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ra-t-il s'en acquitter, s'il ne vous connaît pas, et si vous ne vous découvrez pas h lui? Celui qui cache ses crimes^ dit le Sage, ne saurait être bien conduit; et le malade ne saurait être guéri s'il ne découvre son mal au médecin, car la médecine , comme dit saint Jérôme, ne guérit point ce qu elle ne connaît pas. 11 faut donc que vous découvriez entièrement votre mal au médecin, et, si vous avez plusieurs sortes de maux , il faut les découvrir tous, parce que, si- vous, en cachez quelau*un, il pourra se faire que le médecin vous donnera tal remède qui irritera plus le mal que vous lui aurez caché, qu'il ne soulagera celui que vous lui aurez découvert. Ce qui est bon au foie peut n'être pas bon à la rate ; ainsi, il faut tout dire, afin qu'il compose ses remèdes de iMle façon que ce qui vous soulagera d'un côté ne vous nuise pas de l'autre. La môme raison doit nous obliger à découvrir de la môme sorte toutes les infirmités de notre âme à notre supérieur, qui en est le médecin spirituel. C'est une grande avance pour pou-, voir guérir un malade que de connaître sa complexion et toutes ses incommodités bien à fond , car il est aisé de trouver la véritable cause du mal, et d'y appliquer les remèdes convenables. Los princes ont toujours un médecin avec eux pour ce sujet. Car, ce n'est pas aGn qu'à tout moment il les avertisse ou do ne pas manger d'une telle viande , ou de moins boire , ou de s'abstenir tantôt d'une chose et tantôt d'une autre , il se rendrait nar là importun et fatigant, mais c'est afin ou en assistant à leurs repas et à la plupart de leurs exercices, et vovant ainsi ce qui leur fait du bien et du mal, it puisse connaître par là leur complexion, et régler sur cette connaissance la qualité des remèdes qu'il sera nécessaire do leur donner quand ils tomberont malades. Or, notre saint fondateur veut que nous jouissions du môme avantage; il veut que nous avons toujours avec nous des méJecins spirituels, atin qu'ils puissent bien connaître la disposition intérieure de noire âme, notre faiblesse et notre force, et qu'ainsi ils soient plus capables de bien nous conduire. Le gouvernement établi dans la Compagnie regarde entièrement Tesprit et l'intérieur : ce n'est point un gouvernement où la crainte et lechâtiment agissant ; ainsi, on n'a guère accoutumé d'y procéder par des voies juridiques, d'informations ou de dénonciations.
On y a seulement en vue le salut et l'avancement de votre âme : on veut la guérir xle toutes ses infirmités, mais il faut que vous aidiez vous-même à sa guérison , en les découvrant toutes au supérieur, qui est votre médecin spirituel, et qui tient la place de Dieu à votre égard. Que si vous ne le voulez {»as faire, vous demeurerez exposé à de grands tlançers, et vous tenterez Dieu, qui veut vous conduire par l'entremise d'un homme, et qui veut par conséauent que vous découvriez votre intérieur à cet homme. Car, puisqu'il est impossible, moralement ijarlant, que cet homme vous conduise bien s'il ne vous connaît pas, ou qu'il vous connaisse bien que par vous-même, il est certain que vous tentez
DicTiONN. d'Ascétisme. U.
Dieu toutes les fois que vous ne voulez pas vous soumettre à cette pratique.
