‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 20 sur 315 · PEH · texte numérisé non relu

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malade de la fièvre, il imporle extrêmement qu'il connaisse si le malade est naturellement fort et robuste, ou si c'est une personne délicate et faible, parce que la fièvre se traite difl'éremment selon la différence des constitutions : aussi il importe extrêmement que votre médecin spirituel connaisse votre force et votre faiblesse intérieures, afin qu'il sache comment il faut vous traiter, et quels remèdes vous sont les plus propres. C'est pourquoi il ne suffit pas que vous lui rendiez compte de vos tentations et de vos mauvaises inclinations, si vous ne lui rendez compte aussi de vos chutes; parce que c'est suivant que vous êtes tombé, ou que vous vous êtes soutenu^ qu*il juge de votre fiiiblesse ou de vos forces. Et de là vient que dans la quarante-unième règle du sommaire, où il est encore traité de cette matière, il est dit exj)ressément qu'il faut découvrir, non-seulement ses tentations, mais aussi ses fautes et ses chutes.

Or, la même chose est de même énoncée dans la préface de Tinstniction dont nous parlons, qui porte en termes exprès î qu il faut découvrir enflèrement le fond de son âme aux supérieurs , sans cacher aucune chose en quoi on ait offensé Dieu» ou que du luoins il faut faire connaître les fautes auxquelles on est le plus sujet. 11 n'en est rien dit après cela dans les quatorze points qui suivent; de sorte que, si on voulait s'en tenir à ce qu'ils prescrivent, ce serait réduire en pure cérémonie et en pure formalité une aes règles les plus importantes et les plus considérables que nous ayons. Cette observation, au reste, peut servir généralement à tout le monde, parce qu'elle fait connaître comment il faut rendre compte de sa conscience à ses pères spirituels.

Pour procéder en ceci avec encore plus de netteté et plus d'ouverture , il ne faut pas se contenter de lui dire ses fautes en général ; il faut les spécifier en particulier, parce que ce n'est que de cette sorte qu'on peut se faire clairement connaître : et ceci est encore un très-bon avis pour ce qui regarde la confession. Car, par exemple, vous ne devez pas vous contenter de dire dans votre confession : je me suis laissé aller à des pensées d'impureté; mais vous devez marquer jusquoù vous vous j êtes laissé aller : et quoique les choses dont vous vous accusez ne soient que des fautes vénielles, et que les fautes vénielles ne soient pas nécessairement matière de confession, cependant, puisque vous vous en confessez, comme il est juste, il ne suflît pas de le faire en termes généraux, qui cachent toujours une partie de la faute, mais il faut spécifier les choses en détail : c'est la manière qui en fait mieux voir la grièveté. Pour preuve de ceci, n'est-il pas constant que ce n'est pas bien faire connaître sa faute que de s'accuser généralement d'avoir laissé échapper des paroles d'impatience et de promptitude, quand ces paroles sont telles qu'elles feraient paraître la faute plus grande en les exprimant ? Et n'est-il pas vrai encore que si on a manciué à l'obéissance d'une manièio

âui aurait pu donner quelque mauvaise édication, il ne faut pas se contenter de dire : je m'accuse d'avoir manqué h l'obéissance , mais qu'il faut spécifier sa faute de la façon

3ui peut mieux en faire voir la gualité, et en onner une connaissance plus distincte. Nous disons la même chose du compte que nous de* vons rendre de notre conscience à nos supérieurs : il ne faut pas le rendre d'une manière générale, et se servir de détours pour s'expliquer, il faut s'expliquer d'une façon claire, nette, sincère, sans rien omettre qui serve h faire connaître l'état de l'âme, sans y rien laisser que l'on n'expose à leur vue, sans qu'il y ait aucun pli ni aucun repli qu'on ne leur découvre. C est dans les plis des rides que la crasse s'arrête ordinairement ; et Dieu^ a voulu, dit saint Paul, se faire une Eglise pleine de gloire, qui n'eût ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais qui fût sainte et immaculée. 11 faut, suivant ces paroles, qu'il n'y ail ni pli, ni ride en notre âmci mais que tout y soit uni comme une glace de miroir.

Saint Ignace exige un compte si exact et si entier de la conscience de chaque religieux en entrant dans la compagnie, qu'il veut que chacun rende compte alors, non-seulement de ses mauvaises inclinations et des péchés auxquels il est pour lors le plus sujet, mais aussi des mauvaises inclinations qu'il a eues autrefois, des péchés dans lesquels il est le

f)lus souvent tombé, et des vices qui ont fait e plus de désordre dans son âme par le passé. Pour bien éclairer un médecin, et pour qu'il puisse asseoir |un bon jugement sur une maladie, et y appliquer des remèdes qui , en guérissant un mal, n'en fassent pas revenir un autre, il faut lui rendre compte, non-seulement de celles qu'on a, mais encore de toutes celles qu'on a eues autrefois. 11 en est ici de môme ; si vous toulez que votre médecin spirituel soit bien éclairci de votre état intérieur, il faut lui rendre un comiite fidèle, non-seulement de vos mauvaises habitudes et de vos mauvaises inclinations présenter, mais encore de tous vos désordres passés, parce qu'ils servent à lui faire connaître la cause et la source de votre mal. C'est pourquoi on conseille ordinairement à celui qui veut faire une confession générale, de choisir pour cet efl'et le confesseur auquel il a dessein de se confesser toujours ; et cela afin que le confesseur puisse avoir une plus parfaite connaissance de l'âme de son pénitent, et travailler plus utilement à le conduire. Car souvent les tentations impures dont on est tourmenté, et les révoltes de la chair contre l'esprit, sont des restes et des suites des dérèglements passés, et une punition de la vie licencieuse qu'on a menée ; ainsi, dans quelque retraite et dans quelque recueillement que l'on vive, il arrivera quelquefois qu'enpunition des mauvaises habitudes aux*» quelles on se sera abandonné autrefois, on sera tourmenté par ces sortes de révoltes et de mouvements involontaires. A cela, tout c^ qu'il y a à faire, c'est de s'humilier devant Dieu, prenant de là occasion d'entrer d«n< de vifs sentiments de douleur et de confii*

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DICTIONNAIRS

fcion, non-seuiement à l'égard du p?ésenl, mais aussi à Tégard du |;assé; et de celte sorte on ne recevra aucun préjudice de tous

}es mouvements impurs que la tentation sVforcera d'exciter en nous.

II £aut remarquer ici en dernier lieu, que 4e rendre compte de sa conscience » et de élire une confcfsion générale, ce sont des choses tout à fait distinctes parmi nous, comme on peut le voir par les différentes règles que nous avons touchant ces deux obligations, qui sont extrêmement différentes. Cependant il est certain qu il est libre à eliacun de rendre compte de sa conscience, soit en confession, ou autrement, selon qu'il Toudra, et qa*it croira en recevoir, plus de consolation; et nos constitutions le disent en termes exprès ; mais il est bon aussi de faire réflexion sur une chose que le père Aquaviva dit à ce sujet dans Tinsti uction aux visiteurs, et que nous ra .)porterons ici mot à mot, à cau^c de l'import .ncc de la matièie. Après avoir marqué la différence qu'il y a entre rendre comfite de sa conscience et se confesser, et après avoir dit que chacun peut, s'il le veut, nen rendre compte qu'en confession, il ajoute : C'est ) ourquoi, comme il ne faut l>oint contrainûie nos religieux à rendic compte de leur conscience hors de la confession, puisque les institutions leur laissent une entière liberté là-dessus, pour la consolation [articuli ère d'un chacun; de môme il iaut louer ceux qui, excepté les choses <jai regardent proprement la confession et qu ils pourront ensuite découvrir en confession au supérieur) rendent compte de leur conscience hors de la confession et se lassent voir à fon I, afin que le bujiérieur n'étant relcîiu |)ar aucun respect, puisse se prévaloir librement de cette connaissance, pour l'avantage de leur conduite et pour la plus grande gloire de Dieu. Ainsi, le meilleur est de rendre compte de sa conscience hors de la confession; et en cela on témoigne avoir plus de confiance en son supérieur , de même qu'un homme qui met des pierreries entre les mains de son ami pour les garder, lui témoigne plus de confiance que s'il les lui donnait dans un coffre bien fermé et bien cacheté.

De tout ce que nous avons dit, il résulte cfuelques diflicullésqui peuvent se présenter h l'esprit, et il faut essayer de les aplanir. La première est que d'un côté nous avons dit que le meilleur est de rendre compte de sa conscience hors de la confession, et que d'ailleurs nous avons remarqué qu'il ne faut }>as seulement déclarer ses tentations et .ses mauvaises inclinations, mais qu'il faut aussi déclarerses chutes, s'il est arrivé que l'on soit tombé, et que sans cela on ne rend pas un bon comptede sa conscience. Or, maintenant nous demandons : S'il arrivait, ce que Dieu veuille détourner par sa grâce, que quelque religieux, succombant a la tentation, tombât dans quelque faute griève et honteuse, est-il possible que la règle voulût l'obliger d'en rendre compte à son supérieur hors de la cortfession 1 Cela semble une pratique très-difficile €l très-fâcheuse : et scénéraiement parlant, on

ne pourrait guère s y soumettre. A cela nous répondons, que l'intention de la règle et de lotre saint fondateur n'est [/Oint qu'en ce cas>Ià on déclare son péché hors de la confession ; au contra re, c'est afin principalement d'ôter celte contrainte, que la règle dont nous avons

!)arlé a établi Talternative de s'accuser de ses iautes, ou en confession ou autrement, selon qu'on voudrait. Les règles du Provincial poitent expressément la même chose : car a^Tès avoir dit, que quand un religieux a renJu compte de ^a couscience, le supérieur peut linterrogcrsurce qu'il jugeraà proros, elles ajoutent aussitôt : Quoique toutefois il faille avoir cette réserve de n'interroger personne hors de la confession, sur les choses gu'il est extrêmement honteux d'avouer, uànd les choses sont d'une nature qu'il semble qu'on n'ose pas les dire hors de la confession, on fait bien alors de les garder y*o\\r le tribunal de la confession ; et nonseulement le supérieur ou le père spirituel ne doivent jamais hors de là faire aucuni^ question sur ces sortes de choses, mais il> ne doivent pas même pewneltre qu'on leur en parle. 11 ne faut pas que les oreilles chastes entendent rien de semblable hors de laconfession ; ainsi il est bon de réserver pour la confession tout ce qu'on peut avoir à dire sur cette matière, c'e^t ce que le père géâ':éral Aquaviva a voulu nous marquer lar les paroles que nous avons rapportées dans le. .chapitre précédent, car en disant que le meilleur est de reuvire comj te de sa conscience hors de la confession, il excci le les choses qui regardent proprement la coLfession.

