CHAPITRE VII
Les illusions qui se trouvent souvent à procurer davaniatje la sanctifieation des per^ sonnes de qualité^ que du vulgaire.
Si la vérité de cette proposition, qu'il est meilleur d'apporter des soins plus assidus à sanctifier les personnes de qualité que les personnes vulgaires, ne se fait pas aussitôt entendre d'elle-même, nous ne pouvons pas aussi nier qu'elle n'ait toute la belle apparence, et il y a des raisons qui semblent lui pouvoir donner toute sa force et tout son jour.
!• Les personnes de qualité ont je ne sais quelle plus grande et plus noble caoacité
pour les hautes vertus; car la grâce s'accemmodant d'ordinaire aux sujets, comme elles ont en tout de plus belles dispositions naturelles, la grâce aussi y trouve bien mieux ses avantages pour ses grands desseins de perfection.
2* Ce qui semble encore obliger à en cultiver beaucoup plus la sanctification, est que la vertu paraît en ces personnes avec un éclat qui lui est bien plus glorieux.
3° Et si on regarde la chose du côté du bien qui se peut procurer au orochain, il est certain qu'il y a infiniment plus à gagner de donner ses grands soins pour sanctifier les personnes de condition qui, par le caractère de leur naissance, peuvent être alors plus utiles au public.
Je n'ai point de peine à vous accorder tout cela, Théonée, à prendre les choses simplement dans la spéculation ; mais il s'en faut bien que dans la pratique elles soient aussi véritables, car je ne pense pas qu'on me puisse dire qu'il ne soii vrai que l'attache qu'on a plutôt à travailler à la sainteté des personnes de condition ne soit le plus ordinairement une illusion.
Ne nous j flattons pas, je vous prie, et avouons qu il y a bien plus de satisfaction naturelle a travailler sur la conscience des gens de qualité, où le fond en est. bien plus Beau, au sentiment de la nature, où les sens sont bien plus satisfaits, où la beauté de leurs esprits leur donne une entrée bien plus heureuse dans toutes nos instructions.
Mais, à le prendre comme les choses se passent d'ordinaire, il est certain qu'avec ces personnes on n'avance presque rien pour les sanctifier, quelque industrie qu'on y puisse apporter, parce qu'il n'est quasi jamais, qu'on les mène d'une forte conduite, qui n'ayant
Sas assez de vigueur, ne peut aussi, tant ouce soit-elle d'ailleurs, laisser aucune impression solide dans leurs espits.
Si vouslm'en demandez la raison, je vous dirai que les personnes de qualité sont ordinairement délicates et moins traitables sous l'obéissance, et si Ton ne s'accommode beaucoup à cet esprit de grandeur, il ne faut pas penser en pouvoir jamais rien obtenir, thi pour Dieu, est-ce là, Théonée, pour avancer ties âmes dans la perfection? Et n'est-ce pas là perdre son temps avec tout ce vain éclat de (-onversation?
Il s'en voit , oh 1 je ne puis jias vous le disputer, qui, étant d'une condition élevée, ne sont pas moins élevés devant Dieu, en tous les privilèges de grâces et d'intérieur; mais combien en montrerez- vous? Ehl on les peut compter, et ils ne sont guère moins rares que les vrais diamants.
Leur esprit indocile n'en est pas seulement la cause, mais encore cette répugnance iricroyable, et cette opposition toute naturelle qu'ils ont à l'abjection et aux abaissements de Jésus-Christ; car si vous pensez parler à Monsieur et à Madame, qui veulent faire profession de grands spirituels, d'une vie abjecte et confusible, vous y serez vraiment Je bienvenu, et toutes vos maximes de cour