‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 18 sur 315 · PE · texte numérisé non relu

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« lAiù qiie, puisque tous Tavez déclarée» le

« serpent infernal ne pourra plus désonnais < vous nuire, mais qu*il s'enfuira loin de « vous, parce qu'il ne peut jamais souffrir « la lumière.» A peine le saint vieillard eutil achevé ces paroles, que tout d'un coup sortit de mon sein comme une vapeur allumée, qui remplit la cellule d'une puanteur insupportable, et alors le saint homme se tournant vers moi : « Vous voyez, mon ûls, « me dit-il, comme Dieu a voulu confirmer « mes paroles par les effets, puisque vous- « même vous avez vu que le mérite de Taveu « que vous avez fait vient de chasser le dé- « mon, qui ne peut souffrir qu'on l'expose « aii jour, et qu on découvre ses ruses, c'est « pourquoi ne craignez plus qu'il revienne € désormais vous tourmenter. » Ce que le saint vieillard m'avait prédit se trouva vrai , car depuis je ne fus plus inquiété de celte tentatioa, et même iamais il ne me vint rien de semblable dans fesprit. »

Nous avons déjà dit de quelle importance et de Quelle nécessité il est de n'avoir rien de caché pour ses supérieurs; mais la corruption de notre nature et la malice du démon sont telles, que les choses les plus nécessaires à notre avancement spirituel sont ordinairement celles auxquelles nous avons le plus de répugnance, et où il essaye de nous faire trouver de plus grands obstacles. C'est pourquoi il est à propos de tâcher de remédier à cet inconvénient, et nous ne ferons pas peu dans une matière si importante, si nous trouvons le moyen de lever les difQcultés, et d'aplanir le chemin. Au reste, quoique ceci s'adresse particulièrement auxreligieux,'chacun cependant |ieut s'en faire Tappliration à soi-même, car, c'est une doctrine qui regarde généralement tout le monde, et Gerson l'a traitée en général pour toutes sortes de personnes, en parlant de la confession.

Comme nous sommes naturellement ennemis du travail et de la peine, et que le sujet dont il s'agit se présente ordinairement à nous comme une chose pénible et fâcheuse, nous commencerons par faire voir qu'il y a sans comparaison plus de peine à se tenir serré à l'égard de son supérieur, qu'à n'avoir rien de caché pour lui, et que l'on remarque bien ceci, car c'est une des meilleures raisons à obiecter à ceux qui s'aiment tellement euxmêmes, qa'ils n'osent embrasser la vertu et la perfection à cause des difficultés qui s'y rencontrent. Nous avouons qu'i l y a quelque peine et quelque mortification à déclarer toutes ses tentations, toutes ses inclinations et tous ses défauts à son supérieur, mais nous soutenons en même temps que la peine de les cacher est plus grande que celle de les découvrir. L'expérience nous le fait voir tous les jours, et tous ceux à qui il est jamais arrivé de vouloir cacher quelque chose à la connaissance de leur supérieur, en peuvent rendre bon témoignage. Que de chagrins, que de remords, que d'inquiétudes, quand on ne veut pas être connu intérieurement. L'iniquité , d^Ephraim t»t comme liée dans un sac; son "

péché est caché ; les douleurs de V enfantement lui prendront. Dans l'incertitude si Ton se découvrira ou non, on est toujours comme dans les douleurs de l'enfantement : tantôt on veut bien tout dire, tantôt on se repent de l'avoir voulu, on va ensuite jusqu'à la porte du supérieur pour lui ouvnr son cœur, et puis tout d'un coup on retourne sur ses pas sans avoir osé le faire. Les enfants viennent jusqu'au terme de Venfantement ; mais les mères n'ont pas la force de mettre le fruit au jour. On était sur le point de mettre au jour cette tentation, cette pensée, qui est le fruit et l'enfant du frère des ténèbres, et on n'a pas eu la force de s'en délivrer, et de cette sorte on demeure toujours dans les douleurs de l'enfantement. Ces douleurs augmentent même à mesure qu'on diffère de découvrir ce que Ton a dans le cœur, parce gueplus on a différé, plus on a ensuite de peine et de honte à le déclarer. On est alors fâché de ne la voir pas fait plutôt, et, ce qui fait jjIus de peine, c'est de songer : Comment puis-je en aller parler maintenant à mon supérieur , après avoir laissé passer tant de temps ? Si c'était une chose qui pe fit que de commencer, je ne manquerais pas de fui en rendre compte, mais de quel front paraîtrai -je maintenant devant lui? Que dirat-il de moi , de m'être caché si longtemps ? Il dira gue je n'ai point eu de confiance en lui, puisque je ne me suis pas découvert à lui d abord. Pour conclusion, tant que l'on n'ouvrira pas son cœur à son père spirituel, on n'aura jamais de repos, et on sera toujours exposé aux reproches et aux remords de sa conscience, de ce qu'on manque à une chose si importante, au lieu que, du moment qu'on n'aura plus toutes ces réserves, le trouble et l'agitation du dedans cesseront aussitôt, et on jouira d'une paix et d'une tranquillité parfaite.

11 en est à l'égard de ceci de même qu'à l'égard de la confession. Car, lorsque par honte on n'ose s'accuser de quelque péché , on n'a point de paix avec soi-même, et on est dans des inquiétudes et dans des transes continuelles ; mais, sitôt qu'on a confessé son péché, on se trouve si content et si soulagé, qu'il semble qu'on se soit déchargé d'un fardeau sous lequel on était près de succomber. Les plaies qui ne sont pas ouvertes, dit saint Grégoire, font plus souffrir que les autres, par l'inflammation que cause Ta matière qui est retenue au dedans; mais, quand on les ouvre, le pus et la pourriture sortent, et la douleur diminue. Il en est à peu près de même quand on vient à s'accuser de ses péchés, ou à déclarer ses tentations et ses faiblesses; car la confession des péchés estelle autre chose que l'ouverture d'une plaie ou d'un ajîostème ? On peut encore coni|)arer cet état à celui d'un homme qui a l'estomac surchargé de viandes ou de mauvaises humeurs, et qui fait de continuels efforts pour vomir: il souffre cruellement, jusqu'à ce qu'il ait rejeté tout ce qu'il avait sur le cœur; mais, dès qu'il en est venu à bout, il ne souffre plus, et il se trouve entièrement

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