CHAPITRE V
Il tit bon et même nfctisaire dt faire toujour* det auMtiritft.
1* La chair, me dites-vous, se corrompt incessamment, tant le fond en est mou, délicat, sensuel, et suscertible de toute corruption : et comment voulez-vous qu'on puisse empêcher celte corruption de la chair sans des austérités continuelles qui en sont comme le sel, dont la pointe et l'scrinionie en conservent l'intégrité.
2* Toute corrompue qu'elle est, elle ne se retient pourtant pas dans sa bassesse, mais elle se révolte encore à tout moment; ne faut-il donc pas rabattre sans cesse ses révoltes et ré[irimer ses soulèvementsTOr qui le peut mieux faire que celui qui ne se relâcne point dans ses austérités, qui doivent sans cesse tenir dans l'obéissance cette chair rebelle, car étant toujours matée, sans qu'on lui permette de respirer, elle sera plus ti-< mide et n'osera s'élever contre l'esprit.
3' J'ajoute qu'il me semble être fort nécessaire de ne jamais interrompre ces austérités; car cette même chair ne se contente pas de faire des révoltes, elle trahit de plus la conscience en toute rencontre par son doux poison ■ c'est pourquoi il ne faut point avoir de trêve avec un corps si perfide ; il faut le réveiller toujours par la douleur, afin de s'opposer à sa perfidie.
Oh ! je vous prie, Théonée, un peu moins d'aigreur, et considérez l'illusion où tous jette cette pensée.
1° Domptez votre chair; ah 1 qui vous le nie î je confesse qu'elle ne sera jamais assez abattue. Mais ne le faites pas d'une manif-re à vous aigrir et k vous irriter l'esprit. Et n'est-ce pas, prenez-y bien garde, ce que des austérités continuelles ont coutume de faireT fti pense que la chair ne peut être bien rangée qu'elle ne soit incessamment tourmentée; mais vous ne voyez pas qu'elle en sera
LES ILLUSIONS D£ LA YlË SPlRiTUELLEL
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souvent plus fougueuse, comme un cheval à qui on'ne cesse de donner de Téperon; vous ne voyez pas que Tes^rit lui-même en devient tout chagrin et tout, impatient en son fond, qu'il en est moins propre à converser çvec Dieu, tout Tintérieur ayant alors je ne sais quoi de rude qui en trouble la paix et régalité.
z" 11 faut donner quelque repos, Tbéonée, à toutes ses austérités; TEglise nous en donne l'exemple, dont tous les temps ne sont pns de pénitence; car si elle a ses rigueurs et ses hivers, elle a aussi son printemps et ses joies. C'est ainsi que vous devez donner quelque alternative à Taction et à la cessation, et persécuter tellement votre corp^ qu'il soit quelquefois déchargé de la persécution, je veux dire de celle qui a beaucoup de rigueur, car, pour les ordinaires, elles ne doivent jamais être interrompues que par l'obéissance ou par les maladies. Vous ne pouvez manquer en imitant ce que vous montre une si bonne mère.
3* Faites comme ceux qui ne sont pas toujours dans la mêlée et dans la chaleur du combat, mais qui se retirent pour un temps, afin de se refaire et de retourner à la charge avec plus de force et de vigueur. Accordez ainsi de temps en temps un peu de repos à vos austérités, et vous verrez que votre esprit en sera après plus vif et plus prompt pour recommencer le combat ; soit par le déplaisir d'avoir cessé de battre son ennemi, soit qu'en effet il ait repris plus de vigueur, après s'être un peu délassé; soit que la chair, étant un peu réparée, lui présente un nouveau fond capable de soutenir de nouvelles rigueurs.
Je me i^ersuade, Théonée, que vous n'ayez plus rien à me dire où je doive vous détromper sur les austérités; mais, moi, j'ai h vous dire ce que vous n'oseriez avancer et que même vous auriez peut-être peine de croire. II y a de certaines personnes de dévotion aisée et commode à qui je ne manquerai pas de parler sur la fin de cette première partie : Savez^vous bien ce qu'elles disent, pour s'épargner toutes les austérités, et ce qu'elles mettent au-devant, pour défendre leur mollesse et leur lâcheté? Vous l'allez entendre.