La seconde difliculté est plus importanlrï que la première. Nous avons dit d'un côté, et saint Ignace le dit expresséotent, qu'unie des raisons pour lesquelles on nous oblige de rendre compte de notre conscience , e^t afin que les supérieurs , connaissant à fond ceux qui sont sous leur conduite , puissent mieux pourvoir à tout ce qui regarde le b-eii de chaque religieux en particulier, et à l'avantage de toute la Compagnie en gétiéral. Nous avons d it aussi d'ailleurs, que les mêmes constitutions permettaient èi chacun de rendre compte de sa conscience dans le tribunal de la confession : de sorte qu'on peut, ce semble, objecter que le gouvernement général de la compagnie est fondé sur les lumières que les supérieurs tirent des confessions. Kn effet, quelques personnes, faute de bien entendre la manière dont la corapagn e se gouverne en ceci, se sont laissé extréiiiemeiit frap[ er de cette objection. Pour y répondre, nous disons premièrement que fa compagnie est si éloignée de régler sa conduite sur les confessions de ses religieux, que même le père Aquaviva voyant que quelques théologiens tenaient qu'un confesseur peut, sans violer le sceau de la confession, se prévaloir en certains cas de ce qui lui a été révélé à confesse, réprouve cette opinion dans ses ordonnances , et défend très-sévèrement de l'enseigner, ou de la suivre. Il enjoint à tous les confesseurs de la Compagnie, qu'à

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D'ASCEÏiSMK.

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l'ôgariJ des choses qui leur seront révélées oa confession, ils se comportent toujours eomme si elles n'étaient jamais parvenues à leur connaissance. Et cela est entièrement conforme à un décret que Clément VIII donna sur cette même matière quatre ans après, et dont le père François Suarez et plusieurs autres font mention. Mais la Compagnie observe encore des mesures plus étroites; car elle ordonne aux supérieurs de garder soigneusement le secret sur toutes les choses qu'on leur dit en rendant compte de sa conscience. Or, si elle veut qu'on ait tant de circonspection dans les choses qu'on apurend hors du tribunal de la confession , quelle réserve ne doit-elle point apporter pour empêcher que la confession ne devienne odieuse, et qu on ne commette un sacrilège contre Tinvioiabililé du secret 1

Nous répondons, en second lieu, qu'il n'y a nul inconvénient à se servir de la confession pour le gouvernement intérieur des âmes, et qu'au contraire, c'est undes plus grands avantages qu'on puisse en tirer. Car comme le pénitenldécouvre alors toutes les plaies et toutes les infirmités de son Ame, le médecin spirituel , qui est le confesseur, peut bien mieux iuger des remèdes qui y sont propres, et de la conduite qu'il doit lui faire garder par la suite. Cette vérité est si constante, que le Pape Alexandre III [>arlant de certains pécheurs d'habitude, qui, môme dans le tribunal de la confession, disciit qu'ils ne peuvent s'empêcher de tomber dans le désordre, et qui sont par conséquent incapables d'absolution, puisqu'ils n'ont pas un véritable désir de renoncer à leur péché, ordonne aux confesseurs de les entendre en confession, afin d'avoir occasion de leur donner quelque bon conseil pour leur conduite et pour leur salut. Il exhorte même les pécheurs qui sont dans cette mauvaise disposition de ne pas laisser de se confesser, quoique l'absolution doivo leur être refusée, et de se confesser de tous leurs péchés et de tous les désordres de leur vie, et même de la mauvaise disposition avec laquelle ils vont alors à confesse. Il commande aussi aux confesseurs de les recevoir, et de les entendre avec douceur et avec bonté, pour leur donner ensuite quelque conseil et quelque instruction salutaire : parce qu'il arrivera peut-Atre que peu h peu ils viendront à se laisser toucher le cœur, et à s'éloigner des occasions, et qu'enfin, par le moyen de celle pratique d'humilité, et de quelques bonnes œuvres auxquelles le confesseur leur demandera de s exercer, Dieu leur ouvrira les veux, et les portera à renoncer entièrement a leur péché, et à faire une bonne confession. Ainsi ce n'est pas une nouvelle institution, niais une pratique très-ancienne et très-approuvée dans l'Eglise , que de se servir de la confession, comme d'un moyen très-utile pour mieux oonduire les âmes dans le chemin du salut.

No'js lisons dans la Tie de saint Ignace, que les premiers Pères de notre Compagnie, 1 ayant élu tous pour général en deux assemblées, il se défendit longtemps d'accep-

ter, comme se reconnaissant inca[:abie do cette charge. On le pressait cependant de tous c6t6s, en lui remontrant que de persis»* ter à refuser, c'était résister à la volonté de Dieu, qui était sufllsamment marq^uée par le concours de tous les suffrages. Mais quelque chose qu'on pût lui dire, on ne gagna rien pour lors sur lui, et il fallut donner les mains à un expédient qu'il proposa, et qui fut tel que nous allons dire : « je remettrai, dit-il, cette affaire entre les mains de mon confesseur : Je lui déclarerai tous les péchés que j'ai commis, toutes les mauvaises habitudes et toutes les mauvaises inclination» auxquelles je suis sujet, enfin toutes mes faiblesses et toutes mes infirmités, tant les

f)assées que les présentes, tant les corporeles que les spirituelles, et si après cela il me recommande ou me conseille, au nom de Jésus-Christ, de me charger d'un fardeau si pesant, j'obéirai sans réplique. » Il en usa comme il avait dit : Il fut en retraite pendant quelques jours, au bout desquels il fit sa confession générale à un saint religieux de l'ordre de Saint-François, nommé le Père Théophile, h qui il demanda ensuite s'il accepterait ou non l'élection qu'on avait faite de lui ; et la réponse ayant été qu'il devait l'accepter, ou qu'autrement ce serait résister au Saint-Esprit, il ne fit plus difficulté de se soumettre. Nous demandons maintenant, y a-t-il quelqu'un assez malin pour trouver à redire à cette conduite de saint Ignace , et pour la soupçonner de déguisement ? Nous croyons certainement qu'il n'y a personne qui puisse en parler, que pour la louer , comme en effet elle mérite qu'on la loue, et comme elle est louée par tous ceux qui ont écrit sa vie. Or, Notre-Seigneur qui s est sejvi de ce moyen pour la conduite de notre fondateur et de notre chef, lui a a[)pris aussi à le mettre en usage pour la nôtre; ainsi cette pratique de déclarer au su| érieur, en confession ou autrement, toutes nos inclinations vicieuses, toutes nos fautes et toutes noa imperfections, est un moyen qui nous est donné de Dieu, afin que le supérieur puissr» mieux nous conduire dans le chemin de la perfection à laquelle nous faisons profession d'aspirer.

Cela étant, nous disons qu'en ce qui regarde le gouvernement extérieur et politique de la Compagnie, on ne peut nullement se prévaloir des confessions , mais qu'en ce qui rc- §arde la conduite intérieure et spirituelle es âmes, il est très-a-propos et même trèsnécessaire de s'en servir cle la manière que nous avons dit. Aussi voyons-nous que c est une pratique très-commune dans toute l'Eglise, quand on a quelque doute ou quelque difficulté sur sa conduite intérieure, de s'adresser h un confesseur sage [et éclairé, et d'en conférer avec lui, soit en confession ou autrement, afin de recevoir ses avis et se» conseils; ce qui est précisément la vue de saint Ignace, lorsqu'il laisse au choix des religieux de rendre compte de leur conscience dans le tribunal de la confession, ou aulremenl. Ce n'est donc point suivant les

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lumières qui se tirent des comessions, que l'on fait, ou gue l'on destitue les recteurs, que Ton reçoit les profès, ou que Ton pourvoit à toutes les charges de la Compagnie : ce serait très-mal fait d'en user de cette sorte, et on ferait aussi très-mal d'avoir cette opinion.

Il faut, au reste, remarquer ici une chose très - essentielle et très - importante ; c'est qu'un religieux pourrait se trouver dans une telle position, et tant de circonstances pourraient concourir l'une avec l'autre, que son confesseur l'obligerait en conscience et sOus l)eine de péché, d'aller prier son supérieur ue ne pas le mettre dans un tel emploi, de ne pas l'envover dans une telle mission, et *de l'éloigner d'une telle occasion, en lui déclarant en même temps le péril auquel il pourrait être exposé par là à cause de sa faiblesse. Quel moyen plus honnête et plus convenable peut-on donner en ces cas là a un religieux, que de l'obliger de s'ouvrir à son supérieur? Car alors le supérieur saura vous éloigner de cette occasion, sans que votre honneur y soit intéressé, et il vous empêchera de vous exposer à des périls plus grands que vos forces, et de cette sorte on pourvoit en même temps à la sûreté de votre conscience et à votre honneur. Il arrive aussi d'autres fois, que véritablemeat on n'est pas assuré si on se met en danger ou non : cependant on craint et on doute; et alors c'est un grand soulagement d'esprit et une grande consolation d exposer ses doutes et ses difficultés au supérieur, et de se mettre entre ses mains. Car, si après cela on vous engage dans quelque emploi que vous aviez peur qui fût dangereux pour votre salut, le pénl ne retombera plus sur vous, C'Omme il aurait fait si vous n'eussiez rien dit; il retombera entièrement sur votre supérieur; et Dieu, qui verra que vous aurez fait ce qui aura dépendu de vous, vous i)rêtera son secours, et vous donnera des orces pour vous bien acquitter de ce qu'on vous aura commandé.