La seconde raison sur laquelle saint Ignace la fonde, et qui n'est que comme une extension de la première, est que plus les supé^ rieurs auront une connaissance parfaite de rintérieur de leurs religieux, plus ils sauront les préserver des inconvénients où ils i)0urraient les faire tomber, si, faute de bien connaître les tentations, les inclinations et la force, ou la faiblesse de chacun, ils venaient à les mettre dans certains postes , et à les engager dans certaines occasicms. « Surtout, dit-il , comme selon notre institution, nous devons toujours être prêts à aller en quelque partie du monde qu'il plaise au Pape ou à nos supérieurs de nous envoyer, non-seulement il importe fort, mais il importe même au dernier point,.que pour bien réussir dans le choix qu'on doit laire pour-ces sortes de missions, le supérieur ait une entière connaissance des inclinations et des tentations de tous ceux qui sont sous sa conduite, et qu'il sache à quels défauts et à quels péchés ils sont plus sujets, afin que par ce moyen il puisse conduire chaque religieux de la manière la plus convenable, qu'il ne commande rien à qui que ce soit au delà de ses forces, et qu'il ne donne à personne de charge plus pesante que celle que chacun pourra i aisonnablemeni porter. » Une des choses qui contribuent le plus à rendre le gouvernement intérieur de la Compagnie doux, facile et heureux, est la connaissance qu'on y a de tous les sujets qui la composent, de leurs difllérents talents , de leiu*s bonnes ou de leurs mauvaises qualités, et des choses auxquelles chacun est propre ou non. Car de cette sorte on sait ce*qu*on doit faire de chaque patticulier, à quoi on doit l'employer : ainsi on ne vous commande rien au delà' de ce que vous pouvez, et on ne vous expose point au danger de succomber sous un fardeau trop pesant, mais, conformément aux paroles de l'Evangile, on distribue les emplois et le travail à chacun selon ses forces.
La troisième raison, pour laquelle il importe extrêmement que le supérieur connaisse les religieux à fond, est afin, dit saint Ignace, que par ce mo,yen il puisse mieux pourvoir à ce qui convient à toute la Compagnie en général, au bien et à Thonneur de laauelle il est obligé d'avoir égard, aussi bien qu au vôtre. Or, quand vous vous découvrez à lui , et que vous lui faites voir le fond de votre âme , alors il peut , sans exposer votre honneur, et sans vous mettre en aucun hasard, pourvoir au bien général de toute la Compagnie. Que si vous ne le faisiez pas, il arriverait peut-être qu'on vous mettrait dans quelque emploi où vous courriez risque de vous perdre, et où votre honneur et celui de toute la Compagnie, qui dépend du vôtre, soient exposés a de grands dangers.
Il est bon de remarquer ici en passant combien les moyens dont la Compagnie se sert pour procurer l'avancement spirituel de chacj^ue religieux, sont conformes à (a un de son institution. S'il était de notre institution
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«de demeurer enfermés dans nos cellules et de n*en sortir que pour aller au chœur ou au réfectoire, il ne serait pas si nécessaire que ^os supérieurs eussent une entière connaissance du fond de notre conscience. Mais, comme parmi nous les sujets sont mis à lieaucoup d*usages différents; qu'il faut souvent leur donner le soin de plusieurs choses importantes, et qu'on les envoie en tous les endroits du monde, chez les infidèles et les hérétiques, quelquefois seuls et pour trèslongtemps, if est absolument nécessaire que le supérieur tes connaisse tous parfaitement, afin de ne point les exposer mal à propos è des occasions dangereuses, et de ne point exposer Thonneur de la Compagnie avec eux. Il importe aussi extrêmement è tous les religieux , pour la décharge et pour la sûreté de leur conscience, de faire voir le fond de leur âme au supérieur : autrement ils se rendent responsables de tous les malheurs qui peuvent arriver, puisqu'il est certain que, s ils avaient bien fait connaître leur faiblesse et leur peu de forces spirituelles, on n'aurait eu garde de les engager dans des occasions pleines de périls. Ceux qui sont pauvres, dit Plutarque, et qui cependant veulent paraître riches, se rendent bientôt plus nauvrcs qu'ils n'étaient et achèvent en pv\x de temps de se ruiner, parce qu'en voulant faire comme les riches, ils font plus de dépenses que leur revenu ne leur permet. On peut dire la môme chose de ceux qui sont pauvres du côté de la vertu et qui n'ont pas un grand fonds d'humilité. Si un religieux qui est en cet état veut cacher sa pauvreté et passer | our riche du côté des biens spirituels, il deviendra encore plus pauvre, çt peut-être qu'il achèvera de se perdre, parce qu'on le traitera comme un nomme rempli des trésors de la grâce, et que sur ce fondement on l'exposera à des occasions pour lesquelles il n'aura pas assez de fonds de vertu. C'est pour n'avoir pas voulu se découvrir entièrement à son supérieur, qu'il s'est attiré tous ces malheurs : de sorte que, quand nous n'envisagerions que notre propre sûreté et la décharge de notre conscience, et quand ce ne serait que pour n'avoir aucun reproche à nous faire , nous devrions être bien aises de nous faire voir à nos supérieurs tels que nous sommes. Nous éviterions par es moyen les inconvénients dont nous venons de parler, et nous attirerions le secours et la l)énédiction de Dieu sur nous, dans toutes les occasions où il plairait à Tobéissance de nous engager.
