CHAPITRE U
Le$ illusions de la ri> retirée^ dans ses
principes.
f V. Le» fljHiOMde'ttsx qei miaeml «ne lie unitaire,
et par iadisalkA.
La chose, Tbéooée, ne semblera peat-éCre pas devoir être mise aa Domk>re des illosionsy et il s*en présente à Taiïord bien des raisons, qui paraissent en ^montrer assez clairement la TCrité.
1* Ce principe, qui donne moofement à une vie solitaire, n*a au moins rien apparemment qui soit criminel, car, tout au plus, rbum<^ur et l'inclination qui nous y invitent sont indifférentes, mais il ne sy remarque rien de défectueux ; c'en est toujours beaucoup pour n y Atre pas trompé.
â* Si Ton dit que ce qui a de Tindifférence ne se doit nuHement tolérer dans la ▼ie spirituelle, on répondra que les choses de la grâce commencent le plus souvent par les mouvements d*une nature innocente, qui dis|>osent ainsi Tâme à ceux de la grâce, et qu*ainsi la retraite ayant commencé par l'humeur, elle se continue heureusement par Tesprit.
3* On ajoutera même que la grâce de la vie solitaire se servira bien mieux d'une humeur sympathique, et comme la mélancolique y a plus de rapport, il ne semble |)as mauvais qu'elle fasse les premières entrées.
Je confesse, Théonée, que toutes ces raisons ont assez d'apparence; mais pourtant venons au point de la vérité, savoir, comme se jeter dans une vie retirée par une inclination d'esprit sombre et mélancolique est une illusion
Ceux qui sont ainsi disposés dans leur retraite se donnent facilement cette créance que c'est l'esprit de Dieu qui les y attache et qui leur donne intérieurement un certain fond, si éloigné de toutes les choses. Leur humeur somore et rêveuse les retient sans peine recueillis en eux-mêmes et leur donne de Taversiou pour tout le commerce des créatures, et comme Ton a un penchant à se flatter que ce qu'on a vient de Dieu, ils se persuadent volontiers que c'en est un pur effet.
S'ils ont quelquefois expérimenté un véritable et un divin recueillement, ils croient aussitôt que celui que leur humeur forme en eux est un écoulement de l'Esprit de Dieu qui les attire dans leur fond comme dans le secret de la isolitude : c'est qu'ils ne font pas de discernement de ces deux es- [)rits, qui ont beaucoup de ressemblance, et attribuent ainsi h un principe surnaturel ce qui n'est qu'une opération purement humaine.
Mais voyez, Théonée, le progrès de cette ijlusion ; c*est que ces sortes cle gens auxquels l'esprit mélancolique fait aimer la vie retirée, en deviennent plus sombres et plus ténébreux par cette séparation et par cette excuse et profonde occupation quils donnent è leur esprit. Le tempérament en est tous
les jours plus noir, la peine s*accro!l jusqu'à ne pouvoir supporter la rue des créatures et tout cela passe pour une opération intérieure; sans qu'ils s aperçoivent que ce ne sont que des idées obscures où ils se perdent.
L'amour de cette ^nde solitude les trompe encore quelquefois jusqu'à tel point, que, ne les nourrissant que de lanoirceur de leurs pensées, le cerveau s'en dessèche ou Hmagination s'en embrase ; et c'est de là que naissent tant d'extravagances de certains solitaires qui assurent avec opiniâtreté qu'ils voient et qu'ils entendent ce qui ne fut jamais, n'étant que des choses figurées ou par l'embrasement de l'imagination, on par le dessèchement du cerveau.
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Ne diriez- vous pas, Théonée, qu*il ne f&t jamais rien de plus juste ni de mieux conduit :
1* Car, apparemment, qu'y peut-on ajouter ? C'est ce que nous apprend la prudence^ d'éviter les occasions pour ne point tomber en faute, et ils savent que la vie retirée coupe pied à tout ce qui est capable d'échauffer les passions ; ils ne peuvent donc rien faire avec une conduite plus avisée que de s'ôter des oix^asions, afin de tenir leurs {lassions dans le devoir.
