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CHAPITRE XLVI

De Vimmortalité de Vdme, qui est connue, ^ par la lumière naturelle et par celte de ta foi.

Les choses qui ont été tenues pour véritables en tous les siècles, par les plus sages et les plus sensés esprits, doivent passer, pour des vérités indubitables. 11 est des connaissances comme des affections, qui ne sont jamais mauvaises lorsqu'elles sont communes à tous les hommes. C'est ce qu'enseigne Aristote, lorsqu'au comoiencement de ses Morales^ il dit en termes exprès que toutes choses tendent au bien ; d'pu il s'ensuit que, lorsqu'il se trouve de la dépravation dans le désir des hommes, elle ne peut venir que de l'appétit déréglé et du, vice des particuliers. 11. en est de même de. l'erreur de l'entendement , laquelle ne procède que de l'ignorance de quelques-uns, et ne se trouve jamais en ce qui est universel-' lement cru par les plus sages et les plus so-, lides esprits.

Ce fondement étant posé, rimmorl»ilité do, l'âme doit passer pour une vérité très-certaine, puisqu'elle a été reconnue en tout temps. Je pourrais le prouver par le rapport de beaucoup d'auteurs, qui étant chefs de diverses sectes, ont reconnu en tous les siècles passés l'être immortel de nos esprits, au travers des ténèbres de leur infidélité; mais j'aimç mieux tirer ma preuye d'un principe aussi aisé à concevoir par les simples, que par les plus intelligents.

Si cette créance n'avait été commune aux siècles passés, les bonnes mœurs n'y auraient pas été en singulière recommandation, comme chacun sait qu'elles ont été. Car à quel propos les hommes préféreraientils en celte vie la pauvreté à la richesse, l'ignominie aux honneurs, les souffrances aux délices et aux plaisirs , s'ils n'espéraient que la contrainte qu'ils se donnent en ce monde, leur procurera de grands avantages en un autre.

Si l'on dit que le seul motif de la vertu est capable de produire oes effets, l'expérience portera tout le monde à répondre hautement; qu'outre qu'il se trouve peu d'esprits entre les sages qui ; dorent la vertu nue, et la veuillent servir, lorsqu'élant pauvre ou avare elle ne peut ou ne veut rien donner qui soit commode à ses sectateurs; le commun des peuples ne marche point co.n tre ses «ens, s'il n'y est induit [îar la crainte d'une [unit.on, ou par respérancc d'une ré

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compense, dont l'une ne peut être appréhendée, ni l'autre désirée de lui s*ii ne croit les âmes immortelles.

En effet, si Thomme n*ayait point d'autre yie que celle qu'il passe en ce monde, les méchants qui se plongent dans les délices auraient un grand' avantage sur les bons, et tons seraient bien fondés à établir leur souveraine félicité en lajouissance des douceurs du siècle, et à faire passer les vices pour vertus , puisque cette vie étant leur dernière (in, tout ce qui pourrait la prolonger devrait avec raison leur tenir lieu de vertu.

D'où il s'en suivrait que les jeûnes, les macérations, et les autres austérités devraient être bannies du cqmmerce des hommes comme étant au moins préjudiciables à certains corps.

Cette raison morale a tant de force, qu'elle donne lieu à saint Chrysostome de dire, que nier l'immortalité de Tâme et nier Dieu, est une même chose; parcequ'on nepeut nier l'immortalité de Tâmc, sans nier Ja justice divine, qui nous prescrit trop d'austérités pour n'en recevoir aucun fruit, et que remarquer de l'injustice en la Divinité, est la détruire, imisque ce qui est absolument parfait ne peut souffrir aucune imperfection.

Aussi saint Paul dit ouvertement, que la r/e des chrétiens serait plus misérable que celle de tous les autres hommes, s'ils n'avaient rien à espérer en un autre monde II Cor, xv, 19).

