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CHAPITRE XXL

Comment Un chrétiens ont nsé de la emnnm^ nion en VËgliee naiêtante ^ tien lu mite de ses premiers siicies.

Les canons que l'on attribue aux apôtres et qui sont autant de règles qui ont été données aux premiers chrétiens pour leur conduite, ne prescriraient pas expressément la fréquente communion, si elle n'était utile à tous., et qui plus est, nécessaire à beaucoup.

La dixième de leurs constitutions prive de la communion de l'Eglise ceux qui se privaient de celle du précieux corps du Fils de Dieu, lorsqu'étant assemblés en ses saints temples ils pouvaient être repus de sa parole et de sa précieuse chair , ce que plusieurs pouvaient tous lesjours. Si quelqu'un ne })Ouvant révoquer en doute l'autorité /1o ces saints canons révoque seulement l'interprétation de celui que je mets en avant , et soutient qu'il ne signifie pas ce que je dis, il changera, je m assure, de langage, lorsqu'il aura vu quel'Bpttre sous te uoui d*j

Si;P?LEMENT AU lllCT10NNAia£ DASCETISItE.

Pape Anaclet, ra|)portée dans le premier tome des Conciles ^ enseigne sur ee fondement, que les apôtres et la sainte Eglise obligeaient les premiers chrétiens à communier toutes les fois qu ils assistaient aux saints sacrifices.

Saint Clément troisième Pape après saint Pierre , et prédécesseur d'Anaclet . avait devant lui clairement désigné cette ..coutume , disant en termes exprès ; qu'après i*oblation du sacrifice , les divers orcfres des chrétiens recevaient le précieux corps du Fils de Dieu, selon leur dignité les uns après les autres, et que les femmes y venaient à leur tour.

Le grand saint Denis, fidèle et irréprocha ble témoin du premier siècle de TEglise, Test aussi de cette vérité. Que le prêtre (ditil) ayant fait voir au peuple les précieux dons de la main du Toui-Puissant, communie le premier, puisqu'il y convie les autres; et, ayant |iris et donné la sainte communion , qu4l finisse par une saclrée action de grAce.

Saint Justin, philosophe et martyr, parle clairement de cette pratique au ii* siècle de TEglise, lorsqu'il, enseigne que le sacrifice de la messe étant fini , la commu-* nion était distribuée à tous les présents par le prêtre et envoyée aux absents par les diacres.

Les premiers chrétiens en ont ainsi usé jusqu'au m* siècle de F Eglise, auquel la ferveur de la foi commençant à s*attiédir, le pape Fabien, oui remplissait la chaire de saint Pierre vers le milieu du iir siècle, ordonna qu'au moins les laïques communiassent trois fois Tannée, à Pâque, à la Pen • tecôte , et à Noël , s*ils ne le pouvaient plus souvent.

Ce décret a été renouvelé par divers conciles, et a duré jusqu'au concile de Nicée; et, bien qu'il n'obligeât qu'à trois communions par an, la coutume que la ferveur des preolïers siècles de l'Eglise avait introduite, eût assez de force pour faire que presque en toat TOccidcnt, et paKicuIiereroent en Espagne, l'usage de la communion demeurât fréquent. Les uns communiaient tous les jours, d'autres le dimanche seulement, et d'autres les dimanches et certains jours de la semaine, ainsi que les Pères du iv* siècle le témoignent ouvertement.

Saint Augustin, parlant sur ce sujet des différentes coutumes de divers pays, use de i^es mots : Quelques-uns (dit-il) communient tous les jours au corps et au sang du Seigneur, d'autres certains jours seulement, d'autres seulement le samedi et le dimanche, d'autres le dimanche seulement. En «suite de quoi il exhorte h ne pas trouver étrange la diversité qui se remarque en cet usage, et dit qu'en ce qui ne prescrit rien ni contre la foi, ni contre les bonnes mœurs, il faut suivre la coutume des lieux où l'on se trouve.

