‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 13 sur 315 · La joie d'avoir satisfait à Dieu est aussi · texte numérisé non relu

La joie d'avoir satisfait à Dieu est aussi

f grande que la pénitence a été rude ; on goûte e plaisir de la liberté; on s'empresse de chanter des cantiques d'allé^esse et d'actions de grâce à la gloire de son libérateur, comme fit autrefois Moïse après le passage de la mer Rouge, et comme Tout fait les autres patriarches et les autres prophètes aurès avoir remporté la victoire dans les combats du Seigneur.

Les vices dont TAmeest délivrée par les peines extraordinaires sont des vices tout spirituels, c'est-à-dire tout intérieurs et cachés dans le fond de Târoe. Comme ils no portent pas à des satisfactions grossières, il est rare qu'on en ait de Thorreur et encore plus rare qu'on s'en corrige par des effets ordinaires. H n'y a guère. que les grandes épreuves qui opèrent cette guérison. Ces vices, au reste, sont aussi multipliés que ceux qu'on appelle capitaux. Ils sont comme ces derniers au nombre de sept. — L'orgueil spirituel, qui est un désir de se distinguer, qui fait qu'on cherche Télévation dans la piété, et qu'on se porte avec empressement à ce qu'il y a de plus grand et déplus sublime. Ce désir vient de l'opinion trop avantageuse qu'on a de sa propre vertu, et il est ordinairement accompagné de quelque mépris pour ceux qui sont dans la voie commune* Cet orgueil se trouve dans les personnes spirituelles avant qu'elles aient fait l'expérience de leurs misères au milieu des épreuves dont on a parlé. — L'avarice spirituelle, ^ui est une trop grande attache aux secours spirituels, aux moyens de perfection, à diverses pratiques de piété, à certaines dévotions particulières, a la communication avec les personnes intérieures, aux saintes imaees et autres objets extérieurs qui portent à la dévotion. CeUe attai:lie est déréglée en plusieurs f personnes, et elles en sont afi'ranchies par e sentiment des peines ci-dessus rapportées. — La luxure spirituelle, qui est une inclination désordonnée pour la dévotion sensible qu'on cherche sans discrétion. Les personnes sujettes à ce vice aiment Dieu, à la vérité; mais c'est autant pour leur propre satisfaction que pour lui-même. La privation des goûts sensibles, qui accompagne les grandes épreuves, étouffe cette inclination. — La gourmandise spirituelle, qui est une trop grande avidité pour des choses utiles et saintes, telles Sue les lectures spirituelles, les pratiques de évotion, les entretiens avec les personnes pieuses. Ce sont d'excellents moyens pour avancer dans la vertu ; mais il faut en user avec modération, autrement on court risque de passer d'une extrémité à l'autre, et do tomber dans le dégoût après s'être rassasié avec excès. — L'envie spirituelle qui est un déplaisir secret qui l'on sent à la vue des

Kersonnes qui avancent beaucoup en vertu, >ans les épreuves extrêmes, humiliés sou» la main puissante de Dieu, nous apprenons à le louer de ce qu'il fait pour les autres comme de ce qu'il fait pour nous. — La colère spirituelle, qui est une indignation exci* téeà ta «ue des défauts et des manières qui

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déplaisent dans les autres. Les personnes qui vivent dans le recueillement sont sujettes à s'indigner delà dissipation des autres. — Enfin la paresse spirituelle, qui est une lAcbeté h se porter au bien. On remarque ce vice dans ceux qui ont pris le parti de la vertu, et il est tel qu'on ne peut le vaincre qu'à force de se faire violence et de s'adonner aux plus rudes exercices de la mortification, ce qu'on est comme contraint de fa^re dans les peines extraordinaires, afin de se fortifier contre la tentation Bt de se rendre Dieu propice. Ces peines sont douji un excellent remède contre les vices spirituels. 11 est évident aussi qu'elles nous apprennent à nous connaître, qu'elles amortissent nos passions, et que par les fréquentes victoires qu'elles nous donnent occasion de remporter sur l'humeur et sur les inclinations de la nature, elles nous établissent dans une véritable paix.

