‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 180 sur 315 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Dit grand attachement aux prières vocalei et

aux pratiques.

Cet attachement paraîtra à plusieurs fort louable, bien loin de croire qu'il mérite quelque blâme; parce qu'ils le regarderont comme un grand témoignage de la fidélité de ceux qui se sont une fois engagés dans ces saints exercices. 11 n'est rien qui soit commun presque à tout le monde, dans cd qu'on a commencé de faire pour Dieu, comme l'inconstance; ceux-là donc sembleroi:t mériter une louange bien extraordinaire, qui ne laisseront jamais la bonne coutume de leurs pratiques et de leurs prières, pour quelque difficulté qui se

Suisse présenter. 11 v a encore apparemment eaucoup de sujet de louer leur générosité, car il se rencontre tant d'incidents qui rendent ces exercices comme impossibles, qu'il est tout à fait nécessaire d'avoir un grand courage, pour n'y pas manquer.

Si cet attachement [laraîl louable à plusieurs, Théonée, j'espère bien qu'ils en vont revenir, et vous tout le premier, après cjue je vous en aurai dit mes raisons, que je vous prie de considérer l'une après l'autre; car il est étrange combien cette attache qu'ofi a «lux prières vocales et aux pratiques,

étant une des plus grandes illusions, n'e^t pas néanmoins appréhendée

Tout premièrement je vous dirai que celte attache qu'y ont de certains esprits est telle que Toraisbn ne leur est rien en comparaison; non pas du côté des principes dont je l'ai combattue au commencement de ce traité, ou par l'impuissance, ou parle dégoût qu'ils avaient de l'oraison; c'est maintenant par la préférence qu'ils donueut • à leurs pratiques et à leurs pnères vocales. La routine et la coutume invétérée qu'ils ont de dire et de rebattre toujours ces mômes exercices, leur laisse de certaines idées égarées, que le temps de l'oraison est moins que tout cela, et, pourvu qu'ils s'en acquittent, une oraison laissée leur est fort peu de chose.

Cet attachement n'est pas encore un moindre obstacle aux opérations du Saint- Esprit, car il empêche, qu'on obéisse aux mouvements de sa grâce. Cet Esprit-Saint, qui no se borne point à des temps particuliers, pour agir aans l'âme, mais qui le fait en tout temps, veut que tout cesse, et qu'on se taise, sitôt qu'il fait sentir son inspiration: Vraiment ces gens attachés à leurs pratiques, et à leurs prières vocales n'ont garde de s'y rendre; il faut qu'ils parlent, et il faut qu'ils agissent, quand le temps est venu de leurs petits exercices, de quelque sentiment divin, qu'ils puissent être touchés intérieurement: et ils ne comprennent pas, les pauvres aveugles, qu'au moment que cette opération céleste se fait sentir au cœur par elle-même, toute prière vocale, et toute pratique doit alors cesser, puisque le c^ur même ne doit dire mot, afin de rendre ce respect et cet hommage à la voix divine, qui se fait entendre. Croyez-moi, Théonée, c'est là une illusion, ou il n'en fut jamais, que Tattatthe à des pratiques, et à des prières, s'oppose à l'obéissance qui est due au Saint-Esprit.

Si ces personnes en sont rendues moins obéissantes à l'Esprit de Dieu, quelle soumission pouvez -vous penser qu'elles rendent aux volontés de la créature? Aussi eston les bien venus, à leur donner des avis sur leurs prières, et sur leurs pratiques : Si elles sont fortement tenantes à toute cette routine de leurs exercices, elles ne sont pas moins opiniâtres, à ne se pas rendre, pour tout ce qui leur est dit. Tous les (directeurs y sont souvent aussi peu efficaces, aue les autres, et elles sont (le dirai-je ?) tellement Infatuées de leur manière de dévotion, que tout le ciel, et toute la terre ne leur en feraient pas retrancher la moindre partie ; c'est qu'en ce point leur tète est leur Dieu, leur directeur, en un mot, tout. Et puis, ce grand attachement n'est pas une illusion ? Car, remarquez encore, que si un directeur veut changer leur ordre, et les retirer de leurs pratiques, elles le laisseront là iJutôt, et ne s'accommoderont jamais que de ceux qui ne s'opposeront point à leur dévotion bizarre.

Mais, passant plus avant, pour voir le dérèglement de leur attache à toutes leurs

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LES ILLUSIONS DE LA VIE SPIRITUELLE

pratiques, yousjrouverez, qu elles s'en font . n'en regarde pas la longueur, mais le cœur.

"" '" ' Et, pour cet effet, accoutume* - vous à les

dire avec oraison, apportant une grande attention à ce que vous proférez, et entrant dans le sens des paroles, pour en laisser une impression conforme dans vôtre âme, et dans votre extérieur; c'est ainsi, que vous ferez beaucoup, en disant peu.

3* Lorsque vous aurez de certains tem|)s libres, que vous pourrez donner h la prière, ne délibérez jamais du choix; mais, laissant la vocale, occupez-vous toujours de la mentale. La vocale ne doit être que comme un délassement de Toraison, ou bien quelquefois comme un souffle, pour en allumer les ardeurs. C'est pourquoi, sitôt que quelque temps favorable pour Toraison se présente, n'en donnez rien jamais, tant que vous le pourrez, aux prières vocales ; car ce serait en avilir le saint usage, en pouvant le rendre précieux.