En la même EpUre^ il se fait lui-même une objertion dont la solution qu'il apporte décide clairement cette question : Peut-être, ajoute ce grand «saint, quelqu'un dira qu'il ne faut pas communier tous les jours, et si

on lui en demande la raison, il ré, ood qu'il en faut choisir quelques-uns auxquels oo vive ^vec plus de pureté et de continence, pour s'approcher plus dignement d'un si grand sacrement, parce qu'il est dît que celui qui le reçoit indignement reçoit son jugement et fa condamnation. (/ Cor.^ xi, 29.) Un autre soutenant le contraire, dira : Que si la plaie est si grande et le mal si considérable, qu'il faille difl'érer l'usage d'un si saint remède, il faut le faire par l'autorité de son évêquc qui, en ce cas, doit éloigner de l'autel celui qui en serait coupable pour faire pénitence, et par la même autorité le réconcilier. Car, en effet, c'est indignement recevoir le corps et le sang du Fils de Dieu que de le recevoir au temps qu'on doit taire pénitence ; et ce ne doit pas être chose dépendante du jugement et de la volonté d'un chacun, de s'avancer ou se retirer de la communion ainsi que bon lui semble. Mais si les péchés du chrétien ne sont point tels qu'on le juge digne d'être séparé de l'Eglise, il ne doit fias se priver de la médecine journalière du précieux corps de sou Seigneur. Saint Augustin conclut qu'on pourra terminer leur différend en les avertissant que le principal est qu'ils demeurent en la paix de Christ; et que chacun fasse ce qu'il croit pieusement selon sa foi devoir être fait, rôirce que ni l'un ni l'autre ne déshonore Je corps et le sang du Seigneur, puisqu'i l'envi ils s'efforcent d'honorer-Je sacrement salutaire.

Enfin il allègue l'exemple du bon Zachéc et du centurion, qui firent tous deux chose agréable au Fils de Dieu , l'un en le recevant en sa maison avec joie, l'autre en 3'écriam qu'il n'était pas digne de cet honneur ; par là donnant à entendre gue les (idèles peuvent diversement témoigner leur religion:

les uns en recevant tous les jours la sainte communion, les autres n'osant en user de la sorte.

Que s'il dit em^ore en un autre endroit qu'il ne loue ni ne reprend la coutume de 'communier tous les jours, ce n'est pas qu'il n'estime que celui qui reçoit tous les jours le précieux corps du Fils de Dieu ne fosse mieux que celui qui s'en prive, pourvu qu'il le reçoive dignement; mais c'est parce que la pré^arationrequiseà la participation d'un si saint mystère, dépendant absolument de la bonne disposition des âmes, dont il est impossible de pénétrer Tintérieur, la crainte qu'il a que beauroup ne seient pas toujours en l'état qu'ils doivent être, fait qu'à l'égard de telles personnes il ne veut pas juger s'ils font bien ou mal de communier tous les jours.

Mais outre que ce que j'ai rapporté de ce grand saint fait clairement voir comnae il en approuve la coutume, la restriction qu'il apporte à l'exhortation qu'il fait en ce lieu à communier tous les dimanches, montre bien que rien ne le détourne de tenir mêncie langage de la communion journalière, que la considération que j'ai mise en avant :J>xhorte (dit-il), autant qu'il m'est possible, de

TRAITE OE LA PERFECTION DL CHRETIEN

IPM

communier tous les dimanches, poorva aue Târoe soit détachée de Taffection du péché; car, ajoute-t-il, si elle a encore la volonté de pécher, je dis affirmativement qu'au lieu de se purifier par la communion, elle accroît son fardeau.

II s'explique si clairement en divers autres lieux, qu*il n*est pas besoin de travailler à éclaircrr quelle a été son intention.