Dn religieux, qui a ainsi découvert toutes ses imperfections et toutes ses inQrmités à son supérieur, et que l'on envoie ensuite en quelque mission ou qu'on charge de quel-
3ue emploi, doit être dans un grand rei os 'esprit et avoir une grande confiance que Dieu le tirera heureusement de tous les périls qui pourraient s'y rencontrer. Ce n est point moi. Seigneur, dira-t-il, qui me suis introduit moi-même dans cette charge et dans cet emploi ; j'ai représenté mon incapacité et le peu de forces spirituelles que
j ai pour m'en acquitter comme il iaut; t est vous-même oui avez voulu que j'y fusse « et c'est è vous a suppléer à ce qui me manque pour y réussir. Avec quelle [>lénitude de confiance ne peut-il point dire encore ces paroles de saint Augustin : Donnez-moi , Seigneur, les moyens de faire ce que vous m'ordonnez, et ordonnez-moi ce qu'il vous plaira. 11 lui semble alors que Dieu est en quelque sorte obligé de lui accorder toutes les grâces dont il peut avoir besoin dans l'emploi où on l'engage. Mais celui qui ne veut pas se laisser connaître et qui manqua à découvrir ses tentations et ses faiblesses, de peur qu'on ne le mette pas dans le poste
au'ii souhaite, ou qu'on ne Vote de celui où se plaît, quelle consolation peut-il avoir ? Ce nest point Dieu qui l'appelle dans ce poste; ce n'est point non plus l'obéissance cjui l'y engage; car, quoique son supérieur l y place, c'est par ignorance. Or, l'ignorance, disent les philosophes, rend les actions involontaires, et par conséquent ce n'est fîoint par la volonté de son supérieur qu'il y e5\ établi; ce n'est que par la sienne propre. C'est lui qui s'installe et qui s'introduit de lui-même dans cet emploi; il n'y a été ni appelé ni envoyé, il y est entré par surprise; ainsi, on peut justement lui appliquer ce que dit le Seigneur par la bouche de Jérémie : Je ne les envoyan point pour prophétiser^ et ils y couraient d'eux-mêmes comme si je les eusse envoyés ; je ne leur parlais points et ils prophétisaient. Faut-il s'étonner après cela si ceux qui en usent de la sorte ne réussissent I as? Mais, quand même ils réussiraient en quelque façon, ils ont toujours grand sujet de vivre en crainte. Et qu'au reste ils ne croient pas avoir satisfait à leur conscience et à leur devoir, pour avoir prié le supérieur de ne pas les engager en tel ou tel emploi, en lui représentant en général qu'ils ne se sentent pas assez de capacité et de vertu pour pouvoir s'en acquitter. Cela ne suffit pas, et il faut, comme nous le dirons ailleurs, s'expliquer plus particulièrement; car le supérieur attribue à Ihumilité ces expressions générales, et il est ordinaire aux plus grands saints de s'excuser de la sorte.