2* Ils ont encore l'expérience de leur faiblesse à prendre feu facilement à la première rencontre, et n'ayant pas l'esprit assez fort, ni une vertu assez fidèle pour en arrêter la chaleur, ils jugent qu'il e^t bien mieux pour eux de se retirer de la mêlée et d'éviter ainsi leurs saillies en évitant l'occasion.
3* Ils en ont même l'obligation tout entière ; car, puisqu'ils ne peuvent être dans le combat qu'ils ne soient dans la chute^ et qu'ils ne peuvent converser que leurs liassions n'en laissent toujours quelques mauvais effets, ils sont obligée à une vie retirée, car si leur vertu n'en est pas si éclatante et si généreuse, leur conscience en sera au moins plus innocente.
Voilà Théonée, ce qu'ils vous diront pour justifier la manière qu'ils prennent afin d'être les maîtres deleurs passions: mais ils ont beau dire, car cette voie, dont ils font choix pour y réussir, n'est qu'illusion
Il me semble que la vie solitaire n'est pas le lieu où se domptent les passions , puisque ce n'est pas le lieu du combat, le-
Îuel est absolument nécessaire à la victoire, 'est la conversation qui est comme la lico oiï les passions sont exercées ; c'est là oii s'éteint leur feu, où l'on apprend à retenir une parole, où l'on se forme à plier sous l'humeur d'autrui, où ll'on est à l'école de la soumission et de la douceur. 11 ne se trouve rien de semblable dans la vie retirée ; c'est donc un abus de penser que, pour avoir l'empire de ses passions, il se faille cacher dans une solitude.
LES ILLUSIONS DE LA VIE SPIRITUELLE
Dites plutôt que c'est une fine illusion, parce que les passions en demeurent par là clans toute leur force et leur vivacité. Il est vrai, Théonée, qu'étant tout retiré elles n'auront point de sorties violentes, étant ellesniôiues toutes retirées en votre fond, mais elles n'en sont pas moins vivantes pour en Être plus cachées ; c'est là où elles se nourrissent bien mieux dans le repos, et leur silence ne sert qu'à les rendre plus délicates, ce qui se voitjquand l'occasion s'en présente, où elles se déclarent avec bien plus de feu. Et voilà nos solitaires qui prétendaient ruilier leurs passions dans leur retraite, laquelle n'a servi que pour les tromper, en laissant reposer leurs ennemis.
C'est encore par cette même raison qu'on est fort ignorant dans les mouvements secrets et obscurs des passions, parce que la vie retirée ne fournit rien qui aide à les faire éclore. On est ainsi plein de ce qu'on ne comprend pas, et l'on est en effet sous une domination qui n'est point connue; si bien qn'on s'ignore autant qu'on est retiré, cette sorte de vie n'étant d'ordinaire qu'un voile pour mettre au-devant des désordres de son âme, à ceux qui ne s'y engagent que lour mieux se défaire de leurs passions.
Mais ce qui rend cette illusion plus manifeste, est que ces personnes rel'rées se persuadent assez facilement que leurs | assîons sont mortes ou qu'elles sont T)arfaiicment assujetties à cause ffu'elles n en ressentent aucune altération; c'est pourquoi elles goûtent une fausse paix que leur donnent des ennemis endormis, et comme si elles avaient combattu et vaincu, elles se complaisent cMns une victoire imaginaire et ont des retours perpétuels sur leur intérieur comme sur un lieu oh rè^ne la tranquillité.
Enfin, il se trouvera qu'il y a de certains dérèglements de l'âme qui prennent môme de l'accroissement dans la solitude. La fainéantise y devient ordinairement plus grande, les occupations n'y étant pas si fréquentes et si pressantes. L'amour de ses aises y est bien plus empressé, la nature semblant comme se récompenser de l'abandon qu'elle a des créatures. La bassesse de l'âme et le défaut de courage y est bien plus granJ, où la tentation est d'ordinaire plus forte et où l'assistance est beaucoup moindre.