L'entendement a aussi ses erreurs et ses vires, auxquels il trouve le remède dans les peines extraordinaires. L'affliction que causent ces peines donnent aux flmes l'intelligence et la sagesse nécessaires pour se détromper de trois sortes d'erreurs, des fausses nsaximes gui favorisent l'amour-propre , et qui sont si communes parmi les personnes spirituelles, quand elles n'ont pas été bien éprouvées, des illusions qui se glissent en grand nombre dans cet état d'obscurité, et qui leur feraient souvent confondre les suggestions de Satan avec les inspirations divines, si leurs ténèbres intérieures ne leur faisaient sentir le besoin qu'elles ont de se tenir inviolablement attachées à la foi et à l'obéissance, des fausses dévotions dans les- <ïuelles il est aisé de donner , faute d'être bien conduit et de savoir discerner les voies trompeuses d'avec les véritables.

Les fausses dévotions dont les grandes épreuves nous apprennent à nous défendre viennent ])resque toutes de Taffection qu'on a pourlesétats sublimes et pourles voies extraordinaires. On se dispense du soin de se mortifier et de veiller sur son intérieur, pour aller d'un plein vol aux exercices les plus relevés que pratiquent les plus grands saints. Tout consiste h se perdre dans Dieu, disent ces faux spirituels ; et, quoique sans vertu solide, ils se croient en état de s'unir à Jésus-Christ , disant que tout se trouve en lui, et s'imaginant qu'avec un simple regard jeté sur sa sainte numanité ou sur quelqu'un de ses mystères, ils satisfont àtous leurs devoirs. Ce n est pas que cette pratique ne soit très-utile, mais elle ne supplée point oux autres qui sont nécessaires. 11 s'agit de se vaincre soi-même et de se corriger de ses défauts, ce qui demande un travail long et pénible , et ces hommes abusés «troient qu'il sufiit de se tenir en repos en la présence de Jésus-Christ; que par là toutes difficultés sont levées ; que la chair est soumise , la concupiscence domptée et tous les vices abattus. Une autre source des fausses dévotions, ce sont les subtilités et les raflinements en matière de perfection. On met toute sa sainteté à penser dos choses de Dieu

d'une manière subtile et tout autrement gii« les autres; on se repàit de réflexions stériles

3 ni ne vont pas jusqu'au cœur pour servir e fondement aux vertus, et dont tout le fruit se réduit à un goût superficiel qui en-

! rendre la vanité et qui donne à l'esprit une ausse élévation fort contraire à la simpHcité chrétienne. On peut juger de l'étonnement et de .la désolation de ces personnes, lorsque se trouvant dans les épreuves elles viennent à s'apercevoir qu'il n'y a nulle solidité dans ce qu'elles avaient appelé jusqu'alors leur dévotion, et que les grâces extraordinaires dont elles se croyaient favorisées ne sont que pour les âmes simples qui ont travaillé longtemps à se mortifier. Ceux mêmes à qui Dieu, des le commencement, fait part do ses dons les plus sublimes, ont besoin d'être

