‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 200 sur 315 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

lly^n a qui veulent être dans la dévotion et iM70tr toutes tes commodités du corps.

Ces personnes ici, Théonée, sont plus facilement endormies dans, leur illusion que les autres, parce qu'elle n'est pa^ tant en vue, pour en recevoir sa condamnation ; outre les raisons qui les y favorisent.

1** Ohl elles ne voudraient pas en donner <rop à leurs corps, et par celte considération, elles croyent quelles peuvent procurer en toute façon que rien ne lui manque.

2" Elles ne veulent point aussi, disentelles, l'incommoder en rien qui puisse le moins du monde faire quelque empêchement à la dévotion de l'esprit.

3* El puis c'est leur pensée de ramasser

toute leur dévotion dans le cœur, laissant celle de l'extérieur aux âmes qui en ont Tattrait

£h bien ! Théonée, ne sont-ce pas là des raisons à endormir doucement, comme j'ai dit, des personnes dévotes qui ont de lamitié pour leur corns ? Oh I qu'elles sont basses et prises de la cnair, et de l'amour de ses aises, et que cette illusion est grossière I Car en effet il s'en voit qui sont avec toute leur dévotion si tendres sur leurs corps, une le soin qu'elles ont pour toutes ses petites commodités ne .cède rien à celui de leur conscience.

Elles ne sont pas encore bien persuadées que la dévotion véritable mortifie aussi bien le corps que le reste; que, si elle est douce, elle est également effective, et qu'elle ne peut entretenir tendrement une chair qui ne jieut servir qu'à l'aballre? C'est que la dévotion, qui épargne le crorps, Iranit la conscience, et elle se trahit elle-même, parce qu'elle commence de changer de nature, n'en étant plus que l'ombre et un certain es[irit doux et paresseux oui repose dans les soins modérés, njais délicats de ses aises et de sa chair. Remarquez bien, Théonée, que la dévotion de ces personnes ne se réduit pas à davantage.

Savent-elles bien qu'il n'y a rien qui répugne à la solidité et à la délicatesse de la dévotion, comme l'amour des commodités de son corps? 11 y a bien des choses que la dévotion peut souffrir; mais il n'est rien qu'elle souffre moins qu'un soin tendre de sa chair. Et, de fait, si vous voulez avoir une règle de bon discernement, pour connaître si une âme est vraiment dévote et spirituelle, vous le pouvez juger assurément sur l'amour ou sur la haine qu'elle a de ses petites con;raodités ; c'est que sitôt q^e l'esprit de D eu la possède, il ne manque jamais de lui insj irerun mouvement de persécution et de haine 1 our sa chair ; et c'est pour cela, qu'on peut renvoj er sans crainte, comme (Ïqs illuminées, toutes les personnes dévoles, tant contemplatives et tant éminentes puissent-elles paraître, dès là qu'elles se ménagent trop de ce côté-là ; car vraiment c'est bien à des sensuelles et à des matérielles que TEsprit de Dieu et de dévotion se communique ; à des personnes qui se délicateront en cent choses et qui font peine souvent à tout le monde, jusqu'à ce que leur corps soit satisfait.

Mais entendez, je vous prie, l'adresse de leur mortification, et de quelle manière elles couvrent l'amour bas et grossier des commodités de leur corps? Elles le mortifieront en quelque chose qui ne lui est pas bien

t pénible, soit parce que le sujet en est bien éger, soit parce que de lui-même il ne répugne guère à la nature, soit ^arce qu'on n'y vient que fort rarement. Voilà toute la façon qu'elles apportent à mortifier leur corps; car j'aurais honte de dire en particulier le peu qu'elles font ; et avec cela, pour ce.peu, pour ce je ne sais quoi, pour ce rien de mortification et de peine qu elles font à leur corpsi elles s'en récompensent après

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fort largeMent dans tout le reste ; comme si ce qu'elles out d'indulgence Uche pour leur corps, ohl les aveugles, était justifié, parce qu'elles font d'ailleurs je ne sais quelle raor- Ufication légère, qui est plutôt un amuse • ment que l'effet d'une haine véritable.

Mais voyez encore, Théonée, la rose de nos âmes' dévotes, qui sont tellement sur foutes leurs petites commodités. Elles ne feindront point de dire, que ce leur est une chose très-importune et bien humiliante, de prendre ainsi tous ces soins pour un cor^w

[lérissable; qu'il en faut néanmoins subir 'humiliation, puisque Dieu le veut. Aussi n'y manquent-elles pas, donnant au corps tous ses petits soulagements, et le défendant très-bien de tout ce qui le peut incommoder. Elles affectent, par ces démonstrations, de montrer qu'elles n'ont aucun amour pour leur corps, mais ce voile est trop clair pour nous empêcher de voir au travers la vérité de leur immortification.

Dites-moi donc, Théonée, s'il ne faut pas conclure, là-dessus, que la dévotion de ces personnes, qui sont si tendres sur les commodités de leur corps, est une pure illusion ?

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