Toutes les considérations que nous venons de marquer, ont si fort touché saint Ignace et lui ont fait trouver cette pratiaue si importante au bien général de toute la Compagnie, que dans ses constitutions, il nous en recommande plusieurs fois l'usage. Il est même si remjili de cette pensée, que dans un endroit, après avoir dit qu'il ne faut pas qu'aucun religieux tienne jamais sa porte fermée, ni son coffre, ni quoi que ce soit, il ajoute , ni même sa conscience ; quoiqu'il semblât que ce ne fût pas alors le lieu d'en parler. Le môme esprit lui fait dire encore, dan? un autre endroit, que les religieux ne doivent avoir rien de caché pour leurs supérieurs, ni au dehors ni au dedans; enfin, c est une chose qu'il estime si nécessaire, qu'il insiste l^-dessus à propos et hors de propos^ comme d't saint Paul, et tâche de nous en rafraîchir la mémoire à tout moment.
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Dans la cinquième congrégation générale^ lorsqu'on vint à examiner quelles étaient les choses les plus essentielles de notre institution, il fut dit que c'étaient celles qui étaient contenues dans la formule de notre institut que Ton présenta à Jules III, et qui ont été approuvées et confirmées par lui et par ses successeurs. Il fut dit encore qu on mettait de ce nombre toutes celles sans lesquelles les premières, ou ne pourraient pas subsister, ou ne le pourraient que très-difficilement; et on mit au rang de ces dernières l'obligation de rendre compte de sa conscience à ses supérieurs. H a donc été jugé par là que c'est une règle essentielle, sans laqueîJe la Compagnie ne peut se conserver; et qui dit cela ne laisse plus rien à dire. Quelques historiens ont remarqué, au sujet de certains ordres religieux, que tant que cette sainte coutume s*y est ooservée, la pureté de la discipline religieuse s'y est maintenue, et l'expérience nous fait voir aussi que l'inobservation de cette rèale est ordinairement la porte par où un religieux entre dans le chemin de la perdition. Il commence peu à peu à tomber dans le relâchement et dans la tiédeur; il néglige de s'opposer à quelque mauvaise inclination; il manque à ses exercices spirituels; il vient ensuite à tomber dans une faute, et puis dans une autre. Cependant, au lieu de découvrir sa plaie, il tâche de la cacher : ainsi elle s'augmente et s'envenime; et un mal qu'il eût été aise de guérir au commencement, devient presque incurable dans la suite. Enfin, réditice spirituel tombe tout d'un coup par terre, iTarce que Ton a été longtemps sans y faire aucune réparation^ et qu'on le laisse ruiner de luimême. Saint Dorothée a très-bien connu la cause de ce malheur. Quelques-uns, dit-il, ont coutume de dire : C'est une telle chose qui est cause de la chute de ce religieux; ] autre est sorti par telle raison; c'est son incommodité qui lui a fait quitter le monastère; ce sont ses parents qui Fen ont tiré. Et moi je leur réponds que ce n'est rien de tout ce qu'ils disent, mais que c'est qu'il s'est caclîé de son père spirituel dans les commencements de la tentation, et qu'il n'a pas voulu lui découvrir le fond do son cœur.
Saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme et saint Bernard disent tous qu'une des plus grandes consolations qu'un homme puisse avoir dans cette vie, c'est d'avoir un ami Ûdèle, dans le sein duquel il puisse dé*' poser en sûreté tout ce qui lui fait de la peine, et généralement tous les secrets de son cœur. Un ami fidèle, dit le Sage, est le remède à tous les maux de la vie; et rien n'est égal, dit saint Augustin, à un ami qui peut vous consoler dans vos soufi'rances, vous conseiller dans vos doutes, se réjouir avec vous dans votre prospérité et vous secourir dans vos besoins. Celui qui Va trouvé, ajoute le Sage, a trouvé un trésor ; mais que dis-je, un trésor? t7 n'y a rien, dit-il, de comparable à un ami fidèle; tout Cor et tout r argent du monde ne peuvent pas payer Vex-
celltnce de $a fidélité. Or, cet avantage, qui est au-dessus de toutes les richesses de la terre, Dieu l'a fait à toute la Compagnie, en nous donnant à chacun un ami de cette nature dans la personne du supérieur, qui est en même temps votre père spirituel, votre maître, votre médecin, votre frère et votre mère; qui a même pour vous plus de tendresse qu'une mère ne peut en avoir pour son fils, et qui fait sa propre affaire de touf ce qui vous regarde. Tâchez donc de vous prévaloir d'un ami semblable, en lui ouvrant confidemment votre cœur, suivant ce conseil du Sage : Si vous voyez un homme prudent, fxyez recours à lui, et que vos pieds usent /et pas de sa porte; communiquez-lui toutes vof aflaires et toutes vos pensées, et vous trouverez en lui toute la consolation, tout le conseil et tout le secours dont vous pourrez avoiï* besoin. Comme c'est un grand soulagement d'esprit aux malades d'avoir bien rendu compte de leurs maux au médecin qui doit les traiter, aussi est-ce une grande satisfaction aux affligés de pouvoir découvrir librement leurs i)eines à celui de qui ils peuvent attendre quelque consolation et quelque secours.
Un des moyens que donne la philosophie morale pour trouver quelque soulagement dans Faffliction, est de dire ses peines à quelqu'un. Saint Thomas le propose en pariant de la tristesse, et la raison qu'il en apporte est que, quand nous voulons renfermer toute notre douleur en nous-mêmes, elle attire davantage notre attention, et qu'ainsi le sentiment du mal en devient plus vif; au lieu que, quand nous disons nos peines, il devient moindre, parce qu'alors notre attenl'on se partage et que le cœur se soulage en se dilatant. L'expérience nous fait voir tous les jours cette vérité, et ne rencontrons-nous pas tous les jours des gens qui disent qu'ils sentent du soulagement à conter leurs aflliclions? Le saint abbé Nil, disciple de saint Chrysostome, dit que ce remède était extrêmement en usage parmi les anciens Pères, et qu'ils se servaient de la comparaison suivante pouf l'autoriser encore davantage. N'avez-vous point pris garde, disaient-ils, que quand le3 nues sont grosses d'eau, elles sont noires et obscures, et qu'à mesure que l'eau en tombe et qu'elles se déchargent, elles viennent aussi à s'éclaircir? Il en est de môme des peines d'esprit et des tentations que souffre un religieux : tant qu'il les retient au dedans, il est sombre, chagrin et mélancolique; mais, quand il les laisse échapper au dehors en les découvrant à son supérieur, il sent qu'à mesure qu'il les découvre, les noires vapeurs de la tristesse se dissipent; enfin, en se déchargeant ainsi de ce qui lui rendait l'humeur si sombre, il reprend sa première joie et sa première tranquillité.
Saint Dorothée rapporte de lui-même que, quand il avait rendu copfipte de Tétat de son âme à son père spirituel, il se trouvait dans une situation d'esprit si douce et si agréable, que quelquefois même il en avait peur et
DICTIONNAmE
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s'en voulait du mal. Car, comme l'Ecriture dit qu'il faut que nous entrions dans le royaume du ciel par beaucoup de tribulations^ et qu'il n'avait que de la douceur et de la joie, il croyait a^oir sujet de douter s'il était ou non dans le chemin du ciel. Mais, eniin, il lut rassuré par Tabbé Jean, qu'il consulta à ce sujet, et qui lui dit que la paix et la satisfaction intérieures dont il jouissait étaient promises à ceux cjui n'avaient rien de caché pour leur père spirituel.