!;uéris de ces erreurs, et ce n'est jamais que a tribulation et les grandes peines qui en délivrent. Tout cela prouve que les erreurs dans la piété sont de grands obstacles aux desseins de Dieu, puisqu'il est obKçé d'employer de si puissants moyens pour les vaincre , et cependant ces erreurs sont très-communes, car il faut que la parole de Notre- Seigneur s'accomplisse : si un aveugle con* duit un autre aveugle , ils tomberont tous deux dans le précipice , c'est-à-dire , que c'est souvent faute d'être bien conduites, que les âmes s'égarent de la sorte. Au lieu de les accoutumer à procéder avec candeur, à suivre avec simplicité les mouvements de la grâce, et à ne point s'écarter de la doctrine des saints fondée sur les maximes et les exemples de Jésus-Christ, on leur laisse prendre l'essor pour chercher une fausse élévation qui ne consiste qu'en belles paroles sans aucun suc de dévotion. Ce mal est plus grand qu'on ne pense ; tandis qu'on croit faire beaucoup on perd le temps , on bâtit sur un fondement qui n'est pas solide, et on reconnaît enfin cju'on s'est occupé inutilement et qu'on n'a amassé que de fausses richesses. C'est ce qui faisait dire à saint François, cet homme vraiment spirituel, que toute dévotion qui ne tend pas à combattre la nature et à soumettre la chair, ne saura t venir de l'esprit de* Dieu , quelaue belles qu'en soient les apparences , et c est à quoi manquent les personnes dont nous parlons. £Iles se contentent d'une piété tranquille et commode qui ne s'applique point à contrarier l'amour-propre et à dompter l'orgueil de l'esprit. Elles n'ont que du mépris pour les voies communes et pour les pratiques ordinaires, puisqu'elles n'y trouvent pas cette spiritualité sublime qui seule est capable de leur plaire. Quelle différence entre cette co nduile et celle des véritables serviteurs tie Dieu, qui font leur capital de Thumilité et delà mortification des sens, qui choisissent volontiers ce qui est bas et humiliant, )>ourvn que le véritable bien s'y trouve; qui, laissant à Dieu le soin de les élever quand il lui plaira à des états plus sublimes, se renferment dans les bornes de la simplicité la plus naïve, et qui comptent pour rien de parler noblement de la perfection, parce qu'ils connaissent

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le prix de la grâce en comparaison de laquelle les discours les plus spirituels et les plus grands talents de la nature doivent être regardés pour rien. Le propre delà grâce est de soumettre les facultés naturelles de l'hom- Oïe et de les tenir dans une grande dépendance, afin de fonder l'ouvrage de la perfection sur le néant de la créature. Ce n'est pas que les vrais spirituels ne puissent se servir utilement des talents et des perfections qu'ils ont reçus de la nature, et si Dieu semble les leur ôter durant le temps des grandes épreuves, c'est parce qu'ils sont encore capables d'en abuser , et afin que cette privation les purifie et les rende humbles en lear apprenant à ne point, compter sur leurs for.cs. Aussi voyons-nous qu'après les éj. reuves. Dieu leur rend tout ce qu'il leur avait ôté, parce qu'alors ils sont en état d'cm- })lojer à la gloire de Dieu tout ce qu'ils ont d'esprit, de discernement, d'éloquence et d'industrie, sans être en danger de s'enorgueillir comme auparavant. Plusieurs personnes qui ne comprennent pas ce mystère, au lieu de faire consister leur dévotion à humilier les facultés de l'âme et à la faire mourir à elle-même, en retranchant par ia simplicité et la mortification tout ce qui favorise son orgueil, font au contraire tout ce qu'il faut pour entretenir Torgueil et la vie naturelle de l'âme par une dévotion mal entendue, qui consiste en de belles maximes et en ies idées sublimes dont-elles se remplissent. Elles donnent tout à l'extérieur, tandis que l'intérieur est vide de Dieu et occupé d'elles-mêmes. On ne saurait croire combien une telle conduite met à l'étroit la charité qui ne peut se dilater que dans les Ames simples dont l'intention ne regarde que Dieu et l'accomplissement dosa sainte volonté. On peut appliquer à ces personnes ces paroles de l'Ecriture : lotre vin est mêlé d'eau ( /«a. I, 22), c'est-à-dire, votre charité est faible et imparfaite, parce que l'intention qui vous anime n'est pas pure.

Les peines extraordinaires purifient jus^qu'au fond de l'amour-propre , autant que 1 état présent le permet, en ce que ces peines attaquant l'homme souvent et violemment dans ses intérêts les plus délicats et dans ses inclinations les mieux enracinées l'obligent enfin à y renoncer et à se défaire de tout attachement pour soi-même, à quoi ne contribue pas peu le danger presque continuel de se perdre, qui lui fait sentir le besoin qu'il a de s'abandonner entièrement à Dieu.