Deux autres preuves fondées sur la nature de l'entendement et de la volonté; qui sont les deux seules puissances qui étant propres à notre âme, sont capables de faire connaître sa nature, enseignent encore clair rement la vérité que nous cherchons. Je ne pose que ces deux puissances de l'âme, parce qu'à proprement parler, l'entendement et la mémoire ne sont qu'une même puissance qui s'appelle entendement, lorsqu'elle conçoit premièrement les choses, et mémoire, lorsque après elle s'en excite le souvenir, qui n'est qu'une seconde conception de la même chose.

Si donc Ton prouve que l'entendement est spirituel, et que la volonté ne peut terminer ses désirs aux choses caduques e^ mortelles, il s'ensuit que l'âme^qui est leur principe et leur sujet, est aussi spirituelle et immortelle. Or ces puissances sont suffisamment vérifiées telles que je les présuppose par'la nature de leurs actions.

S'il est vrai (ainsi qu'il paraîtra par l'induction suivante) que notre entendement ait des actions indépendantes du corps,^ il est vrai qu'il en a de spirituelles, et conséquemment que lui-même doit être spirituel; puisque toute action est proportionnée à son principe, et ne peut s'élever au-dessus de sa nature, selon la maxime d'Aristole reçue de tous les philosophes, l'opération suitVêtre,

Or il est certain que notre entendement a des actions indépendantes du corps et spirituelles ; puisqu'il connaît un Dieu et la nature des anges, qui sont des objets du tout spirituels ei qu'i ne peuvent être conçus

Îue par une action spiniueHe, Itiquelle prouit un terme de même condition que son objet, duquel il est comme le miroir et Timage.

L expérience nous fait connaître cette Térité, n'y ayant personne qui ne voie qpi'un miroir corporel (tel que sont ceux dont nous nous servons tous les jours) ne peut représenter des objets d'autre nature, parce que tout ce qui est représenté a rapport avec les choses dont il rend les images. L'œil voit bien les accidents extérieurs du corps, ne pouvant connaître ni la substance, ni les vertus internes, parce que ce sont choses cachées et invisibles, et qui ne paraissent pas è l'extérieur : même il est clair qu'une puissance corporelle ne peut être capable de connaître ce qui est spirituel, parce qu'il y a plus de différence entre l'esprit et U corps, qu'il n'y en a entre la substance on les vertus cachées, et les accidents extérieurs

aui servent d'objets aux sens externes. D'où s'en suit que puisque notre entendement connait les esprits, Dieu, et les anges, il est spirituel, et conséquemment Tâme qui en est le principe.

On dira peut-être pour énerver la force, de celte preuve, que l'entendement connaît les choses spirituelles sous des images corporelles, ce qui montre qu'il est plutôt corporel que le contraire.

Mais il est aisé de faire voir que cette conséquence n'est pas bonne. Car bien que la premièreappréhension que l'entendement fait des choses spirituelles, soit par des formes, ou des C'Spèces corporelles; néanmoins, le jugement qu'il fait en suite de l'objet qu'il contemple, ne se forme que par son opposition à toutes formes corporelles.

li connaît bien d'abord qu'il ^ a un Dieu par les images des créatures, qui ont nécessaire relation au Créateur : mais pour concevoir par après plus parfaitement le Créateup universel de toutes choses selon l'éminence de son Etre, il juge qu'il le faut dépouiller de toutes les imperfections qui se remarquent aux créatures, et conséquemment qu'il n'a riçn de corporel : parcQ que V)ut ce qui est corpoicel est^ sujet, à la corruption; ce qui ^e conyioni pas à un premier être, qui étant indépendant et infiniment parfait, ne peut être sujet à corruption. Ce qui fait quç notre entendement forme une idée de cet Elçe divin, par opposition à toutes formes corporelles.

Cette raison a d'autant phis de force, que tous ceux qui combattent Timmort^lité de l'âme, fondent leur erreur en une autre, qui leur fait croire qu'elle est matérielle; et ainsi prouvant comme j'ai fait, que de sa nature elle est spirituelle, on prouve conséquemment qu'elle est imiportelle.