En troisième lieu, nous répondons que, quoique la règle permette de rendre compte de sa conscience en confession, il est encore mieux, comme nous l'avons déjà dit , d'en rendre compte hors de la confession ; et que <;omme parmi nous chacun sait qu il est mieux d'en user ainsi, chacun aussi, généralement parlant, s'y attache à ce qu'il y a de mieux; et que par conséquent on ne doit «voir aucun soupçon que le gouvernement des supérieurs soit fondé sur ce qu'on leur révèle en confession, puisque c'est d'ordinaire hors de la confession qu'on leur rend compte de sa conscience. Mais supposé que quelqu'un n'en veuille rendre compte que dans le tribunal de la confession, peut-on croire qu'il y ait un religieux assez ennemi de la perfection, pour n'ôtre pas bien aise que quand il aura dit quelque chose en confession au supérieur, le supérieur s'en serve })our lui ôtcr les occasions de tomber dans le péché, et pour le conduire plus sûrement dans le chemin du salut ? Car, i ourvu que le

supérieur y procèJe avec toute la sagesse et toute la circonspection nécessaires, et pourvu qu'il n'en puisse arriver que du bien au religieux, et que personne ne puisse connaître par là les fautes dans lesquelles il est tombé, il est certain que le religieux y gagne beaucoup. Comme cependant tous les sujets de la Compagnie se portent volontiers à rendre compte de leur conscience hors de la confession, afin que le supérieur, n'étant point gêné par le respect de la confession, puisse se servir plus librement, pour leur salut et pour leur avancement spirituel, de la connaissance qu'ils lui donnent d'euxmêmes, il est vrai de dire que, même pour la conduite spirituelle et intérieure des âmes , il n'est pas en usage dans la Compagnie de se prévaloir des confessions, quoiqu'on puisse le faire légitimement et saintement , mais qu'on ne se sert d'ordinaire pour cet effet, que de ce qu'on apprend hors de la confession.

Saint Bonavenlurc enseigne la même doctrine que nous tenons à ce sujet, et il dit qu'il est extrêmement important que le supérieur connaisse bien la conscience de ceux qui sont sous sa conduite, leurs inclinations et leurs habitudes, et létendue de leurs forces spirituelles et corporelles : afin qu'il les sache mieux gouverner, et que comme tout le monde n'est pas é^^alement propre à toutes choses, il puisse distribuer les fardeaux de la religion, selon la portée de chacun. II rapporte à ce sujet ces paroles de l'Ecriture sainte : Aaron et ses enfsints entreront dans le sanctuaire ; et ce seront eux qui auront la disposition de ce que chacun devra faire, et qui dislribueront à chacun la charge qu'il de* vra porter, et il dit qu'Aaron et ses en&nts sont les supérieurs, et que c'est à eux à entrer dans Fintérieur de ceux qui sont sous leur charge, afin que les connaissant à fond, ils puissent faire une iuste distribution des emplois et des ministères de la religion, et les partager â chacun selon ses forces,

PERFECTION. — La perfection en çénéraî n'est autre chose que la possession pleine et absolue de notre fin dernière. Une cnose est regardée comme parfaite, lorsqu'elle a pleinement atteint la fin pour laquelle elle a été faite ou créée. Donc, puisque Ihomme a été créé pour posséder le Seigneur son Dieu, comme son souverain bien, imparfaitement en celte vie et parfaitement dans l'autre, et que cette possession ne peut s'effectuer jiar une union réelle et d'une manière ordinaire, elle doit nécessairement se réaliser par une union morale, c'est-à-dire, par la connaissance et par l'amour. C'est ce que Dieu lui-même a montré {Gen. i), en disant

2ue l'homme a été créé à son image. Jésushrist nous l'indique encore, quand il dit : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, [Matth. v.) Par ces paroles, Jésus- Christ ne nous oblige pas à devenir semblables à notre Père éternel, quant à la quantité de perfection, ce qui est impossible; il veut seulement que nous placions notre perfection dans l'accomplissement de» mêmes

DASCETiSME

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oeuvres que celles dans lesquelles consiste la perfection du Père. Ainsi, de mômequele Père, en se connaissant, engendre son Fils ; de même qu'en Taimant infiniment et en étant aimé pareillement de lui, il produit par cet amour mutuel TEsprit saint, de sorte que la Trinité résulte pour ainsi dire de cette connaissance et de cet amour; de même les hommes doivent se regarder comme parfaits, lorsque par la connaissance et l'amour ils adhèrent moralement à Dieu, et deviennent avec lui un seul et même esprit, selon les paroles de J'Apôtre. (1 Cor. vi.)

Pour faire plus clairement comprendre cette fin et cette perfection de l'homme, il faut supposer dans les hommes lin double amour, celui de concupiscence et celui d'arait !é. Le premier est celui par lequel nous souhaitons du bien à quelqu'un, nous l'en félicitons, nous cherchons a le lui procurer, en vue de nous-mêmes et de notre proj re bien; le second est celui par lequel nous voulons du bien à quelqu'un pour lui seul, et sans aucune arrière-pensée d'intérêt personnel. C'est dans ce dernier amour, qui mérite d'être appelé proprement amour, que consiste la perfection, le bonheur de Thomme. Au reste cet amour se divise lui-même en affectif et effectif. L'amour affectif est celui par lequel nous félicitons quelqu'un du bien qu'il possède ou nous lui souhaitons celui qu'il peut posséder, en vertu d'un sentiment intérieur d'affection, sans faire le moindre effort pour lui procurer ce bien. L'amour effectif est celui par lequel nous agissons pour l'amour d'autrui. Dieu s'aime parfaitement de ces deux amours, puisqu'il se complaît souverainement en lui-même, et «e réjouit infiniment d'être ce qu'il est, souverainement sage, bon, puissant, etc.; et que tout ce qu'il a opéré et qu'il opère de merveilleux, il le fait uniquement pour luimôme et fioursagîoire. Cette gloire consiste en ce que sa bonté soit connue et aimée pardessus tout. Donc, comme la souveraine perfection de Ihomme est de s'unir à son

Erincipe, et de s'assimiler, autant que possile, parfaitement à lui, il doit, par une conclusion toute naturelle, aimer Dieu ae ce double amour, s'il veut être parfait, et mettre tous ses soins et tous ses efforts, nonseulement à dire de cœur à son Dieu qu'il est tout à lui, mais encore à se conformer parfaitement, dans ses actions, à ses saints désirs, à n'avoir pas d'autres volontés que les siennes, et cela uniquement parce qu'elles sont ses volontés; ou pour parler plus clairement, à faire toujours ce que Dieu veut, comme il te veut et varce qu'il le veut. C'est en se conformant à lui quant à la substance ^ Quant à la manière et quant à la /fn, que • Fhomme devient parfait.

On distingue plusieurs sortes de perfection :

!• La perfection chrétienne est permanente ou habiiuelte^ quand elle consiste en quelque sublime degré de sainteté et de grâce habituelle; aussi plus on participe à cette sorte de «çrâce, pius on est saint et pariait.

Elle est agissante ou ctctutlhy quand elle consiste en une certaine manière noble et élevée d'exercer la vertu : ainsi quand on aime Dieu de tout son cœur avec la plus pure intention. La perfection habituelle existe sans la perfection actuelle dans un

Ïtetit enfant baptisé, mais non dansunaJulte. ^ perfection actuelle, qui embrasse Tintérieur en même temps que l'extérieur, no peut être séj)arée de la perfection habituelle. 2' La perrection est ofr^onneWe, quand ello consiste dans ce degré sublime de grâce habituelle et d'exercice des vertus dont nous venons de parler. Elle est perfection fêtât ou régulière^ quand elle consiste dans l'observation des règles et des prescriptions relatives à la profession de chacun. La perfection personnelle ne peut être qu'en un certain sens inilépendante de la perfection rrfguliêre, c'est-à-dire dans ce sens qu'une personne parfaite sur tout le reste, peut cependant manquer par faiblesse ou par inadvertance à quelque règle qui n'oblige pa.i sous peine de péché. Bien ()lus, la perfection régulière est un des meilleurs signes de la ijerfection personnelle; elle n'induit jamais en erreur. Ainsi parle Ueguera h ce sujet : « Le simple cérémonial qui a rapport à la conduite, à l'extérieur et à la niamèro de vivre des religieux entre eux et avec leurs supérieurs, dit Godirez, sont d'excellentes et saintes institutions, quand elles no dépassent pas de sages limites. Toutefois le trop grand nombre de ces règles est un excès, et devient une vicieuse et ennuyeuse imprudence. Ces observances si multipliées en effet sont un obstacle pour les vertus intérieures. L'âme s'y adonne avec une affectation bien éloignée de la simplicité religieuse. Tout cela bientôt engendre chez les subordonnés plus de bassesse que d'hunji» lité, et chez les supérieurs moins d'humi* lité que d'orgueil. On s'attache plus à ces vaines cérémonies qu'à la pratique des vertus. Elles sont bonnes, tant qu'elles ne sont qu'en petit nombre; mais leur multiplicité dégénère en hypocrisie. » {TheoL myst. prax,)

3* On distingue encore la perfection do voie et celle de patrie.

4." La perfection de voie est dans un degré infime ou essenhielle^ .et nécessaire à la justice et à la vie de l'âme, quand elle se ren-» ferme dans l'observation des préceptes, sur* tout dans celui de la charité, par laquelle on aime tellement Dieu plus que tout le reste , qu'on se garde bien de commettre le péché, qui détruit l'amitié avec Dieu. Elle est, au contraire, supérieure et accidentelle^ quand elle consiste dans l'observation des conseils,

3ui sont les moyens de faire, de plus en plus, ans la charité, des progrès extraordinaires. Entre ces deux genres de perfections se trouve celle par laquelle on évite, avec le plus grand soin^ de dénlaire à DiQU par 1^ péché véniel-

5° De même que la perfection de renfiance diffère de celle de la jeunesse et de celle de l'âge viril, ftîçc oui est, à uroprement parler,

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r^eluidelarérilalile perr^v l'on i liez i iiomrne, de m6me dans la voie s[>iritucllu on distingue la perfection des commençants, qui cïciut tout 00 qui est contraire à lacharile, comme iucômpaiible avec elle, c esl-à-dire le péché mortel ; celle des progrtssants, où s'accroît et se fortifie la cnarité par l'exercice des vertus; enfin celle des parfails, par laquelle Vliumine, purifié de tout péehé et de toule passion, et éclairé par la vcntu, s'unit à Dieu seul par la charité, se déla^ho de toute chose cré(5e, et lui reste fermement et purement attaché, dans la prospérité touime dans II' malheur.

