‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 12 sur 315 · PAZ · texte numérisé non relu

PAZ

\zo

cessaire, donne, reçoit, vend, achète ou dispose de quelque bien temporel, commet un double péché mortel, ou plutôt en commet un seul qui renferme en lui une double malice, une double faute grave. D'un côlé, il commet un vol, puisqu'il dispose d'une chose qui ne lui appartient pas et qui ne peut lui appartenir; do l'autre, il se rend coupable dune espèce de sacrilège, puisqu'il agit rontre la promesse qu'il a faite à Dieu par un vœu solennel. Si donc le directeur rencontre une personne consacrée à Dieu jwr les vœux de religion, qui soit tombée dans des fautes de ce genre, il doit lui montrer toute la gravité de son péché et lui faire sentir l'obligation où elle est de ne jamais user de rien, ni d'aucun argent .ssns la volonté de ses supérieurs légitimes. Si ensuite le directeur nous demande quelle doit être la matière d'une chose dont un religieux dispose ainsi de son autorité propre, pour constituer une faute grave, nous répondrons que la matière suffisante pour un vol grave suffit aussi pour un pèche mortel contie le vœu de pauvreté.

11. Ce que nous venons de dire au paragraphe précédent, ne concerne que l'essence luôme oe la pauvreté religieuse. Mais le directeur ne doit pas se contenter d'aussi peu, de la part d*un religieux, qui est strictement obligé de tendre à la perfection. Il ne suffit pas |K)ur les gens du monde de ne pas pécher gravement dans l'usage de leurs biens, ils doivent encore tendre à la perfection, qui convient à leur état, liais combien moins cela suffira-t-il dans un religieux, qui a fat vœu de pauvreté, non-seulement )>our n'être pas pécheur, mais encore pour être parfait I D'où il suit que, pour atteindre à la perfection de cette vertu qui, on nous dépouillant des biens terrestres, nous enrichi; des (résors célestes, trois choses sont nécessaires : 1" retrancher tout ce qui est ii-atile et superflu ; 2° souffrir avec joie ou du moins avec patience la privation des choses nécessaires; 3** se détacher intérieurement des choses mêmes qui sont nécessaires et dont Tusage est permis. Quant au premier point, il est évident pour tous combien l état de pauvreté est incompatible avec .a possession de choses superflues et vaines. Le monde dit : « Heureux ceux qui possèdent et sont riches 1» Jésus-Christ dit au contraire : tfeureux ceux qui ne possèdent rieny ceux qui sont pauvres! Allezy ajoutet-il, vendez ce aue vous avez^ et donnez-le à ceux qui sont dans te besoin. Il sera donc bon de demander à un religieux avec qui il désire être heureux, avec le monde, ou avec Jésus-Christ? S'il répond qu'il aspire au bonheur que Jésus donne en cette vie et dans l'autre aux imitateurs de sa pauvreté, il faut lui prescrire de se dépouiller de toute commodité superflue, à l'exemple du di^in Rédempteur. Mais comme l'état de pauvreté est plus ou moins rigoureux selon les divers ordres religieux,! voici la règle (|ue nous proposonspour juger ce qui serait iu^îcrflu à l'égard cie tel reli;;ieux, ou de

telle religieuse: c'est d'observer ce à qu(»i s'en tiennent à ce sujet, dans tel ordre ou tel couvent, les religieux les plus exacts, les plus fidèles à la règle et les plus consciencieux. Pour le second point, à savoir ce qui concerne la privation de choses nécessaires ; de môme aue n'être privé d'aucune chose nécessaire a sa propre position , c'est Tétat du riche ; de môme rien n'est plus propre à la pauvreté religieuse que de souffrir la privation de quelque chose de nécessaire. Ensuite, s'il ne manquait jamais rien à un religieux pour la nourriture, le vêtement, le logement, etc., où serait son mérite? En quoi imiterait-il la pauvreté du Sauveur? En quoi lui ressemblerait-il? Qu'iJ examine tant soit peu toute la vie de Jésus,* et il verra combien de fois il a été privé même du nécessaire. S'il jette les yeux sur l'étable do Bethléhem, où naquit ce Sauveur, il n'y verra