Tous les philosophes demeurent d'accord de cette conséquence, et en efi^et, ils ne la sauraient nier, vu que tout ce qui périt perd son être,* ou par son contraire, ou par le défaut de la cause qui le conserve, ou par la corruption de son sujet.

En la première façon, le froid est détrui\

TRAITE DE LA PERFECTION DU CHRETIEN

par le chaud. En la seconde, les animaux meurent lorsqu'ils manquent d'fiir, qui est leur cause conservante. En la troisième, les accidents cessent d'être, si le sujet dans lequel ils sont, perd son être. Ainsi la blancheur s'en Va si la muraille tombe, et la heauté périt lorsque le corfis ne vit plus.

Or une substance spirituelle né peut périr par aucune de ces trois façons.

Non par là pdremrèrej parce (Jue selon les philosophes, les substances n'ayant point de contraires^» Tâme qui est une substance n'en peut avoir, et pante que toutes les qualités qui sont recotinues contrilires, étant matérielles, ce qui est spirituel n'en peut aussi avoir : donc l'âme gui est spirituelle ne peut périr par contrariété.

Non par la seconde, parce que Dieu étant ie Créateur des esprits, en est aussi le conservateur qui ne leur peut manquer que par sa volonté absolue, auquel cas toutes choses créées peuvent être anéanties ; rien de (-ctte nature ne pouvant être immortel au resuect de la toute-puissance de Dieu.

Non par la troisième façon, parce qu'il ï'agit d une substance spirituelle, et qu'il n'y à que les accidents attachés à des sujets périssaoles qui cessent d'être par la destruction de leur sujet,

la spiritualité de l'entendement se tire encore d'un autre principe.

Il n'y a personne qui ne sache que les facultés matérielles no connaissent que les objets singuliers. Par exemple, la vue ne voit que la couleur particulière qui est dans un sujet ; le eoût ne sent que la saveur qui est en telle et telle viande ; l'oreille n'entend qu'un certain son qui lui est porié. Ce qui se trouve aussi en toutes les autres puissances matérielles, qui n'agissent jamais sur des objets universels.

Or l'entendement conçoit les choses universelles, et définit en général ce que les sens ne connaissent en particulier : ce qui paraît par les sciences qui n'ont point d'autre objet que ce qui est universel.

Et partant la force de la raison nous ioblige à conclure que l'entendement n'est pas une puissance matérielle.

Il y a plus, une puissance matérielle he peut connaître son action. Par exemple, l'œil ne voit pas l'action par laquelle il voit, mais seulement la couleur.

Or l'entendement connaît non-seulement l'objet qu'il contemple, mais sa propre contemplation; il la définit, il la divise, et en fait des traités dont la logique fait une bonne preuve, puisqu'elle a pour objet les opérations de l'esprit. 11 est donc clair que notre entendement n'est pas matériel, mais spirituel comme nous le prétendons : ce

2ui prouve démonstrativement que nos mes sont spirituelles et immortelles.

La seconde preuve qui se tire de la volonté, est aussi évidente que la première. S'il est vrai qu'il n'y a rien au monde qui n'aspire et ne tende h une dernière fin, qui est son bien et son repos; et qui ne la puisse acquérir, comme Teiemple du feu qui tend

en haut, et de la pierre qui descend en bas* le justifient : il est vrai aussi que l'âme doit naturellement aspirer à un bien qui soit capable de la contenter, et de la mettre en repos.

Or la lumière naturelle nous fait connaître clairement qu'aucun bien nej peut produire cet effet, s'il n'a deux conditions.

La première est qu'il contienne tous les biens que l'âme peut désirer; et la seconde qu'il les possède sûrement sans être sujet à les perdre.