Ce point est d une si grande importance, que saint Ignace ne se contente pas de nous la recommander instamment, comme nous lavons déjà dit, mais il veut de pluh que les supérieurs s'accoutument à parler souvent à leurs religieux, parce que, outre plusieurs bons effets que cela produit, cela donne la conftance aux inférieurs de s'adresser librement à leurs supérieurs et de leur ouvrir leur cœur. Il a voulu même, pour la plus grande satisfaction de tous les religieux, que, dans chaque maison et dans chaque collège de la Compagnie, il y eût un préfet des choses spirituelles, à qui on pût s'adresser nu besoin pour sa propre consolation et pour la direction de sa conscience. Nous voyons, dit Cassien, que les sciences humaines, qui ne se proposent pour fin que des avantages purement temporels, et dans lesquelles il ne s'aj^it que des choses sensibles et palpables, ne peuvent cependant jamais se bien savoir, si on ne s'assujettit à les apprendre de quelaue maître. Comment donc peut-il tomber dans le sens qu'on puisse n'avoir pas besoin de maître dans la science du salut et de l'avancement spirituel, puisaue c'e^^t une science si cachée et si spirituelle, cjue nonseulement les moyens n'en sont point expoîiés aux yeux du corps, mais que ceux de Tâme ne peuvent môme les découvrir sans une très-grande pureté de cœur? Dans toutes les autres sciences, il ny va aue de la i)erte de quelque avantage temporel a n'y pas réussir, et c'est une chose qui peut être aisément réparée d'ailleurs; mais ici le salut ou la damnation dépend du bon ou du mauvais succès. Nous n'avons pas ici h combattre contre des ennemis visibles, mais contre des ennemis invisibles; ni contre un ennemi ou deux, mais contre des légions de démons. « C'est pourquoi, continue Cassien, nous ne saurions mieux faire que d'avoir recours à nos pères spirituels, en leur découvrant tout ce qui se passe au dedans de nous, afin qu'ils nous aident de leurs conseils et qu'ils nous conduisent. »
Mais, laissant tout cela h part, les sujets mêmes pour lesquels on s'adresse ordinairement au préfet des choses s|)irituclles , marquent assez de quelle utilité il est qu'en chaçue maison il y en ait un à oui l'on jiuis^e avoir recours. Car, lorsqu'on s adresse à hr, c'est pour lui rendre compte, par exemple, de la manière dont on s'acquitte de l'oraison, de la méthode qu'on y tient, du fruit qu'on en retire, et du soin qu'on a d'observer les additions et les autres règles qui nous ont été proscrites à ce sujet. C'est pour
l'entretenir du sujet qu'on a choisi jpour son examen particulier, du npmbre de fautes qu'on aura marouées et de la différence Qu'on aura trouvée entre le nombre de celles du matin et le nombre de celles du soir. C'est pour l'informer de la lecture spirituelle qu'on fait et du nroQt qu'on en retire; enfin, cest pour lui découvrir les tentations que l'on a et la conduite qu'on y tient, les pénitences et les mortifications publiques ou particulières que l'on pratique, et comment on en use à 1 égard de l'obéissance, de la résignation, de l'humilité, de l'observation des règles et de toutes les autres choses de même nature. Or, de savoir que Ton doit en rendre compte, c'est un moyen sans doute pour faire qu'on se tienne un peu plus en état d'en rendre bon compte. 11 est certain aussi que l'estime que nous voyons qu'on fait d'une chose nous porte ordinairement à en faire plus de cas par conséquent ; quand je vois quon doit m'interroçer sur ces sortes de matières, elles m'en deviennent plus considérables, et cela fait que, si une fois j'v ai commis quelque faute, je prends garde à n'en plus commettre à l'avenir. De plus, de môme que, suivant le sentiment des saints et des théologiens, la confession est un grand frein uour empêcher les hommes de tomber dans le péché, aussi c'est un grand frein à un religieux, pour l'empêcher de tomber dans beaucoup de fautes et d'imperfection?, que l'obligation d'en rendre compte à son père spirituel. Cette utilité de la confession a été au reste si fort reconnue rar les hérétiques même, que, voyant que dans les lieux où on l'avait quittée, en Allemagne, tout était reuiidi de désordres et que personne n'y était en sûreté, ils prièrent l'empereur Charles-Quint d'obliger, par un édit, tout le monde à se confesser. L'empereur ne fit que rire de cette demande, qui marquait en môme temps et le besoin que les p.euples avaient de la confession et l'ignorance de ceux qui avaient recours à lui sur ce sujet, comme s'il eût été en son pouvoir de faire des lois sur cette matière.
