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soulagé. Tout ceci fait bien voir que la peine qui se passe au dedans de nous est bien plus grande que celle de la déclarer ; car on en est quitte alors pour un peu de honte et de mortification qui se passe dans un moment, et on demeure ensuite dans une (laix et dans une tranquillité profonde. C'est pourquoi on peut fort bien dire à ceux qui cachent leur intérieur à leur père spirituel, afin de s'épargner de la peine et du chagrin, que par la même raison ils devraient ne pas le faire ; car, tant qu'ils persisteront à le cacher, ils se consumeront d'ennui, et se rongeront de chagrin, suivant ces paroles du Prophète : La pourriture a pénétré jusquà la moelle de mes osy parce que je me suis tû ; mais, dès qu'ils auront ouvert leur cœur, ils se sentiront soulagés , et se trouveront dans une assiette tranquille.
Une des principales difficultés qui empêchent quelques religieux de se découvrir à leur supérieur, ou la principale, pour mieux dire, est de s'imaginer au'ils seront déshonorés , qu'ils perdraient la bonne réputation qu'iîs se sont acquise : qu'après cela le supérieur aurait l'œil sur eux, qu'il ne se fierait plus à eux, ot qu'il ne les aimerait plus. Voilà le prétexte dont le démon se sert pour les abuser, et pour empêcher qu'ils ne découvrent leur intérieur, ou que du moins ils ne le découvrent tout h fait. Mais si nous faisons ▼oir, au contraire, que cette imagination est fausse, que l'estime et l'amitié qu'on a pour eux augmente, quand ils ouvrent entièrerae tleur cœur, et qu'on la perd dès qu'ils tiennent une autre conduite, nous croyons que l'obstacle sera tout à fait levé, et la difficulté entièrement aplanie. Or, c'est ce que nous entreprenons maintenant de prouver, moyennant la grâce de Dieu, en faisant voir que les choses ne sont point telles que le démon nous les représente pour nous séduire ; et en cela il ne fait que ce qu'il a accoutumé de faire dans toutes les tentations, et que ce
S u'on doit attendre du père du mensonge, ous disons donc qu'il n'y a rien qui liécrédite tant un religieux auprès de ses supérieurs, (^ue le soin qu'il prend de se cacher d eux; que c est le moyen de faire qu'ils le regardent comme un homme dissimulé, et qu'il ne saurait leur découvrir aucune faute qui pût lui causer plus de préjudice dans leur es-
1)rit. Car, après tout, une faute n'est qu'une aute ; mais on en soupçonne aisément plusieurs d'un homme que l'on croit 'iouble et dissimulé. C'est un esprit caché, dira-t-on ; que sais-je, si , comme il ne m'a pas découvert telle chose que j'ai pénétrée, il n'y en a point encore qu'il ne me découvre pas?
Cela seul ruine plus sa réputation auprès du supérieur que quelque faute que ce puisse être. Au contraire, lorsqu'on n'a point de réserve pour son supérieur, et qu'on lui découvre toutes ses tentations, toutes ses inclinations et tous ses défauts, bien loin de se ruiner alors auprès de lui , on y acquiert une nouvelle estime, parce que l'on passe pour un esprit humbFe et mortifié; pour un
homme sincère, et qui est véritablement te au dedans ou'il parait au dehors.
Prenons les choses encore de plus loin et remontons à la source : car, il s'agit ici d'un point très-essentiel et très-important. Nous disons, premièrement, ciu'un religieux ne saurait se servir d'un meilleur moyen pour se faire aimer de son supérieur, que de lui ouvrir entièrement son cœur, sans avoir jamais rien de caché pour lui. Et la raison de ceci est mie rien ne ixirle davantage à aimer, que d'être aimé : d'où vient que saint Jean, pour nous exciter à aimer Dieu, nous représente
Sue Dieu nous a aimés te premier. Or, une es choses en quoi un religieux peut faire mieux voir qu'il aime son supérieur , c'est en lui ouvrant le fond de son cœur, et en n'ayant aucune réserve pour lui : car l'amitié est grande, quand elle va jusqu à n'avoir rien de caché. C'est pourquoi le Sauveur du monde, expliquant à ses disciples la parole de la semence, leur dit r // vous est donné de connaître à découvert les mystères du royaume de Dieu^ mais ils sont cachés sotiM des paraboles pour Us autres. Et dans le sermon de la cène : Pour vous autres^ leur dit-il, je vous ai découvert tout ce que fai appris de mon Père, Quand donc le supérieur voit qu'un religieux lui ouvre son cœur entièrement , il connaît par là que ce religieux l'aime en effet, et le regarde comme son père et celui qui tient la place de Dieu, puisqu'il se confie à lui de toutes choses, et qu'il s'abandonne tout à fait entre ses mains, et cela l'oblige à Taimer encore davantage et à en prendre plus de soin. Que si, au coatraire, il voit que vous soyez réservé avec lui, et qu'au heu de lui dire ouvertement les choses, vous lui imrliez comme par énigmes, afin qu'en écoutant il n'entende ritn^ c'est de quoi lui donner une mauvaise idée de vous, et l'obliger à vous aimer moins. Car votre défiance et votre réserve lui marquent assez que vous n'avez point pour lui les sentiments d'estim.e et d'amitié que vous devez avoir pour votre père, et que vous ne le traitez point comme tel ; et cela n'est propre qu'à donner de l'éloignement et de l'aversion. Comment voulez-vous qu'il vous aime comme son fils, si vous ne I aimez pas comme votre père? Aimez-le comme on doit aimer un père, en vous confiant à lui, et en lui ouvrant entièrement ^ votre cœur , et il vous aimera aussi comme on doit aimer un fils. Nous ferons voir ailleurs , que les supérieurs doivent se conduire de même à l'égard des inférieurs. Car, lorsque le supérieur parle à cœur ouvert à un religieux, quel qu'il soit, et qu'il lui dit : Prenez garde à vous, vous avez tel ou tel défaut, on fait telle plainte de vous, vous manauez en telle chose, tâchez de vous corriger; le religieux l'en aime alors davantage, parce qu'il voit que cela part d'une véritable afl'ection. Mais aussi, quand le supérieur en use autrement, et qu'au lieu de dire avec charité et avec connance , en quoi on devrait se corriger, il affecte de prendre des détours , et de dire une chose pendant qu'il eu
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DASCËUSME.