S'il ne contenait toutes sortes de biens, nos âmes pouvant désirer celui qu'il n'aurait pas, ne seraient pas contentes par sa possession : et s'il ne les possédait sans pouvoir les perdre, elles ne pourraient être satisfaites en leurs désirs, ni être en repos ; parce qu'elles apprébendraient toujours d'être privées de ce bien, dont la possession serait leur bonheur.

Ov il est certain et |évident qu'entre les biens créés, il n'y en a point qui ait ces conditions ; puisqu'aucun ne possède la perfection des autres, ni mêmes permanemment celles qui lui sont propres et particulières ; et par conséquent le repos de l'âme ne peut dépendre de la possession d'aucun bien qui soit entre les créatures.

Si nous voulons donc que nos âmes ne soient pas de pire condition que toutes choses du monne, qui tendent naturellement è une fin en laquelle elles trouvent leur repos; il faut avoir recours à un bien incréé, tel que nous l'avons représenta ci-dessus. Dieu est le seul de cette nature; et parlant c'est la fin de l'âme, en la parfaite possession de laquelle elle peut seulement trouver son repos et son bonheur.

Or il est vrai qu'il ne peut être possédé parfaitement en cette vie : parce qu'étant un Etre purement spirituel, on ne le possède que par rentendement et la volonté, dont les actions sont imparfaites en ce monde, où nous ne connaissons Dieu qu'obscurément et en partie, pour user des termes de l'Apôtre (I Cor. xui, 9); et où, par conséquent, notre amour ne peut être qu'imparfait, puisqu'il suit notre connaissance.

Il faut donc par nécessité que l'âme trouve son bonheur en une autre vie, en laquelle par une parfaite connaissance et un parfait amour, elle possède Dieu, son unique bien, qui contient toutes sortes de biens sans pouvoir les perdre; et partant ce raisonnement que la lumière de la nature nous fournit, nous apprend aussi que l'âme ne meurt pas avec le corps ; mais qu'elle conserve son être après en être séparée, pour jouir du souverain bien qu'elle ne voit en co monde qu'au travers des ténèbres de son corps : autrement Dieu aurait plus maltraité l'homme nue toutes ses autres créatures ; en ce qu il lui aurait donné un appétit naturel d'un bien infini et permanent, sans qu'il eût moyen de le posséder parfaitement.

Je sais bien que ces preuves ne sont pas évidentes au sens, comme sont celles des

SUPPLEMENT AU DICTiONNAmE D'ASCETISME.

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tnathématiciens ; mais elles sont en vérilé si fortes et démonstratives, que tout jugement dépouillé des ténèbres d'une ignorance grossière et d'une aveugle opiniâtreté ny saurait trouver à redire; vu que les principes qui en sont le fondement sont si évidents qu'ils ne |:euvent être révoqués en doute, et la conclusion si manifeste, que sans aveuglement eile ne peut être contredite.

Je pourrais m'étendre davantage sur Téclaircissement de ces deux points; mais je satisferai plus que suffisamment à Tun et à laiitre, si en ayant dit ce que j'ai fait, je inoritre encore non-seulement que l'Ecriture enseigne l'immortalité de Tâme^ qui est la conclusion dont il s'agit; mais encore qu'elle l'établit sur les mêmes principes qui servent de fondement à mes preuves.

Que veut dire le passage de YEcclésiastique^ qui dit en termes exprès: Que la poussière ^retourne en terre j et que V esprit retourne à Dieu qui l'a donné [Éccli. xii, 7); sinon que notre âme étant spirituelle, ne périt pas avec le corps ; mais va avec Dieu, parce qu'elle est immortelle?

Que veut dire le Tout-Puissant en la Genèse (i, 26), lorsque se préparant à faire rhomme, il propose de le faire semblable à lui? Ce qui ne pouvant être, à raison du corps, puisque Dieu n'en a point, doit par nécessité être à raison de l'âme spirituelle ; etqui plus est, à raison de son incorruptibilité et immortalité; ainsi que le Sage l'explique clairement en la Sapience (tiii, 13): Dieu a créé Thommé inexterminable, et l'a fait sur l'image de sa semblanco. Ce que saint Augustin enseigne après lui par ces riches |*aroles : Nous confessons librement que nous avons son image en Tétemité, et sa semblance en imitant sa vie.

