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CHAPITRE XX

Des autres fruits de la sainte Eucharistie.

Outre les trois vertus théologales, la fréquente communion produit une paix intérieure en nos âmes , qui nous fait jouir d'un repos qui a quelque rapport avec celui (jue les bienheureux possèdent dans le ciel. En effet, pouvons-nous n'être pas comblés de joie, si nous savons que notre Maître et notre Roi vient souvent chez nous comme au lieu de ses délices et qu'il y vient, non pour y vivre à nos dépens et nous déimuil- 1er de ce que nous avons; mais pour nous combler de bonheur et de richesses. Si David nous enseigne à mépriser toutes les Of)pcsitions du monde, lorsque Dieu est pour nous, ne dirons nous pas après la communion: Si Dieu est en nous, qui sera contre nous ?

Si saint Etienne* paraît avec tant de ioie dans son martyre, que ceux qui le persécutaient rx)mparent sa face à celle d'un ange ; et sa joie n'a autre fondement que la vue de son Sauveur, qu'il apercevait dans le ciel être spectateur de son combat; se trouverat-il des âmes assez faibles p<iur s'affliger, quoi qu'il leur puisse arriver, si elles savent que Jésus-Christ ne les regarde pas seulement de loin, mais (fu'il estçn elles t

SUPPLEMENT AU MCTHH^IUHIE O'ASCETISill.

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tiou-seuleineat pir sa grâce, mais eacore par sa substance qui est réellement en leurs corns.

Il y a plus : ceux à qui Tusage de ce saint mystère est familier, arriérent une disposition si certaine et si évidente à toutes sortes de vertus, qu*il est presque superflu d'ea apporter des preuves. L*bumilité qui est plus difficile à t^cquérir qu*aucune autre', TU qu'elle est du tout contraire au naturel de 1 homme, qui l'élève au lieu de Kabais^ ser, nous en servira d*une très-assurée.

Ceux oui reçoivent souvent le précieux corps do leur Sauveur, et qui établissent en eux un saint tabernacle de sa demeure, sont humiliés jusau*à tel point, qu*il parait clairement que rnumilité n*est pas seule^ ment une condition requise pour communier dignement , mais que c'est un effet produit en nous, et |tar la considération de k grandeur de celui qui nous vient visiter, et par celle de la profonde humilité en laquelle il se trouve en ce mystère. Sa grandeur est évidente en tant qu'il est Dieu, et son humilité en ce qu'il |)arait en ce mystère comme destitué des principaux avantages qui sont inséparables de sa personne.

En l'Jncarnation, le Fils de Dieu semble s'humilier au dernier point, se faisant homme et renfermant sa divinité plus étendue que le monde dans l'humanité d'un enfant : Il ieit anéanti lui-même prenant la forme du serviteurj dit saintPaul [Philip.^ n, 7); mais il se raccourcit et s'abaisse encore davantage en /Eucharistie, où Jésus-Christ tout entier, le Verbe, son corps et son âme, se trouve nonseulement sous une petite hostie, mais sous la moindre de ses {larties. Ce qui donne lieu de dire avec vérité : il s'est réduit à néant prenant la forme du pain.

En l'Incarnation, il s'unit à la dernière des natures intelligentes , qui est l'homme ; et en l'Eucharistie , il se trouve dans la dernière des espèces do l'être, puisqu'il s'unit à des accidents du tout inférieurs aux substances.

En l'Incarnation il se rend homme mortel, mais néanmoins vivant; et bien qu'en 1 Eucharistie Jésus-Christ soit immortel en soimême, il y est pourtant en un état de mort, tant parce que son corps et son sanç ne sont établis par la force de la consécration, que sous les diverses espèces qui sont séparées Tune de l'autre, que parce qu'encore qu'ils y soient conjoints par concomitance, à cause de l'inséparable union qui est entre eux, il n'y exerce toutefois aucune fonction de vie. Si cette humilité n'attire la nôtre, rien ne sera capable de la produire.

