‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 120 sur 315 · CHAPITRE XXIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIU

Observation importante sur la, Pratique de

la Me purgative.

Paice que rien n'est embrassé de U volonté qui ne soit connu de i'entcndemenir

TRAITE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN

litfj

atin que cette puissance aveugle abhorre et qïiitte le mal par la vie purgative, il faut qu'elle soit éclairée pour connaître la malice (lu péché. Mais il y a celle différence entre la lumière nécessaire en cette occasion, et celle qu'on cherche en la seconde vie, que cello-(;i est confuse et ne paraît qu'à travers lies ténèbres du péché, dont on n'est |)as encore délivré; au lieu que l'autre, en ayant dissipé les brouillards, est claire et distincte; que celle-ci est de nécessité et l'autre de j)erfection; que par celle-ci on connaît seu« lement en général, que le péché étant contre la volonté de Dieu (ce qu'aucun chrétien ne j)eut ignorer) il doit être fui et abhorré^ et jMir l'autre oti pénètre particulièrement la grandeur de la bonté divine en tous les mystères de notre foi, pour nous exciter à l'aimer, non-seulement assez pour quitter le }>éché, ce qui est déjà fait, mais pour imiter Notre Seigneur Jésus-Christ en la pureté de sa vie, et pour nous avancer en la voie de perfection.

La vie purgative ayant pour fin de nettoyer Ihomme du péché, et le péché n'étant autre chose que la transgression de la volonté de Dieu, la première choss qui est requise pour entrer en la pratique de cette vie, est de savoir bien discerner en quoi ronsiste la volonté de Dieu, pour ne la transgresser pas.

Entre toutes les choses qui sont h faire ou h laisser, il s'en trouve de trois natures : de commandées, de défendues et d'inditTérentes. Dieu veut évidemment que nous fassions celles qui sont commandées par lui, par son Eglise, ou par toute autre puissance supérieure, pourvu qu'elle soit légitime et qu'elle ag'sse sans sortir des bornes de son autorité. 11 veut pareillement que nous nous abstenions des défendues par lui, par l'Eglise ou par les autres puissances supérieures.

Quant aux indifférentes, il laisse libre à riiomme de les faire ou de ne les faire pas^ et lui donne ce pouvoir de les rendre bonnes ou mauvaises, conformes ou contraires à sa sainte volonté; conformes, s'il les fait en intention de lui plaire; contraires, s'il est si misérable que d'avoir une autre fin iliûérente et opposée à celle de son Créateur,

Les choses commandées sont de deux espèces s les unes sont celles qu'il faut croire, et les autres celles qu'il faut faire.

Celles qu'il faut croire sont contenues dans l'Ecriture, dans les définitions des concileSy et abrégées dans le symbole des apôtres, dont il faut savoir au moins les principaux points distinctement, et les croire tous sans omission d'aucun par un acte de foi, qn'u soumettant le jugement de chaque chrétien à celui de l'Eglise, croit absolument tout ce qu'elle enseigne de positif en l'explicatton du symbole^ et ne croit aucune chose de celles dont elle défend la créance.

adorer un seul Dieu, sanctifier le sabbat, et honorer père et mère.

L'Eglise en commande quatre autres : la sanctification des fèles^ se confesser, et communier au moins une fois Tan à Pâques, et payer les dîmes.

Celles qui sont défendues sont aussi tirées du même Décalogue, et de^ préceptes de l'Eglise. Il y en a sej)t du Décalogue et deux de l'Eglise. I<es sept du Décalogue sont : ne jurer point le nom de Dieuenvain^ ne tuer pas, ne paillarder pas, ne dérober pas» ne rendre point faux témoignage, ne désirer point le bien et la femme de son pro« chain.

Les deux de l'Eglise sont : rie se marier pas en temps prohibés, et s'abstenir de l'usage des viandes aux temps qu'elle a désignés.

Tout ce que les puissances supérieures commandent oblige en conscionre, et doit être fait lorsqu'elles agissent selon l'autorité que Dieu leur a donnée; ce qui est toujours quand ce qu'elles ordonnent est nécessaire à la conservation de leur état.

Les prélats et les supérieurs religieux^ ou autres, peuvent obliger en conscience aux choses qui sont nécessaires^ ou à la subsistance de la hiérarchie de l'Eglise, ou des ordres particuliers qui leur sont soumis.