Et après cela, Théonée, ne faut-il pas avouer, que ce n'est pas une petite illusion de croire que pour bien vaincre ses passions, la vie retirée en est un moyen fort avantageux? Et c'est par ce même principe, qu'au rapport de saint Jean Climaque, dans son Echelle^ il n'appartenait, parmi les anciens Pères, de mener une vie solitaire dans les déserts qu'à ceux qui étaient déjà consommés en vertu, par une longue victoire d'euxmêmes
§ IIÎ. Les illusions de plusieurs , qui aimenl et qui recherchent la vie retirée, pour j goûter mieux les choses «tivines.
Quoi! peut-on rien faire de njk'ux au
monde, et y a-t-il rien qui paraisse plus juste que cette recherche ?
1* Il n'y a point de lieu où l'on savoure avec plus de plaisir les délices de Dieu, qu'étant bien loin des créatures; on sait que cvest la manière de cet Esprit saint de ne so communiquer abondamment que dans ses divines retraites? pourquoi donc no seraitil pas permis de s'y jeter, pour en goûter les douceurs?
â** Oui, assurément, la permission semble en être donnée à tout le monde, car il nous est permis de courir après ses parfums, et de laire nos efforts pour voir jusqu'où va le 'goût do Dieu; lui-même nous y invite; nous avons donc le congé de nous y plonger sans crainte d'être des sensuels; nous pouvons donc, -par un môme droit, entrer dan» la vie la plus retirée, à dessein d'entrer daus^ le festin de ses pures délices ?
3" Et puis, si je me prive pour lui de toutes celles de la vie, n'ai-jepas quelque juste prétention de chercher une vie écartée, pour boire à cette divine source !
Je vous ])rie, mon Théonée, ne nous flatons point de toutes ces belles raisons , où la vie solitaire qu'on cherche n'est au fond que pour se satisfaire bien sensuellement , prétendant qu'on le peut avec beaucoup de justice, parce que le sujet en est tout divin. Oh 1 vous allez voir les illusions de ces solitaires voluptueux qui ne prennent la retraite que comme un moyen de satisfaire leur sensualité.
En vérité, ils y sont d'ordinaire bien trompés; ils se perdent dans cette vie retirée pour y trouver des mers de délices, et ils y trouvent les sécheresses des plus affreux déserts : ils s'étaient figurés de certaines idées d'inondations, et de célestes rosées, et il se voit, que tout cela se réduit à de vaines peintures, que leur en a fait l'imagination, et que pensant boire à la source des douceurs , ils boivent malgré eux à celle des amertumes. Leur illusion leur est bien due, et c'est là no pas savoir la nature et lefond d'une vie retirée et solitaire.
Je les prie d'être bien persuadés que le plus ordinairement c'est un lieu de combat et de tentations, et non pas de jouissance : ce sont les pensées que se donnent les âmes généreuses quand elles y entrent , ce qui lait aussi qu'elles ne sont pas trompées dans les événements ; mais ces gens, qui cherchent la retraite pour y être dans les délices, sont trompés nécessairement, parce qu'ils la font dans leur esprit toute autre qu'elle n'est pas en vérité.
Ce qui achève leur illusion, le voici r c'est que le démon, qui sait que le goût spirituel est l'attrait qui leur donne mouvement à la retraite, ne manque jamais de favoriser cette inclination , et il a trois fins en usant de la sorte ; il le fait pour leur en inspirer après le dégoût, lorsqu'ils n'y trouveront rien moins que ce qu'ils s'en étaient j)romis : il le fait de plus pour les remplir d^une orgueilleuse présomi)tioii , par cette vie singulière qu'ils professent aunies^us
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SLPrL£M£NT AU DICTlONNAmE D ASCliTîSME
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des «oires: il le Cail encore pour les perdre, s*il peat, dans Tespérance de les faire succomoer plus lacilement h 1» tentation , étant plus éloignés de tout secours.
ÀTOuons-le donc 9 Tbéonée, quec*estun esprit grandement trompeur, de se jeter dans la vie solitaire, n'y étant principalement animé que du désir d'y goûter les délioe$ de rintérieur.