Si nous ne sommes entièrement destitués et de foi et d'amour, nous ne saurions considérer le Sauveur du monde en cet état, sans nous prosterner à ses pieds ; il est en effet impossible de croire que celui que nous recevons est le Fils de Dieu même , le roi de gloire et le mattre des hommes et des anges; i>t être sans respect et sans révérence devant lui, ai nous avons tant soit peu d'amour pour M grandeur.

Ixirsque l'ange annonce à la sainte Vierge

Qu'elle est choisie pour être Mère du Fils Ue lieu, elle apporte pour disposition à un si grand mystère, Thumilité qui lui fait prendre la Qualité de servante du Seigneur.

Sainte Elisabeth se voyant visitée de cette sainte Vierge, qui portail en son sein le sacré dépôt du ciel, s écria : D'où mt tfieni cet honneur que la Mère de mon Seigneur me vienne visiter? {Luc., i, hS,) H est clair que nous ne pouvons recevoir sans ravissement et sans humilité le Seigneur du ciel et de U terre, et qu'il est impossible de ne pas dire : D'où nous vient cette honneur que notre Seigneur vient nous visiter?

Quoique ce mystère nous humilie, il ne laisse pas de nous rendre en quelque façon semblables à Dieu, et parce qu'il nous donne moyen de posséder pailiculièrement celui qui n'est Dieu que par la possession de soimême, et parce qu il nous rend assez puissants pour rendre à Dieu qui se donne i nous un présent égal à celui que nous eo recevons; puisaue nous redonnant à lui, remplis-non-seulemeut de sa grâce, mais de son précieux corps, nous lui rendons sa pro-

fwe personne, q;ui seule peut f tre digne de ui-même. Ainsi nous lui restl^.uons, par un sacrifice volontaire, la même ?)ostie qu'il a voulu immoler pour nous; et l'Église la lui rend encore tous les jours beaucoup plus eificacement par un vrai sacrifice, auquel nous joignons d autant plus convenablement los intentions et nos vœux , ainsi que nous y sommes obligés , que nous avons en noubmèmes cette même hostie que les nrCtres tiennent dans leurs mains pour lui présenter à l'autel.

Ce saint mystère ne nous comble pas seament d'avantages dont nous recevons le fruit et l'utilité dès ce monde; mais notre chair étant unie à celle du Fils de Dieu, qui par sa nature est immortelle , à raison de l'immortalité du Verbe, reçoit, selon saint Jean, une nouvelle forc^ pour se tirer de lapooi^ riture de la terre, et ressusciter pour te ciel. En cette considération , cet auguste saci^ mentent appelé le germe de l'immortalité; et à d'autant plus juste titre que Notre-Seigneur dit en termes exprès : Celui qui me inange vivra pour moi, et je le ressuciterai au jour du jugement.

Or si une seule action de cette nature redouble le droit que l'Incarnation du Fils de Dieu nousa premièrement acouis à l'immorlalité , qui doutera que la fréquente participation de cette chair sacrée ne nous facilite les voies de parvenir un jour à la possession de ce glorieux prix 7 Qui doutera qu'elle ne nous rende quasi dès ce monde jouissants de la félicité de l'autre, par une étroite et intime union avec notre Rédempteur, non-seulement par esprit et par grAce, mais par substance et par réalité?

Le Sauveur du monde a toujours pu par sa seule volonté ressusciter les morts ; cependant il a souvent voulu opérer ce mirade par l'altouthement de son C4)rps , )H>ur faire voir que ce précieux corps avait une

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TilAITE DE LA PLhr GGTWN DU CUMlTKN

iiarlioulièrc vertu pour la résurreetion des nommes. £t puisqu'il est vrai , comme TÉ- Tangile nous en assure, que les seuls vêtements du Fils de Dieu guérissaient les malades, il n*y a pas lieu de douter que son cor|)s ne rende la vie; et s'il produisait cette merveille, lorsque conversant en terre il étaii passible et mortel, à plus forte raison le fera-t-il maintenant qu'il est im(>assible et immortel, et qu'il nous est communiqué comme tel en l'Eucharistie.

Si Elisée, par le raccourcissement miraculeux de ses membres , fit un autre miracle en rendant la vie à Tenfant ; que ne fera i>oint le Sauveur du monde raccourci en rEucharistie, pour se mettre en état d*6tre reçu de Tbomme ?

