‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 193 sur 315 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La illusions qui se trouvent à voir bien plus souvent que les aulres les personnes pour qui on a un plus grand zèle de leur perfec* tion*

Voici en trois mots, Théonée, ce qui se peut dire de cette vérité.

1* Qu'il y a beaucoup à dire de part et d'autre avec ces âmes qui, par la fécondité de leurs lumières et de leurs sentiments, donnent cent matières différentes h de saints entretiens, et avec lesquelles il n'est point de temps à perdre, comme avec celles qui, faisant les spirituelles, et ne l'étant pas, ne savent qu'amuser de paroles.

2" Qu'un directeur peut gagner beaucoup sur leur conscience où il ne jette rien qui ne profite, y étant si bien reçu, et d'avec lesquelles il ne sort guère sans y voir de nouveaux effets de grâce.

3* Que lui-môrae,|oui, Théonée, lui-même, s'instruit souvent des voies de Dieu avec ces Ames, où il lui arrive de découvrir ce qu'auparavant il avait ignoré.

Quoi(]ue dans mon sentiment je ne sois pas entièrement opposé à ces entretiens qui sont souvent de justice et de grande conduite avec des personnes, ou qui sont extraordinaires, ou qui ont une rare capacité pour le grand intérieur; je vous dirai néanmoins, qu'il ne se peut pas nier que la chose dégénère très-souvent à beaucoupd'illusions. J'en ai insinué quelque chose au commencement du premier tome des Maximes spirituelles : je vous en dis maintenant quelques raisons plus suivies et plus intimes.

Quoi qu'on en dise, Théonée, et quelque divins que soient les discours avec ces personnes, je vous prie de me croire que, s'ils sont fréuuents, i\ s'en contracte peu à peu, et sans le vouloir de part et d'autre, je ne sais quelle liaison qui commence un peu d'occuper, et qui assurément n'aide pas à la pureté de la contemplation. Cela seul découvre un je ne sai quoi qui n'autorise pa« cette sorte de conduite.

Et si vous voulez passer plus ^vant, qu'y trouverez- vous? Vous y trouverez que si ce pénitent ne fait pas tout à fait bien, et qu'il ait ses faiblesses aussi bien que les autres, le directeur en conçoit quelque trouble qui n'est pas tant désinterressé; et si ses progrès sont beaux et heureux, le directeur en prend facilement des satisfactions assez naturelles. Ol^ Dieu, qu'il n'est guère de saint qui soit à réi)reuve de tous les mouvements qui se

peuvent couler assez humainement dan3 son cœur!

Peut-être y trouverez-vous encore que, quand ces visites qui ne sont, au reste, que pour Ja grande sanctification de cette âme, manquent d'être réglées par quelque incident, le directeur commence d'en avoir quelque légère inquiétude, néanmoins, comme si on était marri d'une perte spirituelle, et que Dieu eût manqué d être satisfait par ces entretiens célestes. Ohl quel voile délicat ne donne-t-on pas aux mouvements de son cœur I

Mais je vous demande, quelle jalousie cela ne cause pas, quand cette personne est vue avec plus de zèle et plus d assiduité que les autres ? Je sais^bien qu'elle le mérite davantage, et fjue dans la rigueur cela lui serait dû : mais que voulez-vous? on n'a point d'égard à tout cela, et chacun pense qu'on lui fait injustice dans cette personne.

Mais elle-même, ne pensez-vous pas qu'elle en tire quelque secrète opinion, ayant assez largement l'entretien d'un directeur, que les autres n'ont pas quand elles veulent. Oui da, Théonée, il est assez naturel que l'âme la plus sainte commence d'avoir quelque retour sur elle , lorsqu'elle voit qu'un directeur ne désagrée pas de lui en donner à peu près comme elle en veut.

Et tous ces petits égarements n'arrivent que de ce qu'on voit plus souvent ces âmes, pour la perfection desquelles on a un zèle tout oarticulier.

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