f)oint ni berceau commode et moelleux, ni eu pour le réchauffer. S'il considère la misérable maison de Nazareth, il la trouvera dépourvue de presque toutes les choses nécessaires, et ressemblant presque h une pauvre cabane. S'il suit Jésus dans ses i rédications, il le verra sans maison, sans asile et sans refuge. Si enfin il le contemple attaché à la croix, il le verra mourir dépouillé de ses vêtements, à la vue de l'ingrate Jérusalem. Le religieux doit donc se réjouir, lorsqu'il lui manque le nécessaire, puisque c'est pour lui un moven de ressembler à son divin Maître et d'acçiuérir les trésors incorruptibles du paradis. Il ne doit point, comme le font certains religieux imparfaits, se plaindre tantôt des supérieurs, tantôt des gens do service, parce qu ils le laissent parfois manquer de quelque chose.

Enfin, ^uant au détachement intérieur d^s choses nécessaires et dont l'usage est permis au religieux, on comprend que là est ia perfection de la pauvrelé spirituelle. Toute attache, même légère, retarde la perfection. L'âme qui n'est pas entièrement dégagée no peut s'élever à Dieu, ni voler vers la perfection, et beaucoup moins posséder la véritable pauvreté d'esprit, qui exige un rœîîr libre de toute chaîne, dégagé de tout lien, pur de toute attache.

PAZ (Jacques Alvarez de), né h Tolède, en 1533, entra chez les Jésuites à l'âge (Je vingt-deux ans. Après avoir gouverné plusieurs collèges, il fut nommé visiteur en Aragon, ensuite provincial au Pérou. Mais cette destination ayant été changée, il devint provincial de Tolède , et mourut dans cette ville en 1580. Sainte Thérèse, dont il était le directeur, en fait le plus grand éloge. « Ce bon Père, dit-elle, me fit entrer dans une vio de plus grande perfection. Il accompagnait ses paroles de beaucoup de douceur et des manières les plus insinuantes. » Il a donné plusieurs ouvrages de piété qui sont estimés; ils ont été traduits en plusieurs langues, et entre tf utres en français par le P. Belon, Lyon, 17W. Ses OEuvres, composées de trois volumes, peuvent se diviser en tr«iis ])?rtios : dans la i'% l'auteur cherche à duu-

PEI

PIIÏ

ner une idée juste de la perfection « et ei- |iose les motifs d'y aspirer; dans la 2*, il apprend à combattre les ^ices; la 3* traite de la prière et de la contemplation. Ces li- Tres sont utiles à tous les religieux.

PEINES DE L'ESPRIT. — Il ^ a deux sortes de peines qui affligent l'esprit dans la ▼ie spirituelle. Les unes Tiennent de l'humeur ou d'un tempérament mélancolique ; et, comme elles sont naturelles, on en trouve le soulagement dans les remèdes naturels. On appelle les autres surnaturelles, parce qu'elles ne Tiennent pas de la nature, et ne peuvent être adoucies que par le secours de la grâce et les sages conseils d'un directeur.

On distingue deux sortes de peines surnaturelles, les ordinaires et les extraordinaires. Les ordinaires sont celles qu'éprouvent assez communément ceux qui s'adonnent au service de Dieu. On les réduit à l'^ois : la tentation, c'est-à-dire toute impression violente qui porte au mal ; l'abattement ot la perplexité. (Pour la première de ces peines, voir l'article Teîitation. )

L'abattement est une espèce d engourdissement et de pesanteur d'esprit, accompagnés de dégoût, d'aridité et de tristesse. Cette peine, qui est des plus communes, produit en Tâme trois effets Le premier est l'idée de son incapacité pour faire le bien; elle tombe dans ce découragement à la vue de ses vices e» de ses défauts qu'elle regarde comme insurmontables. Le second est une tentation violente qui la porte à tout abandonner, en lui persuadant faussement que c'est en vain qu'elle se gêne, et qu'elle n'aura ni paix ni repos qu'elle ne se soit déterminée à suivre les inclinations de la nature. C'est là manifestement un artifice du malin esprit, pour nous détourner du bien. Le troisième est une espèce de désespoir qui nous fait regarder la perfection comme une entreprise au-dessus de nos forces.