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pense une autre : ce n*est pas un procédé cordial» c'est une conduite pleine de dissimulation. Quand il y aura donc de côté et d'autre une grande sincérité et une grande ouverture de cceur, alors il y aura une véritable amitié entre les supérieurs et les inférieurs, et une véritable union de cœur: et tout ira bien. Mais,quandrouverture de cœur n'y sera plus, il n*y aura plus aussi d'amitié que dans les paroles et dans les démonstrations extérieures. Et par là on voit €[ue nonseulement un religieux ne perd point lamitié de son supérieur en se découvrant librement à lui, mais quau contraire il se la concilie davantage.
11 s'ensuit de là encore, qu'il n'a point non plus à craindre de |: erdro l'estime de -son supérieur, qui est ce qui fait ordinairement le plus de peine : car l'amitié est toujours accompagnée d'estime, parce que la volonté no se porte à aimer que ce que l'entendement lui propose comme méritant d'être aimé. Mais, outre cette raison et [)our entrer davantage dans le détail des choses, il est certain que, quelque tentation que puisse avoir un religieux, son supérieur ne l'en estime pas moins. Car, ceux qui servent Dieu, et qui s'annoncent à la spiritualité, sont ceux qui sont les plus sujets à être tentés : les autres savent ce que c'est que de l'être, et ne s'aperçoivent pas quand ils le sont ; et, comme d'eux-mêmes ifs ne se portent que trop au péché, le démon n'a pas besoin de prendre la peine de les tenter. C'est contre ceux qui s'appliquent à servir Dieu, et qui aspirent à la perfection, qu'il tourne ses armes ; et c'est ce qui a fait dire au Sage : Mon fils^ en vous attachant au service de JKeu^ nréparez votre âme à la tentation.
Quelques-uns, au reste, se font quelquefois une idée si honteuse et si étrange de leur tentation, que, ne pouvant croire que personne en ait jamais ou de semblables, ils n'osent la déclarer à leur supérieur, de crainte de l'étonner; et cela arrive généralement aux nouveaux religieux, qui, ayant encore peu d'expérience en matière de tentation, regardent comme une chose étrange et nouvelle ce qui est très-ordinaire et trèsancien. Tenez pour assuré que vous ne saurez rien dire à votre supérieur ou à votre confesseur, qui lui semble extraordinaire ; plusieurs autres que vous lui auront déjà dit la môme chose, et peut-être que lui-même aura éprouvé une pare. Ile tentation. Le Sage dit qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil; ne croyez donc pas qu'une chose soit nouvelle parce qu'elle ne vous était pas encore arrivée.
Une autre raison, qui doit aussi empêcher de craindre qu'en déclarant ses fautes et ses imperfections à son supérieur, on vienne à être moins estimé de lui, est que tous les hommes sont sujets à faillir. Nous sommes formés d'une matière fragile, et nous avons tous été tirés de la même masse : ainsi, le supérieur qui connaît par lui-même la fragilité des inférieurs n'a garde d'être étonné, quand ils lui découvrent leurs imperfec-
tions et leurs défauts. Gerson voulant détourner les jeunes religieux d'une faute dans laquelle ils tombent souvent, qui est de cacher leurs fautes à leur père spirituel, par un principe de mauvaise honte, leur dit : « Croyez-vous que, pour savoir vos péchés et vos faiblesses, je vous en estime moins ? Nullement, je vous en aimerai môme davantage, à cause de la contiance que vous aurez témoigné avoir en moi , en me découvrant des choses que vous n'auriez pas voulu découvrir à votre propre père. Dieu m'est témoin,ajoute-t-il,combienj'ai le cœur attendri, quand (juelqu'un me découvre ses faiblesses, et plus je les trouve grandes et honteuses,pIus je me sens pénétré de tendresse et de compassion { our lui. » L'humilité que témoigne un religieux, qui fait de lui-même un aveu sincère de sa raule, et le désir qu'il montre en cela de la guérison de son âme et de son avancement spirituel, touchent de telle sorte les supérieurs, qu'ils le portent |alors dans leurs entrailles. Quand un étranger s'adresse à nous pour nous conter ses peines et ses afflictions, nous concevons de Vamitié pour lui : nous nous sentons portés à l'aider, et nous tâchons de le consoler du mieux qu'il nous est possible ; quels sentiments ne devons-nous donc point avoir pour nos enfants en Jésus-Clirist ? 11 est sans doute d'une trèsgrande importance que tous les religieux soient fortement persuadés qu'en découvrant leurs fautes à leur père spirituel, ils ne donneront nulle attefnte à l'amitié qu'il avait pour eux, et qu'ils ne feront, au contraire, que l'augmenter. Car, quand ils seront bien convaincus de cette vérité, ils n'auront garde de prêter l'oreille à tout ce que le démon pourra leur dire de contraire, pour les détourner d'une obligation si essentielle.
