CHAPITRE
Leê illuêionsde ceux qui $ont eha$te$ par
nature
Si ces sortes de personnes chastes ne sont pas tout à fait si communes, il ne laisse |)as néanmoins de s'en voir très-bien qui le font, et qui sont entrées en possession de ce privilège , sans jamais y avoir pensé.
Il n'en faut point chercher d'autre raison en plusieurs, que celle de leur tempérament: c'est qu'ils l'ont reçu de Dieu, si froid et si glacé, et toutes leurs passions sont tellement paisibles et tempérées, que la chasteté leur est aussi naturelle que d'être; et la concupiscence, qui fait le tourment et l'exercice des plus hautes vertus, semble les avoir oubliés, comme s'ils n'étaient point suiets à la disgrâce du premier péché. Tout cela donc n'est fondé que sur un certain froid, et sur le juste tempérament des qualités qui les composent.
II y en a d'autres qui sont chastes de cette manière; c'est qu'ils ont l'esprit, et Tes sens tellement épanchés, soit par légèreté, soit parétuurdissement, soit par une certaine activité, ou gaie, ou impétueuse, qu'ils ne sont I^as capables de prendre aucune mauvaise impression des objets , parce qu'à peine y réfléchissent-ils, n'étant simplement emportés que par ce feu qui leur est naturel ; si bien que toute leur chasteté n'est à couvert que du bruit et de l'épanchement inconsidéré, ou innocent de leur nature.
11 y en a encore qui sont chastes assez heureusement : ceux-ci n'ont point de pen- C/hant à être touchés d'aucun sentiment et d'aucune inclination à aimer. C'est cette disposition tendre et facile, hélas I on ne le sait que trop,. qui a coutume de flétrir la pureté , en s'attachant dérèglement aux objets aimables et sympathiques : cela fait aussi
aue ces personnes n'étant touchées de tenresse pour aucun objet , leur pureté n'en est jamais altérée : et ce refus d'amour qu'ils donnent , à tout ce qui serait capable de l'enflammer, n'étant pas un effet de leur volonté, il se peut dire précisément qu'ils sont chastes sans le vouloir.
Après tout, telle que puisse être cette sorte de chasteté, il faut pourtant avouer, Théonée, que c'est toujours un don de Dieu et que ceux-là sont heureux, que Dieu a fait nattre avec ce fond de disposition, qui le seraient encore davantage}, s'ils en savaient toujours bien user; mais autant que ce fond peut être fort avantageux, autant est-il vrai qu'il donne lieu à des illusions très-dangereuses : voyez-en , je vous prie , la vérité , dans la manière dont ces personnes ont coutume de se comporter.
Elles se jettent facilement dans les occasions où la chasteté est bien exposée pour faire naufrage. La tromperie vient, de co qu'elles ne sentent rienenclles-mèmeSrdela part de leur disposition naturellè^, qui les doive feire appréhender, ou elles n*ont pas seulement Les premières idées du mal. C est pourquoi elles s'exposent sans aucun retour et sans crainte , au milieu des appas les plus dangereux , et elles ne voient pas que Thumeur la plus indifférente et le tempérament le plus glacé changent quelquefois tout de nature par les approches trop fréquentes des o^ets oui sont également aoux et dangereux. Hélas I Théonée, hélas 1 que cette exposition trop facile et trop libre a souvent coûté à des Ames qui avaient l'innocence des anges.
Elles ont encore une facilité assez grande à ouvrir leurs sens , à tout ce qui se voit et à tout ce qui s'entend ; car comme elles ont l'expérience de leur insensibilité, et qu'elles ne pensent de ce côté-là aucune malice, elles ne s'observent pas avec autant d'exactitude que pourraient (aire d'autres, pour entendre et pour voir très-souvent ce qui n'a pas toute rhonnôteté : mais aussi elles ne s'aperçoivent pas fjue ce qui à l'aljord ne fait aucun effet sur leurs sens, vient après à les amollir peu à peu, et puis è les gaener et aies corrompre; c'est ainsi que plusieurs sont pris malheureusement, lorsqu'ils se pensent être dans une parfaite sûreté.
Que si on leur représente le danger manifeste où elles se jettent par cette liberté de leurs sens, et des occasions, ne pensez pas qu'elles soient assez dociles pour le croire : ou elles en font mépris ^ ou elles s'en rient, ou elles demeurent opiniAtrément dans leurs sens : elles appuient bien plus sur le grand éloiçnement, que sent leur cœur, de tout ce qui peut blesser la pureté, que sur tous les avis qui leur en peuvent être donnés : voilà comment elles sont trompées; mais aussi voilà comment elles se jettent dans le naufrage.
Si néanmoins il arrive qu'elles ne nient pas qu'il y ait du danger, elles avouent seulement qu'il est de la part des objets, qui sont à la vérité capables d'eux-mêmes, de faire de mauvaises impressions, mais elles ont une secrète conflance de la part de leur complexion naturelle qui, ne leur faisant point de peine, empêche que la crainte des occasions et des objets ne leur entre dans l'esprit ; et leur fait dire ou penser que si toutes ces choses sont à craindre, ce n'est point pour elles. Peut-on mieux se laisser tromper pour aller doucement et insensiblement à sa perte ?
O Théonée, qu'il y en a et qu'on en sait qui, ayant reçu de la nature une pureté de corps toute céleste, en ont pris une confiance malheureuse, qui a été encore l'occasion de leurs plus grands malheurs. Oh I que mieux leur eût valu d'être tentées comme les autres, et d'être sujettes à toutes les humiliations du cx)rpsl Elles en auraient davantage appréhendé leur chute, et cette crainte aur4>*
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SUPPLEMEiNT AU D1CT10NN.URE DASCETISMC.
été un soutien et un rempart à leur chasteté.