L'âme se trouvant en cet état doit rappeler toute sa foi et s'exciter à la confiance. Mais elle doit surtout bien prendre garde : !• (le ne faire aucun changement dans sa conduite, parce que, tant que le trouble dure, elle n'est pas capable de se déterminer prudemment ; 2** de ne donner aucune atteinte à sa fidélité envers Dieu, en se laissant aller au péché et à l'imperfection, ou en donnant dans quelque relâchement, sous prétexte de se soulager par des entretiens inutiles qui contentent la sensualité; 3* de ne fioint abandonner ni interromore ses pratiques de pénitence et de recueillement, et surtout I oraison, car c'est à quoi tendent principalement les efforts du démon; il voudrait priver l'âme de tout secours et étouffer *^n elle tout sentiment de dévotion, en lui faisant abandonner la prière. Quant au désespoir qu'elle éprouve, pourvu qu'elle reconnaisse (jue l'ennemi de son salut en est l'auteur, qu'elle continue à faire de grands fonds sur rhumilité, elle en tirera dans la suite un grand avantage. Dieu se sert de cette espèce d'abandon pour lui faire connaître 5a fai-

blesse et son néant, afin que le sentiment de ses misères lui apprenne à se défier d'ellemême pour ne s'appuyer que sur Dieu. C'est lavis important gue donne saint Vincent Ferrier dans son livre de la Vie tpiritutUe. « Il faut, dit-il, que vous vous établissiez dans une défiance entière , jusqu'à n'avoir nulle assurance ni en vous-mêmes, ni en vos vertus, ni en vos bonnes oeuvres, afin que vous soyez en état de vous jeter entre les bras de iésus-Christ, de vous reposer sur ce Dieu pauvre , méprisé et mort pour vous. » 11 n'y a que ceux qui ont l'expérience de leurs misères qui sachent se défier d'euxmêmes et qui puissent trouver leur forc« dans leur défiance, parce que, ne comptant que sur Jésus-Christ, sur sa grâce, sur ses mérites et sur la miséricorde de Dieu , ils ont droit d'en tout attendre.

La perplexité est une très-grande peine

ni tourmente bien des gens dans le chemin

e la vertu , et qui vient à l'occasion de qiièlgue chose qu'on doit faire ou qu'on a déjà fait. Lorsqu'elle vient avant l'action, on l'appelle irrésolution ; et c'est une grande difficulté à se déterminer, fondée sur ce qu'on ne peut pas discerner si Faction est bonne ou mauvaise. On la nomme scrupule, lorsqu'elle vient après l'action; et c'est un doute mal fondé a avoir bien ou mal fait, d'avoir fait un péché léger ou un péché considérable. ( Voyez ScRupLLE.] Le remède à de telles perplexités, c'est que rien n'est plus capable de dissiper tous ces nuages et ces obscurités qu'une solide dévotion ; si elle n*affranch t pas l'âme de ses peines, elle sait au moins les adoucir et les rendre utiles, en les lui faisant porter avec patience pour se purifier. Un autre moyen excellent pour se délivrer de ces sortes de peines est de faire choix d'un sage directeur et de déférer à ses conseils avec une entière confiance. Dieu attache à cette soumission aveugle des bénédictions particulières qui procurent la tranquillité. Et d ailleurs, la véritable obéissant e bannit les so !ns et les inouiétudes ; elle nous rend semblables aux entants qui s'abandonnent aux soins d'autrui et vivent sans souci. Ceux qui sont sujets aux perplexités dont nous parlons ont ordinairement de la peine à se soumettre; mais ils doivent se souvenir que celui qui les conduit tient à leur égard la place de Dieu, qui est la source des lumières et la bonté souveraine, et que c'est par le canal de l'obéissance que Dieu veut leur donner le secours et le soulagement qu'ils attendent de lui.

Les peines qu'on appelle extraordinaires sont les plus violentes de toutes celles qu'on rencontre dans la vie spirituelle, et les plus difficiles à supporter. On les appelle extraordinaires, parce qu'il y a peu de personnes qui les éprouvent. Dieu les réserve pour

quelques âmes choisies qu'il veut conduire à une grande perfection. C'est une espèce de

urgatoire par lequel il les fait passer pour

es préparer à Tunion divine.