Pour appuyer encore davantage ce que nous venons de dire, il faut remarquer qu'il est véritablement honteux devant Dieu et devant les hommes de faire le mal, et de persister dans le mal avec une volonté déterminée; mais, que de le détester, de s'en repentir, d'en avoir de la confusion et de la douleur, et de s'accuser de ses péchés, c'esl une chose qui est très-louable devant Dieu, et qui doit par conséquent passer pour telle devant les nommes qui tiennent la place de Dieu. Les théologiens traitent une question, savoir, si au jour du jugement les péchés des saints et des bienheureux seront rendus publics; et les opinions sont différentes à ce sujet. Mais, ce qu'on peut tenir pour constant, et qui fait maintenant à notre sujet, c'est que s'il arrive qu'ils soient exposés è la connaissance de tout le monde, ce ne sera pas du moins à la honte et à la contusion des saints qui les auront commis, mais à leur honneur et à leur gloire, parce que la pénitence* au'il« en auront faite |)araitra en m^me temps aux yeux de tout le monde.
C'est ce que Dieu fait, dès à présent, à l'égard de plusieurs saints ; c^r, lorsau'on parle en chaire des dérèglements de la Madeleine, et que, le jour de sa fête, on lit dans l'église l'évangile où elle est appelée pécheresse^ et
DtCnONHAIRE
on deVadultërede David,
aint Pierre, et de la per-
Pflul contre l'Eglise de
ti dit des péchés de; ces
e à leur louange, Si cause
risoureuse qu^ls en ont
groirc du Seipneur, gui
rreg, et de l'hmU de» plus
matlres de la vie spiri-
t ordinairement ceci par
très-juste. Un homme,
it faire un très-bel liabit
lement bien : il arrive iiap
It un grand accroc; voilh
perdu : cependant il fait
rure, et la fa.t couvrir de
je quelque hroderie Irès-
en, l'hauil devient bcau-
)l plus magnifique qu'il
lie les péchés des bicn-
t au jour du jugement,
î qu'ils y parallronl : on
ijiiés, qu'ils leur seront
gloire que de confusion;
î leur pé.hé avait faite k
sera si bien raccommodée
iverte, qu'elle ne servira
ramage. La même chose
religieux qui découvre
les à son supérieur, pour
témoigne une véritable
es. {^«onuaiîsanre qu'il
liiés et de ses faiblesses
ïstime et l'amitié que le
Supérieur avait pour lui ; elle l'augmente au
contraire : car, ily a, comme dit le Sage, une
confuêion qui allirt le picki à la suite, et il
a tt une confusion qai concilie Vestime et les
vonnei grâces. La confusion et la honte qui
fait qu'on n'ose découvrir ses fautes, jettent
dans le désordre et dans le péché, mais la
confusion qu'on a de ses fautes, quand on
les dé<-lare, attire l'estime des hommes et la
bénédiction de Dieu.
H est rapporté dans la Vie de saint Ignace, qu'ayant tenté inutilement plusieurs voies pour gagner à D'eu un religieux qui menait «ne vie fort déréglée, il alla se (tonfesser à lui. Après s'élre confessé des fautes qu'il avait commises depuis sa dernière confession, il lui dit qu'il avait envie de seconfes- «er aussi des principaux péchés de sa vis passée ; et alors il cominenïa è s'accuser des faiblesses et des égarements de ^a jeunesse, avec tant do douleur et tant de iai-mes, que tout d'un coup le cœur du confesseur se trouva tout autre. Il n'eut plus dès lorsque de l'horreur de ses désordres pnssés, el que des sentiments d'amour et de respect jour saint Ignace, qu'il haïssait auparavant; il le choisit même pour son directeur, pratiqi:» les exercices spirituels qu'il reçut de lui, et par un entier changemeut de vie édifia tous ceux qui l'avaient connu. Cela tait voir combien on se trompe, quand on craint de se décréditer dans l'esprit de ses supérieurs l«r une humble confession de ses fautes ; car, cequl nous rend plus considérables devmi Dieu ne saurait nous faire aucun pré-
Iudice devant ceux qui sont les ministres do >ieu, et qui doivent se régler sur son exemple.
Nous tirons même de .a une conséquence qui mérite qu'on v fasse réflexion, et qui n'est que trop véiitable; c'est que quand on se tient clos et couvert, et qu on ne rend point un compte exact de sa conscience à son supérieur, c'est une marque qu'on n'a pas envie de se corriger, et qu'on ne veut pas se défaire de ses mauvaises habitudes. Car ne voyez-vous [as bien que , si vous aviez une douleur sincère de vos fautes, et que vous eussiez fait une ferme résolution d'être k l'avenir plus fidèle 6 vos devoirs, vous.ne vous feriez point de tort dans l'esprit de votre suiiéi leur en vous ouvrant à lui, puisque la déclaration que vous lui feriez de vos tàutes serait accompagnée d'un véritable repentir qui lui donnerait banr.e opinion de vous î Ce n'est donc point à rondie compte de sa conscience è ses supérieurs, mais plutôt à leur en dérober la connaissance, que l'on se fait tort dans leur esprit ; car on leur fïiit voir |iar là qu'on ne songe nullement i, se corriger.
