CHAPITRE IV
Les illusions qtU se trouvent três^souvent à ne pas souffrir les moindres défauts dans un pénitent.
C'est ici pourtant la chose du monde qui semble devoir donner plus d'estime de la conduite d'un directeur.
1*" Car cette application si exacte à ne pas souffrir les plus légères imperfections dans un pénitent, est la plus grande marque qui puisse être des soins louables d'un directeur, puisqu'on y découvre et son coeur, et sa vigilance, et sa délicatesse.
2* C'est aussi le moyen le plus .efficace el le plus court, pour parvenir à une grande pureté par l'éloignement de tout ce qui |»eut souiller le moins du monde la conscience.
3** Et c'est par là que l'âme est rendue capable des plus intimes communications de Dieu, qui n'y trouve point ainsi les moindres empêchements à sa grâce. Tout cela noua oblige de confesser qu'un directeur ne peut prendre une conduite qui soit plus avantageuse à un pénitent que de n'y pas souffrir les imperfections les pins délicates.
Jamais, Théonée, je ne contesterai absolument cette conduite, car il ne s'en voit pas tant qui se tourmentent k étudier les âmes de si près ; mais on souffrira bien aussi que je dise, que pour vouloir la sainteté d'une conscience avec trop d'exactitude on ne laisse pas de s'y bien égarer.
Car, quoi? Ne faut-il pas souffrir beaucoup de la faiblesse humaine? Ignore-t-on jusqu'à quel point elle est grande? Et que sera-ce si un directeur pense ne laisser point passer le défaut le plus léger sans le relever t Celui qui connaîtra en vérité les misères du ccBurj^hiiraain, ohl qu'il en couvrira par une sainte et judicieuse indulgence ! 11 apprendra par lui-même à en supporter beaucoup dans autrui, et il ne voudra point des âmes une perfectiofi qui coûte une rigueur si impitoyable et si indiscrète.
Ce que gagnent ces sortes de directeurs, c'est qu'ils deviennent enfin importuns à des pénitents qui, au lieu d'en aimer le zèle, n'en peuvent plus supporter la sévérité. Les légères fautes ont ces deux qualités, savoir qu'elles sont fréq\ientes et qu'elles sont presque inévitables; si bien que des pénitents, qui se voient là-dessus serrés de trop près, commencent à s'en chagriner et k regarder ce joug comme intolérable; et un directeur qui, par la suavité de sa conduite en devait gagner le cœur, n'en obtient plus que de l'aigreur.
C'est pourquoi plusieurs étant ainsi pressés avec une exactitude trop importune, et ne pouvant absolument se défaire de tant de légères imperfections, en désespèrent tout À fait, et en prennent un certain rebut, pour ne plus travailler à se vaincre dans des défauts qui sont comme inévitables à leur faiblesse, et pour lesquels on ne cesse point de les fatiguer.
Ne vous ai-je pas déjà dît, Théonée, que la grâce était suave dans ses opérations? Disons maintenant plus en particulier qu'elle ne presse pas toujours la conscience sur tout; qu'elle en laisse passer pour être après mieux reçue ; qu'elle le fhit aussi pour donner quelque cnosc à notre infirmité, et qu'elle aime mieux perdre quelque chose par sa tolérance que de perdre le tout par sa sévérité. Pensez-vous donc qu'un directeur fasse mieux, qui voyant tout, veut aussi tout corriger ?
Je vous l'avoue que je ne serai jamais pour une sévérité si austère, quand je n'aurais pour moi que cette seule raison : qu'ors dinairement les âmes ne sont pas capable;!
de supporter toute la vue de Idur corrupUon, par celle de tous leurs défauts les plus légers. Il faut pour cela une grande humilité; U y faut une force d^esprit et de grâce toute particulière. Ne peut-on pas donc dire que le directeur qui aécouvrc indifféremment à des pénitents toutes leurs misères les plus légères, les abat sous ce poids, toute la connaissance de nous-mêmes n'étant pas quelquefois moins nuisible dans de certains temps qu elle est proQtable dans d'autres.