Ces peines sont dé trois sortes : les unes

viennent du côté de Dieu, les autres du côt4

PEl

D'ASCETISME.

PEl

du démon, et les dernières du côté des hommes. Les saintes Ecritures, en plusieurs endroits, représentent d'une manière très-vi\e la tristesse et la désolation auxquelles ces peines réduisent une âme ; on peut s'en convaincre facilement par la lecture du livre de Job. 11 paraît que le prophète Jérémie était dans ces terribles épreuves lorsqu'il disait : /e suis un homme qui voit quelle est ma mtsèrey étant sous la verge de rindignation du Seigneur. (Thren. m, 1.) Les psaumes de David sont pleins de semnlables sentiments qui marquent l'excès Je sa douleur : Je suis percé de toutes parts des traits de votre justice , et je sens l'effort de votre bras t?cnoeur qui s'appesantit sur moi, {Ps, xxxvi, S. ) Après avoir fait mention de la justice de Dieu qui le tourmente, il parle de ce qu'il avait à souffrir de la part des hommes : Mes amis et mes proches se sont déclarés et élevés contre moi, (Psal. XXXVI, 12.) Voilà les persécutions et les contradictions de la part du monde. Ceux qui m'approchaient de plus près m'ont aban* donné, [tbid,) Voilà la fuite et l'abandon des créatures. Il semble ensuite vouloir se jilaindre de ce que les démons lui font souffrir : Ceux qui ont conjuré ma perte ont redoublé leurs efforts et leurs violences. (|/6id. 13.) C'est le Saint-Esprit qui lui a suggéré ces paroles pour exprimer les peines extraordinaires dont nous parlons, et les étranges effets ({u'elles produisaient dans son âme. Le sentiment qu'il en avait était bien vif, puisqu'il l'a porté iusqu'à dire : J at été affligé et abattu à l'excès , j'ai poussé vers le ciel des sanqlots qui ressemblaient à des rugissements. {Ibid.d.) Si ce grand prince n'avait eu à soutenir que les efforts des hommes qui en voulaient à sa couronne ou à sa vie, il eût été indigne de son grand cœur de s'exprimer de la sorte. Il n'est pas plus probable que le repentir de ses péchés lui ait arraché de semblables paroles. La douleur d'avoir offensé Dieu n'a pas coutume de produire de si étranges effets dans les véritables pénitents. Il faut donc croire que ce prophète était agité alors de ces craintes horribles et de ces tentations violentes où l'opération diabolique a beaucoup de part, et dont l'araour divin se sert pour purifier les âmes. Nous avons parlé ailleurs de ces terribles impressions qui portent au mal , au milieu desquelles l'âme s'épure; nous ajouterons ici, avec saint Grégoire, que le sentiment qu'elle a de ses misères devient plus vif à mesure qu'elle devient plus pure et plus innocente. C'est à la violence deces épreuves qu'il peut attribuer la douleur excessive et la désolation du Propbète-Boi. Au reste, les personnes qui sont dans ces épreuves ont quelquefois du relâche : la ioie prend la place de la tristesse, lorsqu'elles s'y atten- , dent le moins; elles sentent la présence de la grâce qui les console ; du milieu de leurs ténèbres sort un rayon de lumière qui leur dérouvre l'état de leur intérieur ; à la vue de leurs progrès et des grands biens que Dieu leur prépare, la confiance dilate leur cœur ;