Cette perfection des parlàits est proprement celle qui sauotifte t'hommc pnrfa 1. et qui le place dans un état de sainteté parfaile, cesl-Wire dans cet état de (.crfeclion oiî l'homme n'est pas plus ou moins juste, mais parfait; ni plus ou moins parfait, mais parfait à ce degré spécial où l'homme, dans la voie, peut arriver ; el il diffère alors de ceux qui commencent et de ceux qui pro;5ressent, comme l'homme mûr diffère de l'enfant et du jeune homme, comme le nrrtjle des simples citoyens, comme celui qui jouit d'une santé rohuste de celui qui est infirme, comme l'arbre chargé do fruîls de celui que l'hiver a dépouillé de son feuillage.

Les hommes saints et parfaits, dans cet

état de perfection , sont appelés et sont on

effet des héros chrétiens. Selon la définition

d'Aristole, les héros étaient des hommes de-

ellenct de leurs

;rcule chez les

3 , selon saint

sont ceux qui

ité et de vertu

supérieure. Ce

3ïsmG aux dons

propos [q. 61,

; dePlotin, phi-

ic les vertus en

aines et exem-

Lcs, enfin, en

moyennes, qu'ilappelle vertus purgo/ii-es,ce

sont celles qui regardent ceux qui ne sont

pas enix)re parfaits, et vertus d'dme purifiée,

qui sont celles des parfaits, n Cette habitude

héroïque on divine , dit-il (m p., q. 7, a. 2.

ad. 2), ne diCCëra de la vertu communément

dite, que par un mode plus parfait, en tant

qu'on est disposé au bien d'une manière

plus élevée que le commun des Iiorames... o

Plotin a parlé de ce mode sublime de vertu ;

il l'appelle vertus de l'dme purifiée.

Le Père Régnera [Prax. theol. myst.) et le Pape Benoît XIV {De serti. Dei beatif., 1. m, c. 21 et 22), eu ont tiré les conclusions sui^ vantes : l' Il ne suffit pas, pour la perfection ni pour la canonisation, d'une excellence do vie supérieure aux forces de la nature ; car c'est un caractère commun à tout acte juste et surnaturel : il faut encore remarquer une grande supériorité de conduite dans l'ordre même surnaturel. 2° Il ne suffit p&s, pour que quelqu'un soit parfait, ou canonise, de faire preuve d'une perfection héroïque dans un acie ou dans un autre, d^ns une vertu ou

dans une autre; ce qui peut f-c remarquer dans un commençant et un progrcssnt, el même dans une personne qui ne serait pas encore juste. 3' Pour être parfait et mériter la canonisation, i) faut agir avec la plus

§raDde perfection, surtout dans la charité et ans les vertus propres h sa vocation, et être de plus préparé a produire parfailemeni, dans l'occasion, les actes des autres vertus. Car, toute perfection et toute sainteté réside priiicipalument dans la chanté, jointe à une conduite générale, complètement opposée k la tiédeur et à rimperterlion. 4° Lno semblable conduite est véritablement héroïque; car elle est au-dessus de la conduite ordinaire, et il est souvent plus difficile d'agir continuellement avec celte perfection, que do SQuITrir une fois le martyre. 5° Quand il s'agit de la canonisation, on doit s'atlacher seulement à rechercher l'héroïsme dans ce mode fréquent d'agir avec perfction : cor In perfection et l'héroïsme évangélt(]ues no sont qu'une seule el mémo chose. 6* Il faut, en outre, pour la canonisation, que cette jicrfection et cet héroïsme, qui peuvent exister aux yeux do Dieu, soient prouvés devar.t l'Église. Celui que l'on canonise doit avoir fait éclater sa perfection, surtout dans une vertu spéciale, aGn que l'Église puisse lu proposer pour moJèle : sa perfection doit, on outre, avoir persévéré jusqu'à la fin; c'est ce que doivent démontrer les miracles opérés après sa mort, comme autant de voix du ciel qui attestent cette vérité. 11 faut encore observer que la perfection et l'héroïsme ne doivent point être mesurés d'après les austérités et les autres exercices extérieurs, qui ne sont pas exempts de périls, quand ils no sont pas dirigés par le discernement de l'esprit. Les actions faites en vue d'accomplir les préceptes, les institutions et les vœux, ne doivent pas être exclues de l'héroïsme. [Voy. Canonisation.)

Nous concluons de tout cola que la perfection, bien qu'elle consiste surtout dans la charité, ne consiste pas dans la charité seule. Comme le remarque en eflfet le Père Kaiernberger (Scient, salut., c. i. J 2), el comme lO montrent les saintes Ecritures, les saints Pères et les ascètes, la perfection chrétienne de cette vie, prise dans toute son intégrité, consiste en six actes, savoir : 1° la connaissance de Dieu et de soi-même \iar la foi théo!ogiquo;2'' l'acte de res|éron(e divine; 3* l'acte de la charité f!e Dieu infuse ou théologique; 4° le rcnODcemenl h toutes les créatures; 5° l'acte de résignation à toutes les volontés de Dieu ; 6° l'exécution parfailo de toutes nos a'-tions, en tout temps cl eu tout lieu.

La perfection la plus absolue dont uiio créature puisse être susceplible c^l, h proprement parler, celle de la pntrie, et ne peut s'obtenir en cette vie. C'o.'^t une vérité de foi. Elle se prouve : 1* par l'Ecriture sainte. Saint Paul dit, en parlant de lui-même : Ce n'est pas que j'aie déjà reçu ces avantages oit que jetait déjà parfait ; mais je poursuis ma course pour tâcher d'ijnrriicr. {PhH. iu i2 )

D'ASCETISME.

PER

Si donc saint Paul n'a pas atleiûl la perfection des bienheureux, comment quelque autre voyageur présumera-t-il y arriver ? Car, comme ie remarque saint Thomas, il s'agit Ici de la perfection de patrie. L'Apôlie dit encore ; mais lorsque nous serons dans Vétat parfaity tout ce qui est imparfait sera aboli. Quand fêtais enfant je parlais en enfant , jt jugeais en enfant , ie raisonnais en enfant , mais lorsque je suis devenu homme^ je me suis défait de tout ce qid tenait de l'enfant. (/ Cvr. xin , 10 et 11.) « Certes, dit saint Thomas (lect. 3), lorsque sera venue la peifeciion de la gloire, on se défera de toute impcrfecliou. Et remarquons que l'Apôtre compare ici à l'enfance l'état présent à cause de son imi)erfection, et à l'âge v.ril Tétat de la gloire lulure, à cause de sa perfection. » La raison se trouve dans Tétat môme de la voie /lians laquelle le vovagcur tend sans cesse à devenir meilleur par ses mérites, selon le conseil du Concile de Trente (scss. vi, c, 10), et selon ces paroles de Y Apocalypse : Que celui qui est juste se justifie encore. {Apoc. XXII, 11.) Au contraire, atteindre le but, c'est arriver à ce degré immuable de perfection, c^ui est le plus parfait, parce qu'il ne peut ni s augmenter ni se perdre.

2* Une autre preuve, c'est que la perfection consiste surtout dans le précepte cfe l'amour de Dieu, lequel ne peut s'accomplir d'une manière complètement parfaite que dans notre céleste patrie. « Cette perfection, dit saint Thomas, n'est pas possible dans la voie, elle le s^era dans la patrie... En eîTel, ajoute !c saint docteur, en cette vie il est impossible, à cause de l'infirmité de la vie humaine, d'avoirtoujoursla pensée tournée vers Dieu et d'être sans cesse ému d'amour pour lui. »

3" On le voit encore mieux si l'on considère cette humiliante source de péché qui, placée si loin de ceux qui vivent saints et parfaits dans la patrie, ne s'éloigne jamais ^complètement de ceux qui, étant dans la voie, «'agitent au milieu des combats spirituels, afin qu'après avoir généreusement coraliattu pendant toute leur vie, ils soient couronnés dans l'autre.

4° La preuve en est encore dans cette autre infirmilede la vie mortelle, drfhs laquelle aucun juste ne peut éviter le péché véniel sans xm privilège spécial de Dieu. Or, la vie immortelle est complètement exempte de toutes jces misères.

Quoique la perfection la plus absolue soit réservée à la céleste patrie, toutefois celle par laquelle l'homme purifié de tout péché et de toute passion et illuminé de vertus, s'unit h Dieu seul par la charité, se détache de toute chose créée et adhère purement et fermement h lui dans la prospérité comme dans le malheur, cette perfection, disons-nous, peut s'obtenir dans cette voie.

1* L'Ecriture sainte nous renseigne : fous serez parfait et sans tache avec le Seigneur^ votre Dieu. (Deut. xviii, 13.) -y Marchez en ma présence et soyez parfait. {G en. xvn, 1.) — boyrz parfuit comme votre Pcre céleste est

parfait. [Mutlk. v, W.) — St rous vonkz être parfait^ allez, vendez ce que vous avez... et suivez-moi. [Matth. xix, 21.) — Nous préchons la sagesse aux parfaits. {/ Cor. il, 6.) —-Mes frêresy réjouissez-vous, soyez parfaits. [Il Cor. XIII, 11.) Ainsi l'Ecriture sainte propose plusieurs personnages saints et parfait* comme des modèles d'une sainteté parfaite. L'Eglise aussi a coutume de canoniser les saints, et de nous les proposer comme d'héroïques témoins de notre foi , et comme des modèles de vertus héroïaues : pournoti^, e nvironnésy dit l'Apôtre, a'une si grande nué$ de témoins, courons, par la patience, danj cette carrière qui nous est ouverte. [Uebr. xni,

2" Les saints Pères nous l'enseignent aussi : « Rien ne peut, dit saint Jean Chrysostome, malgré nos liens terrestres, nous empocher de parvenir aux perfections des vertus surnaturelles. Il est possible aux hommes, quoique vivant encore sur la terre, d'arriver à un degré de perfection telle qu'ils habitent déjà dans les deux, h (hom. 28, in Matth.) Saint Thomas (1-2, q. 61 , a. 5) expose les vertus de l'âme purifiée : « La prudence ne lui fait envisager que le$cho3es divines; la tempérance lui fait ignorer toutes les cupidités terrestres; la force écarte loin d'elle les passions ; la justice l'associe par une perpétuelle alliance à la volonté divine, qu'élis lui fait imiter. » Et il ajoute : « Ces vertUji sont celles des bienheureux, do ceux qui sont les plus parfaits en cette vie. »

