CHAPITRE II
Les aillions de certaines personnes qui chcr^ cheni pour directeurs tous les plus grands spirituels.
Qui oserait blâmer une conduite semblable? Et moi, Théonée, je vous avoue que, parlant communément, je ne pourrais pas me résoudre de donner un autre avis.
1" Dans toutes les sciences et dans tous les arts on approuve toujours ceux qui, pour s'en instruire parfaitement, cherchent les plus experts; n'a-t-on pas donc bien plus d*e .sujet de louer ceux qui , dans l'école de la vie spirituelle, cherchent ie tous côtés les plus grands maîtres qui se peuvent trouver, puisque la science en est infiniment plus élevée et que les voies en sont incomparablement plus difiiciles?
2° Je dis bien plus; c'est que, cela étant , un directeur semble ne pouvoir être jamais trop spirituel ; car, pour intelligent qu'il puisse être, il y a toujours des chemins dans cette vie secrète de fintérieur, où tout ce qu'il pourra faire ce sera d'y entrer et de les uéraôler; il semble donc qu'on fait toujours bien et très-prudemment, de chercher ceux qui ont toute la science la plus éclairée de cette divine vie.
3" Ne sait-on pas .encore qu'il est très-mal rJsé d'en trouver quelqu'un qui soit d'une rencontre favorable? Que si la chose est diflicile, à mon avis on ne doit pas s'épargner pour en faire la recherche, puisque tout ce <lu'on pourra faire sera d'y parvenir, le nombre de ceux qui ont toutes les bonnes qualités n'étant pas bien grand.
4' Et enfin, comme on a l'expérience que tant d'âmes sont retardées de la perfection pour n'avoir pas des directeurs assez intelligents, ne. faut-il pas dire que c'est une chose fort louable , quand on se donne le soin d'en trouver un qui le soit, afin d'éviter ce désordre de sa conscience?
Je ne m'opposerai donc jamais, Théonée, à ce que vous cherchiez le directeur tout le plus spirituel que vous pourrez, dans la supposition que je fais de vos besoins, de votre attrait et de vos cajjacités; mais comme je vous accorde en ce point ce que vous me demandez avec justice , je prétends bien aussi que vous ne pouvez pas me nier, que le plus souvent il y a beaucoup d'illusion
dans la recherche qu'on fait de directeurs qui soient tous les plus intelligents.
Premièrement, il est très-important de savoir que les plus grands spirituels ne çont pas toujours les directeurs les plus entendus. Oh 1 qu'il s'en faut, Théonée ; c'est que, comme ils s'élèvent beaucoup par des maximes toutes surnaturelles, ils ont aussi biea souvent des idées de conduite qui ne sont pas assez proportionnées à la faiblesse commune des âmes. Ce qu'ils veulent, oh! ils le veulent d'ordinaire fortement, parce que la volonté qu'ils ont de la sanctification de ceux
f[u'ils conduisent, réj^ond à la grande et à la orte appréhension qu'ils ont de la nécessité du bien. Ils ont coutume de presser souvent les consciences un peu vivement, parce qu'étant accoutumés de se presser eux-mêmes sans compassion, ils n'en ont guère pour les autres. Et puis sans s'accommodera la simplicité des pensées de leurs pénitents, ils les attirent quelquefois plus qu'ils ne devraient à la grandeur de leurs conceptions. En voilà bien assez pour vous montrer qu'il ne faut pas juger de la capacité d'un directeur, pour la conduite, précisément par la grandeur de sa spiritualité.
El pour prendre cette vérité, comme dans son principe, c'est qu'il ne faut pas ignorer que le talent de la conduite des âmes est quelque chose d'ajouté de la part de Dieu à l'intelligence intime des choses spirituelles. Il faut pour cela un certain discernement, il faut une certaine manière, heureuse, nette et afi'ective, d'énoncer ses pensées,, il faut un certain tour de conception dans les opérations de l'âme; et tout cela ne se rencontre pas très-souvent en un grand spirituel. Si bien que faire le choix de son directeur sur l'éininence de sa spiritualité, c'est une règle qui n'est pas toujours juste, puisque ces deux caractères se trouvent assez facilement séparés. Et en eB*ct ils sont tellement séparables, que cela a été le ingénient de saint Ignace et de sainte Thérèse, que les personnes les plus saintes et les plus spirituelles n'étaient pas les plus propres pour le gouvernement parce qu'elles sont moins capables de s'abaisser [)ar un certain accommodement humain, à la condition commune des hommes.
Mais voulez-vous encore voir combien cette illusion est douce ? 11 y a telle personne
aui est assez vaine et assez simple pour se^ atterde cette pensée, qu'elle est bien spirituelle, parce que son directeur est un grand spirituel, comme si pour en être la pénitente elle en héritait tous les biens, et comme si le seul nom d'en être la fille était le nom d'une spiritualité participée. En vérité voilà une belle imagination dont se nourrissent bien vainement ces esprits vains;, et' je ne m'en étonne pas beaucoup, car il se trouvera que ce n'est pas tant pour profiter dans la vertu, que ces personnes choisissent la conduite de ces grands hommes , comme elles le font, y étant portées par un esprit de vanité Ce qui confirme encore la vérité de cette
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