mais ce n'est que pour peu de temps et pour retomber tout d'un coup dans leur premier état d'obscurité et de souflVances. Elles sont comme un homme qui, étant plongé dans l'eau, en sortirait de temps en temps pour voir le jour, et s'y replongerait incontinent. Quelquefois aussi ces personnes sont tellement abîmées dans les souffrances et, au péché près [auquel elles ne consentent point, si pénétrées des idées et deTimpression des vices, qu'il leur semble qu'au dedans et audehors elles sont absorbées dans un déluge de maux. Alors sans secours sensible, ne voyant luire aucune ressource, même du côté de Dieu qui paraît les abandonner, elles disent avec David : Je suis dans une fosse bourbeuse où je ne saurais trouver le fond. (Ps. Lxvm); de cet abîme de misères où elles sont tombées , elles s'écrient avec le même prophète : Sauvez-moiy mon Dieu^ un torrent de maux a inondé mon âme. (Ibid.) Elles se voient environnées de leurs péchés ; elles s'en sentent chargées comme d un fardeau qui les accable, ce qui leur fait dire : J'ai des iniauités par dessus la télé ; c'est un poids sous lequel je suis près de succomber. (Ps. XXXVII, 5.) A cette vue le trouble les saisit ; ce trouble qui, selon l'expression du prophète, passe jusqu'à la moelle des os et dont l'âme est cruellement agitée. (Ps.wi^ 2, 3, k.) Au trouble et à cette agitation se joignent de grandes sécheresses qu'elles souffrent dans Toraison, de sorte qu elles jeuvent dire avec vérité : Je suis devenu sec comme Vherbe coupée^ et je n'ai pas plus de vigueur que l'argile qui a passé par le fourneau. (Ps. CI, 12, et XXI, 16.) Les personnes qui sont à Dieu trouvent ordinairement dans la partie la plus intime de leur âme, des ressources contre la privation des goûts et de la ferveur sensible. Mais dans l'état dont nous parlons, cette privation est entière et semble avoir desséché tout l'intérieur. Le Prophète réduit à cet état dit qu'il est consumée peu près comme du bois à demi-rongé par le feu. (Ps. ci, k.) L'obscurité et les ténèbres accompagnent la sécheresse, et les forces disparaissent avec la lumière, on tombe dans un grand abattement. Toute ma vigueur m'a abandonné^ s'écrie-t-on, et la lumière de mes yeux n'est plus avec moi. (Ps. xxxvii, 11.) Pour exprimer la profondeur de ces ténèbres, David se plaignait à Dieu qu'il 1 avait réduit dans l'obscurité comme ceux qui sont morts depuis plusieurs siècles. (Ps. cxLii , k. ) Ces âmes regardent Dieu comme un juge inexorable; elles n'osent s'en ap-

[)rocher pour implorer son secours ; et dans 'excès de leur crainte, elles lui disent : Pourquoi m' abandonnez-vous^ vous qui devez être mon appui ? Pourquoi souffrez-vous que, toujours poursuivi de mes ennemis, je passe mes jours dans la tristesse ? (Ps. xlii, 2. ) Quelauefois elles le cherchent comme si elles 1 avaient perdu , et ensuite elles se plaignent de ne pouvoir le trouver. Ah ! si les larmes pouvaient vous fléchir, disait autrefois au Seigneur une de ces âmes désolées, î7 y a longtemps que les larmes sont toute ma* nourri-

rei

PEI

iure :je m'y abandonne jour et nuit^ pendant au on me dit à toute heure : Où est donc ce Dieu sur lequel vous comptez si fort ? (Ps. xLi, k, ) Celte crainte excessive qu'elles ont de Dieu les porte à s'éloigner de la sainte Eucharistie, et lorsque, cédant à la crainte, elles se sont retirées de la communion, elles attribuent ensuite à cet éloignement la cause de tous leurs maux. Jt suis tombée disentelles, dans une langueur extrême^ parce que fai oublié de prendre ma nourriture ordinaire. (Ps. CI, 5.) Cette contradiction de sentiments est un effet du trouble de leur esprit ; et c'est l'excès de la douleur qui cause ce trouble. Elles sont tellement occupées de ce qu'elles souffrent, qu'elles ne voient partout que maux, jusqu'à s'imaginer qu' elles ont toujours été tourmentées, qu'elles ont vieilli parmi les peines et au milieu des efforts et de la violence de leurs ennemis. {Ps. vi , 8. ) Leur préoccupation est si grande qu'il leur semble quelquefois qu'elles n'ont jamais goûté le repos. Et, quoiqu'elles n'aient pas tout à fait perdu l'idée des faveurs de Dieu et de l'amour qu'elles ont eu pour lui , cette idée est si faible, qu'elle ne fait pas plus d'impression sur leur esprit que des choses oubliées. Pourquoi nous avez-vous abandon^ nésj 6 monDieUj comme si nous n'avions plus à espérer de vous ? Pourquoi étes-vous si irrité contre les brebis de votre troupeau ? (Ps. Lxxin , 1. ) C'est tout ce qu'elles savent dire h Dieu dans ces moments de désolation, parce que la privation de toute joie, qu'elles souffrent depuis longtemps, efface ae leur esprit tout souvenir agréable du passé. Leur retour e^ t à l'Eucharistie : car, quoiqu'elles appréhendent beaucoup de s'en apwocher, le sentiment de leurs misères leur tait comprendre qu'elles ont besoin de ce pain céleste pour se soutenir. C'est ainsi que sainte Madeleine de Pazzi, au milieu de ses plus grands tourments, se traînait, pour ainsi dire, à la table de la communion et cherchait à se fortiûer par cotte divine nourriture. Outre ces peines, il y a quelquefois des agitations si violentes qu'on peut les appeler des tempêtes, au milieu desquelles on se voit à tout moment sur le point d'être englouti ; c'est ce qu'éprouvait le Prophète-Roi : Je suis au milieu d'une mer orageuse^ et la tempête m'a enveloppé dans, les flots. {Ps. lxviii, 3.)