Communier tous les jours, dit saint Basile, et se rendre participant du sacré corps de Jésus-Christ et de son sang est chose ♦utile et fructueuse, puisqu'il a dit lui-même en paroles claires : Qui mangera ma chair et boira mon sang a la vie éterrtèlle (Joan.y VI, 55) ; et qu'il n'y a pas lieu de aouter, qu'être souvent partici[)ant de la vie n'est autre chose que recevoir souvent une nouvelle vie, et vivre plusieurs fois. Partant, ajoute <*e srand saint, nous communions quatre fois la semaine, le dimanche, le mercredi, le vendredi et le samedi, et d'autres jours encore, s'il arrive qu'on célèbre la mémoire de quelque martyr.

Saint Jérôme écrivant à Lucinius lui dit formellement '.Quant à ceqiie vous demandez, s'il faut recevoir l'Eutharistie tous les jours, selon la pratique des églises romaines et do celles d'Espagne , j'estime vous devoir avertir en peu de mots qu'il faut suivre les traditions de l'Eglise quand elles ne sont point contraires à la foi „ ainsi que nous les avons reçues de nos majeurs ; et que la coutume des uns ne doit point être abolie par ce qui se pratique au contraire îhez les au très; et plût à Dieu (dit-il) que nous pussions recevoir le sacrement de l'Eucharistie sans aucun remords de notre conscience.

Entre tous les autres, saint Ainbroise est merveilleux, lorsqu'il dit : Si ce pain est appelé quotidien, pourquoi ne le prenonsnous qu une fois l'an , ainsi que les Grecs font en Orient. Reçois-le tous les jours, afin que tous les jours il te profite : vis en sorte que tu mérites de le recevoir chaque jour. Celui qui ne se rend pas digne de le recevoir tous les jours, est indigne de le recevoir an bout de Tan.

Saint Chrysostome a estimé la fréquente communion^ si utile et si néces'soi x* qu'il défend à son peuple d'assister au saiK\sacriflce de la messe sans communier. Et lorsqu'il se propose que quelqu'un se veut excuser de la participation de la table du Sauveur du monde par l'appréhension qu'il a d'en être indigne, il le condamne en disant qu'il est donc aussi indigne de la participalion des prières qui se font au sacrifice.

£nfm tant que la ferveur des premiers chrétiens a duré, la communion a été si fréquente, que si elle n'était journalière, i.l y en avait peu qui ne communiassent tous les dimanches ; mais comme l'éloignement du temps de la passion deNotre-Seigneura donné lieu è la diminution de leur première ferveur, l'Eglise s'est contentée d'ordonner que ceux qui ne communieraient pas après la mes5>e, les dimanches, recevraient du pain bénit au lieu du précieux corps du Fils de Diou.

Depuis, la même Eglise considérant que les Grecs, qui se sont toujours relâchés les premiers des louables et plus austères coutumes de l'Eglise, ne communiaient en quelques endroits qu'une fois l'an; de quoi saint Ambroise se plaint ouvertement; le pape Innocent III ne s accommodant aucunement à leur dureté, fit au concile de Latran le décret qui oblige è la communion au moins une fois lan, iffin que l'Eglise universelle, vivant sous une même loi, suivit une même ronduite. Ce décret a été depuis confirmé par le concile rie Trente, mais cela n'emnôche ï)as que l'Eglise n'approuve les rréquentes communions, et qu'elle ni convie, comme il paraît par le même concile qui exhorte de communier à toutes les messes , non-seulement par une affection pieuse, mais aussi réellement.

Après avoir vu les témoignages irrépro^ chables contenus dans ce chapitre, et la tradition de l'Eglise universelle, je ne pense pas c)u*il y ait personne qui voulut comi>a;tre des vérités si manifestes et si bien fondées dans la tradition et dans la pratique de$ saints Pères.

Aussi c'est chose très-certaine, que las premiers Chrétiens ont toujours estiméque ieu>* principale force consistait en la fréquentation de ce sacrement : ils n'appréhendaient point le feu du martyre, lorqujls avaient en eux cette vive source des eaux de la grûce : ils ne craignaient point la faim avec cette viande, ni les supplices, ni les croix, lorsqu'ils étaient prémunis de la force de cet auguste .sa. rement , l'usage fréquent duquel ne leur faisait pas seulement désirer les tourments, mais leur donnait la force de les supjjorter. Enfin, pendant le fort des persécutions, il se munissaient de la sainte hostie, et la portaient sur eux, pour ne pouvoir être } rivés au besoin d'un si grand secours.