Le second fruit de ces peines est la lumière dont parle le prophète David, laquelle ge lève pour les justes au milieu de leurs ténèbres. A cette nuit obscure, dans laquelle ils sont enveloppés durant le temps de leurs épreuves, succède le jour de la grâce qui les ôelaire sur les vérités de la foi, sur les choses spirituelles, sur l'état de leur intérieur, ot, tout étant mis en évidence, ils aperçoivent jusqu'aux moindres défouts; comme lorsqu'une grande clarté vient à paraître au TDilieu de la nuit, on voit distinctement des objets qu'on ne pouvait discerner auj)ara-

vant. Alors s'accomplit ce qui est écrit dans Isaïe: Yotre lumière éclatera comme V aurore: vous recouvrerez bientôt votre santé. ( ha. Lvm , 8. ) Votre lumière se lèvera dans les ténèbres j et vos ténèbres deviendront eomme le midi, {Ibid. 10.) A quelques-uns cette lumière vient peu à peu, et comme Paube du jour; elle est donnée aux autres presque tout à coup et avec grande abondance, selon cette expression du même prophète : Bieu . remplira votre âme de ses splendeurs. ( Isfi.

LVllI, 11. }

Le troisième fruit des j/eines extraordinaires consiste en ce que, au sortir de ces ÎiCines, Dieu donne ordinairement à l'homme es biens spirituels en si grande abondance, que toutes ses facultés intérieures et extérieures en sont remplies : ce sont les biens dont parle l'apôtre saint Paul : Je ne cesse point de remercier Dieu de ce que par Jésus- Christ vous avez été enrichis de toutes sortes de biens (ICor. i, 3,4); et dans un autre endroit : C'est en lui que voxm êtes remplis, etc. ( CoL II, 10. ) C'est une surabondance de richesses qui inonde, pour ainsi dire, toutes les puissances de l'homme, afin OH il soit rempli^ dit saint Paul, selon toute ta plénitude de Dieu même. {Ephes. m, 19. ) Comme parle dégagement quil a pratique dans la soufi'rance, il s'est vidé de tout ce qui n'est pas Dieu, Dieu ne manque jpas d'occuner le vide qu'on lui a préparé ; ae sorte que Ne corps, l'imagination, 1 appétit sensitif, la mémoire , rentendement , la volonté étant pleins de dons et de faveurs célestes, c'est un homme qui ne tient presque plus de la terre et dont la vie est comme divine.

Le corps participe à ces biens spirituCiS par certaines dispositions qui lui sont communiquées et qui ont quelque ressemblance avec les qualités des corps glorieux. 11 devient souple , soumis à l'esprit et à la conduite de la grâce. Au lieu d'éprouver cette pesanteur naturelle qui rend les hommes ordinaires lents et lâches à entreprendre, il se sent léger et prompt à se prêter à tout ce qui regarde le service de Dieu. La vie des saints nous en fournit plusieurs exemples. Il est écrit que saint Hilarion,

auoiqu'il marchât tous les jours et avec tant e hâte que personne ne pouvait le suivre, ne prenait de nourriture que le soir. Nous savons que saint François Xavier, étant au Japon et voulant aller à la ville capitale, suivit, en qualité de valet, un homme a cheval qui galopait souvent, et qu'il marcha ainsi près de lui pendant un mois, portant ses bardes et celles de son maître, sans se ressentir de la fatigue du voyage, quoiqu'il eût les pieds tout écorchés. La chronique de Saint-François rapporte que plusieurs saints de cet ordre sont souvent allés par l'air, et ont fait beaucoup de chemin sans toucher la terre, tant la grâce qui les transportait communiquait h leur corps d'ardeur et d'agilité. Mais, sans recourir aux miracles, il est constant par l'expérience que les personnes qui ont été purifiées par les grandes épreuves, ne sentent presque point le poids de leurs

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corps I »i ce n'est lorsque Dieu le permet ainsi pour éprouver leur fidélité.