3" La raison en est que le précepte de la charité, qui est le lien de la perfection (CoL m, 14), peut s'accomplir envers Dieu de la même manière que Dieu doit être aimé de nous ; et cela à ce point, dit saint Chômas, que l'homme consacre à Dieu tous ses soiqs à l'exclusion des autres, en n'exceptant que ceux qu'exigent les nécessités de la vie présente ; et c'est en cela que consiste la perfection de la charité possible dans la voie, peN fection cependant qui n'est point comiqung à tous ceux qui ont la charité. » C'estn ainsi que chacun doit encore exercer ènveçs'îé prochain la charité la ptas ardente, jusqu'à donner sa vie pour ses amis. (Joati. xv, 13.) D'ailleurs l'exemple d'un grand nombre de saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, nous montre que la perfection et ki vertu héroïque peuvent s'acquérir en cette vie. On peut en cette vie dominer ses passions d'une manière assez parfaite. Bien qu'on ne puisse éteindre entièrement, à cause de la faiblesse humaine, le foyer du péché comme la source des passions, et qu'on ne puisse ici-bas imposer aux passions un frein assez puissant pour prévenir tous les mouvements fougueux et déréglés, cependant l'exercice do la mortification et des autres vertus peut les réprimer de plus en plus, de manière à ce

? qu'elles cessent d'être un obstacle à la perection, et qu'on puisse s'écrier avec saint Paul : Je vis, mats ce n'est plus moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. ( Gai. ii, 20. ) D'ailleurs, quoique personne ne puisse atteindre à une pureté assez parfaite iK>urôlr(i

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affranchi dB tout péché véniel, on peut cependant en arriver au point de rarement le commettre de propos délil)éré, ce qui est suffisant pour la perfection spéciale dans la voie. Heureux ceux qui se conservent sans tache dans la voie et qui marchent dans la loi du Seigneur. {Ps. cxviii, 1.) Enfin, quoique en cette vie on ne puisse arriver à la béatitude complète et parfoite, on doit cependant y reconnaître un certain commencement de béatitude; en effet, TEcriture sainte elle* même proclame des bienheureux ici-bas ; et Jésui-Christ (Malth. v) énumère les huit béatitudes que nous pouvons acquérir dans la vie, et qui sont les actes les plus glorieux dos dons de TEsprit saint. Donc on peut obtoniren cette vie la perfection de l'Ame pnrifiée ou des parfaits.

Cette perléaion, que nous venons de dëcriie, peut s'atteindre dans la voie de bien dos manières, et s'exerce de fait, par les âmes

farfaites, selon les deux çréceiKes de charité. '* D*unc manière intensive^ en brûlant intér eurcment du feu le plus intense de la charité envers Dieu et envers le prcchain.

^" D'une manière extensive^ en désirant sans cos.se tout ce qu'on sait être plus agréable à Dieu; 3" d'uneinanière impérative^ en appliquant toutes les autres vertus à cette œuvre externe, malgré s^s difRcultés extraordinai- I es ; b** d'une manière incessante et infatiga- Me, en se livrant, autant que peut .e perjuettre la fragilité humaine, a la mortification, h la prière et au salut des Âmes. Aussi, aimer Dieu parrdessus tout, oe manière à exclure toute offense grave, n*eslpas encore une perfection spéciale, puisque c'est un précepte commun à tout cnrétien. Aimer Dieu pardessus tout, de manière à éviter la faute la plus légère, est un degré plus avance' de periiîition, mais n'est pas encore la perfection complète, puisque c*est encore un précepte qui oblige tous les hommes, quoique plus légèrement. Mais aimer Dieu par-dessus tout, de manière à exclure tout ce qui lui déplaît ou lui plait moins, et à chercher è faire tout ce qui lui est plus agréable, voilà la perfection complète et spéciale qui peut être donnée et atteinte en cette vie.

Nous ne pouvons désigner. Dieu seul le peut, la mesure fixe de la charité et des autres dons qui constituent le degré de la perfection de l'âme. Et bien que le mérite et la grâce puissent s'accroître à l'in^ni, ils ont pourtant une limite ; car»Diea ne donne ses secours à chacun que pour atteindre une mesure de perfection proportionnée à sa vocation. Cette mesure fut infinie pour l'humanité du Christ; elle fut immense, mais inférieure, pour la bienheureuse Marie ; elle fut beaucoup moindre pour les saints apôtres, moindre encore pour les autres saints, si l'on en excepte saint Joseph et saint-Jean le précurseur. De plus, à part Jésus^hrist comme homme et sa très-sainte Mère, î>ersonne n'a rempli la mesure de sa perfection, l'Uisque personne autre n'a été exempt de toulc faute vénielle et de toute imperfection jiHirole. Par consé^pient chacun aurait pu

croître en perfection plus qu'il ne s'y est élevé en effet, s'il eût répondu, selon son pouvoir, à toutes les grâces que Dieu lui accorda en diverses circonstances. Aussi devons-nous graver profondément dans notre esprit, dans notre mémoire, cette maxime si véritable et si digne de remaroue, de Fauteur de V Imitation (1. n, c. 11) : « Quand même l'homme aurait donné tout son bien.... quand même ii aurait fait une grande pénitence... il lui manque encore beaucoup... c'est, après avoir tout abandonné, de s'abandonner lui-même, de sortir complètement dQ lui-même, de ne rien retenir de l'amour qu'il a pour lui ; et après avoir accompli tout ce qu'il saura devoir faire, qu'il sache qu'il n*a encore rien fait. »

Tous les Chrétiens^ selon leur état et leur condition, sont tenus, sous les plus ipaves obligations, de tendre è cette perfection qu'on peut atteindre dans la voie.

1* L'Apôtre nous le montre en disant : Nous avons été choisis vour être saints. (Ephes. I, k.) Saint Pierre l'écrit et le recommande à tous les fidèles : Soyez saints dans toute la conduite de votre rtf , parce ^'t7 est écrit * Soyez saints^ parceque je suis satnt. (I Petr. 1, 15, 16.) Or, qu'est-ce que la sainteté, sinon la penectiondes parfaits? L'Ecriture sainte ne veut pas seulement nous en apprendre le nom; elle nous enseigne les cnoses qui exigent de tous les chrétiens une grande perfection : iVe chérissez pas len^ondr^ fit ce fut est dans le monde, {fjoan ii, 15 ) — Que ceux qui ont des femmes soient ccmn s s'ilsn'enavaient pas... et ^ue ceux qui usent de ce monde soient comme s ils n'en usaient pas. (I Cor. Vil , 29.) — Si quelqu'un vient à moi , et s'il ne hait pas son père^ sa mère^ sa femmr^ 9es enfants, ses frères et même jusquà son dme, tf ne peut être mon disciple. {Luc. xiv, 26.) Ce précepte, selon la remarque de saii.t Basile (Serm. de abdic. sœc), conceri.e i.onseulemcnt les religieux, mais aussi tous les fidèles, et même ceux qui sont mariés. — ^i' quelqu'un veut venir après moi, qtiil fasse abnégation de lui-même, quHl porte sa croix et qu'il me suive. (Matth. xvi, m.) — Ces pa^ rôles s'adressent encore à toute l'Eglise, sans distinction de clercs ni de laïques, comme le remarque saint -Augustin (S^erm. 47, De dit?., c. 7),

2' Les saints Pères nous l'enseignent : citons pour tous saint Jean Chrysostome, qui le démontre par les teites que nous avoi» cités et par d'autres, et qui conclut en ces termes : « Le moine et le laïque sont en beaucoup de choses également obligés par les lois divines à se conduire avec le môme soin et la même vigilance et à tendre au même degré supérieur de perfection : personne, je

fiense,ne viendra me contredire à ce sujet. » Lib. 111 Àdv. vituper. vitœ mon.) 3" Le concile tl'Aix-la-ChapeiIe émet une opinion semblable (an. 816, c. 114J: « Nonseulement le moine et les clercs, dit-il, mais tous ceux qui portent le nom de ChrétierfS^ doivent entrer par cette voie étroite et resserrée. V Ajoutons à cela ce renoncement h

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DASCETISMC

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SalsD, a toutes ses poiupes et à ses œuvres, quo fait celui qui recuit le baptême, soit par lui-iDËme, soit i>ar sou parrain : or cette grsve obligation de renoncer au monde et à ses pompes diaboliques, ne peut se faire sans une tendance à la perfection.

k' On voit maintenant la raison ae ce qu« nous avons avancé. Puisque tous les chrétiens doivent faire leurs efforts pour devenir saints et[)arfaits, ils sont tenus tous de rivre dans le monde comme s'ils n'étaient pas de ce monde, prêts k tout perdre sur la terre plutôt que Dieu; ils doivent être enflammés de la charité de Dieu, eu point d'exposer ce qu'ils ont de plus cher, et leur vie même, plutôt que de perdre son amitié par le péché ; ils doivent. porter patiemment leur croix, pardonner 6 leurs ennemis, renoncer h l'esprit satanique d'orgueil, de concupiscence, d'amour propre et du monde, et revêtir Jq Seigneur Jésus-Christ : ils doivent donc tendre tous 6 la plus glorieuse perfection.

Il suit de là 1° que, puisq-^e le précepte de la charité de Dieu nous oblige tous à un certain degré, c'est-à-dire, à aimer Dieu ]>ardessus tout, et que c'est en cela que consiste la perfection chrétienne, tous les Chrétiens sont obligés h un certain degré de perfection ; 3* que ce degré est celui par lequel Dieu est tellement aimé par- dessus tout d'une manière appréciative , que l'afTection de l'homme pour lui exclut tout ce qui est contraire à cette charité ou lui est incompatible : de sorte qu'on n'aime rien au-dessus de Dieu, ou contre lui , ou également à lui ; 3* que dans ce même degré la perfection obligatoire consiste essentiellement non dans les conseils, mais dans- les préceptes tout h fait nécessaires pour repousser tout ce qui est contraire à la charité; V il suit de la que dans ce même degré la perfection oblige tous les Chrétiens à se tenir toujours rirêts à observer même les conseils, quand la nécessité le demande; 5* que toute cette perfection n'oblige pas moins les religieux et les séculiers que le précepte d'aimer Dieu de tout leur cœur, lequel, selon le degré que nous venons d'exposer, nous oblige de faire tout le bien que nous pouvons. Il y a celte différence entre les religieux et les séculiers, que les premiers , pour mieux se former à la (wrfection , s'imposent à eux-mêmes certaines obligations, laissant de côté, autant que possible, tout ce qui regarde le monde; tandis quE9 les Chrétiens séculiers, dès qu'ils ont reçu le baptême, doivent tendreà la perfectiOQ , non toutefois en négligeant les affaires du monde, mais en se tenant toujours dans la disposition de tout sacrifier plutôt que de perdre Dieu. Or ils ne peuvent arriver 6 cette disposition, sans la mortification continuelle de leurs pussions, sans le mépris du monde et de ses pompes, et .sans les autres vertus évangéliques.