Il est bien vrai qu'il y a eu des temps et iles lieux auxquels les Chrétiens o»t communié fort rarement en la primitive Eglise; mais c'était lorsque les persécutions ôtaient le moyen et aux prêtres de célébrer souvent et aux fidèles de s'assembler pour recevoir la communion; mais aussitôt que les prêtres ont pu prendre quelque liberté de célébrer elles fidèles de s'assembler, les sacrifices et les communions ont toujours été fréq;uentes ,- ainsi que les témoignages que j'ai rapportés ci-dessus le justifient clairement. L'Eglise ayant toujours connu que celui qui veut être parfaitement uni à Dieu doit souvent s'approcher de la sainte table de son précieux Fils, qui l'a instituée expressément pour s'approcher souvent des hommes, et s'unir à eux par esprit et par sa propre susbstance.

CHAriTRE XXII.

Quon ne doit pas se retirer du sacrement de de Cautel^ pour ne pas sentir en soi une dévotion ou ferveur actuelle ^ ni pour la crainte de quelques péchés vénielf.

C'usi une extraordinaire injustice de so

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SUPPLEMENT AU DICTK^TiAlRE D'ASCETISME.

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*})riTer de la justice, sous nrélexte de vouloir mieux la mériter. CcuiMà seraient en cet état, qui soutiendraient qu'on ne peut s*approchcr de la table du Fils de Dieu, si on n'est exempt de toutes fautes , et si on ne sent de plus en son intérieur une ferveur et une dévotion actuelle, avant de se présenter à la communion.

Pour vouloir être trop juste , on se prive non-seulement des moyens de croître en justice devant Dieu, mais même on se met au hasard de s*éloigner tout à fait de la justice, en s*éloignant de la participation de celte chair divine, qui est la justice même, et qui par sa communication augmente la grâce qui justifie de plus en plus les hommes..

Si telle pré,naratio« était requise,* la plupart des Chrétiens seraient privés de la communion , au temps même où le précepte do TËglise les y obiiçe, puisqu*il n'est pas en la puissance de 1 homme d'avoir quand il veut cette ferveur et cette dévotion actuelle, qui bien souvent n'est point la vraie , mais une autre qui lui ressemble, et dont les racines sont plus dans les sens que dans la raison.

C*est chose aassi peu soutenable, qu'il 90it absolument nécessaire d'être exempt des moindres fautes; parce que, s'il était ainsi, cette obligation serait fondée sur la nature générale de tout sacrement, ou de l'institution particulière que Jésus-Christ a faite de celui-ci.

On ne peut dire ni l'un ni l'autre. Le premier, puisque, du commun consentement de tous les théologiens , les sacrements ne re- ^ quièrent autre dis[)Osition que la volonté de * renoncer à tout ce qui peut séparer de Dieu et de sa charité, ce que les péchés véniels ne peuvent faire par eux-mêmes. Le second, puisque }es paroles de l'institution de ce sacrement proférées par le Fils de Dieu, ni aucunes autres des apôtres, ne requièrent point nécessairement cette condition.

Si quelau'un allègue qu'il est porté dans saint Paul, que l'homme se doit éprouver avant que d'approcher de cette table; le concile de Trente nous apprend, que cette épreuve consiste en la purgation des péchés mortels , qui peuvent seuls empêcher l'augmentation de la grâce qui est produite par ce sacrement.

Où serait la différence entre les sacrements des deux lois, qui est, qu'au Hou que ceux de la première opéraient seulement par la bonne disposition de ceux qui les a<iministraient ou les recevaient; ceux de la seconde produisent leur effet {)ar leur propre forcée, pourvu qu'ils ne trouvent point d'empêchement dans le sujet qui les reçoit.