Pour continuer la comparaison que nous avons annoncée, je dis qu'il est constant que la fréquente confession est un des meilleurs moyens que nous puissions donner à un chrétien pour son salut : car, outre la grâce qui est attachée à ce sacrement, et la remission des péchés que l'on y obtient, il est encore vrai qu'il comprend tous les remèdes et tous les conseils de la vie chrétienne. C'est pourquoi, quand nous voulons porter quelque personne du monde à avoir soin de son avancement spirituel, nous lui conseillons tantôt de dire souvent son chapelet, tantôt d'aller tous les jours à la messe, tantôt d'entendre la parole de Dieu, tantôt'de faire un bon examen de conscience, tantôt de pratiquer quelque pénitence, et de ne passer aucun jour sa.^s en faire quoiqu'une : mais enfin, pour mettre le sceau à tout, nous lui proposons de se confesser souvent à un confesseur habile; et nous croirons lui donner en cela tous les remèdes spirituels enscm^
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bie, et lui <lire tout ce qu on peullui aire et tout ce qui lui est nécessaire. Car, si cette personne fait ce que nous lui disons, son confesseur ne manquera pas, tous les huit ou qainze jours, ou du moins tous les mois, de lui fournir plusieurs remèdes spirituels gue nous n'aujrions pu lui donner ni lui faire pratiquer tout d'un coup, et il aura soin de lui faire rendre compte de Tusage qu'elle en fait. C'est ainsi que doivent en user les bons confesseurs, essayant toujours que leurs pénitents augmentent sans cesse en vertu, et c'est pour ce sujet que les maîtres de h vie sj^irituelle conseillent aux pénitents d'avoir un confesseur arrêté, parce que, de se confesser aujourd'hui à l'un et demain à un autre, ce n'est pas le moyen de faire de grands progrès dans la perfection. Or, de même que tous les remèdes de la vie chrétienne sont compris dans la confession, de même tous les moyens qu'on peut donner à un religieux pour son avencement spirituel sont compris dans l'obligation de rendre compte de sa conscience. Car, le supérieur ou le préfet des choses spirituelles, qui est proposé pour vous entendie, voit rar là le profit que vous faites de l'oraison, de l'examen ôt de la lecture spirituelle. 11 voit comnieni vous résistez à la tentation et comment vous surmontez vos passions et vos mauvaises habitudes. 11 voit en quel état vous êtes à l'égard de rob5ervation du silence, et à l'égard de '.'humilité et de la résignation, et, si vous allez en avant ou si vous retouriKsz en arrière; et il règle ^es remèdes éi ses avertissements sur le besoin de votre état et sur la disposition de votre âme, en vous corrigeant sur les choses où vous manquez et en vous encourageant sur les autres. Quand tout cela se fait avec l'esprit de douceur et de charité avec lequel on doit le faire et avec lequel on le fait etfectivement parmi nous, et quand vous voyez qu'on ne cherche en cela que votre bien et votre avancement spirituel, il est impossible que ce moyen ne soit pas d'une utilité merveilleuse.
