‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 172 sur 315 · MOYENS POUR ÉVITER LES ILLUSIONS DB LA MORTIFICATION DES SENS · texte numérisé non relu

MOYENS POUR ÉVITER LES ILLUSIONS DB LA MORTIFICATION DES SENS

Les éclaircissements que je viens de vous donner sur les illusions de la mortification des sens, pourraient vous suffire, Théonée, afin de les éviter. Je ne laisserai pas néanmoins de vous insinuer encore quelques avis là-dessus, parce qu'ils pourront ajouter peut-être un nouveau jour à tout ce que j ai dit.

1* Je suis bien dans ce sentiment, que vous ne refusiez pas absolument toutes choses à vos sens et que vous ne leur acc<>rdiez pas aussi tout. Donnez-leur quelque chose de ce qu'ils vous demandent, et puis, dans d*autres temps, n'écoutez pas ce qu'ils vous peuvent demander : mêlez vos refus et vos indulgences, et conservez sur eux par là un certain doux empire, qui, ne les révoltant pas, ne les corrompe pas aussi. Car, pour la totale soustraction de ce gui les peut contenter, quoique je sois toujours d'accord avec vous qu'il en faut venir là, et que c'est le plus parfait, néanmoins je ne vous ai jamais dit, que de vous-même vous deviez vous jeter dans cette dernière rigueur; mais il v fout joindre seulement, quand l'attrait de la grâce y appelle.

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LlîlS li.LLSlONS DE LA VIE SPIRITUELLE.

à qui il apisartient de déclarer le point de privation et de dépouillement où 11 nous veut.

2* Toutefois je vous conseille d'incliner toujours davantage à la soustraction; car, s'il peut V avoir quelque danger de refuser toujours a ses sens ce oui les peut satisfaire, il y en a bien plus de leur accorder indifféremment tout ce qu'ils désirent. Quand vous vous serez égaré, pour en avoir voulu trop faire, on dira de vous que la volonté en a été trop bonne et peu réglée; mais, quand vous aurez eu de l'égarement, pour avoir eu trop de condescendance avec vos sens, on dira que vous aurez été emporté par la sensualité.

3* Quelque fort désir que vous ayez d'assijgettir vos sens, ne soyez pourtant pas incessamment après vous-même, afîn de trouver de quoi les mortifier. Vous ferez ce me semble, bien plus sagement d'en attendre intérieurement le reproche de la conscience, qui ne manque jamais dans l'occasion de piquer où il le faut^ et d'inspirer les voies de mortiGcation les plus délicates; c'est quelle dit tout ce qui est nécessaire et elle ne cesse guère de faire son devoir, quoi qu'on cesse souvent de lui obéir.

4* Ce que je vous recommande seulement, Théonée, c'est que vous ayez toujours de la

défiance de vos sens et que vous ne les pensiez jamais ni si morts, ni si domptés, ni si innocents, que vous puissiez vous en fier sur leur conduite. Mais aussi que cette défiance soitjort modérée, sans vous en faire tant de soin ; car, quand elle passe la modération , elle ne laisse plus à 1 esprit que des retours inquiétants et fait souvent trouver du mal dans l'usage des sens où il n'en fut jamais.

5** C'est pourquoi, gardez une honnête liberté, vous en servant selon que s'en présentent les objets. Comme vous n'en devez pas être l'esclave, n'en soyez pas aussi le tyran ; mais vous mettant beaucoup au-dessus, usezen comme de valets en les accommodant à la nature de vos besoins.

« 6* Je vous dirai, pour dernier avis, que lorsque vos sens sont irrités, vous ne leur devez jamais être alors bien mauvais; ayez pour eux quelque indulgence et attendez leur irritation soit un peu adoucie, avant que de les punir. Ils en seront ainsi plus ployables et par ce moyen vous aurez toujours mieux d'eux ce que vous prétendez ; autrement, comme je vous l'ai montré, ce serait pour les rendre indomptables, pour vous déplaire de la dureté du combat et pour tout abandonner.

TRAITÉ V

DES ILLUSIONS DE LA VtE RETIeAb.

Les illusions de la vie retirée sont orainairemcnt des plus dangereuses, parce que l'état solitaire semble de lui-même se justifier, puisqu'on le peut regarder comme le rentre, où Dieu et l'âme se doivent trouver pour avoir un commerce mutuel. Cette vie a encore cela de particulier, que ceux qui sont attirés de Dieu, y ont aussitôt un penchant, qui fait que, sans en examiner beaucoup la manière, on s'y jette plutôt pour contenter son inclination, que pour suivre les règles d'un choix judicieux.

C'est pourquoi les égarements n'en sont guère moins ordinaires qu'ils sont faciles, puisqu'on en voit tant, parmi les personnes loucTiées d'un grand désir de leur sainteté, qui se trompent souvent dans la vie retirée qu'elles embrassent. Je n'aurai pas peu fait si je puis les désabuser, n'en étant guère qui soient tant attachés à leur manière de vie, soit que la solitude ait ses douceurs qu'on a peine de quitter, soit qu'elle donne un esprit arrêté à ce qu'on a entrepris.

Je vais tâcher à vous en débrouiller nettement la nature, vous en montrant les différentes espèces, les différents principes et la vie retirée prise en elle-même.

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