TIONS DES CLERCS
PERFECTION CHRÉTIENNE. — L La
perfection est cet heureux état où l'homme spirituel, après, avoir triomphé de toutes ses mauvaises inclinations, ne commet plus même de fautes légères, exerce avec facilité les œuvres de charité et vit en union avec Dieu. Cependant il ne faut pas tomber ici dans Terreur, et il est nécessaire de se ra}»peler : premièrement que, dans celte misérable vie, aucun homme ne piCut être si parfait qu'il n'éprouve plus aucun mouvement de passion déréglée, aucune révolte de l'appétit sensitif; secondement, qu'il n'y a pas de personne spirituelle qui ait la' conscience si pure qu'elle ne se souille jamais d'aucune faute vénielle. D'où il suit que la perfection des saints, même la plu5 sublime, consiste en ce que les passionf, déjà vainrrues en eux, n'y produisent plus que des mouvements fort légers, qui, par conséquent, sont facilement et bientôt réprimés, et en ce que les péchés lé^^ers qu'ils coumiettent ne sont pas pleinement délibérés cl sont aussitôt expiés par les œuvres saintes et méiitoires dont la pratique leur est habituelle. L'état de not o perfection présente, selon saint Thoraa?, n'exige pas même que nous vivions constamment unis h Dieu par l'exercice nonintcrrompu de la chanté : car une telle perfection api a.tient à la patrie bienheureuse et non pas à cette vie fragile. Pou.que nous soyons vraiment parfaits, il suflît que nous nous unissions a Dieu avec facilité et avec joie, autant que le permettent les occu[ialions qu'il nous a imijosées dans cette terre de notre pèlerinage. On n« peut non plus assigner à l'état de notre
Ecrfection une certaine limite infranchissale qu'il n'y ait plus possibilité d'outrepasser, puisqu'il est évident que tout Chrétien peut et doit toujours croître en perfection, et que celui qui est parfait doit tendie avec plus d'ardeur à la perfection qui lui manque. Travailler avec zèle à son avancement, faire des efforts constants pour la perfertion, c'est là, dit saint Bernard, ce qu'on entend par la perfection môme. (Ep. 2o3.) En résumé, l'état de perfection propre à la vie présente est celui où les mouvements de l'appétit sensitif sont lents, faibles et rares, et, en outre, réprimés avec facilité et avec joie; où les péchés véniels se commettent sans être pleinement délibérés, et où enfin l'âme s'unissant constamment à Dieu avec une grande facilité, selon qu'il lui est possible, aspire avec une ardeur et des efforts plus grands que jamais à la plus haute perfection.
IL Dans la conduite des âmes à la perfection, le directeur doit procéder avec ordre, prudence et dextérité; autrement il ne parviendra pas au but ciu'ilse propose. S'il veut conduire une âme à la perfection, il doit ex-
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citer en elle h volonlé et le désir d'y tendre sérieusement, en lui proposant les motifs
[)ropres à enflammer ce désir; car en réaité c'est là tout le fondement sur lequel doit s'élever rédifice spirituel. 11 faut cependant remarquer ici que toutes les Ames ne sûnt pas disposées pour cette vie parfaite. Si le pénitent est chargé de fautes graves ou engagé dans des affections mauvaises et dans des occasions dangereuses, il n*est point, ^ans aucun doute, assez préparé pour qu'on aille lui parler de perfection. En cet état, il faut d'abord travailler à guérir les plaies mortelles des fautes graves et à ramener l'âme à la vie delà grâce, pour la rétablir dans un état de santé parfaite, ainsi que font les médecins du corps, qui commi^ncent par guérir les maladies graves, ensuite s'appliquent à faire disparaître les restes du mal, et Qnissent par renouveler les forces du malade. Mais si le pénitent a vécu longtemps dans rinnorcnee, ou si, après s'être rendu, par malheur, coupable de péchés graves, il en a fait une sérieuse pénitence, les a expiés par une profonde douleur et s'en est corrigé, le direp>leur doit le conduire à une plus haute perfection, et pour parvenir à cette neureuse fin, lui proposer quelques remèdes en vapport avec la qualité de la personne.