Lé Fils de Dieu mettrait-il en saint Matthieu (x, 28) une expresse opposition entre le corps et l'âme, faisant Tun sujet à la mort, et l'autre exempte de sa violence, si l'âme n'était immortelle parce qu'elle est spirituelle. L'opposition que fait aussi saint Paul entre le corps et l'âme n'a autre un que de faire voir que comme le corps est charnel l'âme est spirituelle. Et saint Jacques diraitil expressément en son Epître canonique fil, 20) que Tâme est un esprit qui fait vivre Je corps, si elle n'était spirituelle?

Tous les Pères reconnaissent l'âme spirituelle, et conséquemment immortelle. Entre les autres, ces paroles do s/iint Augustin sont bien considérables ; Celle qui ne peut mourir, craint la mort; celle qui par sa nature ne peut jamais défaillir, craint de n'être plus.

Si l'Ecriture et les Pères concluent par plusieurs passages que nos âmes sont immortelles parce qu'elles sont s|)iriluelles, ils concluent par beaucoup d'autres la môme chose, fondés en ce principe qu'elles ont un*e propension naturelle h une dernière (in qu'elles ne sauraient trouver en ce monde.

Là Sapience ne proférait pas ces mois :

Quand le juste sera surpris de la tnort^ il sera dans un doux et agréable rafraîchisse' ment [Sap. iv, 7), si l'âme ne 'ti-ouvait son repos et sa fin après cette vie môMelle. Elle ne dirait pas : Les justes tiïTont étemellemenlt et leur récompense est chez le Seigneur {Sap. V, 16); si la dernière fin de nos âme^ et leur repos n'étaient en l'autre mondé. Elle ne dirait pas encore qUe l^espérance de ceui qui souffrent beaucoup en ce monde, les doit d'autant plus réjouie, qu'elle est rempiii d'immortalité. {Sàp. lii, 4).

Saint Jean dirait-il absolument, que ceux qui meurent au Séiçneur sont bienheureux parce qu'ils se réposent de leurs travaux, et que leurs bonnes œuvres les accompagnent (Apoc, XIV, 13), si l'homme ne trouvait son repos et sa fin en l'autre monde.

A quelle fin le Fils de Dieu dit-il en saint Matthieu (v,12) : Réjouissez-vous^ pour et qu'une abondante recompense vous attend dans le ciel i si ce ri'est pour encourager les hommes à la vertu, et à souffrir lés persécutions, par l'espérance de la gloire du ciel, qui est la dernière fin de nos désirs?

L'immortalité de l'âme est si clairemeot enseignée en l'Ecriture, qu'il j a plus de peine à en choisir les passages qu'à les chercher.

Les paroles de la Sapience sont merveilleusement efficaces : Les âmes des justes sont en la main de Dieu [Sap. m, 1.) Le tourment de la mort ne les touche point. Au jugement des insensés mondains, ils sont morts ; mais en effet. Us reposent en paix.

Ce généreux martyr, dont il est fait mentioji dans les Machaoécs < parlerait-il comme il fait au tyran qui le faisait mourir, si nos âmes périssaient avec nos corps? Quand Je pourrais^ dit-il, me délivrer du supplice (les hommes^ je sais que ni rif ni mort je m

Î)ourrais échapper la main du Tout-Puissant Il Mach. VI, î26.)

Saint Luc ne rapporterait pas (xv, 22;, que l'âme du pauvre Lazare lut portée au sein d'Abraham, et celle du mauvais riche dans l'enfer, si nos âmes mouraient avec les corps.

