CHAPITRE If
Les illusions qui se trouvent Quelquefois à manifester à un pénitent le zèle et l'ardeur qu'on a pour sa sanctification •
Mais je veux maintenant que Fardeur du zèle soit fort réglée et dans le bon esprit ; alors il y a toutes les apparences qu'il est beaucoup meilleur pour le pénitent, que son directeur se déclare à lui de l'ardeur et du grand zèle qu'il a pour sa sanctification.
SUPPLEMENT AD DKITIONXAIRC D ASCETISME.
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1* Le pénitent en sera bien plus animé à se porter à tout bien, Toyant les bonnes volontés quon a pour lui, et comme Dieu, dans Il personne de son directeur, (laralt s'en donner un soin tout particulier.
2* Il concevra par là les nouvelles obligations qu*il contracte de travailler k se sanctifier ; car notre obligation à bien faire crott selon que les soins qu'on prend de nous sont grands.
3* Et la soumission qu'il aura pour son directeur en sera bien plus parfaite, parce que rien ne nous porte à obéir avec toute la docilité, comme lorsque nous remarquons que ceux qui ont pouvoir sur nous s'intéressent beaucoup dans notre avancement spirituel.
V II se peut encore ajouter que tous les directeurs qui ont le cœur bon et bien fait, ne peuvent se tenir quils ne se manifestent ainsi k des pénitents, qui ont capacité pour les grandes vertus.
Néanmoins, Tbéonée, pour vous dire nettement ce que j'en pense, j'estime, pour moi, que cette sorte de manifestation jette bien souvent dans des égarements de conduite. Ces témoignages, croyez-moi, approchent ordinairement beaucoup de la tenaresse naturelle; car comme on a la volonté parfaitement bonne, et nue le bien de la personne est si cher, on n appréhende point tant d'y épancher son cœur, se donnant facilement celte pensée, que touty est juste et bien réglé, et ne pouvant se persuader qu'on puisse agir humainement, où l'intention est si droite ; et c'est ce qui couvre l'humanité de cette manifestation où le cœur se trahit luimême; n'étant que trop vrai que la corruption ne s'insinue jamais plus sûrement que parmi les bonnes intentions.
Et est-il rien oui puisse faire qu'un pénitent conçoive qu il est quelque chose, comme lorsqu'il reçoit tant de témoignages obligeants, qu'on veut prendre des soins de lui tout particuliers? Il en peut inférer, ou qu'il a des avantages qui ne sont pas communs, ou qu'on a de çrands desseins sur sa personne; ce qu'on lui témoigne ne pouvant être guère attribué qu'à l'une de ces deux causes.
Qu'en peut-il arriver, sinon que ses obéissances seront après fort naturelles? Car il est très-naturel qu'on obéisse bien humainement à des personnes dont on est prévenu p«r tant Je témoignages de bontés; il fera donc les choses par une pure inclination, pan e qu'on est assez porté à vouloir tout de soi-même, et très-vo(ontiers, ce qui nous vient de la part de ceux qui se manifestent à nous de toutes les volontés qu'ils ont de nous obliger.
Ce qui en arrivera encore, c'est que ce t)énitent, faisant même toutes les choses qui devraient le sanctifier, pensera plus à plaire à son directeur, qu'à sa propre sanctification; parce que nous songeons naturellement h plaire à ceux qui nous veulent plaire, et comme cette personne voit de la part de son directeur tant de paroles obligeantes, tout ce
qu'elle | eut faire alors d'actions les plus saintes est plutôt pour le contenter que i ar un désir sincère de se sanctifier.
Voilà ce que vaut d'ordinaire à un directeur, de manifester à une âme la grandeur du zèle qu'il a pour sa sainteté, où u sembla être bien mieux de faire les choses efficacement que de lestant dire.