On dira peut-être, que l'on voit par expérience que celui qui communie moins souvent, mais avec plus de dévotion et de ferveur, a plus de grâces que celui qui s'apj croche tous les jours de l'autel par une certaine habitude et sians une application actuelle ; que cette vérité est évidente en ce (]ue la grâce, qui de soi est opérative , se fait connaître par les bonnes œuvres, qui ne sont

pas quelquefois ni si fréquentas, ni si exqoises aux prêtres qui s'approchent tous les jours de l'autel , qu'en beaucoup d'autres |>ersonnes qui communient moins souvent, mais qui sont plus nettes de foutes vénielles et plus remplies de ferveur et de zèle : d'où l'on voudrait inférer que telles communions sont plus a^éables à Dieu, et plus conformes à son institution que les autres. Mais lors-

3u'on aura vu ce que j'ai à répondre , sans oute on conclura bien autrement.

Je dis en premier lien , que tel peut avoir plus de grâce justifiante qu'un autre, bien qu'il en paraisse moins à rextér'eur; parce que la grâffe de soi ne nous dépouille pas toujours de nos passions, et qu'elle n'exclut et ne déracine pas absolument la mauvaise inclination que nous avons au mal : même elle ne nous exemf^e pas nécessairement de toutes sortes de péchés, bien qu'elle nous serve grandement à vaincre tous nos ennemis. Ce qui fait qu'un homme ayant en soi plus de grâce sanctifiante peut sentir néaomois quelque dérèglement de ses passions, peut être travaillé par ses mauvaises habitudes, et tomber souvent dans des fautes vénielles , àelon le dire de l'Ecriture : <)ue les p] us justes sont tous les jours sujets à diverses chutes.

L'exemple de saint Paul nous assure de cette vérité , lequel bien qui rempli de çrâces ne laissait pas d'être agité de trèj-vic^fentes tentations, comme il le témoigne lui-môme.

Je dis en second lieu, que lorsqu'un effet est produit et fortifié par diverses causes, comme on ne peut l'attribuer à une seule, aussi ne peut-on mesurer justement ce que chacune produit.

D'où je conclus , que les divers actes de vertu qui paraissent en celui qui communie avec ferveur, bien que rarement, pouvant avoir pour principe non-seulement la grâce qui est produite par la communion, mais encore celle dont une parfaite contrition et une excellente charité sont la source, il est impossible de savoir ce qui de toutes ses vertus doit être attribué a chacune de ces causes, et ce qui en est dû à sa communion. Et ainsi il n'est pas au pouvoir des hommes de mettre de la proportion entre la grâce d'un particulier qui communie rare* ment, mais avec ferveur, et la grâce que reçoit le prêtre qui s'approche tous les jours de l'autel avec moins de dévotion actuelle; et ainsi bien que le prêtre qui communre plus souvent que le laïque reçoive un plus grand accroissement de grâces par refllcaoe de la communion, il peut pourtant arriver que le laïque se trouvera rempli de plus de grâces que le prêtre, parce que celle de sa communion aura reçu augmentation ee lui par ses jeûnes, par ses aumênes, par ses prières, et par diverses autres bornes couvres, qui, de leur nature, méritent accroissement de grâce en celui qui en étant dé^ .revêtu les" fait par le principe de la charité.

Je sa'is bien que Cajétan a estimé, que pour se présenter dignement à la table du Fils de Dieu, ce n'était pas assez d'être {nirgé iits

TRAITE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN

mi

iiéchés mortels par .a grâce; mais qu'il fallait encore Télre des véniels, et ressentir quelque dévotion de ferveur actuelle. Mais son opinion est condamnée de la plujiart des théologiens, et est fausse en effet, ainsi que le concile de Trente Tinsinue.

Je sais encore que les Pères témoignent fort souvent désirer une actuelle dévotion, et une ferveur non médiocre en ceux qui eommunientJesaisde plus qu'ils requièrent ])ar fois une parfaite innocence. Je sais enfin qu'ils souhaitent ces dispositions avec raison; ))arce qu'ils considèrent la erandeur et la clignité de cet adorable mystère : qu'ils exhortent h ce qui est de meilleur et de plus convenable; et voudraient que lésâmes fussent toujours en état de participer et à l'augmentation de la grâce, qui est le principal etTet de ce mystère ; et encore à tous les autres fruits qu'il peut produire.