III. Si l'âme du pénitent a secoué le joug des fautes mortelles et est disposée à marcher, à faire des progrès dans les vertus chrétiennes, le directeur aura soin d'examiner si elle est intérieurement poussée par Dieu à une plus grande perfection, ou si se contentant d'être en état de erâce elle ne pense aucunement à une vie plus parfaite. S'il remarque en dlle un mouvement du Saint-Es| rît qui l'excite aux bonnes œuvres, il n a alors rien à faire que d'animer, parle souftle de ses avis, ces premières étincelles, poar allumer en cette âme un vif désir de la perfection, qui, avec le temj)s, peut produire les flammes ardentes de la cnanté. Si enfin l'âme est lan- Kuissante et froide, et borne ses pensées à éviter pour l'avenir tout péché grave, il est, en ce cas, du devoir du directeur d'exciter en elle par quelque remède ou par une certaine industrie le désir d'une vie plus parfaite. Car si Dieu ne veut pas agir par luimême, il est peut-être dans ses desseins de se servir de son ministre pour faire naître dans le cœur du pénitent les plus saints désirs. Du reste, un grand nombre ont trouvé le principe d'une haute perfection dans une confession générale de toutes les fautes de leur vie passée, accompagnée d'un ferme jiropos d'amendement et d'une profonJe douleur de leurs péchés. On en a vu plusieurs quî, Quoique ayant longtemps mené une vie (léréj^lée, ont été tellement changés après une confession générale, que non-seulement ils sont parvenus à une grande perfection, mais qu'ils se sont même élevés à l'état de la pltis sublime contemplation. Cependant le remède le plus ordinaire, et que Ton doit toujours employer, c'est la pratique de la inéaitation. Et la raison en est évidente : car les désirs de la perfection sont des dons de
Dieu, et bien que le directeur doive user do saintes industries pour les exciter en ses pénitents, cependant il appartient à Dieu seul de les répandre sur le cœur de l'homme en éclairant l'esprit et en enflammant la volonté. C'est |)ourquoi, parmi les autres moyens que le directeur doit employer pour Tamendement de ses pénitents, qu'il n'omette jamais l'exercice de la méditation; parce auc s'il peut parvenir à leur faire pratiquer nabitucUement ce saint exercice, il les verra bientôt non-seulement concevoir un plus grand désir pour la perfection, mais encore faire chaque jour des progrès dans les œuvres mêmes de la perfection.
ly. Si le dire jteur désire amener à la perfection une personne du monde en qui il trouve des (lispositions pour la vie spirituelle, il ne doit pas, de prime abord, lui parler de perfection, parce que de telles profK)sitions ont coutume d'effrayer les gens du monde : ils s'imaginent que la perfection chrétienne n'est point leur affaire, mais convient seulement aux moines et aux religieuses, et ils se la représentent comme une chose diflicile, triste, ennuyeuse et pénible. 11 vaut mieux les y conduire adroitement, sans en dire un seul mot, eh leur faisant pratiquer les exercices propres à cette Un. Puis, lorsque le directeur s apercevra que Dieu commence à faire naître en eux de saintes
[)ensées et de pieuxdésirs pour avancer dans a vertu, alors il pourra agir ouvertement, leur montrer l'obligation ou ils sont d'aspirer à la perfec.ion qui convient à leur état, et user d'adresse pour exciter dans leurs cœurs de semblables désirs. Qu'il leur dise avec saint Grégoire (Hom. 36 m Evang.)^ qu'il y a une grande aifférence entre les plaisirs du corps et ceux du cœur ; que les premiers, lorsque nous n'en jouissons pas, excitent en nous de vifs désirs, et après la jouissance produisent aussitôt le aégoût, tandis que les délices spirituelles au contraire ne [laraissent insipides qu'à ceux qui ne les connaissent pas, que la jouissance en augmente le désir, et que plus oh les goûte, plus on en est affamé.
V. Le directeur ne doit pas oublier que la perfection n'est pas la mê«e chez toutes les j)ersonnes, et que par conséquent tous ne doivent pas y être conduits par la même voie ou par le même moyen. Autre est la perfection des religieux, autre celle des gens du monde; autre la perfection qu'il faut exiger d'une jeune personne qui n a à penser qu'à elle, autre ceUe qu'on doit attendre d'une femme mariée qui a des devoirs à remplir envers son mari et sa famille. Bien plus, les divers ordres religieux tendent à la perfection par des voies diûérentes. Ainsi le Chartreux qui voudrait convertir lésâmes à Dieu par la prédication, n'agirait point suivant la perfection de sa religion qui lui prescrit une vie purement contemjlative ; et le Jésuite qui voudrait se tenir dans une solitude continuelle el ne jamais se montrer aux hommes, n'agirait point selon la perfection de son institut, qui lui prescrit une vie oùTac-
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tion doit 6tr5 un.e à la contem])lation. C'est pourquoi le directeur aura soin que ses disciples, dès le commencement de leur vie de piété, se proposent la perfcfction propre à leur état, et s attachent uniquement a elle, de peur qu'on ne puisse dire d'eux qu*ils cou-rent 6tcn, mais hors de la voie.
VI. Lorsque le désir de la perfection commence à naître dans le cœur du pénitent, le directeur doit se garder de trop exiger de lui, comme s'il voulait l'élever en un jour au faite de la sainteté : car en demandant trop, il courra le risque de tout perdre. Pour cette fm il se rappellera que pour obtenir la perfection propre à chaque état, il n'est pas nécessaire d'employer absolument tous les remèdes, mais qu'il suffit d'en appliquer quelques-uns. L'homme croît en vertu, comme il croit pour le corps, c'est-à-dire, insensiblement et peu à peu; ou comme un arbre dans un champ, qui grandit aux yeux de tous et pourtant invisiblement, en sorte que l'accroissement qu'il prend chaque jour ne peut cependant s'apercevoir chaque jour, iTia^ seulement après un temps plus long. C'est pourquoi le directeur doit, surtout dans les commencements, user de prudence à l'égard de ses disciples, de f>eur de s'exposer à éteindre plutôt qu'à enflammer les premières étincelles des bons désirs que Dieu avait allumés dans leurs cœurs.