Saint Paul prouverait-il la nécessité de la résurrection du Fils de Dieu par celle de nos corps, qui suppose l'immortalité de no^ âmes; si c était cnose douteuse qu'elles fussent immortelles. 11 ne promettrait pas après la dissolution de ce corps terrestre, une maison éternelle dan.s ies cieux, non faite de main d'homme^ si tout ce qui est de l'homme périssait avec lui. (// Cor. y, 1.| 11 ne dirait pas encore que Dieu comme juste juge lui prépare une couronne, parce qu'il a bien combattu; qu'il a achevé sa course et gardé la foi (// 7ïm. iv, 7) : si après la consommation de cette vie, il n'y en avait une autre en laquelle il devait recevoir sa récompense.

Celte vérilé reçue en tout t^mps de tout le monde, est passée en article de foi. Et outre que c'est un article de notre sjmbol». elle est définie par l'Efflise universelle, au six èmc synode général, article 3, |jar Ysf^

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LES ILLUSIONS DE LA VIE SPIRITUELLE

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probalion qu'il donne à TEpître du patriarche de Jérusalem, Sophronms, qui aiRrraait comme une doctrine orthodoxe, que les intelligences célestes et les âmes raisonnables avaient ét^ créées de Dieu immortelles.

Lé concile dfe Latran a depuis encore confirmé celte définition.

Qui voudrait rapporter toutes les autorités des Pères sur ce sujet, s'obligerait à faire des volumes entiers : ils ont tous reconnu la vérité de Timmortalité de Tûme; et par cette raison se sort détachés des choses temporelles, et se sb;it laissé mouvoir parla considération des éternelles, qui ne se possèdent qu après celte vie.

C'est une des choses qui a rendu les martyrs hardis dans les supplices, que la consiaération de la vie future. L'immortalité de TâmB prononcée par tant de voix de TEcriture, a été la trompette qui les a encouragés à tant de combats, dont ils sont isôrtis sanglants, mais victorieux; blessés, mais triomphants.

Les austérités de tant de saints religieux, ta continence de tant de vierges, les fatigues des Bpôtres et de leurs successeurs, ont eu pour un de leurs puissants motifs et fondements la connaissance de Timmorlalité de nos âmes, qui est si évidente par raison, et si autorisée par les saintes lettres, qu'elle est tout ensemble, et un article de loi, et une vérité de science qui ne se peuvent nier sans être infidèle et ignorant.

Entre les Pères qui ont le plus expressément

écrit de ce sujets saint Grégoire de Nysse en a fait un puissant discours; saint Anibroise en a composé un divin livre qu'il intitule, Du bien de la mott; saint Augustin en a fait un entier qui porte le titre De dmmortalité de Came; saint Grégoire, en 6cst Morales^ élève par cette considération le mérite de celui cjui sauve Tâme, par-dessus celui qui n'est libérateur que du corps: en ce que l'Ame est destinée pour vivre éternellement dans le ciel, au lieu que le corps meurt sur la terre.

Le même, en ses Dialogues^ distingue trois ordres des choses vivantes : le premier est des choses oui sont absolument sans chairi qui sont les anges; le second, de celles qui sont couvertes de chair, miais no meurent pas avec la chair, qui s'ont les âmes raisontiables ; le troisième^ de celles qui sont couvertes de chair et meurent avec la chair, qui sont les ûines des bêles.

Saint Bernard, sur ce même fondement, fait aussi trois états des âmes saintes; I^ premier est dans le corps corruptible. Le second sans le corps. Le troisième avec le corps glorifié. Le premier dans la milice. Le second dans le repos. Le troisième dans la gloire et la béatitude consommée.

D'oii je conclus qu'il faudrait être privé de la lumière naturelle, de celle de la. foi, et de toutes sortes de connaissances de l'antiquité, pour ignorer que nos âmes sont immortelles, et pour ne savoir pas que cette vérité a été reconnue et professée en touë les siècles passés.

LES SECRETS DE LA VIE SPIRITUELLE

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