Mais le Fils de Dieu ayant égard à la fragilité de la condition humaine, se contente que les Chrétiens soient exemjts du péché qui les prive de sa grâce; afin que nous recevions dignement un don si précieux , eomme est celui de sa chair et de son sang. Kien qu'il désire en nous la dernière perfection dont les hommes sont capables, la connaissance qu'il a qu'ils n'y sont pas toujours disposés, fait qu'il ne nous oblige qu'à rendre nos âmes exemptes de la mort du péché pour les .••endre participantes d'un accroissement de vie, que leur apporte celui qui seul est la vie des Chrétiens.

Le concile de Trente l'enseigne ouverte^ ment; et la raison de ce saint concile est que le péché véniel, compatissant avec la grâce, (ce qui naraît évidemment en ce qu'il itérait mortel s il la détruisait) il est clair qu'il n'en peut empêcher l'augmentation.

Aussi voyons-nous cotte vérité si reconnue de TEglise, que les prêtres célèbrent souvent sans cette ferveur actuelle et quelquefois môme lorsqu'ils savent bien n être I)as exempts de fautes vénielles.

En effet , s'il est vrai (comme les Pères et les conciles nous l'enseignent) que la sainte Eucharistie délivre les nommes des fautes vénielles auxquelles nous tombons tous les jours, on ne peut dire qu'elle suppose nécessairement que celui qui communie en soit exempt ; parce qu'elle ne les effacerait Jamais s'il n'en était Jamais coupable.

C^est la doctrine de saint Thomas qui enseigne clairement que la communion a deux effets : l'un commun à tous les sacrements, qui est de produire la grâce sanctifiante, ou première ou seconde; l'autre particulier qui consiste en la production d'une certaine douceur spirituelle, laquelle se goûte en la communion. Lo premier de ces effets, dit-il, ne peut être empêché par le péché véniel ; parce que de sa nature il n'a point de répugnance avec la grâce iusti* fiante; mais il peut bien être obstacle au second; principalement ^i on y croupit volontairement avec négligence : n'étant pas croyable que celui qui n'a fAS assez d'amour l><mr chasser les fautes qui attiédissent la

PlGTiQ.'^Min^ p'AscÉTis^lip. II,

charité, puissent ressentir les douceurs qui naissent de la présence de celui qui est la charité môme.

On s'approche du feu pour en être échauffé. Celui qui est altéré va à la fon* taine pour y puiser de l'eau, et en étancher sa soif. Ainsi ceux qui ne sont pas exempt*! de légjères fautes, ni remplis de la ferveur qu'ils voudraient bien avoir, doivent [s'aiv l^rocher du sacrement de l'Eucharistie pour se fortifier, en sorte par une nouvelle grâce, qu'ils pjerdent ce qui leur reste de défauts, et acquièrent les perfections qui leur manquent.

Tel peut bien, en certaine occasion, se retirer par respect de cette sainte table, sans que sa révérence soit criminelle : mai'» il est certain qu'il vaut mieux s'en approcher nar amour, que s'en retirer par c/amt»?; car, û dire le vrai, ces deux effets directement contraires doivent être mesurés par leurs principes.

C'est l'amour qui porte le Chrétien à la fréquente communion, c'est la crainte qui l'en détourne; et partant ce qui se fait par amour étant plus agréable que ce qui n'esi produii que i>ar la crainte, celui qui communie souvent étant en grâce, fait mieux que celui qui, étant en ce môme état, no s'approcbe que rarement de la table 4n Fils de Dieu.