Il y a encore une autre manière de ré{>ODdre b la diUiculié qui regarde la crainte de perdre l'esUmc de son suiiérieur; c'est que, si nous avions véritablement l'esprit d'humilité, nous devrions être bien aises d'elle eonnus pour aussi faibles que nous sommes, et qu'ainsi il ne faudrait point d'autre raison pour nous porter & déclarer nos défauts et nos mauvaises habitudes à notre supérieur. Car la véritable humilité fait non-seulemeiU qu'on se connaît et qu'on se méprise soimême, mais elle fait aussi qu'on est bienaise d'être connu et d'être méprisé des autres. Il est vrai que l'obligation de rendre compte de son intérieur a été établie paroii nous pour d'autres fins; mais, quand itn'y aurait point d'autre avantage è en tirer que celui de s'exercer dans la pratique de l'huoiilité, cela seul devrait sulTiro pour nous engager à satisfaire ponctuellement à cette obligation. Que si on n'a |wint les sentiments d'humilité qu'on doit avoir,et qu'au contraire on souhaite d'être estimé el de parveniraux emplois les plus considérables, nous ne nous étonnons pas qu'en ce cas-là on se laisse séduirepar les vaines frayeurs que l'orgueil et l'ambition ont coutume de suggérer, et que l'on songe en soi-même : Si mes défauts viennent à la connaissance de mes supérieurs, on n'aura plus de considération pour moi, et je ne m'avancerai point dans les charges, mais je demeurerai toujours dans le mépris et dans l'oubli. Plusieurs grands serviteurs de Dieu se sont souvent attribué des défauts et même des t^échés considérables, de peur qu'on jetât les yeux sur eux, pour les élever aux plus grandes dignités de l'I-iglise. Celui qui tâche, au Contran e, de cacher ses véritaWes uéfauts alln qu'on ait meilleure opinion de lui qu'il ne mérite, et qu'on l'avance dans les charges, eil bien éloiçné de leur ressembler, et marque bien qu il n'a aucun sentiment d'humilité dans son cœur.
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DÂSCETISME.
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II faut, au reste, remarquer ici une chose très-essentielle que nous avons déjà touchée ailleurs, qui est que les pratiques d'humi- Lté, de mortification, et de Quelque vertu que ce soit, auxquelles un religieux doit le plus s'appliquer, sont celles auxquelles il ne peut manquer, sans manquer en môme temps a ses règles, parce que c'est dans l'observation exacte de nos règles que consistent notre avancement spirituel et notre perfection. Que s'il n'a pas •s&ez d'humilité pour faire les exercices d'humilité et de mortification auxquelles elles l'obligent, il peut compter qu'il n'a point d'humilité. Car de quoi servent l'humilité et la mortification, si, pour s'épargner un peu de honte, et pour ne pas s'exposer à être un peu moins estimé, on foule aux pieds une règle si essentielle oue celle qui nous oblige de découvrir le fond de notre conscience à notre supérieur? On devrait, au contraire, si on avait une véritable humilité et une véritable douleur de ses foutes, se soumettre volontiers à cette lionte, en satisfaction de ses fautes ; et bien loin qu'elle dûtnousempêcher d'ouvrir notre cœur à notre supérieur, elle devrait même nous y porter. L'exemple du grand ïhéodose mérite en cela d'être imité de tout le monde. Rufin, voulant )e dissuader d'aller à l'église, parce que saint Âmbroise l'v attendait, dans la résolution de lui refuser 1 entrée, il répondit avec une humilité digne d'un chrétien : « Je veux y aller, afin que le saint évêque me fasse les reproches que je mérite. » C'est ainsi que, quand le démon veut vous empêcher de vous adresseï à votre supérieur ou à votre confesseur, vous devez lui répondre fermement : Je veux y aller, afin qu'il me fdsse les reproches que je mérite, je veux y aller afin d'avoir la confusion d'être connu de lui pour tel que je suis, et que cette confusion serve en partie pour expier mes péchés. Voilà avec quel esprit d'humilité il faut déclarer ses fautes ; voilà une bonne marque qu'on a un véritable regret de les avoir commises ; mais, lorsqu'on est plus sensible à la honte de se découvrir à un homme qu'à la douleur d'avoir offensé Dieu, on est bien éloigné des sentiments d'humilité que Ton doit avoir. Que si une de nos règles dit que nous devrions souhaiter à toute heure de nous voir chargés sans sujet d'injures, d'affionts, def;?ux témoignages et de toutes sortes d'ignominies,en cas que Dieu n'y fût point offensé, à combien plus forte raison devonsnous souhaiter d'être méprises quand nous en avons donné sujet, et quand il s'agit en môme temps de faire un acte de religion, et d'obéir à une des plus importantes règles que nous ayons.