Celte tempête se forme dans une Âme par la rencontre de plusieurs causes qui conspirent à la tourmenter, et qui ne lui laissent {)resque aucun lieu d'espérer sa délivrance, (éduiteau-dedans à d'extrêmes angoisses, par la considération des objets les plus affligeants et les plus terribles qu'elle ne saurait nerdre de vue, elle se voit tout à la fois en butte aux contradictions du dehors; tout se déclare contre elle ; ses propres (lassions se soulèvent, et le démon de son côté lui livre les plus rudes attaques; de sorte qu'on ne peut mieux la comparer qu'à un vaisseau accueilli de la tempête et attaqué tout à la fois par le ciel, par le vent et par les flots. Elle n'a i)oint d'autre ressource que de s'adresser au Seigneur et de lui dire , Que la tcmpéts

ne me submerge pas , que les flots ne m'engloutissent pas , que le puits affreux oti je suis tombé ne se referme pas sur moi. {Ps. Lxvui, 16.) Ces âmes ainsi désolées aiment véritablement Dieu, et Dieu, qui leur parait si rigoureux, les aime singulièrement puisqu'il ne les fait souffrir que pour les rendre meilleurs.

Saint François a souffert ces peines pendant trois ans, et durant ce temps-là la solitude et la compagnie lui étaient également à charge. Saint Eioi en a été tourmenté deux ans, saint Hubert, pendant un temps trèsconsidérable, et le B. Henri Suzo, quatorze ans entiers. Plusieurs autres ont été traités de même. Le siècle passé en fournit deux exemples remarquables : le premier est du P. Jean de Jésu Maria, général des Carmes- Déchaussés, qui, après avoir été dans ces épreuves une granae partie de sa vie, témoigna à sa mort qu'il n'en était pas encore quitte. Le second est de la mère de Chantai qui a été travaillée de ces peines intérieures pendant trente ans, et qui, sur le point de mourir, fit connaître qu'elle y était encore sujette. Ces peines étranges qui semblent marquer un intérieur dérangé sont souvent le partage de ceux que Dieu dispose à une éminente perfection ; les saints les ont toujours mises au nombre des faveurs du ciel, et l'expérience nous fait voir qu'elles produisent d'excellents effets. Voici comme en parle Blasius : « Il semble, à un homme qui souffre ces cruelles peines, que Dieu la rejeté de sa présence et qu'il l'a entièrement abandonné pour le livrer à Satan. » {Spect. spécial., ii. ) « Si vous vous trouvez dans < e cas, ayez soin de vous comporter avec courage et avec prudence ; no cessez pas de mettre votre confiance en Dieu, et soyez persuadé qu'il ne vous afflige de la sorte que parce qu il vous aime véritablement. » {Spect. spécial.^ vi.) « Ceux qui sont dans ces extrêmes épreuves, dit-il ailleurs, se regardent comme des pécheurs abominables, tandis que Dieu les regarde comme d'illustres martyrs. » Et dans un autre endroit : « Par la manière dont Dieu ^hTdXK s'opposer à leurs saints désirs et à leurs efforts, il semble qu'il les ait abandonnés et rejetés de devant sa face,quoiqi 'il eût dessein de les couronner un jour dans le ciel. » Dans son Institution spirituelle ^ il donne cette instruction : « Quand même il lui semblerait qu'il est abandonné, jusqu'à s'imaginer que Dieu lui dit : Retire-toi, je dédaigne tes services, je ne m'intéresse plus pour toi, il ne devrait pas pour cela cesser a'espérer, mais plein de foi, dire avec le saint homme Job : Quand Dieu me tuerait^ je ne cesserais pcs d'espérer en lui. » Après avoir décrit l'état d'un homme abandonné à lui même en apparence, il ajoute ces paroles : « Si cet homme prend le parti de se tourner vers Dieu pour implorer son secours, il s'en voit incontinent rebuté et comme chassé de sa présence, de sorte qu'il lui semble que tous les efforts qu'il fait et que tous les soins qu'il se doniîo sont inutiles, et, malgré cette affligeante