Le Chrétien manquera bientôt h cette obligation de tendre à la perfection, s'il ne s'eflopce d'y arriver d'une manière non obligatoire, en cherchant toiuours à mieux faire, cl (>ftr des tewres sur<'rognloir''s. Kn effet:

1* lU iront de vertu en vtrl

8), dit le Roi-I'roijhète. — vérité par la ckariû, afin de t chose dont Jésui-Chrisl, qui et noire tête. [Ephtt. iv, t5.)croi( élre ferme, prenne bien i to>nber{I Cor. x, 12.) — Qû juste, devienne pltu juste enci

Îui est saint, se sanctifie enco; 1.) — Ces textes nous montr la plus sûre pour arriver au s'élever de vertu en vertu, i tous les moyens, de nous ji sanctifier de plus en plus;

2" Ces maximes de l'Ecrit fourni aux saints Pères cet axi JVe pas faire de progrès dt Dieu , c'est revenir en arriêrt n'avance pas, demeure, dit {Serm. J5, de verb. Àpost.) saint Léon et saint Uernard ti même langage. Celui donc qi ft la perfection par les œuvrt res, ne fait aucun progrès, et revient sur ses pas et ne re obligation;

3* La raison en est bien siir ■ou presque toujours , les n

Sas suflisamment efficaces pc n, si l'on ne fait choix qu sont strictement suffisants. ( vons rarement déterminer i précise ceux qui sont suflisant avec ces moyens strictement viennent dans l'exécution d( des obstacles que nous avon à surmonter. Celui-là doni risque de ne pas atteindre U ferlion nécessaire au salut fait choix seulement des moyc qui lui semblent suffisapts | Car souvent il se trompe su ses obligations ; ou bien sa faiblesse à remplir les précei ficullé de les remplir et les j'en détournent, 1 empêchen Qn {Voy, Cohseils Etinséuq Toutes ces considérations la grossière erreur de ces chi qui s'imaginent que la iierf vient qu'aux religieux et qu vent vivre hors du monde et lières. Saint Jacques n'a-t-il pi à tous les fidèles de se conset corruption du siècle présent c'est-à-dire , comme l'expli Lapierre, purs de la vie s maie et charnelle, comme ce!

mes mondains qui s'adonnen et à la jouissance du luxe, de honneurs de ce monde. Et « ils pas au baptême renonrt pompes du mondeT Je ne d séculiers doivent quitter le les religieux, mener une vie et obéissante, pratiquer toute:

tifications, à moins qu'ils ne h la vie religieuse par une voc mais il est d'autres niovens

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DICTIONNAIKE

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perfection cbrétieniie, auiaacls ils sont obligés ; ainsi de vivre dans le monde comme s'ils n'y étaient pas, d'Atre doux et humbles de cœur, de faire abnégation d'eux-mêmes, de mortifier leurs passions, de porter leur croix avec patience, de supprimer leurs dépenses inutiles et de donner leur superflu aux pauvres, de racheter leurs péchés par laumûne , d'avoir un extérieur et une démarche modestes, de vivre, non dans les délices, mais dans la piété ; enfin de ne donner contre soi aucune prise au démon : ils doivent, en conséquence, fréquenter les sacrements et s'exercer continuellement à la prière et à la pratique des vertus. L'Ecriture sainte nous le recommande en maints endroits : Que tou$ ceux donc que Dieu a connus par sa prescience et quil a prédestinés^ s* efforcent de devenir conformes à f image de son Fils {Rom, viii, 29) ; qu'ils aient souvent à Tesprit ces quatre considérations : Jésus- Christ a été pauvre et je suis riche ; Jésus- Chrift a eu faim et je suis abondamment rassasié ; Jésus-Christ a été nu et je suis foinùtucuseraenl vôtu; Jésus-Christ a souffort ré;>ui5cmenl et la fatigue, et je ne souffre ni le travail, ni la lassitude. Et puisqu'ils sont tous les membres de Jésus-Christ, qu'ils nrennent garde, selon l'avertissement de l'AjJÔtre, a arracher à Jésus-Christ ses propres membres pour en faire les membres a une 'prostituée, (/ Cor. vi, 15.)

Si c'est «tie obligation pour les Chrétiens, c'en est une beaucoup plus grande pour les rc'ifjicux de fendre au faîte de la perfection, Noiis en avons déià donné de fortes raisons; ■*o'gnons-y celles des théologiens et des saints *è: es. C'est une faute pour un religieux^ dit

mais c'est le plus grand des péchés que de ne pas y vivre dans la perfection, (Hora. 4, De Epiph.) Ecoutons saint Bernara (Ep. 253) : « Mon frère, voulez-vous progresser vers la perfection? — Non. — Voulez-vous donc commettre des fautes? — Nullement. — Que voulez-vous donc? — Je veux vivre et rester dans l'état où je suis arrivé; je ne pense pas i\ devenir pire, mais je ne cherche pas h devenir meilleur. —Vous voulez donc l'impossible? Est-ce qu'on peut s'arrêter, en cette vie? » Saint Tnomas expose clairement cette vérité. Après avoir supposé que la perfection religieuse consiste dans une complète adhésion à Dieu, par la charité, il enseigne que les qualités essentiellement requises pour arriver à cette perfection, sont : une parfaite observance des préceptes de charitéf et instrumentalement et dispositivement , la pauvreté, la continence, et les autres vertus semblables : en un mot, les vœux religieux. Par ces moyens, celui qui embrasse Tétat religieux n'est pas tenu d'avoir la charité parfaite, mais est tenu d*y tendre, et de met" tre tous ses soins à posséder cette charité parf'^^l^» Il expose ensuite comment les vu)iix ^tr^stantiels ^ont des moyens et doA instrulïjJMits iMvrtirrîver h la perfection. Il montre

que dans l'état religieux, iacoudition, les vœux, toutes les obligations el les règles soiit établies en vue de perfectionner la chcrilé. Il ajoute : « c'est à elle que se rapportent tous les actes intérieurs de vertu, dont la mère est la charité, selon ces paroles de l'Apôtre : La charité est patiente et bienveillante. (I Cor. xni.) C'est pourquoi les actes intérieurs de vertu, comme ceux d'humilité, de patience, etc., ne tombent que sous le vœu de religion, qui se fait en vue de ces actes intérieurs, comme en vue de sa fin. » En effet, l'état religieux, d'après sa définition, e^t l'état des fidèles qui tendent h la perfection de la charité chrétienne, qui font vœu d'une pauvreté, d'une chasteté et 'd'une obéissance perpétuelle, et qui vivent en commun, selon des règles approuvées par l'Eglise.

Le religieux est tenu de tendre à la perfection, non-seulement par l'exacte observation des vœux et des graves préce|:tes de religion, mais aussi por r observance des conseils et des règles, qui par elles-mêmes n'obligent pas sous peine de péché. En effet, i* religieux vient de règle : Le religieux doit donc observer la règle de son ordre, s'il ne veut pas se rendre indigne de son nom. 2* Les règles des ordres leligieux sont les liens qui réunissent et conservent les trois vœux substantiels; eWes sont les palissadeê qui entourent et défendent la loi de Dieu ; elles sont les nerfs et les os de la religion, sans lesquels le corps mystique de la religion n'a plus de consistance ; elles sont une échelle, divisée en autant d'échelons au'il y a de règles particulières, et qui élève le re-

Îjieux qui les observe, au comble de *a perèction : elles sont les aphorismes spirituels, qui contiennent toutes les prescriiitions nécessaires à la guérison des malaaies spirituelles; elles sont les co/ennes, qui soutiennent l'édifice de la perfection religieuse; elles sont le miroir, où le religieux peut vo?r s'il est beau ou laid, juste ou injuste, s'il avance ou recule, s'il plaît ou déplaît h Dieu. Le religieux est donc tenu de le$ observer. Autrement, il ne tend pas à la perfection, s'il rompt ces liens, s'il détruit ces palissades, s'il renverse cette échelle à terre, s'il ignore la pratique de ces aphorismes, s'il almt ces colonnes, s'il brise en morceaux ce miroir.

11 s'ensuit que le parfait accomplissement du devoir de tendre a la perfection, consiste pour le religieux, dans la parfaite exécution des exercices et des œuvres prescrites par la religion, et aussi dans le soin que I ou apporte h accomplir de la manière la plus parfaite les œuvres de chaque jour et les exercices de l'ordre , comme la psalmodie , la méditation, les examens, la lecture spiri^ tuelle, etc, et cela, par l'amour de Dieu et par l'exercice intérieur des autres vertus; car ce sont les moyens les plus propres à la fin qu'on se propose; ils plaisent davantage à Dieu, et sont plus utiles à chacun. Le religieux doit suivre les conseils qui le conduî- ^pnt au comble de la [jcrfection. Tous ceux

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DViSCETiSME.

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ijdi s'en détournent doivent être mis de lOté, comme contraires à sa un. 11 ne doit pas môme omettre les œuvres surérogatoire^ compatibles avec ses autres devoirs, tout en s'eîforçant scrupuleusement de remlilir les prescriptions ordinaires. {Voy. Rè- GLEs.) Mais, comment, me direz-vous, le religieux pèche-t-il mortellement contre celte obligation de tendre à la perfection?

