‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 222 sur 315 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les iUusion$ de certains qui pensent bien obéir ^ parce qu'ils font tout ce qui leur est commandé^ malgré leur répugnance.

Il n'y en a guère, qui ne confessent que

ceux qui obéissent de cette manière no soient parfaitement obéissants ; aussi en at-on bien du fondement et tout le sens va aussitôt pour donner son approbation à cette vérité

V Car en fait d'obéissance, se peut-il neu faire de plus généreux, et gui en prouve da vantage la vérité, que d'obéir en s'élevant au-dessus de toutes ses répugnances? Il semble alors que ce n'est plus que Je pur amour de celte vertu, qui fait qu'on ploio sous ce qui est commandé, puisque toute la nature en est dans la révolte; et cela étant, peut-on avoir de preuve plus certaine de la pureté de cette obéissance, où la victoire est . si signalée, et où l'on paraît tellement sortir de ses intérêts?

2" Ne sont-ce pas ces gens, qui n'écoutant point tout ce que la répugnance leur peut dire, reçoivent tout des supérieurs avec une soumission aveugle? Leur répugnance leur est comme une règle et une loi pour en aimer davantage ce qui leur est enjoint, et pour s'y donner en sacrifice, puisqu'ils ont par là plus de certitude, qu'ils sont vraiment aes victimes de l'obéissance

3* Ce sont encore eux qui, passant][bien plus avant, sont souvent piqués par cette révolte intérieure de leur esprit, à entreprendre les choses les plus rudes, qui peuvent être a^éables aux supérieurs : ils se servent de cette opposition secrète , pour connaître davantage les volontés de Dieu, et c'est aussi ce qui les porte à s'en dévouer davantage, à tout ce que l'obéissance peut avoir de plus dur, et de plus difficile.

Je vous avouerai moi-même, Théonép»

qu'il n'est point d'obéissance qui nous paraisse grande, fone et belle comme celle-là ; mais je prétends bien aussi que vous m'avouiez qu'il s'y glisse des illusions qui ne sont pas petites»

Ces personnes se surmontent, eues aonip-» lent leur répugnance, elles s'immolent à Tobéissance; tout cela est vrai. Mais sachez qu il se trouve bien des gens qui, exécutant extérieurement, contre la révolte qu'elïes y sentent, tout ce que l'obéissance veul, con-» damnent cependant dans leur cœur ce qui leur est commandé, en préférant leur propre sens à celui de leurs supérieurs. Ils se retiennent néanmoins de s'en déclarer, parce qu'une sagesse politique les en empêche; ou s'ils le font, ce n'est qu'à quelque personne de confidence qui en a la décharge, pendant qu'à l'égard des autres ils se cachent d'un faux silence: et c'est ainsi que leur obéissance est trompeuse, parce qu'elle donne dans les sens par cette soumission extérieure, tandis que leur esprit intérieurement s'élève de flerlé, et de l'opinion de son propre jugement.

Mais il y en a d'autres qui, obéissant dans les choses où ils sentent toute l'aigreur et toute la révolte do l'esprit, les font néanmoins avec la malice la plus fine. 11 n'est pas que quelquefois ce qui est commandé, ne

fuisse choquer le sens, et n'être pas toujours l'abord dans toute l'approbation ; c'est où ces esprits tiers et malins obéissent aussi-

prétendent

par lA qu'on jette tout le blâme sur les supérieurs, qui commandent si mal: à propos, selon leur sens, et qu'on loue leur obéis-^ sance, qui sait si bien s'immoler. Peut-on mieux tromper ceux gui voient une soumission si plausible? Mais eux-mêmes peuventils être plus trompés dans l'obéissance dont ils se flattent?

11 s'en voit encore qui, malgré tout ce qui peut répugner à leurs inclinations, ne laissent pas d'obéir; mais ils ne tombent pas moins aussi dans l'illusion que les autres; c'est qu'étant vains et généreux, ce sontaou-» vent les deux principes qui les animent. Ce

2u'on leur commande peut avoir beaiBcoup e dureté; ils le font néanmoins, pour ne point paraître avoir une bassesse de cœur, qui se mette bien en peine de tout ce qui peut leur être enjoint, et pour faire voir qu'ils savent s'élever au-dessus de toutes les dispositions qu'on peut faire d'eux; tout cela n'est que vanité, Tnéonée, qui veut faire la généreuse, et qu'on couvre d'une modestie apparente.

D'autres obéissent en se domptant: ceuxci sont les moins criminels de tous, quoiqu'ils ne soient pas les moins trompés : ce sont ceux qui ont vraiment un grand courage, et qui, sans se mettre en peine de ce que le monde peut penser d'eux, lorsqu'ils obéissent, s'appliquent tout de bon à se dompter. A dire les choses comme elles se peuvent prendre en elles-mêmes, se vaincre et obéir, oh 1 cela est sans doute très-louable ; mais souvent ils en demeurent seulement là. Cela vient de la générosité naturelle de ces esprits, qui prennent même du plaisir à se tenr sous la main avec empire ; rie façon que

ce motif de victoire et de domination sur eux-mêmes les anime plus à obéir que leur propre destruction sous l'obéissance. Ils ne sont pas ainsi moins obéissants à leurs pro» près yeux qu'aux yeux d'autrui; mais en vérité ils ne le sont pas à ceux de Dieu, et des âmes éclairées, qui savent démêler tous ces détours d'une nature corrompue.

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