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CHAPITRE VII

Les illusions du côté du directeur.

La dernière espèce d'illusion que le remarque dans le pénitent vient du c6t6 d'un directeur qui n'a pas assez d'intelligence pour faire le discernement des onéraHons qui se passent dans l'âme. Car il faut supposer qu'il y a des personnes en qui il se passe tant de choses différentes, délicates, profondes , extraordinaires , qu'elles ont tout à fait besoin d'une conduite qui ne soit pas commune, et qui vienne de plus haut que de la créature. Que si elles en naanquent, leur égarement est infaillible el elles ne feront plus que prendre l'ombre pour la vérité. Mais quand est-ce que cette conduite leur manque, sans laquelle elles se perdent dans leurs illusions, ou en suivant de fausses lumières, ou marchant par des maximes fort commodes et fort relâcnées? 11 n'est pas malaisé de vous y répondre.

1* Cet inconvénient arrive quand leur directeur, ne sachant pas tout ce quil faut savoir dans les voies intérieures, se persuade néanmoins en savoir assez et n'a pas si mauvaise opinion de sa sufllsance : cela fait qu il juge des choses quil ne com-

f)rena pas, qu'il approuve souvent ce qu'il àut condamner; qu*il condanme ce qui a de la bonté et du mérite ; quMl conibnd tout^

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LES ILLUSIONS DE LA TIE SPIRITUELLE

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les opérations de la nature et de la grâce, et qu'il va souvent contre tous les desseins du Saint-Esprit : c'est bien là tromper en vérité un pauvre pénitent; qu'en pensezvous, Théonée?

.2* Le pénitent n'est pas moins engagé dans les illusions, quand le directeur n'a que la science des livres; car tous ceux qui ne conduisent que par ce que les livres leur en ont appris, que peuvent-ils faire, sinon de dire les choses comme une leçon? Et pour bien conduire, la manière de dire des dir:icteurs, que les livres n'apprennent point, est ce qui fait plus d'effet sur les consciences : et puis, cette lecture des livres spirituels n'en don-ne pas pour rela l'intelligence, non plus que celle des profanes; et ainsi un directeur qui en est là peut nuire davantage à un (lénitent, parce qu'il sera plus hardi à parler, ayani la connaissance des termes dont il ne pénètre pas le sens et lintelligence. Ce sont donc ces directeurs, qui ne contribuent pas peu à l'illusion de leurs pénitents, quand ils ne passent pas plus avant que l'écorce des livres.

3* Ce qui ensuite sert encore à embarras-

ser d'illusions un pénitent, c'est lorsque ses voies sont fort intimes et secrètes, et que cela est joint avec la capacité médiocre d'un directeur : car si alors les plus pénétrants y sont facilement trompés, que peut-on penser de ce qu'y peut faire un directeur ordinaire? 11 s'égarera le premier, n'en doutez pas, et il engagera la personne qu'il conduit dans le même égarement.

4' Il le fait encore quand il s'ingère dans la conduite de certaines âmes d'attraits et d'opérations singulières : Dieu ne vous y a point appelé, et ne s'y veut point servir de vous. Et n'est-il pas étrange qu'il faille que ces âmes souffrent de vos ténèbres et de votre aveuglement par des illusions, parce oue vous n'avez point de grâce pour empôoner qu'elles n'y tombent et pour les en retirer lorsqu'elles y sont tombées.

Toutes ces explications, Théonée, que'j0 viens de donner des divers principes desillusions, n'ont été que pour vous préparer le chemin à mieux concevoir celles que je vais vous montrer en particulier dans tout le cours de ce livre.

TRAITE II

DES ILLUS10?IS DBS lUSTéBlT6i

Je vous ai dit tout ce que j ai pu de l'usage des austérités dans la première partie du premier tome des Maximes spirituelles ; mais voui ayant porté à en bien user, je ne l'ai fait qu^à moitié, ne vous ayant pas montré les illusions où les meilleures volontés se peuvent laisser surprendre, puisque celte connaissance est un moyen très-avantageux pour les éviter.

Cette instruction n'est nullement pour les âmes Iro^j tendres sur elles-mêmes, et je vous le confesse, Théonée, qu'elle ne serait point pour vous si vous étiez de ceux qui ont [)eine à faire du mal à leur corps; les uns ni les autres n'ayant garde de s'égarer en mortifiant leur r haif, l'amour qu'on a pour elle et le soin qu'on en prend ne permettant pas de rien faire de déréglé.

Je ne veux parler qu'à ces personnes qui sont toujours animées de la dernière haine contre leurs corps, et qui croient ne pouvoir jamais excéder contre un ennemi si dangereux. C'est en quoi ils sont bien trompés, et vous ne Tètes pas moins qu'eux si vous avez cette persuasion ; car cette haine si ardente contre une chair* maudite trompe d'autant plus facilement, que l'on pense n'en faire jamais assez, et que le sang que l'on se tire et que la dureté qu'on exerce contre f oi-mème laisse toujours après soi une nouirelle ardeur de se persécuter.

Or voici, Théonée, comment je vous détrompe : d'une part, je vous laisse parler et mettre en avant toutes les manières justiûiintes de vos austérités, et de l'autre je par-

lerai aussi à mon tour pour tous en hit^ voir clfifirement les illusions. Que me diiei« vous donc? Je vous entends déjà parler.

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