11 pèche moi tellement : 1* quand il néglige les conseils, les moyens et les règles de son état, et tout ce qui conduit à la ^jerfection, par mépris, ou par Tintention de ne pas se soumettre aux lois de son ordre, ou parce qu'il les juge inutiles. Bien que ces prescriptions n'obligent pas sous peine de faute grave, c'est cependant un pécné mortel que de les négliger par mépris, a On transgresse par mépris, dit saint Thomas (2-2, 18G, a 9 ad 3), quand on refuse de soumeltre sa volonté à la ))rescription de la loi ou de la règle, pour agir ensuite contre la loi ou contre la règle. Au contraire, auand on est amené par quelque cause particulière, comme par concupiscence ou par colère, à faire quelque chose contre les statuts delà loi ou de la règle, on pèche, non par mépris, mais par quelque autre motif, quand même on renouvellerait fréquemment le péché par la môme cause, ou par une autre semblable. » Mais dans ce dernier cas, dans la fréquente transgression de chaque règle, on peut craindre un mépris très-grave, amené par la fréquence môme des transgressions. 2* Le religieux pèche mortellement, quand il transgresse la règle, dans le but de mettre obstacle à la perfection; et aussi quand il se propose ae ne mettre aucun soin à sa perfection particulière, ou même de ne pas marcher dans la voie de la perfection, voulant toujours rester dans un degré inférieur , car il est tenu de tendre à la perfection, sans jamais s'arrêter; ou, encore, quand par ses mauvais exemples, il porte les religieux au relâchement. 3' Quand il ne met aucun soin h éviter les fautet vénielles. 4" Quand il néglige la pratique nécessaire delà mortification, et s'expose au danger d'une chute notable. 5" Quand il néglige, soit pour un temps notable, soit tout a fait, le soin d'acquérir des vertus. 6" Quand il omet de remplir, ou ^uand il accomplit sans ferveur et sans fruit, et seulement par forme, les moyens qui conduisent à la perfection, tels que la méditation, les examens, la lecture spirituelle, les œuvres d'obéissance. Car avec tous ces moyens, on ne peut rester stationnaire dans la voie de la perfection.

On demande maintenant si un religieux pèche gravement contre l'obligation de tendre à la perfection, quand, tout en observant, en raison de ses vœux et d'autres préceptes graves, tout ce qui l'oblige sous peine de péché mortel, il omet cependant d'ordinaire les autres prescriptions de la règle ou des institutions qui n'obligent pas sous peine de péché mortel , ou quand il sp propose d'observer tout ce dont l'omission conslituelail un péché mortel, lout en s'inquiélant i»eu

de remplir ou non les autres prescriptions. Tambui'ini ( De Jure Abb.y t. III, disp. 3, qaest. G) et Régnera {Th. myst.y t,I, 1. i, (jueit. 10), soutiennent l'afTirmative contre

I opinion de Suarez et de Sanchez. Voici les raisons qu'ils donnent :

!• Saint Thomv^s affirme (2-2, q. 186, a. 2, 3,4,) que le religieux pèche moitellement quand il méjirise de faiie des progrès dans la perfection par les moyens que lui fournissen* la règle et les institutions do l'ordre. Le saint docteur n'exige pas pour cela que par mépris formel de ces moyens on agisse en sens contraire. En effet, autro chose est de mépriser les moyens de la perfection, autre chose est d'agir contre eur par mépris. Or, celui qui s'inquiète peu des moyens que lui fournit sa règle, les méprise, et indique clairement, par cette transgression haoltuelle, qu'il n'a pour eux aucune estime: donc il pèche mortellement.

2" Le concile de Trente (Sess. wy. De reg. c. 1 ) ordonne Ç[ue « toutes les personnes qui professent 1 état religieux, tant hommes que femmes, règlent leur conduite sur les prescriptions de la règle qu'ils ont embrassée, et observent surtout avec fidélité tout ce qui se rattache à la perfection de leur profession, comme les vœux et les préceptes généraux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, et autres préceptes particuliers à leur ordre, ainsi que la communauté de vie, de nourriture et d'habillement. » Or, c'est violer ce grave précepte, de ne vouloir observer que les prescriptions de Tordre oui obligent sous j)eine de péché mortel.

3" Denys le Chartreux professe la môme opinion j( De reform. claustr.., a. 6); après avoir énuméré les fautes de transgression des règles , ainsi que les fautes vénielles , il ajoute : « violer habituellement ces prescriptions 9 sans s'en in«iuiéter ni chercher à s'en corriger, est un pécné mortel ; bien plus» la vie de ceux qui mènent une pareille conduite est un péché continuel. »

4" On le voit môme par l'aveu des auteurs qui voudraient excuser du péché mortel une semblable conduite. Ainsi Suarez dit (t. IV De relig,^ tr. 8, 1. 1, c. 4, n" 12) : « Du reste il peut à peine arriver qu'un tel religieux cherche, comme il le doive, à faire son salut.»

II dit encore (1. vi tu Decalog,^ c. 4-, n" 18) : « S'il était possible (et cela est moralemcntimpossible) que la résolution générale de no

Eoint observer les statuts religieux qui n'oli^ent point sous peine de péché , ne fût point un sujet de ruine pour la relision, et n'entraînât ni le mépris , ni le péril de la violation des vœux, cette résolution ne serait pas un péché mortel. »

Enfin voici sur ce sujet l'opinion des docteurs deSalamanque(t.IV, Ir. 15, c. 1, p. 2, n°28): Un semblable religieux pèche mortellement à bien d'autres titres s'il ne s'empresso de réformer efficacement cette mauvaise habir tude : en effet par sa conduite licencieuse et irrégulière, il devient pour lui-même et pour la religion un grand sujet de scandale, car il uuit à Tordre dans la discipline ré-

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gulière, en donnant aux autres occasion nar son mauvais exemple de violer les règles, et en privant Tordre des fruits et des avantages qu'il espérait retirer dans ce religieux qui, par le relâchement et la perversité de ses mœurs, s'est rendu inutile à la religion et nuisible à lui-même. D'un autre côté il s'expose au danger probable de transgresser les vœux et les préceptes, comme cela arrive souvent, et de tomber dans un mépris formel de toutes ses obligations. L'habitude du péché y dii saint Thomas (2-2, q. 186, a. 9, ad. 3), dispose et conduit le pécheur au mépris , selon cette parole des Proverbes : Lorsque Vimpie est arrivé au plus profond abîme du péchéj il méprise tout, 11 peut craindre d'ailleurs d'en venir à un tel point, qu'on doive le chasser de l'ordre comme unpéi^heur incorrigible et un perturbateur du Dîen commun. Donc le religieux est tenu d'éviter cette disposition sous peine dépêché mortel.

Bien qu'un religieux, qui ne veut pas en général observer les prescriptions de la règlo qui obligent sous peine de faute grave, commette un grand péché , le péché cependant ne sera pas immédiatement mortel, s'il viole seulement quelques règles que la corruption de l'usage ou l' habitude ont rendu peu importantes, de sorte aue cette violation no sot qu'un léger obstacle à la perfection. Le pé hé ne sera pas encore immédiatement mortel, si tout en transgressant telle ou telle prescription de la règle qui n'engage pas sous peine de péché mortel, on se montre pour tout le reste exact observateur de Ja règle. Car on peut tendre encore à la perfection, en observant les autres règles, comme le remarquent les docteurs de Salamanque (loc. cit., n'22). Toutefois Régnera fait une observation bien juste (Th. myst.^ t. I, 1. 1, IX, X, n' 1166, 1187,). Cette violation ne sera presque jamais exempte de faute, car elle est presque toujours accompagnée d'engourdissement , de négligence, ae concupiscence et d'amour-propre. Elle n'est pas même exemf)te de faute, quand elle est faite dans une bonne intention. Ainsi s'abstenir de la lecture , malgré la règle , pour vaquer à la prière vocale, est une illusion spécieuse. Le seul cas où l'on soit exempt de faute, c'est quand on a un motif tout a fait raisonnable de s'écarter de la règle. Enfin quoique l'habitude de violer telle ou telle rè^le, avec l'intention de s'en corriger, ne soit pas un mépris formel, elle y dispose cependant; quand cette habitude est trop fréquente, sans qu'on s'en corrige le moins du monde, elle finit par dénoter un mépris formel en soi," avec une feinte velléité et non une véritable et sérieuse inteotion de se perfectionner.

Toutes ces considérations font voir aux religieux avec quel empressement ils doivent tendre h un degré de perfection supérieur à celui des gens du siècle, et conforme h ce qu'exige leur état. Qu'ils se rappellent que c'est pour eux surtout qu'ont été dites ces paroles de saint Paul {Gai. ti, ik) : Le

monde a été crucifié pour moi^ etfai été crucifié pour le monde. Or, « comment le ipondo est -il crucifié pour l'homme? » demande saint Dorothée : « C'est, répond-il, lorsque l'homme renonce au monde, quitte le monde. » Il demande ensuite : « Comment l'hommo est-il crucifié pour le monde ?» Et il répond : « C'est lorsque l'homme, dégagé des liens du monde, lutte contre les concupiscences du monde, contre les plaisirs, contre sa volonté personnelle, et dompte ses puassions et se% vices. Nous paraissons avoir crucifié le monde à nous-mêmes, parce que nous l'avons quitté et nous nous sommes retirés dans un monastère : mais nous ne voulons pas nous [crucifier au monde ; ses charmes remplissent encore notre cœur; cous nourrissons encore pour lui une secrète affection. » Que les religieux aiment donc à se livrer à l'oraison et a la mortification, afin de dompter leurs passions et de pratiquer la vertu. Qu'ils soient humbles de cœur, doux, enflammés de charité envers Dieu et envers le prochain; qu'ils soient morts au monde et que leur vie soit cachée en Dieu ^\3c Jésus- Christ. Voilà la perfection à laquelle ils doivent aspirer. Voilà la fin vers laquelle les dirigent, commeautant de moyens et d'instruments, les vœux, la règle et les observances extérieures, pourvu qu ils soient intérieurement animés de ces mêmes sentiments, et que leur mort soit réelle, et non pas seule* ment apparente. Qu'ils consultent sur cela saint Bonaventure (De perfect. relig.^ l. i, c. 3), qui divise les religieux V en ^r^t-tmparfaits : ce sont ceux qui se contentent des observances extérieures, et vivent de la manière la plus relâchée Qu'ils le peuvent, sans compromettre leur salut. « Ils sont, dit-il, plus enclins à tomber dans le péché... Quiconque s'avance avec imprudence et témérité dans la voie du salut, met bientôt le pied dans un précipice. » 2" En imparfaits : ce sont ceux qui se mortifient par des exercices cor-> porels : « Ils regardent cela comme ce qu'il y a de nlus important dans les pratiques de l'état religieux; étrangers aux douceurs quo l'on goûte intérieurement, ils s'inquièlenl peu de l'amour véritable de la vertu, qui réside au fond de l'esprit et du cœur. » 3* En religieux parfaits : ce sont ceux qui s'attachent à fortifier en eux l'homme intérieur, par l'exercice des vertus et l'extirpation des vices , sans négliger pour cela les œuvres extérieures, mais aussi sans s'en occuper d'une manière exclusive. « Quant à la pratique des vertus, ou ne doit jamais se relâcner ; car il ne nous est jamais permis d'ôtre vicieux, fiers, cruels, envieux, remplis d'amertume, avares, g^ourmands ou impudi* 3ues. » Le même saint docteur dit encore . n,c. 12) :« L'interprétation douteuse d'ua précepte présente de grands dangers ; c'est, en quelque sorte, un pont à demi pourri, jeté sur une eau rapide et profonde, et qui menace de s'écrouler sous les pas de ceux qui le traversent. Pourquoi celui qui s'est con* sacré à soutenir pour Jésus-Christ les plus grands combats, et qui a tout abandonné sur

