‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 156 sur 315 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Jl »emblt qu'il est bon de faire de tottttt tortei d'auttériléi.

Par exemple , 'user de discipline, forter des ceintures, endosser la iiaire et le cilice, coucher sur la dure et inventer cent autres manières de irueifter son corps sans se borner lâchement à quelques-unes en particulier.

1° Car ne faut-il pas satisfaire à la justice de Dieu en toutes les façons dont on a pu se corrompre, et n'a-t-on pas souillé son corps en toutes sortes de manières T En estil donc aucune qu'on ne doive prendre pour le punir et pour le purifier? On ne petit fitre, ce me semble , assez ingénieux pour châtier celui qui l'a toujours trop été pour offenser son Dieu. •

2° De plus, Id fin des austérités est d'en ftiire sentir au corps la vive pointe, et non |>as de rendre la chair insensible, en émoussant le sentiment : or nous savons qu'elle devient peu à peu stuiùde, quand elle est toujours sous les mêmes coups et que le changement des mortifications en conserve la sensibilité par cette nouveauté successive.

3° Vous vc me nierez pas encore que ces différentes austérités ne soutiennent beaucoup l'ardeur de la péniteice par leur diversité, l'esprit ne s'ennuygnt pas si facilement, quand il voit toujours de Nouvelles manières de combats.

Il ne m'est pas difilcile, Théonée, de vous faire voir clairement cette illusion.

1° Et je n'en veux d'abord con>nlter que l'expérience de ceux qui sont dans les austérités : vous trouverez que toutes ne sont pas également aimées de tous, !l y en a qui sont pour la disci[iline et qui ont de l'aversion pour la baire; d'autres ont inclination ]iour le cilice, et leur seule imagination no peut supporter la discipline ; vous en verrez qui sont portés à ne donner de repos à k'urs corps que comme à une bêle, couchant sur la terre et sur des ais, et qui n'ont point de mouvement pour d'autres sortes de mortifications. Tout cela est fondé en partie sur la grâce, en partie sur le tempérament; et vous nous venez dire qu'il se faut charger do toutes les austérités différentes qu'une haine ingénieuse peut inventer ; condamnez donc toutes les dispositions de tant de gens de piété, qui ne lont que les austérités auxquelles ils sont poriés,'d'inclinalion et d'attrait, et qui sont apjrouvés de l'obéissance.

2° iJi. chair n'est pas de bronze, comme dit Job (vi, 12), pour être battue dune si grande multitude de mortifications: il lui faut donner seulement ce qu'elle eu peut

tiortcr. sachant bien que ce n'csl qu'im ond de boue qui n'est pas caj able de soutenir un si grand poids : c'est pour cela qu'il y a des corps qui peuvent bien suppoilcr d« certaines mort iiicat ion*, mais ils

L£S ILLLSIONS DE LA VIE Sf miTLl^LLE.

seront aussitôt ruinés^ si on leur en imposé une grande quantité.

3* Av^c cela n'en voit-on pas qui, voulant eu faire de toutes les façons, donnent à leur esprit une occupation fort vaine, f ou^ en trouver qui soient de nouvelle invention ? Kt à quoi bon se tant occuper de cette cruauté contre son corps et y établir la principale espérance de sa ()erfection, i:omme si c'en était le moyen le plus imj)ortant ? Nous savons tout le contraire, j béonée, et qu'il en faut tellement prendre, que l'esprit soit plutôt rempli des idées de luort et d'union que le corps n'est accablé de mortiûoations,

k"* Ce qui eu montre encore manifestement IMlusion, c'est que l'esprit passe de là souvent à un autre égarement; en ce que les austérités communes ne sont plus tant estimées et de si bon goût, il en faut chercher qui ne soient pas d'usage à tout le monde, comme si par cette nouveauté singulière la chair était plus assujettie et l'esprit plus humilié : il est vrai qu'il est bien étrange de voir jiusqu'où va la vanité et la curiosité 1

Page 1