Nous n'allons pas h la communion parce nu r^ nous en sommes dignes, aucun ne Test selon la rigueur de la justice, mais nous y plions plutôt pour en acquérir en quelque sorte la di* gnité. Nous n'approclions pas Je cette sainte table parce que nous la méritons, mais parce que nous avons besoin de sa nourriture; pour vu que nous soyons exempts du pjéché morte), qui est incompatible avjao la grâca, et qu9 nous ayons en haine le péché véniel; quelque sécheresse que nous puissions avoir, il ne faut point craindre de recevoir cette viande sacrée et cette nourriture céleste, qui nous fortifiant d'une nouvelle grâce dissi« pera sans doute le reste des mauvaises hu« meurs qui se trouveront en nous

Je sais bien que celui qui s'approchera de cette sainte tanle avec un cœur embrasé d*amour, aura tout ensemble et le mérite de sa bonne disposition, et l'effet de sa com^* munion. Mais quand même on serait destin tué de dévotion sensible, on ne laissera pas de recevoir l'effet de la propre vertu du sa* crement qui augmente la grâce.

Si quelqu'un dit que lorsqu'il ne sent pas son âme sensiblement échauffée d'amour, }! ne ressent pas l'effet de la communion , ce qui lui donne lieu de croire qu'elle lui est inutile : qu'il sache que sa philosophie est fort mauvaise, et que la grâce produite par les sacrements étant intellectuelle et non pas sensible, elle se doit juger non par le sentiment, mais par la raison, qui nous doit faire croire que nous la recevons si notre conscience nous assure que nous n'avons rien oublié de ce qui dépendait moralement de nous pour avoir la préparation requi^ir. S'il ajoute que, se trouvant quelqu^oU

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S'il fint rrew-Ire songent «ie* aîiments, f »Af r^ q îi i U ^<ïUi V- '} ri "^e a Uf t r en t o 1 1 ie^, rr:.i \ * iiff.e^M re-t à U ^o.i-erva:;on -i*^ la f .e ^orp^»r''iie. ;l ferj^ far I*? ri:èrn^ raison -.e noi^rrif 5/*uifer»l *\^ f.eUf^ ^^îinl^ rbnie m^iUucc '»e i>ie!i , f/>uf eori-'T^er et asgruenter <:e |»lu5 i^D lïn^ la gr^<^:e, q:jt e-l la Tie des âmes.

?*i qîi''I (fj'un ^îil q'je, «ians les aliments on nf ^e.;t vivre, et fjn d n *; n e^t f ai de même de i KiKh^r^»,.^f je r<ff o. 'N que, b^-n qu'en jf^'it vi^re «ans rhiKhart-tf*, on ne saurait t» f^n T,yre, l>a r^ii^on e^t qti'on ne f^oi bien *;vre ••r»ri^ !a ^rAce, et eelui qui la p-^^^îê'Je A^ met a.i ji^nl de la |.^-rdre s'il n^zli.'e de rfjftf,ïr la ^ha.r de son Sariretir en l'EufhariUu-, ( ar laquelle la gr^ire est augmenl/;e, H la f^^^:^ i»<>nr r/;^isteraui tentations qui^ le diaMe m^is li^re i»<^ur nous la foire

Ht il le liien prendre, on ne saurait TJyrc MRS eette iriande;ear, puisque rîen n'en peut empAcher l'usage que la privation de la grAf-e, qui e*-l l'unique yiede Fâme, il Veunuit qu on ne peut rirre sans rEucharJHlie, ru qu'on ne (>eul virre sans la grâce, et que relui qui a la grâce ne peut par raison différer à se rendre iiarlicii-ant de J'Kiicha;islie.