I Les biens qui enrichissent rimaginatiun ; dans les âmes purifiées sont des idées nobles l't surnaturelles et de vives représentations qui succèdent aux idées basses et terrestres cont elle était auparavant occupée. Cette puissance de Tâme devient alors comme un trésor de richesses et de beautés gui forment une espèce de {>aradis, qui la tirent do sa bassesse et qui la mettent à couvert des désordres auxquels l'imagination des hommes est ordinairement sujette. Cet effet de la grâce a paru dans les prophètes et dans les «pôtres; on trouve dans VÀpocaîypse de saint Jean, dans la prophétie de Daniel et dans plusieurs autres livres de TEcriture, des traits bien marqués, de nobles représentations et des images sublimes qui élevaient Tesprit de ces grands hommes. On voit dans plusieurs autres saints quelque chose de semblable ; et la plupart des âmes que la grâce a pris soin de purifier ont eu part à cette faveur. Nous savons aussi que Dieu, pour donner à ces âmes la connaissance de certaines vérités, a coutume d'employer les plus belles images et les figures les plus nobles et les plus charmantes. Ces images et ces figures sont comme autant de meubles précieux qui enrichissent leur imagination et qui leur donnent occasiori d'élever sans cesse leur esprit vers les objets divins. 11 est naturel que ces personnes, se voyant si riches au dedans, n'aient que du dégoût et du mépris pour tout ce qu'il y a de plus grand et de plus beau dans le monde. Sainte Thérèse rapporte d'ellemême que Dieu lui donnait souvent le plaisir de ces spectacles spirituels et ravissants. Notre-Seigneur lui dit un jour quelle verrait toujours à la croix de son chapelet cinq diamants d'un éclat merveilleux, et en effet, elle ne manqua pas de les y voir. Il est aisé déjuger que l'imagination, frappée de ces beautés surnaturelles, fournit sans cesse au cœur et à l'esprit l'occasion de lier avec Dieu les entretiens les plus charmants.

Les biens que Dieu verse dans l'appétit sensitif sont des inclinations vertueuses, des impressions divines et des mouvements surnaturels, autant que cette partie inférieure •le l'âme en est capable. Ce sont des passions changées en transports divins et qui deviennent, entre les mains de l'Esprit-Saint, les instruments et les organes de ses plus admilaoles opérations. On remaraue dans l'irascible des mouvements de zèie et d'indignation qui embrasent d'une sainte ardeur sans causer aucun trouble, comme il parut en Notre-Seigneur lorsqu'il chassa du temple ceux qui y faisaient \in indigne trafic , et comme on Ta vu dans un Elie, dans un saint François et dans plusieurs autres. Et, dans ce qu'on appelle appétit concupiscible , ce sont des inclinations et des mouvements louables que la grâce forme ; ta joie, l'amour.

pleurô sans faiblesse, on aimo sans attache, lorsque la raison le demande. La mémoire a aussi part à ces avantages spirituels. Comme cette faculté de l'âme a les mêmes fonctions