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la terre, vient-il ?c mettre en danger, entraîné par la moindre impulsion de sa vo lonté personnelle, et par 1 espoir d'un avantage incertain dans son opinion ou dans celle des autres? De sorte que si Dieu approuve son opinion, il n en retirera aucun mérite, tandis que s'il la réprouve, il sera condamné, surtout aussi quand dételles opinions sont parfois plus [ërilleu^es que des transgressions ouvertes. Car l'homme se corrige facilement, quand il sait où il pèche. Mais quand il Tignore, et même quand il croit pouvoir agir sans péché, il s aveugle sur ses propres fautes^ il s'appuie sur un fragile roseau. » "*

Outre les laïques séculiers et les religieux, il y a encore les ecclésiastiques sécu^ liers^ tels que les clercs, les prtHres, les curés, les prélats, les évoques et les cardinaux, ^ui sont tenus de tendre à un degré de perfection encore vlus élevé» Nous le prouvons:

1* Par l'Ecriture sainte. Le Seigneur disait lui-même de ses prêtres : //* se conserveront saints pour leur Dieu, et i s ne souilleront point son nom; car ils présentent C encens du Seigneur^ et ils ofjfrtnt les pains de leur Dieu; c'est pourquoi ils seront saints. (Lcvi/., XXI, 6.) — ' Et ailleurs : Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneur. [Isa. u.)

2' Par les saints Pères. « Le prêtre, dit saint Jean Chrysostome, doit avoir une vie sans tache, afm que tous aient les yeux sur lui, comme sur un modèle éclatant. Aussi Dieu nous a choisis pour servir en quelque sorte aux autres de flambeaux et de maîtres» et pour être comme des anges sur la terre. » (Hom. 10 in Timot.) Saint Thomas 2-2, q. 18^, a. 5), d'après saint Denis, enseigne que les évêques sont dans un état de perlection plus élevé que les religieux; car non^ seulement ils aspirent à la perfection, mais ils sont, quoique toujours perfectibles, des docteurs de perfection : ils cherchent à se

Berfectionner et à perfectionner les autres. i en fait aussi l'application aux curés, qui exercent aussi des actes de perfection, dans la conduite du troupeau qui leur est conûé. Il les compare aux religieux; il montre que la condition des prélats, des'évêques et des curés, étant plus parfaite que celle des reli-

Î^ieux, réclame un degré supérieur de perection. Enfin le même docteur (opusc. 18 et in Matth,) distingue diverses jierrections, et entre autres la perfection de 1 excellence de vie : « C'est ce degré de perfection, dit-il, que les clercs doivent avoir plus que les laïques. »

3* Par le concile de Trente , qui dit, en parlant des évêques (sess. vi,/)e ref.^ c. 1) : « On doit choisir, selon les vénérables prescriptions des saints Pères, pour la direction des églises, fardeau redoutaule, même fiour des anges, les personnes les plus dignes, celles dont la vie tout entière, depuis 1 enfance jusqu'à l'âge le plus avancé, s est passée dans les fonctions ecclésiastiques, d une manière constamment digne d'éloges, v Puis,

s'adressant aux ecclésiastiques inférieurs en dignité, le saint concile ajoute (sess. xxii, c. 1) : « C'est pourquoi les clercs, appelés à partager la condition du Seigneur, doivent régler leur vie et leurs mœurs de manière à ne laisser voir, dans leur extérieur, dans leurs gestes, dans leur démarche, dans leurs discours, en toute chose enfin, rien qui ne soit grave, modeste et religieux; ils doivent éviter les fautes légères, qui seraient chez eux des fautes graves, et inspirer par toutes leurs actions la vénération la plus grande, i» 11 exi^e (sess. xxiv, c. 1 De réf.) de tous les prélats et de tous les bénéfieiers ecclésiastiques la modestie, la frugalité, la simplicité, le zèle de Dieu, le mé.)ris des vanités et de toute affection charnelle, de crainte qu'ils n'enr.chissent leurs familles des biens de l'Eglise.

La raison en est que dans l'Eglise les prêtres n'ont été institués, selon le témoignage de iLvangile, que pour être le sel de la terre et la lumière du monde; et ils ne [ euvent être tels sans une insigne et remarqual)le sa nlelé oe mœurs. Ensuite les prêtres, comme leur nom l'indique et comme les api)elle î-amt Jean Chrvso^^tome, sont les docteurs de la vérité, ifaint Jérôme les appelle les sauveurs du mondcj et saiiit Prosper, les portes du peuple de la cité éternelle; et ils ne j.euvent êtie tels, encore une fois, s'ils ne sont saints. Enfin la raison naturelle elle-même ordonne à chaque membre de la société humaine de remplir toutes les obligations attachées à la irofession qu'il a embrassée. Or, tout le monde reconnaît que l'état ecclésiastique e^t un état de sainteté et de perfection : nous [ ouvons donc conclure, avec saint Jérôme, que le vêtement^ l'état^ la profession^ touê réclame en eux la sainteté. (Ep. 58.)

Le résumé des obligations qui concernent les évêques est contenu dans ces paroles : Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évéaues^ pour gouverner l Eglise de Dieu. {Act. xx, 28.) C'est ce qui a fait dire à saint Augustin : L'^^pûcopa^ est plutôt un fardeau qu'un honneur. (L. xix De civ. Deiy c. 19.] Les évêques sont donc obligés d'exercer la perfection : aussi sont^ ils tenus d'être déjà parfaits, avant d'être élevés à cette dignité et d'avancer encore dans la perfection, afm de pouvoir perfectionner de plus en plus, dans leurs saintes fonctions, par leur direction et par leur exemple, les âmes qui leur sont confiées. De même les prélats inférieurs, les curés et les simples prêtres, sont relativement dans le même état de perfection, soit en raison de leur ministère : en consacrait en efi'et et en offrant le corps de Jésus-Christ, ils sont obligés à une plus sublime contem^* plalion des choses divines et à une plus grande pureté d'Ame ; soit en raison de leur dignité, puisqu'ils sont tenus de veiller au salut de leur prochain. Par cette raison, tous ceux qui aspiient au sacerdoce, depuis la tonsure, dans les ordres mineur»

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et majeurs, di^ivenl se préparer k une vie liïvs parfaite.

Or, trois conditions sont requises pour la perfection de l'ecclésiastique séculier : d'abord la vocation de Dieu, vocation particulière et bien énrouvée. Car il ne faut ms se charger témérairement d'un si grand fardeau, au grand péril de son âme et des autres. Que nul ne s'attribue à soi-même cet honneur j sans y être appelé de Dieu comme Aaron, [Ueb, v, k.) Ensuite la rectitude d'intention. Car celui qui n'entre pas par la porte dans la bergrrie^ mais ^ui y pénètre par un autre côté, est un brigand et un voleur; mais celui qui entre par la porte, est le pasteur des brebis. Aussi le Catéchisme romain (De ord,) regarde comme un énorme sacrilège l'intention de ceux qui n'aspirent aux bénéûces et au sacerdoce

Sae par ambition et cupidité. Où se trouve lez eux la vocation ecclésiastique ? Saint Grégoire et saint Bernard s'élèvent contre eux, et saint Jean Chrysostome leur dit : Que votre ambition tourne à votre perte^ vous qui avez espéré obtenir le don de Dieu par les voies de la cupidité humaine. Les saints ne se laissaient élever au sacerdoce et surtout aux premières dignités ecclésiastiques que malgré eux, par le conseil ou Tordre des autres. Louis du Pont remarque très-bien [Chr. perf., tr. 7, c. k) que cette vocation est rarement la suite (les instances et de rimpulsion vers le sacerdoce, et que l'usage de ces moyens doit être exclusivement réservé aux âirecteurs et aux supérieurs. On exige enfin de Tecclésiastique la probité et la perfection de la vie, Je ne rarle pas du prêtre scandaleux : il sufTit de n'être pas exemplaire et adonné à la perfection sacerdotale, pour craindre vivement pour soi-même. Je ne parl^ pas non plus de celui qui, chargé du soin des âmes, se montre pasteur muet et négligent; il suffit d'être prêtre, et même d'être dans les ordres, pour être obligé de concourir par son exemple et ses prières au salut des âmes. Que dirai-je du redoutable sacrifice de la Messe, que bien des ])rêtres, par leur négligence ou leur impiété, célèbrent avec tant d'irrévérence, qu'ils semblent ne pas croire à la majesté jirésente du Seigneur? Il en est, en effet, qui accomi^Ussent les saints mystères sans esprit, sans affection, sans crainte et sans terreur, avec une précipitation incroyable, comme s'ils ne voyaient pas, par la fo\ le Seigneur Jésus-Christ, ou s'ils ne croyaient pas être vus de lui. Quant aux prélats revêtus de plus hautes dignités, le cardinal Bellarmin les exhorte énergiquement à répondre à la perfection de leur état, comme on peut le voir dans les huit controverses qu'il a composées pour l'instruction de son neveu. Dans la troisième, où il établit qa'un évêque doit être parfait, il conclut en ^es termes • Telle est la vérité; mais tous ne comprennent pas cette parole. Et il ajoute : Cette perfection exclut \o jeu, la chasse, la lecture des livres futiles, les

occupations lemporedes et tout ce qui s'y rattache. Enfin le devoir d'un évêque ej^t de mener une vie très-laborieuse ; mais grande est sa récomuense. {Voir Ou^iga^

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