Après toutes ces vérités, y aura-t-il personne qui ne désire s'approcher souvent de celte table, ou Tflme et le corps sont reçus d'un seul mets, oui les nourrit et les fortifie tout ensemble? d un mets qui produit en eux laugmentation de la grâce, Taccroissement de la foi, de T^spérance, de la charité et qui leiN* donne encore la paît intérieure? Divin mets, qui lesdispose è toutes sortes de vertus en cette vie, et à la gloire et à l'immortalité de l'autre.

Jésus-Christ pouvait bien se contenter de <i*étre sacrifié une fois pour notre rédemption : s'fttre offert en la croix était un mystère plus que suffisant po4r le salut des hommes ; cependant, [îour le faciliter, il n'a pas laissé d'établir encore une autre espèce de sacrifice de sa propre personne, qui est celui de l'autel : et au lieu de se contenter d'offrir une seule fois ce sacrifice non sanglant, comme il a fait celui de la croix avec effusion de son sanç, il a voulu être en cette dernière façon sacrifié tous les jours un million de fois.

Ce qui nous apprend que quand même une seule communion serait insuffisante pour nous tenir en grflce, il semble qu'on n'imiterait |)as pariaitement Jésus-Christ, si Ion ne l'ecourait pas plusieurs fois à ce divin sacremcnt.Jésus-Christ s'olTre souvent, afin qu souvent aussi nous ayons moyen de rece voirie fruit, l'effet et la réalité de son of frande.

Ce (fu'il a fait en ce mystère n'était point nécessaire à son égard ; il ne pouvait donc l'être qu'au nôtre : et partant pour ne pas le priver de son intention, ni nous du fruit d'un si grand bénéfice, il faut souvent recourir à ce sacrement.

Quand je considère que c'est un bénéfice si singulier à l'homme, et un privilège si particulier, que les anges ne peuvent jouir de cette grâce, il m'est impossible de ne pas admirer l'ineffable bonté de Dieu et l'excessif amour qu'il nous porte ; et je ne ?^aurais m'imaginer qu'on puisse en avoir connaissance sans désirer être toujours étroitement uni à lui par cesaci'é moyen au'il nous en donne

Les anges ont cet avantage sur l'homme , que dès le fHremier moment de leurcréaiion, ils jouissent de leur Créateur par la claire

connaissance qu'ils en ont et par le parfait amour qu'ils fui portent; au lieu que les hommes ne seront participants de ce boniieur inconcevable qu'après la vie présente. Pourrons-nous donc savoir que la bonté de Dieu h qui tout est présent . pour contrebalancer 1 avantage des anges , et recompenser l'attente des hommes, a voulu leur donner un moyen de le posséder en ce nioïKie | ar la communion de son corps , dont les anges ne seront iamais cajables, sans vouloir nous en servir Je plus souvent que nous pourrons.

Saurons-nous que bien que la nature angélique soit plui noble que celle deThoinme, cette prérogative dont je parle, et l'union hypostatique du Verbe divm dont il est honoré, lui donnent lieu de | référer sa bassesse à l'élévation des anges, sans vouloir nous relever souvent au-dessus o'eux par de si saints moyens.

La créance que j'ai qu'il n'y a point de cœur si endurci qui ne ^o t amolli par la force de ces consiuéralions, et de tout ce qui est traité en ces deux chapitres, me les tait finir dans la j)en.sée du bon Grena • e, qui tient pour assure qu'il faut ne pas estiuierla dignité de son âme, ne pas comprcndie la

Ferversité de sa chair, et ne pas coni«naitre efllcace des sacrements de pénitence et de r£ucliaristie, pour ne pas les fréquenter.

Or parce que les artifices des démons qui dressent des embûches aux hommes aus.M bien dans les lumières que dons les téi.èbres, pourraient s'efforcer de nous détourner quelquefois de ce divin usage, sous prétexte d'humilité et de révérence; j'emploierai le chapitre suivant à faire voiries anciennes pratiques de l'Ëglise, afin que par l'exemple des Pères nous reconnaissions le vrai état auquel nous pouvons nous présenter à la table du Sauveur dumonde.

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