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CHAPITRE n

De la grande diversité des prières vocales et

des pratiques.

On n'est pas seulement long en toutes ces manières de dévotion , il y en a encore à qui il en faut de toutes façons : il leur faut autant de petits offîres qu'il y a de jours en la semaine; ils ne sont jamais'contents qu'ils n'aillent à tous les saints et qu'ils n'applinuent à leurs prières toutes les intentions; il faut être universellement de toutes les confréries d'une ville, il n est point de pèlerinage où il ne faille courir; voilà cette foule différente de prières et de pratiques, où tant de cens se jettent sans ordre et sans aucune règle.

Toutes ces choses sont louables en ellesmêmes; ah ! Dieu me garde, que je les condamne, puisrju'elles sont autorisées de TEgliso : je dirai plutôt pour les appuyer, qu'il est besoin d'y aj>porter toute retle grande

variété, afin de soulager les esprits de l'ennui, qui se coule facilement dans les prières et dans la dévotion ; que la diversité et la multitude de nos misères demande aussi cette variété de remèdes, pour en recevoir plus doucement laguérison; que cela même se peut dire être une invention inspirée par le ^aint-Esprit, afin d'en donner à tous les différents génies, selon leurs différentes inclinations.

Mais, avec tout cela, il me semble, Théonée, qu'il ne faut pas laisser de dire que ceux qui se chargent à la fois de cette grande diversité et de prières et de pratiques, ne sont pas exempts de beaucoup d'illusions.

!• Savez- vous bien ce que veut dire la grande diversité de tous ces exercices ou so plaisent la plupart? Ce n'est qu'une pure impatience de nature qui veut toujours courir à cent choses, qui ne se peut arrêter et captiver à quelqu'une en particulier, et qui n'aime rion tant que la nouveauté. Ce n'est donc pas l'effet d une faim des choses de Dieu, comme il se pourrait penser, laquelle fait qu'on va à tout ce qui est bien, un bien particulier n'étant pas assez pour la grandeur de son activité; mais c'est l'instabilité de cette même nature qui, par la légèreté qui lui est naturelle, puisqu on lui veut donner malgré elle de la dévotion, remue toujours, s'impatiente et $*ennuie pour passer sans cesse à de nouveaux changements de quelques saints exercices.

2" Que fait aussi tout cela à votre avis, sinon que cette grande diversité de prières et de i^ratiques partage étrangement 1 esprit, qui n'est jamais bien uni en soi pour s'acquitter parfaitement de ce qu'il fait, et qui ne pense qu'à dépêcher tout ce qui est à dire ou à faire, comme pour se aécharger a>i [)lus tôt de ce qui lui pèse et de son obligation? Et c'est par celte même raison qu'il arrive qu'aucune dévotion ni prière ne se fait jamais comme il faut pour être agréable à Dieu : p^-îrce qu'en voulant tant foire, on s'occupe et on s'inquiète plutôt pour n'en laisser aucune, et pour ny point manquer que pour apporter tout^^l'esprit intérieur, qui est nécessaire, et ainsi rien no se fait bien en particulier pour en vouloir bien faire trop à la fois; c'est ce que vaut une entreprise 4rop imprudente et peu discrète.

Ce gui prouve encore l'illusion de celle conduite, est la manière dont on s'engage en toutes ces prières et ces pratiques, si différentes et si multipliées; ce stra parce qu'on aura fait quelque lecture, ou qu'on aura vu plusieurs instructions, de toutes les sortes d'actes et de nouvelle méthode, et des plus beUes oraisons du monde; tantôt ce sera i)our en avoir ouï dire à quelques personnes de piété dont on se pense obligé d'iuKler l'exemple; tantôt parco qu'on se laisse emporter à faire comme une foule de gens qu'on voit dans de certaines dévotions populaires et de routine; et tantôt parce qu autant qu'on change (J^ directeurs, on se

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chftirge d'autant de prières et de pnitîques qu'on a a,')prises. N'esl-il pas vrai, Théonée, iiue c'est ainsi que d'ordinaire on s'engage dans cette grande diversité de dévotions? Le n'est donc pas un jfUr sentiment de piété qui en l'ait rengagement : n'est-ce donc pas une tromperie assez manifeste?

Oh I que cette occupation diverse, de pratiques et de i)rières vocales, fomente la paresse de l'intérieur qui s'y endort facilement, et qui s'en repose sur tout ce bruit et c^tte activité de l'extérieur! 11 en devient incapable des choses spirituelles, soit par la cessation de ses opérations, qu'il semble tout oublier, soit par l'amour d'un mauvais repos, après avoir laissé tout le soin à Marthe, qui ne fait que parler, que remuer et que courir.

En vérité, cette occupation diverse et tumu!tuaire de pratiques et de prières vocales est bien dommageable à la vie intérieure, puisque cette vie y trouve ainsi sa perte dans la paresse de l'esprit 1 Et comment encore ne le serait-elle pas, puisque tout le temps de vaquer à elle-même lui est été, elle qui en devrait avoir, ou le tout ou le meilleur? Car, s'il n'en est point assez pour cette si grande diversité de prières et de pratiques, où en trouver donc pour l'oraison et pour entrer tout à loisir dans les profonds mystères de son intérieur? Il faut donc que ce fond demeure là et s'anéantisse, parce qu'on ne lui accorde rien de ce temps, qu'on prodigue avec si peu de retenue et deiustice a des pratiques et à des prières vocaJes : où est l'illusion, Théonée, si celle-là ne l'est?

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