Les considérations que nous venons de toucher ici pourraient suffire poumons persuader de n'avoir rien de caché pour nos supérieurs ; mais afin de rendre les choses plus sensibles et plus palpables, et afin qu'il ne semblât pas que nous ne voulussions rien établir que sur des raisons tirées de la spiritualité, nous avons pris une autre route dans le chapitre précédent. Nous y avons
fait voir que non-seulement on ne se fait point de tort dans l'esprit de son supérieur en se découvrant à lui, mais qu'au contraire on se concilie par là son estime et son amitié , et que Ton s'expose à la perdre quand on en use d'une autre sorte; et maintenant nous ajouterons encore une chose qui suit nécessairement de tout ce que nous avons dit à ce sujet. C'est que quand vous rendez un compte fidèle de votre intérieur, le supérieur prend alors confiance en vous et avec raison, parce qu'il vous connaît à fond, et qu'il est assuré que, dès qu'il se passera quelque chose de nouveau , vous ne manquerez pas de vous adresser à lui. Mais quand vous ne vous découvrez à lui qu'à demi, ce qu'il peut facilement démêler, il ne salirait plus prendre confiance en vous, parce gu'il ne sait point ce que vous avez dans le fond du cœur : de sorte qu'il faut de toute nécessité qu'il soit touiours à vous observer et qu'il ait continuellement les yeux sur vous.
Au reste, ceci mérite extrêmement d'être remarqué, parce que cette sorte de procédé
Eeut donner occasion de part et d autre à eaucoup de chagrin et d'amertume ; ce qui n'arriyerait point, si on avait une entière ouverture dfe cœur pour son suj érieur. L'expérience nous fait voir tous les jours que cette ouverture et cet épanchement de cœur servent extrêmement à réconcilier les esprits et à détruire beaucoup d'imaginar tiens et de soupçons qu*on peut avoir quelquefois les uns des autres, les supérieurs des inférieurs, et les inférieurs des supérieurs.
Il en est de cela comme de certains objets qui paraissent affreux à ne faire que les entrevoir la nuit et de loin ; mais, si vous avez l'assurance de vous approcher, vous trouverez que ce qui vous paraissait un fantôme n'est peut-être qu'une branche d'arbre ou quelque chose semblable. Vous avez des imaginations et des défiances qui vous font appréhender votre supérieur : approchezvous de lui ; ayez l'assurance de vous éclairer et de lui ouvrir votre cœur, et vous trouverez que toutes vos imaginations et vos défiances étaient mal fondées. Sénèque, parlant de la résolution avec laquelle on doit se porter aux plus grandes choses, dit trèsbien que si nous avions l'assurance de les entreprendre, nous y trouverions moins de difficulté que nous nous l'étions figuré; et qu'enfin nous ne manquons pas de courage parce que les choses sont difficiles, mais qu'elles sont difficiles, parce que nous manquons de courage. 11 se sert aussi à ce sujet de la comparaison que nous avons rapporté^, et citant Virgile, qui appelle les spectres et les ombres de la nuit aes figures terribles à voir, il remarque qu'il ne les appelle pas terribles en effet, mais seulement terriUes.à voir, pour montrer que tout cela n'a rien de soi-même de terrible : il ne faut qu'en approcher pour être éclairci que ce n est rien,* Il en est de même des soupçons et des ûnagi* nations dont nous venons de parler
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Noos ayons certainement de grandes grâces à rendre à Dieu de Tusage établi fanni nous de découvrir le fond de sa conscience à son supérieur, et de la manière douce et aisée avec laquelle on s'acquitte d'une chose qui d'elle-même est plus fAcheuse que toutes les pénitences et toutes les mortifications extérieures. On peut juger aisément de celte difficulté par celle qui se rencontre dans Je sacrement de pénitence que tous les fidèles, généralement parlant, trouvent d'une contrainte et d'une sujétion plus fâcheuse que tout le reste de leurs obligations. Il a fallu, pour rendre cette contrainte plus supportable, que le confesseur fût obligé de droit divin, et sous peine de sacrilège, de garder inviolablement le secret; cependant la confession ne laisse pas encore de faire tant de peine à quelques personnes du siècle, que plutôt que de se résoudre à confesser leurs péchés, elles aiment mieux se livrer à tout ce que les remords de la conscience et les frayeurs de l'avenir peuvent avoir à présent de plus terrible, et à tout ce que les peines de Vonfer auront éternellement de plus cruel. Or, ce que vous faites quand vous découvrez le fond de votre âme à votre supérieur, est encore quelque chose de plus que ce qui se pratique dans la confession ; car, non-seulement vous lui déclarez vos péchés et tout ce qui est matière de confession, mais vous lui découvrez aussi plusieurs autres choses ; et souvent on a plus de répugnance à faire connaître ses faiblesses qu à s'accuser de ses péchés , et qui plus est , c'est hors de la confession que tout cela se passe. Qu'une chose donc qui est d'elle-même si difficile, et qui d'ailleurs est si salutaire et si utile, nous soit devenue, par la miséricorde de Dieu, si douce et si aisée, c'est de quoi nous ne saurions jamais trop le remercier.
Mais recherchons un peu quelle est la cause pour laquelle la pratique en est si facile parmi nous. La première et la principale cause est la crâce ue la religion , a laquelle nous avons été appelés, parce que Dieu, comme nous lavons déjà dit ailleurs, donne à chaque ordre religieux les secours particuliers nécessaires h la fin pour laquelle il a été institué; et c'est ce que nous appelons la grâce de la religion. Comme nous sommes donc obligés, par notre institution, d'être toujours prêts à aller en quelque partie du monde où l'obéissance veuille nous employer au service des âmes, et à avoir commerce avec toute sorte de gens, et qu'afin gue le supérieur ne se trompe pas au choix qu'il fera des sujets pour cet eîfet, il est nécessaire qu'il nous connaisse tous à fond, ce qu'il nepourrait, si nous-mêmes nous ne nous découvrions tout à fait à lui : de là vient que, quoique cette ouverture de conscience soit une chose très-pénible d'ellemême et très-ft\cheuse, Dieu, par un secours particulier de sa grâce, nous la rend facile et aisée.