Comme le prit (Je la Tirginité est tout autre qtie relui du mariage, parce que de hfl noturo c'eM un bien qui par soi-raôrae doit ôlrc souhaité des hommes, et que le mariage n'est rslirtu^ que comme remède t\Um mal, et un moyen employé de Dieu j>our îtcrvir h la propagation des hommes : de môme celui qui reçoit souvent le précieux corjjs de son Sauveur, doit être plus estimé que relui qui se prive de fa communion , parce que la réce|>tion de cette sainte viande e^t un bien désirable de soi-même, iMiisriu'ello unit non-seulement au corps du Fils de Dieu, mais h Dieu môme; au lieu que s'en abvlcnir ne i)eut ôlre censé bien que p/ir accident, potir éviter un mal tel que ser/iit ((jJni <i(» l'irr^^vércnce. Quel bonheur •ini h Dieu |)ar sin giAe; mais quel de lui ôtrc uni par sa oroore sub-

J'iv lie pe cçtte nîsnn "niL* [l i a fc'a

: Mn»! je '^en-^? an en .e •■^exiiHi *^ae Ses ;*' n.n.e-î ùat y^ir l'ii ijnt >.»**• j*>alé5Siirle$- %^e.--"* î^i 31 cer^^ it? ^* .r riiZ»it sciK fjft- '.''•*. E-t-i. ; •'•^'i . 1*» /ir:t--n..rî la sagesse .:•*? ea t.:ri.ii< er r'.*- : r.x îxn me [bkh j nt ei -rr''::: . x-^ .l'f^r.ie^» cour rai bw *'i.7e'.£ »*n Tj.t' Cl . *5 z: Ki ; -.oif t £'cr'ï , xi;v. iO ' , et ce 'i :'r.:^r p«s <OfiTen& ccu4 ?a r:.^ ^ m*:-? lît • e *.it!rç ^reantr*?? Le f>'iriirnt i:>a-:i* ..^ raa.iea «?.riiji«ifn?s

ir*. r.i «eh sa. nu? En. tiiTn.-tie, vjcie 5*t*«» (1^^ C/iréuer^, [ oir :euï mt-^tn-* faîol à ti t pni^<aite<. La [ ren::ère on^^^te en re qa'i: iiV a F 'j'at de v:aa :e r r/feft* qat n'ait «ivelqif: dciaut, et d'^n: rar c n5ô|«eiil oo m sa. »rr;otTe ftar le l'.»n'X fi>3^, ce q«î en raa-e le 'ié^oùL Au ii*f« que U f*ré«eo*e rh.îir da FiU de Diea éMat i^a tout parlaîte, pi i> on s'en co imt, f îa> di connaît soa ei-e!'eR e^ et[l i5oa«iét>:rear-!< *a r^ie c'>urT;ture.

La î»f o&le e>t, qneles viani^ l> en q -e nécessaires à 1j noamUire de Ihoa^o^e, 5^>i;t è # hardie i Festr.n^ac qm k$ re'/>J, I ar e qu'elle^i ne lui f*'uraiss«it aurunt'S for :0s j our ï ai îer à le^ digérer. Au c*>ïit aire le sa* rét-^n^ da Fils de Dieu fimrn:l au iLè.i.e tem-o qu'il se donne en vimde, une augmentation «le grâce. laqiiPllc doanant fon e aux âiaos uen tirer ane siiete iiourritare, leur en accroît touj<>iirs le âésir.

En mieique fa»;on que TEuibar^stie soîl con>idérée, eîîea ses avantages; comme aliment, i I n'y a i^int de nourriture an monde qui apîroche de sa |)erfection: et si Ton a égard à la force et è la puissance qu'elle femrhit è l'bonime contre ses ennemis, il nV a rien an monde qui loi puisse être comparé.

Le secours qu un prince mène en pro|Te personne, est toujours plus grand qoe celui qu'il envoie par autrui. C'est pourquoi, bien que tous les sacrements de notre foi, institués pour le salut des hommes opèrent, par la force de Noire-Seigneur Jésus-Christ, la raison veut que celui où il se trouve en personne ait plus d'efficace que les autres, et qu'il soit d'autant plus excellent qu'il jiroduit son effet par la présence substantielle de celui duquel ils tirent tous la force de leur opération. Ainsi l'Eucbarislie tient le premier lieu entre tous les sacrements, et il faut être aveugle et insensé pour ne connaître pas l'utilité qu'on en reçoit, ou avoir une malice aussi confirmée que celle des démons, pour ne vouloir pas s'en prévaloir au salut de son âme.

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