CHAPITRE PREMIER
Il semble quHl est bon de faire toutes les austérités qu'on voit et qu'on lit dans les livres.
V Ne m'en panez point; dites-vous, c'est à nous de voir combien nous sommes criminels', et il n'y en a point qui puissent être les juges de ce que nous méritons comme nous-mêmes : chacun sait jusqu'où est allé en soi ce corps du péché; chacun en sent le fardeau plus que tout autre, et c'est à moi de proportionner mes austérités à la connaissance de mes désordres.
2** J'ai avec cela des forces pour tout cequ'une sainte haine peut inspirer. Je sens mon cœur aussi bien que ma vigueur : ne faut-il donc pas que je fasse selon mes forces, et pourquoi, ayant un* corps aussi robuste qn il a été criminel, ne s'emploîera-t-il pas tout entier h se détruire, comme il s'est employé à se satisfaire.
3** Ce que j ai vu et lu d'austérités m'ap-» partient tien mieux qu'aux âmes qui les ont exercées: leurs péchés n'approchaient pa&, des miens. Hé ! quoi ? je souffrirai après cela que je fisse moins qu'elles ^ Je conçois qu'elles n'en ont pas tant dû faire, et que par là elles m'ont montré ce que je dois faire
4' Car pourquoi savons-nous tant de saintes cruautés de ces grandes flmes ? Elles net
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nous sont pro| osées que romine des exemples; c'cjt donc noire devoir de les imiter, et ce serait une ISclielé h nous et uu i^éché ({uc.de les laisser sans imilalion-
Je [lardonnc. Tliéonéc, à la sainte chaleur de voire haine qui vient toujours d'un !.>rincipe fort louAblc, mais en deui mots je vous disque de prétendre fairs toutes les jiustérités qu'on voit et qu'on lit c'est une pure illusion.
; bien des choses de cotlc lus ont pas été mises devant !s imiter; et où en serions )it? H se faudrait aussilût iis'en lit desisurprenantes , que naturellement le corjîs s capable d'en supporter la Il y a de ces austérités des ont été laissées \\ar étTÎt pour nous en laisser seulement l'admiration, sans passer plus avant; et il y en a d'autres qui ne sont que pour nous donner de la confusion, voyant combien nous nous éiiargnons. Voilà tout ce qu'il faut tirer de Ctis grands exemples.
2' El puis, Théonée, quoique Dieu vous veuille tout sanctifié, néanmoins ne vous mettez pas dans l'esprit, avec quelque sorte de vanité, qu'il veut que vous soyez un aussi grand saint que ceux dont vous lisez les grandes austérités, pour n'en faire pas moins qu'ils ont fait. Dieu en a voulu d'eux, selon la mesure de sainteté où il les dcstifOait. Ne prétendez pas en faire autant. Dieu ji'ayant pas sur vous les mêmes desseins. Outre qu'il y a des saints en qui Dieu vent se glonâer par la grandeur ces austérités du corps; ce n'est pas ce que Dieu veut de vous pour sa gloire, mais c'est vous qui mal à propos voulez vous y jeter de votre propre mouvement.
3° Ajoutez que, si vous vous regardez de bien près, vous trouverez assurément que voulant faire des austérités qui ne cèdent point à celles des plus grands pénitents, c'est une certaine présomption secrète qui vous porte h les égaler, et, parce qu'il n'y a rien en eux qui frappe davantage le sens que ces austérités estraordinaires, voilà ce qui vous emporte plul,dt qu'une vive douleur. En vérité, c'est là bien vainement aimer sa grandeur jusque dans sadcstruetion. 4* Mais vous verrez encore de cette faron
auece n'est pas une moindre lémériié; l'iriignaiion,que vous avez contre vous-mCnic, prenez-y garde, n'est qu'une indignation forcée, et non pas échauffée d'un feu céleste, et vous voulez que , malgré la nature, les forces de votre corps suivent l'impétuosité de l'esprit. Tout cela est d'une mauvaise conduite, vous ne le pouvez jias nier. Aussi bien que vouloir faire toutes les ausli rites qu'on voit et qu'on lit est une grande illusion. Mais voici comment vous poursuivez sans avoir égard, dites-vous, à ce qui s'en est vti et à ce qui s'en est fait.