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CHAPITRE III

Il semble quil soit bon de faire les austérités les plus rigoureuses.

Et comment, Théonée, lo montrez-vous?

Je le montre : !• Parce que, quelque rigueur qu'on exerce sur son corps, elle est toujours de beaucoup inférieure à l'excès des péchés dont il s'est souillé ; avecquel-

3ue dureté qu'on le traite, on peut donc ire, que ce n'est que flatter une chair criminelle, et qu'il y a toujours, quoiqu'on fasse, ou de la lâcheté, ou de Tim^missance à faire son devoir. 2** Et, comme nous l'avons tant ouï dire, et c'est la vérité, qu'est-ce que toute cette rigueur, dont on nous parle, comparée aux peines de lautre vie? De quelque manière dont le corps puisse être traité, tout cela ne se doit point appeler du nom de rigueur, et avant qu'il le mérite^ jugez à quels excès il en faut venir.

3" Quoi ? La corruption de la chair n'a-tello pas pénétré jusqu'à la moelle ; si cela est, ne faut-il donc pas que le châtiment aille aussi avant que le crime? Ne faut-il donc pas y emplo^ver les austérités les plus rigoureuses? Et si on n'en emploie que de communes, n'est-ce pas ne haïr son mal qu'à moitié et laisser encore de mauvais r.estes d'impuretés dans le corps, sans l'en purifier?

Pensez-vous que tout cela soit vrai, Théonée? Ce n'est qu'illusion.

1* Car c'est une première vérité, que les choses qui se font avec violence ne peuvent être de longue durée ; la nature nou3 l'enseigne. Mais cette vérité a bien plus de fond quand ce travail va à nous détruire, et quand il se porte à toute extrémité. N'est-ce pas ce qui se trouve dans les austérités, qu'on veut être toujours les plu$ riçouceusu5Î Et n'est-ce pas pour cette raison

qu'il faut confesser que ceux qui excèdent à mortifier leurs corps, par aes manières trop dures, sont enfin contraints d'en relAcher beaucoup, et quelquefois même bien plus que la juste mortification ne le permet. 2* N'est-ce pas par là que le démon prétend donner de l'aversion pour les austéri* tés, autant que la passion en a été grande? Cela ne se voit que trop souvent» que quand elles n'ont pas été prises avec une modération judicieuse, Tesprit en prend lui-même de la haine et de l'horreur. C'est pour cela que plusieurs s'en éloignent après avec autant de délicatesse qu'ils sy sont auparavant portés avec indiscrétion ; cela vient do ce que la rigueur excessive de leurs austérités a comme épuisé tout leur feu, qui n'a jamais guère coutume de renaître, quand ses efforts ont tiré de la personne tout ce qu'ils en ont pu tirer.

{ 3" Le démon n'a pas encore en cela nu dessein moins désavantageux : c'est d'animer à tuer son corps par des cruautés im- Eitoyables, afin de le rendre inutile, aussi ien que l'esprit, à faire tous ses devoirs; car quand on a ainsi poussé la chair cruel' lement, qu'en arrive-t-il, sinon et que lo corps devient souvent languissant de faiblesses et de maladies, qu'il faut être sou-^ vent dans les remèdes, qu'il faut mener alors une vie déréglée, et qu'au moins il se faut délicater en bien des choses? N'estce pas beaucoup gagner, Théonée, par toutes ces austérités indiscrètes ? Et cela ne vous oblige-t-il pas d'avouer que ceux qui en aiment les rigueurs qxcessiv^es ajment leur illusion?

Eh bien , continuez-vous, je 3uis d'apcord de tout ce que vous nous avez dit jusqu'ici; que cela soit ; mais pour le moins il y ea t encore bien à dire.

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