La seconde cause de la douceur et de la facilité aue nous y trouvons, est la manière
dont les supérieurs en usent envers ceux qui s*adressent à eux pour cet effet. Ils les reçoivent comme leurs enfants, avec une tendresse et une bonté de père, en sorte qu'ils ne semblent appliqués qu'à leur donner de la consolation; et il est sans doute très-important qu'ils en usent ainsi, et que les inférieurs soient bien persuadés que, toutes les fois qu'ils auront recours à eut, ils en seront traités avec bonté et avec douceur. Car, cela étant, ils s'y adresseront avec toute sorte de confiance { au lieu que s'ils appréhendaient, d'y trouver de la dureté et de la sécheresse, cette appréhension pourrait les en détourner. Mais, ce qui doit leur persuader qu'ils y trouveront toujours toutes sortes de bons traitements, c'est que les supérieurs sont obligés par le devoir de leur charge ; et que s ils ne le faisaient pas, ils manqueraient à une le leurs principales obligations.
Saint Bernard, sur ces paroles des Cantiques : Nous nous réjouirons en roii«, en nous souvenant de vos mamelles^ qui sont plus excellentes que le ren, donne un avertissement très-utile aux supérieurs, touchant la conduite qu'ils doivent tenir envers leurs inférieurs ; « Que les supérieurs, dit-il, qui cherchent toujours à se faire craindre par ceux qui sont sous leur charge, et rarement à leur être utiles, écoutent ceci : Venez vous instruire^ vous qui jugez la terre ; apprenez que vous devez être les mères et non pas les maîtres de vos inférieurs; étudiez-vous à vous faire aimer plutôt qu'à vous faire craindre ; et s'il est besoin d'user quelquefois de sévérité, que ce soit d'une sévérité de père et non de tyran. Montrez-vous mères dans la tendresse, et pères dans la correction ; rendez-vous affables; défaites-vous d'une trop grande sévérité; n'employez point le châtiment; tendez les bras, soyez remplis des sentiments et de l'affection d'une mère, non pas gonflés et bouffis de l'orgueil et de l'autorité du commandement. » Le même saint rapporte à ce sujet ces paroles de l'Apôtre : Mes frères , si quelqu'un tombe en quelque faute y vous qui êtes spirituels ^ reprenez-le avec un esprit de douceur ^ chacun faisant réflexion sur soi-même y de peur qu'Une lui arrive aussi d'être tenté; et ces autres d'Ezéchiel : L'impie mourra dans son iniquité; mais je vous demanderai compte de son sang, « Malheur aux supérieurs, ajoute-t-il ensuite, qui ne reçoivent pas avec douceur leurs inférieurs, quand ils s'adressent à eux dans leurs tentations et dans leurs faiblesses! Malheur à eux s'ils les rebutent et s'ils ne leur montrent pas des entrailles de père 1 car, si celui qui a eu recours à vous vient à empirer par votre dureté, et à se perdre. Dieu vous demandera compte de son âme. » C'est pourquoi, quand le supérieur ne regarderait que lui seul, il doit. s'appliquer à se bien acquitter de son devoir, afin que de même vous vous acquittiez bien du vôtre, et qu'il ne soit pas responsable de vos fautes.
Ce rjui rend en troisième lieu cette pratique aisée parmi nous, c'est l'usage qui en est
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DASCETISME.
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si fMquent et si général : de cette sorte que nous pouvons nous servir en ceci d'une considération semblable à celle dont saint Augustin se servit, lorsque la difficulté qu'il craignait d'avoir à garder la chasteté s'opposait dans son esprit au dessein qu'il avait de se convertir à Dieu. 11 dit qu'il se représentait la continence sous la figuie d'une dame vénérable, qui ayant autour d'elle plusieurs }>ersonnes de toute sorte de sexes, d'âges et de qualité, qui vivaient d'une manière trèsehaste, les lui montrait comme en se moquant de lui, et lui disait : « Est-ce que vous ne pourriez pas ce que peuvent tant de cens? ou croyez-vous que ce qu'ils peuvent, ils le puissent i^ar leurs propres forces, et non pas plutôt par les forces de celui qui peut tout? » Et il marque que cette considération servit extrêmement à l'encourager. Faites la môme chose à l'égard de l'ouverture de conscience que vous devez avoir pour votre supérieur; et, quand le démon vous la présentera comme difficile, dites-vous à vous-même : « Ne pourrai-jc donc pas faire tout ce que les autres font ? Me dispenserai-je de faire ce que font tant d'autres religieux qui sont plus anciens, plus savants, plus sages et plus éclairés que je ne le suis? » Cette considération aplanit de telle sorte toutes les difficultés, que nonseulement elle empêche qu'on ait de la peine à pratiquer les cnoses, mais qu'elle fait même qu'on a de la peine à ne pas les pratiquer, parce qu'on trouve qu'il serait honteux et de mauvaise édiûcation à ne pas faire tout ce que le monde fait. C'est pourquoi nous devons tous essayer de maintenir en vigueur une pratique si "sainte, afin que l'exemple des uns serve h encourager les autres : surtout comme ceux qui sont les plus anciens dans la religion, et les plus consommés dans les sciences, sont capables de faire beaucoup de bien ou beaucoup do mal parleur exemple et par leurs discours; c'est principalement à eux de maintenir ces sortes d'usages par ces deux moyens, parce que tout le monde prend garde à ce qu'ils font, à ce qu'ils dasent, à ce qu'ils approuvent, et se règle ordinairement sur leur modèle. Nous aioutons encore qu'il imnorle extrêmement à chacun en particulier ae s'exercer à celte ouverture de conscience, parce que, de cette sorte, la pratique en deviendra aisée; au lieu que si on ne s'y exerce pas, on la trouvera dans peu de temps très-difficile. C'est ce qui arrive à l'égard ae tous les autres exercices d'humilité et de mortification, et h l'égard de la confession même, qui fait ordinairement beaucoup de peine à ceux qui ne se confessent qu'une rois l'année, et qui est au contraire d'un grand soulagement et d'une grande douceur pour ceux qui se confessent souvent.