aue l'imagination, et qu'elles sont toutes eux destinées à conserver les images des objets ou spirituels ou sensibles, ce qu*on a dit de l'une doit aussi s'entendre de l'autre. Les biens propres de l'entendement dont Dieu a coutume de combler les personnes dont nous parlons, sont des trésors de sagesse et de science, des connaissances sublimes de la Divinité, une abondance de lumières pour se conduire et pour conduire les autres. Ces personnes ont des idées si distinctes et si relevées des objets de la foi, gu'elles semblent pénétrer ce qu'il y a de plus incompréhensible. Les sentiments que produit en elles la lumière divine sur les mystères de l'incarnation, de la passion, de la communication de la grâce et de l'économie de la religion, sont infiniment au-dessus de la science qu'on acmiiert par l'étude ; et on peut dire sans exagération, que, par rapport aux choses surnaturelles, il v a, entre ces personnes et les plus habiJes théologiens, la même différence qu'entre des enfants et d'habiles philosophes, par rapport à la connaissance des choses naturelles. Si ees personnes, avec de si grandes luiliières, ne s ex* priment pas mieux que les autres, quand elles parlent de nos mystères, c'est qu'elles n'ont pas de paroles qui répondent a leur^ sentiments. Elles sont comme ceux qui reviennent d'un pays éloigné où ils ont vu des choses rares dont ils conservent une trèsparfaite connaissance, et qu'ils ne peuvent cependant bien faire connaître aux autres, parce qu'il n'y a pas d'expression propre pour signifier' ce qu'ils ont vu. Cette impuissance de s'exprimer est encore plus sensible dans les choses surnaturelles dont il est dit qu'il n'est pas permis à un homme d'en parler. {Il Cor. ii, 12, fc.) C'est pour cela que sainte Thérèse, lorsque, pour ob< r à ses confesseurs, elle écrivait ce qui se passait dans son intérieur, se plaignait continuellement de ne pouvoir pas dire ce qu'elle voulait , panre qu'elle n avait pas do paroles pour exprimer ses pensées et ses sentiments. Outre la connaissance des mys* tères. Dieu donne très-souvent aux âmes purifiées l'intelligence de l'Ecriture sainte; elles en pénètrent le sens et trouvent que le langage du Saint-Esprit convient fort 1 tout ce qui se passe en elles. On a vu des ignorants comprendre avec facilité les endroits les plus obscurs des livres divins et en a|K proiondir les secrets. Saint François donnait aux paroles des prophètes des explications si justes, que les plus savants ne nou valent s'empêcher de les admirer. Cet!»» facilité à comprendre les choses divine • aussi clairement que si on les voyait, para! t être une participation de la lumière des bienheureux; et il semble que les person* nés dont nous parlons en aient quelque communication passagère. En effet, il est édit de quelques saints qu'ils ont regu

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tomme ud rayon de la béatitude et un avant-

Soûl du paradis, qui les transportait hors *cax-mèmes pendant quelque temps. Mais en a aussi remarqué que ces faveurs les laissaient dans un parfait dégagement, et que, préférant la volonté de Dieu au plaisir de jouir de lui, ils étaient toujours prêts à passer de ces communications divines aux exercices de vertu les plus humiliants et les plus pénibles. Cependant Dieu, oui est le maître, les remplit quelquefois et les ])énètre tellement par la communication de sa gloire, qu'ils éprouvent des choses incroyables, qu ils voient et qu ils goûtent des biens que rœii n'a point vus^ que f oreille n'a pas entendus^ qui ne sont pas tenus dans Vesprit de Vhomme^ et que Dieu a préparés pour ceux qui Vaiment, (i Cor, ii, 9. ) De ces intimes communications avec Dieu, commu d'une source ftconde, ifs tirent de grandes lumières pour se conduire et pour aider le prochain, de sorte qu'on peut les regarder comme des instruments de la gloire de Dieu, dont le Saint-Esprit se sert pour la sanctification de plusieurs Ames.