Nous avons déjà dit que c'était le sentiment général de tous les saints, et comme une espèce de premier principe parmi les anciens Pères, qu'il faut découvrir toutes ses tentations à ses supérieurs; et saint Ignace nous recommande aussi la même chose dans ses constitutions. Mais, afin que cette vérité ^imprime plus fortement dans notre cœur, voyons un peu quelle peut être la cause pour laquelle Hs ont tous si fort insisté sur cette matière. « La raison de cette conduite, dit Cassieu, est que le démon ne pourra pas vous tromper par ses ruses comme un homme ignorant et sans nulle ex[:érience, si vous savez avoir recours à Texpériem e et à la sagesse de votre père spirituel et si vous vous conduisez par ses lumières. Car alors ce ne sera plus à un nouveau soldat qu'il aura affaire, ce sera à un vieux soldat qui s'est exercé toute sa vie dans la milice spirituelle, parce que tout ce aue votre confesseur, tout ce que votre perc spirituel a d'expérience et d'habileté, passe en vous
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dès que vous vous découvrez entièrement h lui et que vous vous abandonnez à sa conduite. Et c'est ainsi, ajoute-t-il, qu'on acquiert cet esprit de discernement et de prudence dont saint Antoine faisait tant d'estime. Un jour, continue Cassien, que ce grand saint était en conférence avec quelques autres -ainls Pères du désert, on y agita quelle était la vertu qui pouvait le plus contribuer à acquérir la perfection. L'un dit que c'était la cnasteté , parce que c'est elle qui tient la sensualité assujettie à la raison; un autre dit que c'était l'abstinence» par laquelle l'homn.e se rend maître de lui-même ; un autre, que c'était la justice; chacun, enfin, dit à ce sujet ce qu'il jugea le plus à propos. Lorsque saint Antoine les eut tous écoulés, il décida la question en leur disant : La veitu la plus nécessaire pour acquérir la perfection, et qui y contribue le plus, est la discrétion et la prudence, parce que, si la prudence et la discrétion ne règlent tous les actes de vertu qu'on fait, ce ne sont pas pra prement des actes de vertu, et ils ne peuvent pas être agréables à Dieu. Or, voulezvous, continue Cassien, un moyen court e facile pour acquérir cette vertu? Comrauni quez toutes vos pensées à votre supérieur, et conduisez-vous en toutes choses par sop avis ; et de celte sorte, toute la prudence d« votre supérieur passera en vous. » Saint Ber nard en dit à peu près autant. « Comme l'es prit de discernement, dit-il, est une chosf assez rare dans le monde, faites que l'obéissance supplée en vous au défaut de cette vertu, en sorte que vous ne fassiez rien de plus ni de moins que ce qu'on vous a commandé : c'est ainsi que vous acquerrez la prudence qui vous manque, et que vous suppléerez à l'expérience que vous n'avez pas. » C'est pour ce sujet que les saints nous recommandent si instamment de découvrir d'abord nos tentations; et c'est pour la môme raison que le démon, qui ne veut que notre perte, nous empoche, autant qu'il peut, do les déclarer. Saint Dorothée dit qu'il n*y a rien dont le démon soit si aise, que de rencontrer quelqu'un qui ne veuille pas décou* vrir ses tentations; car alors, comme il le combat seul à seul, il tient la victoire assurée, suivant ces paroles de l'Ecriture : Malheur à celui qui est seul, parce que, s'il vient à tomber, il n*a personne pour le relever! « Au contraire, ajoute ce saint, il n'y a rien que le démon craigne tant, et qui lui fasse tant de peine, que de se voir découvert; car alors il perd tout courage et toute 3snérancc de vaincre, et il s'enfuit.» Saint Ignace, pour éclairer davantage celte matière, se sert d'une comparaison dont nous [louvoms bien nous servir après lui. Il dit que quand le démon nous tente, il en use envers nous comme quand un homme sollicite au mal, ou une fille qui a un père ou une mère extrêmement sages, ou une femme mariée à un honnête homme. La première chose que fait cet homme , c'est d'essayer d'empêcher que la fille n'en dise rien à son père ou à sa mère, ni lu femme à son mari ; et il ne craint