Une chose qui contribue encore extrêmement à nous rendre cette pratique facile, est de savoir que ce que l'on dit au supérieur ou au préfet des cnoses spirituelles, en lui rendant compte de sa conscience , on ne le dit point à un juge de qui on puisse craindre d'être puni, mais h un jïère de qui o:i attend
de la consolation, et dans les conseils duquel on espère de trouver quelque remède à son mal. C'est pourquoi , quelque chose qu'on puisse déclarer de cette sorte, on n'encourt pour cela aucune punition, non plus que pour tout ce qu'on dédare dans la confession, parce que ces deux tribunaux sont de même espèce, et qu'ainsi ce qui se pratique dans l'un est une conséquence pour l'autre. Ce qui facilite enfin extrêmement l'ouverture de conscience, et ce qui confirme fort tout ce que nous en avons dit, c'est que le supérieur est expressément obligé, par nos constitutions, de garder inviolablement le secret. Ainsi vous pouvez être assuré que ce que vous direz à votre supérieur, en lui rendant compte de votre conscience, demeurera dans son sein, sans que personne en sache jamais rien , et sans qu'il puisse jamais rien vous en arriver de fâcheux. Outre que l'on e<ît déjà obligé, sous peine de péché mortel, de garder un secret cfe cette nature, le père général Aquaviva y a encore pourvu d'ailleurs par des règlements très-sages et très-sévères. 11 ordonne, par ces règlements, que les supérieurs qui violeront la foi du secret seront rigoureusement punis, même jusqu'à être déposés de leurs charges ; et il veut, non-seulement que tous les religieux soient avertis de cet ordre, mais qu'on leur fasse savoir aussi qu'il y a un ordre précis de le faire exécuter ponctuellement contre qui que ce soit. De même qu'afin que les hommes ne fissent aucune difficulté de se confesser, il a fallu obliger les confesseurs, par toute sorte de voies, à garder religieusement le secret; de même, afin qu'on ne fit aucune difficulté de découvrir sa conscience à son supérieur, le père Aquaviva a jugé qu'on ne pouvait apporter trop de précautions pour faire que les supérieurs ne révélassent point les choses qui leur auraient été confiées de cette sorte. « Je ne sais, dit-il, s'il pourrait jamais rien arriver de plus préjudiciable que cela au bien de la Compagnie, qui se propose de conduire les siens à la perfection , plus par la voie intérieure de l'esprit que par celle des pénitences et des mortifications extérieures. » Et, par ces paroles, il est aisé aux supérieurs de juger quel tort ils feraient atout leur ordre, s'il leur échappait jamais de laisser rien pénétrer de ce qu'on leur aurait déclaré en leur rendant compte de sa conscience. Répandez votre cœur comme de l'eau en la présence du Seigneur ^ dit Jérémie; et ces paroles nous marquent admirablement bien comment nous devons épancher notre cœur dans le sein de nos supérieurs. Il faut que ce soit comme si nous répandions une couche d'eau : lorsqu'on en répand une d'huile, il demeure toujours quelque chose au fond ; et lorsque c'est du vin ou du vinaigre que l'on verse, le vaisseau en retient du moins quelque odeur. Mais si l'on vide une cruche d'eau, il ne demeure plus rien au fond de la cruche, et elle ne conserve aucune odeur ni aucun goût, non plus que si on n'y avait jamais rien mis. C'est ainsi qu'il faut épancher
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DiCTiœmAIEE
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TOtre cceor en rendant compte de TOtre conscience ; il faut Té^^ncher de telle sorte qu'il n*y demeure plus rien, et qu*il ny reste pas même la moindre odeur de quoi que ce soit.