La volonté n'est pas moins bien partagée que les autres facultés de l'âme ; mais comment dé:rire ces communications amoureuses avec l'époux céleste, les caresses qu'elle en reçoit, les délices dont il la comble, et l'ardeur incroyable dont elles brûlent pour lui? Ce sont de ces opérations divines qui passent la i)ortéc de l'esprit humain , et que ceux qui les éprouvent ne pourraient pas soutenir, si Dieu, qui est l'auteur de ces laveurs, ne les soutenait eux-mêmes; c'est f>our cela que le Saint-Esprit, dans le Cantique des cantiques , après avoir dit que l'épouse est toute remplie de délices, ajoute qu elle esi appuyée sur son bien-aimé. (tant. Yiif , 5.) Il ne convient guère de parler de ces mystères de l'amour sacré ; il suflit de dire » en général , que c'est un entretien continue 1 de l'âme avec Dieu, et un commerce d-e bienfaits et de reconnaissance amoureuse. Ce qui en revient à l'âme» ce ^ont des goûts surnaturels qui lui font préférer un moment de communication avec Dieu h toutes les délices de la terre et à tous les plus grands présents que Dieu peut foire sans se communiquer lui-même. Nous tisons dans la vie du P. Balthasar Alvarez, qu'un religieux de la Compagnie de Jésus, nommé Gaspard Sancbez, avait coutume de dire t que (|uand tous les biens du mande te réuniraient en sa faveur et qu'ils seraient éternels , il les sacrifierait tous volontiers fjour un demi-quart d'heure de son entretien ordinaire avec Dieu. Le même disait aussi qpue, s'il croyait vivre une heure entière , il mourrait de déplaisir, et qu'it ne se soutenait plus que par la pensée de pouvoir mourir à chaque moment pour aller jouir de Dieu. Suarez, un des plus grands docteurs des siècles derniers, a souvent

f>rotesté qu'il aimerait mieux perdre toute a science qu'il avait acquise, qu'une heure de son oraison. Ces sentiments viennent de l'abondance ri'un coeur rempli des trésors

célestes ; et il est certain que, si les hommes connaissaient combien ces personnes sont heureuses, ils préféreraient un moment d'une telle vie à tous les biens et h tous les plaisirs de la terre. Dans l'état que les mystiques appellent Noces spirituelles , et

3ue sainte Tnerèse a décrit dans la septième emèure du Château de /'dme , les communications divines étant parfaites et l'union de la volonté avec Dieu étant intime et continuelle , les richesses sont plus abondantes , et les délices qui en viennent ne sont presque jamais interrompues. L'âme respire, pour ainsi dire, le souverain bien aussi facilement que les animaux respirent l'air ; et la lumière surnaturelle est aussi visible pour elle que le soleil l'est aux yeux du corps. Aussi le bienheureux Jeaii de la Croix, qui, de fils spirituel de sainte Thérèse et de compagnon de ses travaux, devint sou directeur, dans un ouvrage intitulé la Vive flamme d*amour, s'adresse à une âme parvenue à l'union divine et l'exhorte à faire connaître à tout le monde les richesses dont elle jouit; ensuite se corrigeant lui-même, il la conjure de n'en point parler, parce que les hommes ne sont pas capables de les comprendre. Le même a composé un autre ouvrage qu'il appelle Cantique d*amour, où il ne fait que raconter les richesses et les délices de l'état d'union. Sans entrer dans le détail des lumières, des joies ineffables, des elTcts prodigieux de grâce et de dons excellents que Dieu communique à ces âmes, il suflit de dire que leur état est un paradis sur la terre. C'était le sentiment de saint Ignace, et il avait bien en vue ces avantages intérieurs, lorsque parlant des saints, il disait que ceux qui nous en ont donné l'histoire ne nous ont point appris ce qu'il y a de plus grand et de plus merveilleux dans leur sainteté , et que ce qu'un seul d'entre eux a reçu de Dieu surpasse tout ce qui est rapporté dans les Vies de tous les autres. Nous avons vu de nos jours une personne d'une très-grande innocence, qui, après avoir ^té dix-huit ans dans les peines extraordinaires , on fut délivrée par Notre-Seigneur qui lui fit entendre ces paroles : Je te ferai passer le reste de ta vie dans une espèce de paradis. EHe reçut, en effet, tant de consolatiens^ tant de lumières, tant de visites célestes r elle brilla aux yeux du monde par tant de vertus éclatantes, qu'on peut la mettre au rang des personnes les plus rares qui aient paru depuis longtemps.

Les richesses spirituelles dont on vient do parler, sont souvent le partage de ceux gui éprouvent des peines extraordinaires. Dieu est le maUre de ses faveurs, et il en fait part quand il lui plaît à ceux oui ne les ov\ pas achetées par leurs travaux. Mais on parle ici de ce qui arrive ordinairement; tous les docteurs mystiques convieraient que les

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