Comme toutes ces puissances prescrivent positivement avec obligation^ elles font le môme endéfendani; mais H y a celle différence entre les ordonnances et les lois de Dieu, et celles des hommes; que les premières sont immuables, et les secondes doivent être changées, selon les circonstances du temps, du heu et des |)ersonnes.

L'Eglise môme, constante et immuable on ses définitions de foi, varie souvent ses constitutions de police; et les prélats et autres supérieurs < qui ne peuvent toucher à ce qui est essentiel à leur règle ^ cliangent par fois ce qui ne l'est pas , pour la consi^ dération des mêmes circonstances.

Les choses indifférentes sont de trois espèces. La première est de celles qui sont agréables h nos sens; comme se divertir à la promenade, au jeu, au bal, à la comédie; La seconde, de celles qui leur sont désa-f gréableset qui se font par conseil , non par précepte : comme macérer notre chair par disciplines et autres austérités ^ à tel jour et à telle heure qu'il est libre de faire ces chO' ses ou les omettre. La troisième , de celles qui ne leur sont ni agréables ni désagréables : comme aller, venir, être assis, demeurer ou repos, et autres actions semblables.

En toutes ces trois choses, quoique celles du f)remier rang soient dangereuses, et celles du seconu salutaires et profitables; toutefois il est d'ordinaire libre è chacun do prendre tel parti qu'il voudra» pourvu que pardon élection il 119 lasso rien qui l'expose en péril de péché.

Celles qu'il faut faire se tirent du Déca- pre

es q logue et des préceptes de l'Eglise*.

l,e Décalogue en contient trois positives :

Mais la raison étant une prérogative |;ro» e et singulière à l'homme , c'est Iq vrai

motif qui doit porter le Chrétien à se déter^ miner en pareilles occasionfi au choix dt

nos

ce qu'il doit faire. El bien que la considéralion d'une plus grande perfection le convie h s'ablenir de ce qui est agréaWe à ses sens ; il se doit dispenser de cette austérité, lorsque sa santé, sa condition, le temps, le lieu, et autres circonstances le requièrent; et tenir pour assuré que la j7<>rfection duchrét'en ne consiste pas tant à discerner sub* tilement aux choses indifférentes ce qui .*îera plus agréable à Dieu , comme à exécuter fidèlement ses volontés connues en ce qui e^t des choses commandées et défendues; et à dresser en sorte ses intentions , en ce qu'il a laissé libre à Thomme de faire ou ne liaire pas, qu'il ne fasse rien que pour lui plaire. Ertnous conduisant de la sorte, tout ce que nous ferons sera certainement agréable à Dieu; avec cette différence loutelbis , qu'aux choses commandées et défendues , notre intention suit l'œuvre et notre volonté celle de Dieu, qui paraît manifestement par ses lois; au lieu qu«ux indifférentes l'œuvre suit noire intention, et la volonté de Dieu s'accommode à la nôtre ; parce qu'en tel cas Dieu s'est obligé de vouloir ce que nous voulons avec dessein de lui plaire. J>e sorte que faisant ce que nous jugeons plus raisonnable dans les choses indiférentes, nous pouvons (si nous lui sommes fidèles) faire aussi bien sa volonté, comme en accomplissant ses commandements.

En ces trois différentes natures, de choses commandées, défendues et indifférentes, l*homme peut manquer ou par pensées , ou par paroles, ou par effets. Ses péchés sont mortels ou véniels, et peuvent être commis en diverses façons, qu'il sera aisé de discerner par les règles générales que nous en donnerons au traité du péché.

Maintenant nous nous contentons de convier les âmes qui aspirent à la perfection de se conduire a l'éçard des choses comman dées, défendues et indifférentes, ainsi qu'il est dit ci-dessus; de ne souffrir aucun péché qui les prive de la grAce, de s'en nettover «ussitôt qu'elles connaîtront en être infectées, de tâcher de plus en plus de s'acquérir It force de n'y retomber pas, et de s'abstenir tant qu'elles pourront des péchés véniels, princi|)alement de ceux qui se font avec délibération.

Voilà les fins particulières de la vie purgative auxquelles les hommes se trouveront insensiblement portés , s'ils «'excitent à lamour de Dieu par les moyens qui leur sont conseillés, s'ils se représentent souvent être en sa présence , et s'ils fréquentent les sacrements de Pénitence et de l'Eucharistie , qui leur fourniront un merveilleux secours pour parvenir au but qu'elles se proposent.

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