‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 170 sur 315 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

Il y en a qui, parmi les plus innocents diver^ tassements^ refusent à leurs sens ce que les autres leur accordent avec beaucoup de vertu

Donnons-en quelques exemples, Théonée, afin qwe la chose en soit mieux conçue : on sera à quelque régal innocent où tout le monde prend ce qui se présente, et ils ne voudront toucher à rien de ce qui est délicat; on prendra quelque joie de récréation, ou par une sainte amitié, ou par un délassement d'esprit, et eux auront seulement peine à desserrer les lèvres : on verra quelque spectacle, ou de bâtiments, ou de tableaux, ou de jardins, dans lesquels on admire Dieu, la nature et les ouvriers, et alors on les voit aussitôt tourner ailleurs les yeux. 11 y a aussi bien des incidents oii ces personnes étant parmi d'autres, qui ne refusent pas à leurs sens quelques douceurs innocentes, elles ne font pourtant jamais comme la compagnie.

Que pensez-vous donc, Théonée, de cette sorte de mortification des sens? Au moins , je vous dirai bien ce qu'elles en pensent

!• Elles allèguent leur attrait, qu'elles ne jieuvent pas, disent-elles, se dispenser de suivre, et qui ne souffre pas qu'elles fassent comme ies autres dans ces conjonctures.

2" Pourquoi nous faire esclaves d'un respect humain, disent-elles encore? Que nous font les créatures, à l'égard de cet attrait? c'est à lui, et non pas a elles, à qui nous avoîi s obligation d'obéir.

3* Jl nous importe peu ce que font les autres, et nous savons assez, que ce qui a coutume de se faire, n'est pas toujours le meilleur.

4" Et quand il le serait delà part de ceux avec qui nous sommes, leur exemple ne doit être nullement notre règle pour les choses de l'intérieur.

En vérité voilà des personnes bien défen-dues. Oh 1 donnez-vous de garde, mon Théonée, de les imiter, quelque fort mouvement que vous ayez de mortifier vos sens, lorsque vous serez engagé en compagnie; car il est tout visible que la manière dont elles se mortifient alors, est une illusion.

La véritable mortification n'est jamais

DiCTio?îNAiRE d'Ascétisme. Il

séparée du sens commun, dans la {Nratique, ou ce serait faire la vertu extravagante , n'étant rien pourtant de judicieux comme elle dans ses conduites. Et quel sens commun y a-t-il h faire tout le contraire des autres, et dans leur présence quand il n'y a rien que la plus grande innocence ne puisso permettre?

Mais, n'est-ce pas là une singularité trop afi'eclée, et faire comme ostentation de sa mortification? Non, non, qu'elles sachent, que, bien loin de donner quelque édification, eUes blessent étrangement les esprits , qui se scandalisent facilement de toutes ces manières de se mortifier, lesquelles sont tellement à contre-temps; c'est oue par là elles Tremblent vouloir condamner lesr autres, comme si elles étaient bien plus éclairées, et beaucoup au-dessus.

Elles ne doivent pas ignorer, que toute la meilleure mortification, étant en compagnie, est de faire comme les autres, quand les choses ont beaucoup d'indifl'érence. La mortification de tout ce qui peut môme innocemment satisfaire les sens est bonne^et louable, j'en suis d'accord, mais un accommodement charitable à faire comme ceux qui n'usent des choses, que très-bien, est plus louable infiniment. Par cette mortification, vous ne contenterez que votre inclination, que votre esprit particulier, et peut-être votre amourpropre; et par cet accommodement, vous conservez la douceur de la charité, avec tous ceux avec qui vous vous mettez d'égal.

. 11 ne faut donc pas dire que, dans ces circonstances, c'est un effet de respect humain de ne se pas mortifier les sens, mais plutôt qiie c'est charité, que c'est îugement, que c est- une mortification bien plus spirituelle; car alors vous vous mortifiez l'esprit, ce qui vous est beaucoup meilleur que de mortifier vos sens, et il est bien plus aur, nour votre nature superbe, de ne rien faire ce plus que que font les autres.

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