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CHAPITRE XXXVL De r amour des souffrances

Il n'y a point de précepte, dit saint Augustin, d*aimer les aiBictions de cette vie; mais il y en a de les souffrir. En effet, ajoutet-il, on n'aime pas ce qu'on souffre, bien qu'on aime la vertu qui fait souffrir avec patience.

La charité, à qui rien n'est impossible, change tellement les objets de douleur, qu'au lieu d'en ressentir les pointes, nous recevons du contentement à los souffrir. Qui aime, dit le même saint, ne souffre point en souffrant pour ce qu'il aime; et il est cerlain que l'amour ne connaît point de difficullé.

Saint Paul proteste que rien ne le contente et ne le slorifie davantage que les tribulations : s'il fait gloire de ses souffrances, c'est chose très-assurée qu'il aime à souffrir. Il tire une sainte vanité de ses chaînes et de ses persécutions. Plaidant pour sa défense devant Agrippa, il renonce à tout, hormis à la gloire de porler ses liens. Il ne parle presque jamais de l'afiliction, qu'ainsi

3ue de l'ombre d'un mal, qui cause la vérité 'un bien dont on ne saurait avoir assez de contentement.

David assure qu'au même temps que Dieu le touche de quelque aiHiction, u se ressent re mpli de joie ; qu'au même temps que Dieu le frappe de sa verge, il lui donne de la con • solation.

On a vu le visage de saint Etienne sous la grêle des cailloux, aussi serein et aussi lumineux que celui d'un ange.

Saint Laurent sur le gril se moque du t vran : Tourne-moi^ dit-il, je suis assez brûlé de ce côté-là. Mille autres martyrs ont été remplis d'allégresse au milieu des plus é{)Ouvanlables supplices : leurs corps n'étaient pas impénétrables à la douleur, mais Tamour qui les consolait intérieurement, les empêchait de sentir la cruauté de leur martyre.

Saint Chrysoslome rapporte que les mères des Innocents qui furent massacrés devant leurs yeux, ne voulurent point de consolation ; parce que parlageant la gloire du martyre avec leurs enfants, elles en recevaient plus de joie que d'affliction. Si elles pleurent, dit-il, pourquoi refusent-elles de recevoir de la consolation; et si elles n'en ont pas besoin, pourquoi pleurent-elles 7 Les sens de la nature pleurent, répond ce grand

TRAITE M U PERFECTION DU CHRETIEN

saint à soi-même, mais l'amour et la foi sont consolés.

S'il est vrai ce que dit saint Cyprien, qu'il V ait une certaine volupté à vaincre la volupté, il y en a bien plus à souffrir le mal ; puisque la victoire en est d'autant plus glorieuse, qu'il y a plus de difficultés à supporter un mal qui presse, qu'à se défendre de la volupté qui plaît.

Les païens mêmes ont reconnu que c'est une cnose admirable de voir élever des hommes par les mêmes moyens qui déprixnent les autres.

Si nous sommes compagnons de Noire- Seigneur en ses souffrances, nous le serons aussi en ses consolations.

Lorsque saint Paul (jRom. vin, 17) dit que nous sommes héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ , il ne veut dire autre chose, sinon que Dieu nous destine son paradis, par le moyen des souffrances qui sont propres à son Fils.

Souffrir pour l'amour de Dieu et à son exemple est la plus grande joie des âmes qui l'aiment. Je suis, dit saint Paul (Rom. T, 3), rempli de consolation, et transporté de 'oie dans mes tribulations. Mon Ame reçoit .'effet de vos consolatioiu, dit David (Psal. xcin, 19), à proportion de la multitude des afflictions qui T'oppressent. Dieu se trouvant au milieu des affligés, qui n'aimera pas ses afflictions?

Plusieurs demandent, dit saint Augustin, d'être délivrés de leurs tribulations, et Dieu ne les exauce pas, parce qu'il veut leur apprendre qu'il est médecin, el que la tribulalion est un médicament qui cause la santé, et non une douleur qui présage la maladie. Dans l'usage de ce remède douloureux, le patient crie; mais Dieu ne l'entend point : parce qu'il est sourd à ce qui ne concerne que la volupté de l'homme, et n'a les oreilles ouvertes qu'à ce qui est important à son salut.

Dieu recommande les souffrances comme le vrai chemin du ciel, et la semence de la gloire. L'exemple de Jésus-Christ nous y oblige, en tant que lui-même se propose aux hommes pour être imité d'eux. Les joies et les contentements nous font souvent oublier Dieu, et nous retirent de la pratique des vertus : l'Ecriture nous les représente comme des objets trompeurs, qui sous leur douceur couvrent un poison qui tue les Ames.

Les souffrances sont donc préférables aux contentements; puisque tout ce qui nous peut conduire plus directement au ciel, el nous rend plus semblables à Jésus-Christ, est préférable à ce qui nous fait quelquefois oublier Dieu, nous relire de la pratique des vertus, et nous peut tromper et nous perdre.

Si le chrétien s'aime soi-même, il faut qu'il aime les souffrances, qui lui sont si avantageuses, qu'il ne peut les mépriser sans mépriser son propre intérêt.

* Jésus -Christ» ayant été inséparable de& croix en ce monde, il n'y a point de différence entre l'aimer, et aimer à souffrir pour lui; puisque son amour a produit'ses peines,

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celui que nous devons avoir pour lui doit faire le môme.

Un nouveau soldat pâlit à la seule appréhension d'une blessure, dit Sénèquc; mais celui qui est aguerri voit son sang d'un visage assuré; parce qu'il sait qu'il a souvent acquis la victoire en le perdant. Il en est did même des souffrances ; elies sont appréhendées de ceux qui ne les connaissent pas, et ardemment désirées de ceux qui en savent le poids et le mérite. Elles sont peines et châtiment à ceux qui les craignent et qui les fuient, et consolation et récompense à ceux qui les cherchent comme la vraie semence de la gloire : il ne faut donc pas seulement les supporter avec patience , mais en préférer l'amertume à la douceur des contentements et des prospérités de ce monde.

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