Comme ce point est d*une eitrème imtjortance, et un des principaux moyens que nous avons pour Tayancement spirituel de nos âmes, notre saint instituteur a voulu qu outre les comiites que Ton rend de sa conscience le long de Tannée, on fût encore particulièrement obligé d*en rendre un tous les six mois, qui comprit tout ce temps-U, et que cela se fit toujours ayant le renouvellement des vueui. C'est ainsi qu'on Ta toujours pratiqué dans la Compagnie; de môme, depuis la quatrième congrégation générale , on en a fait une règle insérée dans les règles communes. Comme dans le temps de ce renouvellement, saint Ignace veut qu'outre les fréquentes confessions qu'on aura faites auparavant, on en fasse encore alors une générale, qui embrasse tout le temps qui se sera passé depuis le dernier renouvellement : aussi veut-il qu'outre les comptes qu'on aura rendus de temps en temi>s de sa conscience, on en rende alors nn général, qui comnrenne tous les six mois qui se seront écoulés. Il a cru qu'il ne pouva t nous donner de meilleur moyen que celui-là pour le renouvellement et la régénération de l'homme intérieur; et le Père Aquaviva, porté du môme esprit, recommande instamment le môme moyen dans son instruction aux visiteurs. « Si les inférieurs, dit-il, rendent compte de leur conscience comme ils doivent, et que les supérieurs, de leur côté, reçoivent aussi, comme ils doivent, le compte que les inférieurs leur rendront, ce sera sans doute un grand avantage pour renouveler en nous la v.e de l'esprit, et pour contribuer à notre progrès spirituel. » Ces paroles s'accordent admirablement bien avec ce que dit saint Basile, que si les inférieurs ont envie de faire quelque progrès considérable dans la vertu, et de parvenir à la perfe-tion, ils doivent n'avoir rien de caché pour leurs supérieurs. « Car, en nous ouvrant entièrement à eux, ajoule-t-il, il arrivera qu'ils nous conûrmeront dans ce que nous aurons de bon, et qu'ils ap|>orteronl les remèdes convenables à ce que nous aurons de mauvais. Ainsi, par le moyen de cette communication réciproque, nous parviendrons Feu à peu à la perfection. De môme que quand eau est bien claire on voit le moindre gravier q^ui est au fond , de môme il faut que le supérieur puisse voir jusqu'aux moindres défauts et aux moindres imperfections qui sont au fond de notre Âme. i»
Nous avons là-dessus une très-bonne instruction parmi nous, qui peut extrêmement servir à nous rendre les cnoscs p'us faciles; et je remarque, à ce sujet, que ^es deux parties principales qu'elle contient, la première, qui est comme la préface et l'introduction, est la plus considérable, parce qu'elle renferme en substance toute la quarantième règle do sommaire des constitutions, dans iaqqelle l'obligation de rendre compte de sa
conscience, et la manière dont on doit s*en acquitter, sont traitées à fond. On exhorte premièrement chaque religieux dans cette préface, à considérer comment saint Ignace parle de cette obligation dans les Conttitwtions; et on «(joute ensuite : « Que tous Ie5 religieux donc, soit en confession, soit autrement, selon au ils voudront, et qu'ils en recevront plus de consolât *on, aient soin de découvrir entièrement le fond de leur âme sans cacher aucune chose en quoi ils aien* offensé Dieu, depuis la deinière fois qu'ils auront rendu compte de leur conscience ; ou que du moins ils fassent cx>nnaitre les fautes auxquelles ils ont été le plus sujets. » Or^ nous disons maintenant que c'est en cola que consiste ce qu'il y a de plus im{)ortant en cette matière ; et que celui qui manquera à ce qui est porté dans celte première partie, ne rendrait pas un bon com[)te de sa conscience, qrand il observerait ensuite tout ce qui est marqué dans la seconde qui contient quatorze points. 11 n'est pas besoin, au reste, de les parcourir tous ; pour prouver cette vérité, il suffit d'entreprendre un des principaux, et prenons, par exemple, le troisième t|ui e.'^t de rendre compte ue ses tentations, de ses passions et de ses mauvaises inclinations. « Une des princi|)ales choses dont on doit rendre compte, dit la rè^le, ce sont les tentations ({ue Ton a, comment on en est combattu, ce qu'on fait pour y résister, et la facilité ou la clifficulté qu'on a à les vaincre ; et ainsi de môme à l'égard des liassions et des mauvaises inclinations. » Voilà tout ce que [lorte le troisième point, et tout ce qu'il y a sur ce sujet dans toute la seconde partie de cette instruction. Nous demandons maintenant, pour rendre un bon com[»te de sa conscience, et pour faire connaître l'état de son âme à son supérieur, touchant le i^oint dont nous venons de parler, est-ce assez de lui dire toutes les tentations et toutes les mauvaises inclinations que l'on a? Nous disons que non, et qu'il faut aussi lui rendre compte de ses chutes, s'il est arrivé que l'on soit tombé. Car, autre chose est de dire : je suis naturellement porté à l'orgueil; et autre chose de dire : j'y suis naturellement si porté que j'ai fait telle et telle chose dans la vue de m'attirer de l'estime, et que j'ai essayé de me dispenser de telle chose qu'on me commandait et qui me faisait du dépit, non pas qu'elle fût trop difficile d'elle-même, mais parce qu'elle blessait ma vanité. Il y a encore de la différence entre dire : je suis colère et impatient, et dire : je suis si impatient et si colère qu'il m'est arrivé de ra'emporler, et de dire ou de faire des choses qui ont pu scandaliser mes frères. Enfin, il y a une grande différence entre dire
Su'on a eu des tentations contre la pureté, et ire qu'on a été jusqu'à s'y entretenir avec plaisir, ou môme jusqu'à y consentir. On doit juger fort différemment de celui qui a succombé à la tentation, et de celui qui v a résisté avec courage; et les remèdes cru il faut employer pour guérir l'un sont fort différents de ceux aont il faut se servir pour fortifier l'autre. Comme quand un médecin traite un