si les païens ont reconnu que ne sachant enguel lieu la mort nous attend, c'est à nous de l'attendre en tout lieu; que ne doivent pas faire les chrétiens en cette occasion?

Saint Grégoire assure que Dieu a voulu expressément que l'heure de notre mort nous fût inconnue, afin que d'autant plus que nous l'ignorons» d'autant plus nous l'estimions présente; et que chacun soit d'autant plus fervent à l'oraison et prêt è partir, qu'il est incertain de l'heure qu'il sera appelé.

Quand je pense que ce misérable Aehan fils de Charmi, qui avait pris le lingot d'or de l'analhème de Jéricho, ne put trouver grâce auprès de Josué, et fut misérablement lapidé, encore qu'il eût confessé son (léché; parce qu'il ne le fit qu'après n'avoir plus le moy<'n de le désavouer, et parce au il n'avait f-it que par contrainte ce quil devait faire ^K)ur obtenir miséricorde; je tremble pour ceux qui attendent è l'heure de leur mort h découvrir leurs péchés , et crains

au'ils veuillent jmrler lorsqu'il n'y aura plus 'oreilles pour les entendre, ou plutôt qu'ils ne F>uissent parler, lorsqu'ils en auront davantage besoin.

Je crains qu'ils soient comme le misérable Antiechus, et qu'à l'heure delà mort ilsdemanîîent f ardon de leurs offenses, et ne le puissent obtenir; parce qu'ils n'en auront pas fait paraître une véritable re|)entance. Il n'est pas besoin de grande démonstration pour prouver que celui qui cherche la grâce doit souvent avoir recours aux moyens qui la confèrent.

Comme il est impossible de tenir une maison nette, si on ne la nettoie souvent ; il n'est pas en la puissance de Thorame de conserver son âme exempte de péché, s'il n'a souvent recours au sacrement de pénitence.

Le fer au'on nettoie tous les jours n'est pas capable de contracter la rouille ; ainsi bien que les âmes qui sont souvent nettcvécs par la pénitence puissent être parfois salies par quelque faute, elles ne peuvent iamais contracter la rouille du péché; c'està-dire un péché qui s'attache et qui la iiénètre jusqu'au vif; parce qu'il n'est pas plu* tôt conçu qu'il ne soit étouffé , ce qui l'empêche de convertir sa saleté en la rouille qui ronge le sujet auquel elle s'attache.

Il n'y a point d'âme pour endurcie qu'elle soit, oui ne s'amollisse par l'application d'un remède si puissant comme celui du sacrement de pénitence : il n'v en a point qui se jetant souvent aux piedfs d'un confesseur, ne soit retenue par la honte de s'accuser toujours des mêmes fautes, et de faire voir qu'elle est sans amendement. Comme il n'y en a point de si obstinée en qui ce sacrement ne produise des effets pourvu qu'elle ail la disposition nécessaire, il n'y en a point aussi qui ait tant soit feu de tendresse, qui ne fonde de douleur comme la cire au feu.

)orsqa*elle considère sourent ses imperfectlonset ses fautes.

La confession est un aussi bon antidote pour les fautes de l'avenir, qu'une excellente purgation de celles du passé. Il se trouvera peu de malades oui vueillenl attendre à se purger au bout de l*an, s'ils sont nssurés que les remèdes qu'on leur veut faire prendre leur rendent la santé. Ceux qui auront l'esprit sain ne différeront pas lin seul moment à en user, s'ils savent qu'ils aient celte vertu. £t ainsi il faut être plus qu'insensé, pour ne recourir pas souvent à la pénitence, lacfuelle donne assurément la santé à ceux qui en ayant besoin la veulent i*ecevoir, et qui la fortifie en ceux qui Tont déjà reçue.

L'Eglise eût en cette considération expressément commandé de fréquenter souvent ce sacrement et celui de rÉucbaristie, si elle neûl appréhendé d'astreindre à une obligation qu'on eût violée en ne satisfaisant pas à son précepte, ou que l'observation de son commandement eût été jointe au sacrilège, que beaucoup eussent commis en recevant la substance, et non le fruit de ces sacrés témognages de la bonté de Dieu.

Le péché qui n'est pas promptement guéri par la pénitence, en attirant souvent uu autre de son poids, ainsi que les Pères lious l'enseignent, et que l'expérience le vérifie trop souvent; c'est chose claire que la fréquentation du sacrement de pénitence n'est pas seuleraenl utile, mais nécessaire pour nettoyer la lèpre du péché, et prémunir I âme contre la souillure.

Il ne faut donc pas <: 'abstenir de la confession, parce qu'on ne se tient pas assez injuste pour recourir à ce sacrement. Une faut j)as se priver de la communion, parce qu'on ne se croit assez juste pour en approcher. 11 ne faut pas différer de se confesser, si on ne se sent coupable de quelqui^s péchés mortels, bien ou'on le soit de quantités d'offenses vénielles. Et ceux-là sans doute suivraient des sentiers détournés et dangereux, qui s*éIoigneraient de la communion, bien qu'exempts de péchés mortels (oui seuls mettent obstacle à la production de la grâce), comme estimant que les infirmités qui leur demeurent les rendent indignes de la participa lion d'un si saint et auguste sacrement. Je dois, ce me semble, ra'arrêter un peu sur cette matière, remettant à examiner aussi ce qui touche la fréquente communion, lorsque nous en traitons ci-après.

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