4-' Faites réflexion, •que vous ne verrez iamais une personne de grande oraison, être beaucoup dans les prières vocales, et dans les; pratiques ; et comment est-ce qu elles quitteraient la source de vie, pour aller aprèg les ruisseaux? Voyez là dessus, Théonée, si vous êtes vous-même une j'crsonne doraison, et si votre inclination, à en tant dire, ne montre uas que vous n'êtes jamais guère entré aans fexercice de l'intérieur? C'est que le cœur, qui est accoutumé, au calme de l'oraison, ne peut souffrir, de le voir troublé par le fréquent mouvement des lèvres, nui ne servent d'ordinaire, qu'à le divertir de la simplicité de son attentiim.

5" Coiiséquerament ne soyez point surpris, quand vous verrez des personnes d'oraison, à gui les prières vocales font une étrange peine, et qui ont coutume, d'en être beaucoup distraites, quoique hors de là elles soient sans aucune difficulté dans le recueillement. Ceux qui ne seraient pas prévenus de cet avis, n'approuveraient pas aussitôt cette disposition; assurez- vous pourtant, qu'elle n'est pas moins véritable, qu'elle peut étonner peut-être à l'abord ; car l'expérience fait assez voir de ces saintes âmes, à qui le recueillement profond ôte presque toute la liberté des prières vocales. Si elles en diseql, il semble que ce leur est un langage étranger, ou que ce n'est point elles, qîii parlent. Et comme il leur faut toujours quelque application pour parler, elles en sont moins attentives à leur intérieur, où ♦'lies sentent toujours néanmoins Tattrait, qui les y appelle : voilà justement, ce qui cause leur peine, et ce qui vous doit aussi 6to.r celle que vous pourriez avoir en de semblables conjonctures.

ues scrupules, à surprendre tous les esprit5; car, si elles omettent ou quelque petit office , ou leurs actes, ou quelque autre petite dévotion, qu'elles ont coutume de faire, ce sont des inquiétudes» et des anxiétés, comme si elles avaient commis quelque péché grief; et, quoi qu'on leur puisse dire, elles n'en sortent point pour cela, et elles se font une délicatesse de conscience qui est souvent tout à fait du ridicule.

Ce qui est encore plus étrange, et qui montre visiblement l'illusion de ces personnes, c'est que, s'attachant jusqu'au dernier scrupule à leurs pratiques, elles passent sans aucune peine par-dessus des défauts trèsconsidérables , mais se chicaneront ellesmêmes sur le nombre de leurs actes ; sur quelque prière qui n'aura pas été achevée ; sur quelque dévotion, qu'elles auront omise de faire en son temps; tandis qu'elles sont larges, et libres à n^éparsuer pas le prochain, à se laisser emporter à leurs saillies, à être partout délicates, quand on les touche. Cela en vérité est-il supportable? I^eur tromperie no se détruit-elle pas elle-même ? et est-il rien, q*ui fasse voir davantage combien cette attache est égarée?

Moyens pour éviter les Illusions des prières vocales, et

des praUques.

1" No VOUS dispensez jamais entièrement des prières vocales, ce serait une grande illusion d'en user ainsi : il n'y a que les illuminés qui s'en défont, et qui croient, que c'est un abaissement, qui empêche l'élévation de l'esprit ; c'est où ils renvoient les Amod communes, qui en ont absolument besoin, pour s'occuper; mais, pour eux, ils pensent que ce serait s'amuser, et sortir des grandes occupations de leur intérieur. Ce n'est pas ici le lieu de les entreprendre, ie le ferai expressément dans le traité des illusions de Toraison :ce m'est assez maintenant, Théonée, de vous faire toucher en passant l'égarement de ces illuminés, et de vous avertir sérieusement, de ne les pas imiter; mais d'une part, ne vous chargeant tant de ces prières vocales, d'en dire aussi toujours quelques-unes, puisque vous devez aussi bien à Dieu les louanges de vos lèvres, que celles de votre cœur. Il n'y a qu'une circonstance où vous deviez les laisser, lors- (jue vous êtes à vous-même; savoir, comme je vous lai déjà dit, quand l'attrait intérieur vous appelle au silence, car c'est alors le temps d'entendre parler Dieu, et non pas de parler.

2** Je vous recommande singulièrement, d'avoir toujours plus de soin de bien dire vos prières, que d'en dire beaucoup; Dieu

TRAITE VIL

DES ILLUSIONS DANS LE CnOIX D UN DIBECTEUP

Avant que de vous manifester ma pensée première, quejene veux pas ici parler de ces sur ce sujet, je vous dirai doux choses; la personnes qui cherchent des directeurs tous

les nhis commodes; car elles montrent assez parla, que. s'en manifestant ainsi, elles ne sor.t pas capables d'être ériairées, pour revenir de leur mauvaise conduite ; la seconde, que je ne veux non plus parler de la manière, qu'if faut apporter pour faire le bon choix d'un directeur), en |iavant tra lé amplement dans le premier tome des Maximes spiriutiles : ce n'est point tout ce que je veux

dire.

Je ne veux m adresser ici, Théonee, qu à ceux de qui les intentions sont bonnes et innocentes dans la rei:hcrclie d'un directeur, et qui, s'y prenant de la meilleure façon

3u'ils peuvent, s'égarent pourtant bien loin e ce qu'ils cherchent, et, pensant bien faire, se trouvent néanmoins dans l'illusion. Je remarque trois voies, qu'ils prennent d'ordinaire pour réussir en ce qu ils désirent; cjb sont celles, que je vous expose, et dont je vous montre la tromperie alin que vous l'évitiez.

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