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CHAPITRE XXXnL

Des effets et dons ejrtraordimaires que Dieu eofmammque dams les plus hauts degrés de ta eoniemptaiion.

Le premier et plus remarquable effet qui arrive quelauefois en cette haute contemplation est l'extase qui se fait, lorsque l*âme est tellement occupée aux fonctions des puissances spirituelles, qu'étant épuisée par le concours qu'elle leur donne, il ne lai reste pas assez de force pour faire agir ses focuités sensitives, lesquelles pour cette raison demeurent sans aucune action.

Le second effet est une extraordinaire joie que les cceurs ressentent en cet état, à cause de la grandeur de l'objet qu'ils possèdent, et de la pureté avec laquelle ils le possèdent par un entier détachement de toutes les créatures qui leur pourraient causer de Tamertume.

De là naît l'abondance des louanges que l'âme donne h Dieu en considération de ses grandeurs et des actions de grâces qpi^elle luf rend pour ses bontés et pour ses bienfaits.

Dieu dé}»art en ce même état plusieurs dons extraordinaires et gratuits, entre lesquels les plus notables sont, la prophétie et la connaissance de ce qui se uasse dans Fintérieur des hommes.

Telles grâces se reçoivent plutôt lorsque l'ilme est dans le calme de ses passions, dont elle jouit en son extase, que lorsqu'elle se trouve engagée dans le trouble des sens, parce qu'en cet état elle a plus d'attention aux lumières qui lui viennent d'en haut.

Ces lumières sont reçues d'elle en diverses façons et par des visions différentes.

La première espèce de ces visions est la corporelle, en laquelle Dieu fait voir les choses dont il veut donner la connaissance, ou par des formes et espèces sensibles qui les représentent. Ainsi Jésus-Christ et la Vierge paraissent quelquefois en leur propre espèce, ou sous d'autres formes corporelles empruntées.

La seconde est une vision de la iaculté Imaginative, en laquelle Dieu excite ou forme des objets sensibles aux sens intérieurs. Telle fut la vue que saint Pierre eut du linceul qui descendit du ciel, rempli d'animaux mondes et immondes.

Le troisième est une vision intellectuelle en laquelle Dieu imprime par infusion dans l'entendement, des espèces et des formes

intelligibles, semblablesàcellesqueThonuDe tire d'ordinaire de ses sens par la relation aux créatures; y ayant seulement cette différence entre lesdites espèces intellectuelles et celles que l'homme tire par les forces ordinaires cie ses sens que Dieu forme cellesci directement dans l'enten'dement , sans qu'elles passent^par les sens, d'oii les premiers tirent leur origine.

Telle a été la vue de la plupart des pro

TRAITE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN

phèteSy à gui Dieu a fait voir les choses futureSy quoique sensibles, par des images intellectuelles. Telle fut la prédiction de la prise de Jérusalem et de la conduite du peuple d*Israël en Babylone, déclarée par Jérémie ensuite des visions et impressions intellectuelles qu*il en avait reçues de Dieu.

Par tels moyens. Dieu fait savoir différemment ses volontés; quelquefois il les dit par des voix articulées de personnes vues ou non vues, selon la façon ordinaire qu'ont les hommes de faire connaître leurs pensées.

D'autres fois il les fait connaître par une simple adresse qu'il en fait, semblable à celle des anges, qui, supposant des espèces déjà

Produites, se communiquent mutuellement mrs pensées sans raiae d'aucun organe, {>arune sim()le direction de pensée et de voonté, ou bien, par cette adresse, font que Dieu crée lui-même les espèces des choses qu'ils se veulent faire connaître les uns aux autres.

Les contemplatifs disent que Dieu fait encore entendre ses volontés par une autre voie qu'ils appellent impression ou attouchement. Ils disent qu'en l'usage de ce roo.ven, Dieu par sa toute-puissance imprime en rintérieur et au fond de l'âme ce qu'il veut être connu; en sorte que l'on en ressent l'effet sans en comprendre la manière.

La différence qu ils mettent entre lesdites impressions et les dictations consiste, selon qu ils l'enseignent, en ce que par les impressions on lit les volontés de Dieu comme dans un livre; au lieu que par la dictation on les entend comme prononcées; maison pourrait repartir que cette explication est aussi difficile à concevoir qu'il est aisé de la mettre en avant, étant certain qu'en ce monde Dieu ne fait connaître immédiatement à Tâme aucune autre chose que sa propre substance et celle de Dieu en tant qu'il en est Créateur, et que tout le reste n'est connu d'elle que par impression des espèces intelligibles, ce qui serait du tout contraire à la manière supposée par ceux qui veulent que l'Ame conçoive et apprenne ce que Dieu lui veut faire entendre par une autre impression que celle qu'elle reçoit en ses puissances.

Il est bien vrai que si Dieu voulait, il pourrait faire entendre ses volontés par une autre voie que par celle des espèces que reçoit notre entendement; en ce cas, il suppléerait par l'effii^ace de son essence qu'il rendrait présente à l'entendement, le concours effectif que les espèces intelligibles ont accoutumé'de lui donner pour produire la connaissance des objets qu'il aperçoit en cette vie en qualilé de voyageur.

Hais outre que cette voie n'est pas celle qui est supposée, n'y ayant point de témoignage qui nous assure que Dieu en ait usé ainsi avec d'autres personnes qu'avec Moïse et saint Paul; il faut être bien hardi pour mettre en avant cette opinion ; et peut-être

2ue cette nouvelle voie de connaissance a té imaginée par ceux qui sont moins philosophes que dévots, et n'est autre en effet que la connaissance qui se reçoit par les espèces

intelligibles. Mais TAme étant extatiquement tirée hors de soi-même lorsqu'elle la reçoit, elle se trouve tellement enivrée de la grandeur des merveilles qu'elle voit, que ne pouvant, dans le transport auquel elle est, faire réflexion sur soi-même et sur l'espèce particulière de sa vue, elle estime qu'elle lui vient de plus loin que de ses puissances; ainsi qu'un homme étourdi de quelque

Î^rand coup pense souvent recevoir de lieux brt éloiçnés les sons et les voix qui sont proches de son oreille. Ce n'est pas que Dieu ne se fasse sentir quand et comme il lui plaît au fond de nos Ames, et que nous n'expérimentions des instincts si secrets et si sacrés, que nous voyons bien que c'est un Dieu qui agit; mais enfin, ou cette opération revient toujours à ce que nous avons expliqué, ou ce sont des routes que nous devons plutôt révérer que rechercher.

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