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CHAPITRE XXIX

Des distractions gui arrivent en f oraison.

Puisqu'il est vrai que le siège de la vertu est au milieu, et que les extrémités sont vicieuses, je conclus qu'en ce qui est deloraison, if faut bien se garder d'en établir la perfection à une certaine extrémité, qui consiste à être sans occupation d'esnritet sans mouvement de volonté vers Dieu»

qui est cependant la fin où tendent certains prétendus et ténébreux illuminés, doiil nous réfuterons expressément l'erreur dan) un autre ouvrage.

11 y a une fausse oisiveté en l'oraison, en laquelle l'Ame cessant absolument d'agir, ne produit aucun acte de connaissance iii dV mour. »

11 y en a une autre qui est bonne, en la* quelle l'âms accoisée en la vue de son Dieu, le connaît et l'aime par des opérations si douces et si conjointes qu'elles semblent n'être qu'un seul acte qui ne la travaille pas: jvarce qu'elle est en cet état nlutét dans i>i jouissance que dans larecherciie; plutôt patiente qu'agissante.

Parce mot de jouissance, on n'entend (as celle de la gloire que les bienheureux possèdent en l'autre monde, mais seulement «n certain repos que Dieu départ quelquefois aux âmes, lorsqu'un mouvement plus pressant (le charité les unit h lui.

Si Dieu ne permet pas que l'Ame puisse agir en l'oraison selon qu'elle se l'était |>ropo^é, elle doit soulTrir cette raortificaiioii en la vue de son néant, et demeurer en la i)résence de son Créateur pour l'amour de lui ; faisant par ce moyen, non tant une pratique d'oraison, gue dé patience en l'oraison. Mais il se faut nien garder de se jeter soimême en cet exercice de patience, éloignant son esprit des pensées qu'i Tdoit a voir à Dieu, et des choses dont il doit traiter avec lui.

Il ne faut pas ausssi s'imaginer qu'on puisse, dans la voie ordinaire, avoir toujours une opération si agissante et une attention si actuelle, que l'une et l'autre soient exemptes d'interruption et de troubles: il suffit de ne mettre point d'obstacle au trat que Dieu nous donne, et de ne nous laisser pas alJer de notre consentement à des distractions mauvaises gui nous fassent perdre le fruii oc notre oraison.

Pour mieux entendre cette matière, il faut bien distinguer la nature des distrac tions : les unes sont volontaires, et les antres involontaires; les volontaires dépendent de la liberté de Thomme, iH on ne peut

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TR-UTE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN

Ignorer qn il est obligé do s'en abstenir, parce que ce sont des moyens du tout contraires à la tin qu'il se propose.

Quant aux involontaires, elles sont encore de trois natures : les premières détachent de l'attention actuelle qu'on doit avoir à Toraison : mais elles ne détruisent pas le fond, d'où procède le mérite de Toraison. Telles sont les pensées vaines et légères des choses qu'on a vues ou entendues, qui de soi ne sont point mauvaises, lesquelles tombent en Tesprit.

Lorsque c^s distractions travaillent une Ame, elle doit s'humilier et reconnaître son imperfection, et demander à Dieu qu'il la remette en sa présence, et attire son esprit (le telle sorte, que toutes ses pensées soient attachées à lui.

Les secondes ne détachent pas seulement l'esprit de l'application actuelle qu'il doit avoir au sujet de sa méditation ; mais si ou uy prend bien garde, et si on ne les étouffe en leur naissance, elles font mourir le fonds «lu mérite de l'oraison et les semences des vertus que Dieu a versées en notre âme. Telles sont les pensées de haine, de colère, <!e vengeance, d'impureté, et autres semblables, lesquelles commencent cpielquefois par de petitesétincelles, et produisent un grand embrasement.

Poar se délivrer de telles» distractions, il faut recourir fortement à Dieu, et implorer .sa divine miséricorde par divers mouvements jaculatoires, dont le saint roi David nous peut fournir et la forme et l'exemple. Il faut de plus protester qu'on ne consent pas, et qu'on renonce à telles distractions, mais qu'on les souffre seulement comme une croix, qui serait insupportable, saitsrai>pui de la çrâce, qu'il faut ardemment demander à Oieu.

La troisième espèce de distractions consiste aux pensées qui nous retirant du sujet particulier que nous avions choisi pour notre méditation, ne nous sépare^nt pas du )>rincipal et universel, qui est Dieu. Par exemple, ayant pris pour matière d'oraison le mystère de la nativité de notre Seigneur, après avoir été quelque temps occupé a considérer les prociiges de sa naissance , notre es^vïi va de la crèche, où il trouve Notre Seigneur naissant, sur le Calvaire où il le voit mourant : nous sommes en c^ cas divertis de notre premier point, mais; non pas séparés de notre principal objet,; qui est Dieu. Ce qui fait que telle distraction ne nous faisant quitter Dieu fjue pour Dieu même, elle ne peut être estimée mauvaise,

11 est difficile de conseiller en ce cas certainement ce qu'il faut faire; quelquefois tel changement succède si heureusement,

aue l'effet en étant bon, il est dangereux 'en condamner la cause.

Saint Ambroise s'égara une foiô bien heureusement du sujet qu'il avait choisi pour sa prédication, puisque Dieu conduisit sa lanzue en sorte que sa digression fut cause de la conversion du grand saint Augustin, TuRe des plus existantes lumières de l'E-

glise, et même il arriva que jamais il no pi-i^cha mieux qu en cette occasion, où il estimait n'avoir jamais si mal réussi. Ainsi» Dieu tire quelquefois les âmes du sujet de leur oraison, et les applique à quelc^ue autre» où il leur donne des lumières qui surfassent leur espérance et leur attente.

I^ vrai conseil qu'on peut donner en telles distrayions, est de tâcher lorsqu'on s'aperçoit qu'on y tombe, de s'arrêter en son premier sujet, pour s'exempter du blâme qu'il y aurait à suivre la légèreté de son esprit. Mais si le trait qui nous appelle ailleurs continue, en sorte qu'on ait beaucoup de |>eine à s'en retirer; après s'être humilié en la vue de son imperfection naturelle, il faut s'abandonnera la conduite du Saint-Esprit, qui nous égare peut-être pour nous faire mieux retrouver, et nous conduit à ses fins sûrement, bi^n que par un chemin non jirévu.

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