‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 206 sur 315 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les illusions des supérieurs qtii s^humiiûmi à regard de leurs inférieurs.

Ce serait une erreur bien grande de croire que les supérieurs ne sexlussent jamais humilier à 1 égard de leurs inférieurs. II y a des temps où la chose est tellement de saison, et si à propos, que d'y manquer c'e5t faire contre toutes les lois de la vertu et de bonne conduite. Ce n'est donc pas seulement un bien, mais c'est une obligation sainte et sage de le faire, par la soumission de leurs discours et par des actions qui les abaissent, selon que le demande la charité et le bon exemple dans de certaines conjonctures. Us ne font rien en cela qui dégénère de leur caractère, puisqu'ils ne font qu'imiter ce que leur en a montré un Dieu en sa personne. Il n'est rien comme cela, qui soit persuasif sur les inférieurs, et qui les prêche si efficacement pour en obtenir ce qu'on veut. Et ils n'est rien à quoi ils ne soient alors animés, voyant les humiliations de ceux qui ont droit de n'être jamais que sur leurs têtes. C'est donc sans controverse une chose, autant édifiante qu'elle est d'une conduite très-sainte et très-avisée.

Ces humiliations, néanmoins, ne laissent pas d'avoir leurs égarements , et je ne sais , sil y en a guère ou Tillusion soit plus dangereuse parce qu'elle y est bien mieux à couvert. Je ne prétends pas ici donner des instructions et des lumières à ceux qui sont nos maîtres ; mais on souffrira bien que j'en dise ma pensée et que je vous en fitsse communication, mon Tnéonée, afin de vous prévenir si vous êtes jamais en pouvoir.

Considérez donc, que quand ceux qui sont en charge, s'humilient à l'égard de leurs inférieurs de quelque manière que cela se fasse , ce sont eux-mêmes , qui se portent à cet abaissement. Qu'un inférieur soitabaissé, et jeté dans la confusion, oh I l'on sait eooi-

LES ILLUSIONS DE LA VIE SPllilTUEU.E.

bien cela lui coûte de souffrir Tempire d'autrui, par des humiliations qui font gémir la nature , et de se voir ainsi anéanti sous un homme qui ne diffère point de lui; il en faut avoir la pratique et Tusage, pourlecomprendre: Mais q^u*un supérieur s'humilie, c'est luimême qui se fait re commandement ^ et c'est une soumission qu'il se rend en quelque façon autant à lui-même qu'à ceux à qui il la rend effectivement. Qu'en jugezvous , Tbéonée ? Est-il ainsi si difficile de s'humilier ? N'est-il pas assez facile de faire une chose qu*on veut et qui n'est point commandée? lit de cette manière n'estril pas bien naturel qu'on se trompe , en pensant s'humilier par le mouvement d'une humilité |)arfaite?

Ne trouvez- vous pas encore que ces humiliations de la part d'un supérieur sont bien glorieuses ? Assurément , il semble y avoir plus d'élévation que d'abaissement dans cette action ; car son abaisseo^nt , qui jette de la confusion sur son inférieur , se retourne vers lui par une gloire particulière, ne se pouvant pas nier que celte action ne soit extraordinairement recommandable. Et, avec cela , est-il , à votre avis , bien facile que le cœur demeure fort humble en son fond , en faisant une action si glorieuse? s'en garantisse qui pourra.

De plus ie vous avouerai, que parmi tout rela il est bien à craindre que sous des humiliations , qui sont au reste si édifiantes, un esprit vif et délicat ne soit caché et ne se nourrisse; car enfin, Théonée, il est assez naturel que ceux qui commandent, et qui f numilient, no soient pas des plus insensibles quand on vient à les piquer; et ce fond de sensibilité fine et délicate n'est pas, ce semble, si mal à couvert sous les abaissements volontaires de ceux qui ne sont que pour commander. Dans tout cela , il y a au moins grandement à se défier <^ue l'illusion ne soit si secrète , qu'on ne puisse fias, et qu'on ne veuille peut-être {msmême laconnaitre.

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