PEl

DASCETISME.

PEI

idée» il demeure ferme dans la résolution de rendre à Tépoux céleste des services assidus, quoiqu'il craigne que tous ses services n*aient

B}ur toute récompense que des peines que ieu lui réserve pour Tautre vie. Il dit ensuite : « Tandis que Dieu le traite si durement, il s'imagine avoir tout perdu ; il tombe dans une tristesse accablante qui ressemble à un horrible désespoir, et qui lui fait dire : G*en est fait de moi, ma perte est assurée, la lumière ne m*éclaire plus et toute grâce m'a abandonné. » A bien prendre le sens de Blosius, (^e n'est point là un véritable désespoir qui bannisse de Tâme l'espérance chrétienne. Tout ce qu'on prétend par ces expressions, c*est de nous apprendre au'on ne doit pas prononcer légèrement sur les personnes si terriblement affligées; quMl ne faut pas se fier aux apparences, et que pour être en état de porter Id-dessus un jugement équitable^ il faut avoir une parfaite connaissance des voies de Dieu et de la conduite de la grflce. Le commun des hommes ne comprend pas comment ces terribles coups de la main de Dieu peuvent s'accorder avec Tamour qu'il nous porte. Cependant il est certain qu il met les Âmes à ces épreuves, pour consumer les affections de la nature corrompue; qu'il les pénètre du sentiment de leurs misères pour les purifier ue leurs vices et les embraser de son amour, afin qu'ajant ôté tous les empêchements à sa

S race et que ne trouvant plus d'oppositions ses desseins, il domine seul en elles au milieu d'une grande paix.

Les fruits de ces peines se réduisent à trois principaux : elles servent de remède; elles disposent à recevoir la lumière dr\'ine; elles procurent Tabondance des biens spirituels. Et premièrement, ces étranges peines remédient aux péchés passés, aux vices spirituels et à l'amour -propre le plus délicat et le plus enraciné; elles purifient des fautes passées, en ce que ces peines intérieures sont une très-rude pénitence par laquelle on satisfait pour ses péchés. On peut comparer ceux qui passent par ces épreuves aux trois enfants d'Israël qui, au sortir de la fournaise, étaient plus sains et plus vigoureux que lorsqu'ils y furent jetés ; ou bien au saint homme Job, qui se trouva après ses malheurs plein de force et beaucoup plus riche qu'auparavant. Au milieu de ces douleurs excessives et de cette tristesse accablante, on forme des regrets ; on pousse vers Dieu'des gémissements etdes soupirs presque continuels; on se résigne à sa sainte volonté, et, malgré les diflScmtés presque insurmontables, on persévère dans la pratique du bien : quoi de plus efficace pour expier les plus grandes fautes! Ceux qui ont échappé à ce déluge de maux n'ont ils pas sujet de s'écrier avec le Prophète : Nous avons passé par le feu fi par Teau. {Ps. lxv, 12.) Si Dieu ne nous tût asêistés^ il s'en serait peu fallu que notre àme ne fût tombée dans l'abîme, {Ps. xcni, 17.) Nous avons traversé le torrent : mais sans le êteours du Tout' Puissant aurions-nous pu résister à la violence de ses eaux? {Ps. cxxm,

DiCTfOHNAiRE d'AsCÛTISKB. IL

Page 1