Sainte Thérèse raconte d'elle-même qu'après que Dieu eut commencé à combler son ame de grandes faveurs, elle désira et obtint l'occasion d'ouvrir tout son cœur à un très-habile maître spirituel pour avoir en lui un^ guide sûr. Quoique le Père spirituel qu'elle rencontra fût un homme saint et expérimenté, cependant comme il n'usait pas I>our la direction de cette sainte d'assez de modération ni de prudence, et qu'il ne pro-
f)ortionnait point aux forces de son esprit es conseils qu'il lui donnait, ses soins n obtenaient pas de succès, et cette sainte, comme elle l'avoue elle-même, n'aurait ia- ' mais fait un tel progrès, s'il lui eût fallu toujours demeurer sous sa conduite. Si donc le directeur ne veut pas être dans l'erreur à l'égard des pénitents qu'il dirige, qu'il n'exige jamais d'eux plus que ne peuvent porter les forces que Dieu leur a données ; car, moralement parlant, ils ne peuvent réellement pas davantage; leur imposer un fardeau plus lourd ne sert qu'à les accabler sous un fardeau au-dessus de leurs forces; ainsi imposer à ses pénitents des macérations supérieures à la force qu'ils ont reçue de la grâce, ne servira à autre chose qu'à étouffer en eux la vie de l'esprit.
yjL Le directeur comjjrendra facilement qu'il doit employer toute l'ardeur de son zèle pour que le désir de la perfection ne s'attiédisse jamais dans le cœur de ses disciples, mais qu'au contraire il s'anime toujours et hs pousse à une perfection de plus en plus grande. Car si ce désir s'affaiblissait, ils retomt)eraient peu à peu dans leu»» premier état de tiéJeur. Or, pour que le directeur puisse reaiédicr à un si grand mal, s'il arri-
vait à ses disciples, nous allons ex{ oser quelques marques par lesquelles il [)Ourra reconnaître si un pénitent, autrefois plein de ferveur et d'ardeur | our son avancement, commence à se refroidir dans sa ferveur, i" La première marque, qui est fort significative, sera offerte au directeur par les choses s'^irituelles elles-mêmes, car: si la volonté du pénitent commence à languir, il commencera aussi à omettre les exercices spirituels, la méditation, la prière, la lecture des livres de piété, ou bien il en retranchera une f artic sur de légers motifs, ou s'en acquittera encore, mais sans application, et avecennui et (iégoûl, plus par habitude ou par respect humain que par le désir d'en tirer du profit. Ses examens de conscience, qu'il faisait d'abord avec un profond sentiment de douleur, ou il les omettra, ou il ne lesferaqu en passant, à la légère, et sans aucun amendement. H approchera oes sacrements malgré lui, moins fréquemment et sans fruit. Il se montrera insensible aux inspirations de la grâce et aux remords de la (,'onscience, remettant à un autre temps la correction de quelque défaut ou quelque bonne œuvre. 2* Le directeur puisera la seconde marque dans les actions extérieuies, parce que si le pénitent s'est montré d'abord ami de la solitude, il le verra ensuite son dégoûter. Il le verra se répandre dans les choses extérieures, dans de futiles entretiens, dans des amusements ou passe-tem|is inutiles, courir après les nouvelles et ce vaines curiosités, et chercher ainsi au dehors la consolation qu'il ne trouve plus, hélas 1 dans les exercices spirituels. Autrefois il le voyait s'appliquer h la mortification du (oriis et des sens, aujourd'hui il s'aperçoit qu il cherche les entreliens inutiles, critique les actions des autres , et porte çà et là des regards curieux; qu'il se livie avec trop d'ejupressemeni aux plaisirs de la table, du sommeil, et de ce qui flatte les sens; qu'il omet ses exercices ordinaires de pénitence, sous le vain prétexte qu'un jeûne ou quelquas coups de discipline peuvent l'exposer à une maladie grave, le conduire à la morll 3* Le directeur trouvera la troisième mai que dans ses rapi^orts et ses entretiens avec Je pénitent: car il ne verra plus en lui cette ouverture de cœur avec laquelle il lui découvra't tous ses sentiments, bons et mauvais; il i.e remarquera plus en lui cette soumission avec laquelle il acceptait ses reproches, ni cette obéissance qui lui faisait suivre ponctuellement tous ses avis. Il découvrira dans son intérieur un certain trouble , une ceitaiii© agitation, une certaine estime de lui-même, et une certaine vanité, d'où est venue la tiédeur dans laquelle il est tombé ; et peut-être même s apercevra-t-il qu'il commence déjà à soupirer après les plaisirs et les biens terrestres auxquels il avait autrefois renoncé d'un si grand cœur.
VllI. Si le directeur rem/^rque dans sou pénitent la totalité ou une partie des signes que nous venons d'indiquer, il n'y a plus de doute, le dés'ir de la perfection est refroidi en lui. Que le directeur s'empre.rsc donc de